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LES GRILLES ORDINAIRES

Extérieures ou intérieures, les grilles communes, réduites à leur expression la plus élémentaire, sont d'une construction relativement simple. Elles consistent en un certain nombre de barreaux ou de verges faisant l'office de montants et qui viennent s'assembler dans des traverses. Ces traverses, qu'on désigne d'une façon générale sous le nom de sommiers, peuvent, en haut et en bas, terminer l'ouvrage et lui servir d'amortissement. Plus généralement elles laissent déborder les barreaux, au moins d'un côté, et dans ce cas, pour consolider le travail, on a soin de goupiller ensemble barreaux et traverses. Ainsi, pour construire une grille, il nous suffira de prendre le nombre nécessaire de barreaux carrés, de les choisir de force et de taille proportionnées à l'importance de l'ouvrage, et de choisir également deux barres méplates de largeur et de longueur convenables pour servir de sommiers. Gela fait, de distance en distance, à l'aide du foret, du ciseau, de la lime, nous pratiquerons, à froid, dans les traverses, des mortaises carrées de dimensions suffisantes pour laisser passer nos barreaux. Nous goupillerons ceux-ci aux traverses, et, les terminant à leur partie supérieure soit en pointe soit en flamme^ ^ nous posséderons de la sorte une grille assurément grossière, mais qui, retenue par les extrémités de ses sommiers dans de solides jambages de maçonnerie, nous fournira une clôture très résistante. Les grilles qui ferment les arcades du Garde-Meuble et du Ministère de la Marine, sur la place de la Concorde, peuvent donner une idée de ces sortes de travaux.

1. On nomme barreaux en flamme ceux dont la partie supérieure forme des courbes ondoyantes.

Supposons maintenant qu'au lieu d'employer, suivant l'usage adopté au xvii^ et au xviii^ siècle, des barreaux carrés pour former nos montants, nous donnions la préférence à des verges rondes, comme on l'a fait depuis cinquante ans pour un grand nombre de promenades publiques, notamment pour les Tuileries, le Luxembourg, le jardin de l'Infante (au Louvre), etc., le problème, bien loin de se compliquer, semblera au contraire plus facile à résoudre, puis-

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Fig. 41 à 44. — Sommiers préparés pour recevoir les barreaux d'une grille.

que, au lieu d'avoir une mortaise carrée à élégir, nous n'au-« rons qu'un trou rond à percer.

Le devoir du serrurier, toutefois, est, dans ces grands travaux, d'aller autant que possible à l'économie. Ne pouvant réduire le nombre des verges ou des barres, ni diminuer leur épaisseur sans enlever aux grilles non seulement leur solidité apparente, mais leur force réelle, il s'est appliqué à ne donner aux sommiers que la largeur indispensable. Pour cela, au lieu de creuser à froid les sommiers, on les fait rougir à la forge, et, à l'aide d'un mandrin, de même calibre que les montants, enfoncé à grands coups de marteau, on perce la barre de part en part sans aucune perte de métal. Celui-ci, refoulé par le mandrin, s'évase, formant autour une sorte de nœud ou d'anneau qui, convenablement réparé, ajoute à l'intérêt et à la solidité de l'ouvrage.

Ces nœuds, en effet, outre qu'ils rendent les traverses plus robustes , atténuent en partie la fatale monotonie de leur longue horizontalité. Lorsqu'à la place de verges on emploie des montants carrés, au lieu d'arrondir les nœuds formés par le refoulement du métal, on les façonne de telle sorte qu'ils présentent des côtés saillants et des angles coïncidant avec ceux des barreaux. Ainsi, soit que ces derniers offrent un de leurs côtés en façade, soit qu'au con^ traire ils montrent un de leurs angles ^ , les ressauts de la traverse accompagnent les contours des barreaux, si bien qu'une nécessité de construction se trouve transformée de cette manière en une sorte d'ornement qui n'est pas sans charmes.

