‹ La servante du curéChapitre 9 sur 36 · SCÈNE VU · texte numérisé non relu

SCÈNE VU

pauvre, j'étais encore ohlîgé do prendre un dé-'^ tour pour lui faire accepter mon offrande.

^ M. DIDIER

Do la délicaicsse ! oh ! très bien ! c'est comme ça avec mes ouailles ! et comment t'y prenais-tu?

JULIEN

Dame , tantôt je lui demandais un petit verre, le plus souvent deux... quelquefois davantage , et toujours comme ça, en redoublant, selon la soif, par pure charité , et pour ne pas l'humilier... ou bien je réîjalais les camarades chez elle... toujouis par charité.

M. DlDiEU, riant.

F,hî eh! eh!., coquin! voilà une charité qui .:. te comptera pas là-haut!

nuEs.

Vous rieï, mon onde; allons tant mieux! tenez, je l'avoue, je vous respecte, je ne ferai jamais rougir vos cheveux biaiics , et je n'-Miblierai pas que je porte un ecclé.siaslique dans ma famille; mais que voulez-vous? le soldat, de sa nature, est toujours un peu carotlior.

DIDIER

Carottier? qu'est-ce que c'est que ça?

JULIEN

La carotte , mon oncle ?. . mais c'est ce qu'il y a de mieux inventé au monde. La betterave, c'est bon, c'est du sucre, c'est de la salade, bien! mais la carotte c'est à la fois le sucre , la salade, et le veau rôti !.. il en sort de bon vin , il en sort du plaisir , il en sort des écus 1 c'est le dieu des dieux pour le troupier ! c'est la joie du rœiir, c'est la paix de l'àme ; c'est la carotte qui ralluaie l'amour, qui entretient l'amitié!., c'est le beuire dans les épinards.

M. DIDIER, en riant.

Ah oui! ah oui! bien, j'y suis!., mauvais sujet! mais moins haut... il y a là une jeune fille.

JULIEN

Bah ! ce n'est plus la mère Simouneau , c'est une jeune, j'aime mieui: ça.

M. DIDIER , sévèrement.

Hein?

JULIEN

C'est-à-dire... ne craignezrien; oh! les femmes! les jeuues, les vieilles... lini!.. les vieilles, surtout.

MAGLOIRE, rentrant.

C'est fait. L' couvert est rais.

M. DIDIER, à Julien.

Allons, viens te melire à table.

JULIEN

Merci, mon oncle, je sors d'en prendre. Puis, je ne serais pas fôché de fumer une pipe , et vous n'aimez peut-être pas ça.

M. DIDIER

Tu veux fumer? en ce cas , reste ici,

MAGLOIRE

Comment , il va rester ici.

Viens, Magloire , suis-moi! (A part.) Les habitudes sont un peu déformées. . . mais toujours. . . (Il indique son cœur.) Par exemple, il n'a plus sa petite voix flùtée! (a Julien.) Bonsoir, monneveu. (A Magloire.) Allons, viens, suis-moi.

(11 entre Uaus sa chambre.) «^

JULIEN, raccompa);nant.

Au revoir, mon oncle... je vas fumer ma vieille bouffarde.

MAGLOIRE, à part, avec un air de mépris. Il va fumer sa vieille boullarde.

JULIEN , à Magloire.

Demi-tour à gauche !

MAGLOIRE, à part, du càtu opposé.

Le plus souvent que je vais le laisser seul avec une innocente jeunesse... (Haut et résolùuicni.j Dites donc... est-ce que...

JULIEN, d'un ton significatif.

Hein?

MAGLOIRE

J' VOUS suis, monsieur le curé !

(Il rentre en courant.)

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