‹ La servante du curéChapitre 6 sur 36 · ANNETTE, M. DIDIER · texte numérisé non relu

ANNETTE, M. DIDIER

M. DIDIER

Ne vous chagrinez pas , mon enfant ; je ne vous renvoie pas ce soir... ce serait peu cliaiitable ; mais vous ne resterez ici que jusqu'à demain... c'est beaucoup... c'est trop, peut-être... mais je vous placerai ailleurs.

ANNETTE

Et moi qui désirais tant rester près de vous.

Mais c'est aussi près de moi, dans ce pays, chez une vieille dame un peu grondeuse, un peu... mais, du reste, très respectable... c'est la marraine de mon neveu.

ANNETTE, avec hésitation.

^ De M. Julien?

j M. DIDIER.

\ Ah ! vous savez son nom ?

ANNETTE, de même.

Oui... M. Magloire m'en a parlé.

M. DIDIER

Et il vous en a dit du bien, n'est-ce pas? J'espérais que son régiment ferait partie du camp de Compiègne, à deux lieues d'ici ; mais non. je me trompais, il serait déjà dans mes bras. Pauvre chéri, va!..

ANNETTE

)h ! je m'éloignerais bien vite.

M. DIDIER, se retournant vers Annette.

Que dites-vous, mon enfant?

ANNETTE

Je dis... je dis... que ce neveu... Vous l'iiimez donc bien?..

M. DIDIER

Si je l'aime ? un si bon sujet, un si honnête jeune homme, doux et timide comme une fille ! Ah ! dame... c'est moi qui l'ai élevé : il chantait comme un Chérubin... une petite voix llûtée et un caractère charmant... quand il ne me faisait pas enrager... r.i'a-i-il cassé des lunettes !.. Et des mœurs ! Ah î je suis bien sûr que les mauvais exemples n'ont pas gâté ce cœur-là... nous nous écrivons... j'achève de loin ce que j'ai commencé de près... Ces pauvres jeunes gens, c'est si fragile, mon Dieu !

ANNETTE, vivement.

Oh ! oui. (Se reprenani.) Je sais comment, avec le cœur le plus pur, on peut être trompée par un jeune homme... (Avec intemion.) doux et timide comme une jeune fille, un jeune homme abusé lui-même peut-être, mais, enfin, qui vous abandonne après vous avoir promis de vous épouser, après l'avoii- juré.

M. DIDIER

Eh mais! eh ma;s! vous en savez bien long, mon enfant!., quelle histoire me commencezvous là?

ANNETTE, troublée.

Oh ! ne faites pas attention... c'est... c'est l'histoire d'une pauvre (illc, que j'ai rencontrée hier en route, d'une lille bien malheureuse.

M. DIDIER

V Ah ! elle a peut-être mérité...

ANNETTE

Non ; elle n'avait pas mérité d'être repoussée par sa famille, bannie de son \illage.

"^ M. DIDIER, avec un ton sévère.

Et cette fille se nomme ?

ANNETTE

Monsieur le curé... (Magloire entre.)

Je veux savoir son nom.

ANNETTE

Catherine Jolivet.

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