Bien mieux, l'œil s'est tellement habitué à ôette succession de renflements qui donnent aux faces latérales des sommiers un air de vaillance et de force que, même dans les ouvrages où ils ne sont pas indispensables, leur présence paraît désirable, de telle sorte qu'aujourd'hui, pour les grilles soignées, en forgeant les sommiers, on ménage de distance en distance des renflements qu'on façonne avec soin et au milieu desquels, quand on ne les a pas préalablement réservés à la forge, on perce après coup des trousronds ou des mortaises.

Nous avons dit que les grilles ainsi construites étaient maintenues en place par les extrémités de leurs sommiers. Ceux-ci, armés de crampons, sont solidement scellés dans les jambages de maçonnerie qui limitent l'étendue des travées. Mais ces scellements, surtout lorsque les travées sont d'une certaine longueur, ne suffiraient pas à leur assurer la. force nécessaire pour résister sur toute leur étendue à des

1. Cette disposition n'est pas ordinaire. Cependant on peut yoir à lii Bibliothèque Nationale (du côté de la rue Vivienne) et au Val-de- Grùce de belles grilles qui présentent en façade l'angle de leurs barreaux montants.

poussées énergiques. Aussi, pour augmenter la résistance, a-t-on soin d'arrêter l'extrémité inférieure des barreaux

Fig. 45. — Grille extérieure exécutée par la luuisou Roy (rond-point des Champs-Elysées).

dans le sommier d'en bas et d'encastrer celui-ci de toute son épaisseur dans une suite de tablettes de pierre de taille qui servent ainsi de base à l'ouvrage. Cette précaution est surtout usitée dans la confection de ces grilles qui couron-

nent un petit mur d'appui et telles qu'on en peut voir à la terrasse des Feuillants et au Luxembourg. En outre, et pour accroître la solidité, de distance en distance on fortifie les travées soit par l'adjonction de contreforts droits qui, s'adaptant à un des barreaux, viennent ensuite, à l'aide d'une sorte de fourche solidement scellée, enserrer l'épaisseur du mur d'appui, soit au moyen d'arcs-boutants, employés surtout dans le voisinage des portes, pour assurer l'aplomb des montants qui en subissent le battement, ou encore lorsque les grilles descendent jusqu'à terre.

Ces arcs-boutants, qui prennent ordinairement la forme de consoles renversées, dont la volute, dans son grand développement, vient buter sur le sol, se transforment entre les mains des serruriers habiles en un motif d'ornement à la fois riche et gracieux. Habilement dissimulés par les barreaux dans l'axe desquels ils sont placés, on ne les aperçoit pas, quand on contemple la grille de face, en sorte que tout l'ouvrage a l'air de tenir debout comme par enchantement. Ils communiquent cependant aux grilles une solidité et un aplomb qui leur permettent de résister pendant des siècles à tous les chocs. Les arcs-boutants qui maintiennent les belles arcades dont Lamour a entouré la place Stanislas à Nancy, aussi bien que ceux qui consolident la grande porte de Paris à Reims, montrent que les grilles ainsi soutenues peuvent braver impunément l'action du temps et les injures des hommes.

Toutes les grilles dont nous avons parlé jusqu'ici sont, au point de vue de la fabrication, d'un modèle en quelque sorte rudimentaire. Elles se composent uniquement de barreaux ou de verges convenablement choisis, réunis en haut et en bas par une traverse. Mais soit qu'on veuille rendre l'ouvrage plus solide, soit qu'on désire simplement ajouter à sa beauté, le plus souvent, au lieu d'une seule traverse^ on en place deux à chaque extrémité, et pour orner davantage la grille, on garnit les entre-deux en forme de rectan-

gles qui se trouvent ainsi formés au sommet et à la base de la travée, soit de cercles de fer, soit d'anses de panier adossées ou affrontées , soit de tout autre motif du même genre, exécuté généralement en fer méplat, et qu'on fixe aux barreaux et aux traverses à l'aide de rivets ou de vis.

L'ensemble de l'ouvrage, grâce à ces adjonctions, perd son caractère de simplicité pour prendre un aspect plus décoratif. Le travail, toutefois, ne subit pas de modifica-

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