‹ La sexualité dans les naissances françaisesChapitre 10 sur 41 · IT · texte numérisé non relu

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Pour établir la supériorité des naissances masculines, nous avions décomposé le phénomène en ses éléments. Ne serait-il pas instructif aussi de faire une semblable décomposition pour la supériorité des existences féminines ? Sans doute ; mais ici, le principe de la distinction va changer. On ne peut plus s'attacher aux mêmes critères que précédemment. Car le cours de la vie bouleverse les cadres dans lesquels on faisait entrer les individus à la naissance. Nous savons combien il nait d'enfants de chaque sexe : 1° par départements ; 2° à la campagne, à la ville, dans la capitale ; 3° légitimes et illégitimes. Nous pouvons bien encore savoir comment les sexes se répartissent, dans la population existant au jour du recensement, suivant les deux premières divisions. Mais cette répartition est sans lien avec celle qui existait au jour de la naissance, en raison des migrations intérieures qui ont fait changer l'habitat d'un très grand nombre de Français. Quant à la question de filiation légitime ou naturelle, il serait désobligeant de la poser aux millions de personnes auxquelles on demande de remplir une fiche de recensement, et on s’exposerait sur ce point à trop de réponses inexactes.

Mais il est un autre mode de décomposition de la population recensée qui va nous être plus utile. On demande en effet, lors du recensement, à chaque habitant son âge, el il ne semble pas, malgré la coquetterie féminine, que les déclarations soient souvent inexactes en cette matière. Puis on fait le total, sexe par sexe, des individus du même âge, el on les dispose en tranches d'âge an-

nuelles et quinquennales. Des tableaux de la population française ainsi divisée par sexe et par âge figurent dans les publications de nos divers recensements. Nous avons examiné particulièrement ceux que comprennent les deux recensements de 4901 et de 1906, pour essayer de dégager la leçon des faits qui s'y trouvent analysés.

Ces faits peuvent se résumer ainsi. D'après le recensement de 1906, il y a un peu plus d'hommes que de femmes dans toutes les tranches d'âge comprises depuis la naissance jusqu'à dix-huit ans. A partir de ce moment, les proportions s'intervertissent, et il ÿ a, pour toutes les tranches d'âge comprises entre dix-huit ans et le décès (sauf pour la tranche allant de 30 à 34 ans), notablement plus de femmes que d'hommes. — D'après le recensement de 1901, les choses sont un peu plus complexes. L'excès de garçons apparaît là chez les enfants nés dans l’année du recensement (c’est-à-dire dans les quelques semaines qui séparent le 1° janvier du jour de ce recensement) et dans l’année précédente. Il se transforme en un léger excédent de filles pour les enfants ayant de 1 à 6 ans. 1l reparaît très légèrement chez les enfants de 7 ans, disparaît chez ceux de 8, reparaîl chez ceux de: 9 à 47. À partir de 18 ans, c'est partout le sexe féminin qui domine. — Si l’on veut synthéliser ces résultats, or constate qu'il y a, dans les deux cas, excès de garcons au début de la vie, excès de filles depuis dix-huit ans, les années comprises entre une et dix-huit donnant des résultats variables. Et comme les écarts en l’un ou l'autre sens ne sont jamais bien grands dans ces années intermédiaires, on peut formuler l’ensemble des résultats, approximativement, de la façon suivante. Le nombre des hommes est plus grand jusqu'à un an que celui des femmes: il lui devient ensuite à peu près égal, dans

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chaque tranche, jusqu'à dix-huit ans; au-dessus de cet âge, il lui devient inférieur.

Comment cela s'explique-t-il? Deux causes seulement peuvent être assignées à la diminution du nombre des hommes : l’'émigration et la mort. La première n'opère, en France, que dans une bien faible mesure. IL reste donc que ce soit la seconde qui joue le rôle capital.

Cette déduction peut, du reste, être confirmée par l'observation directe. Nous possédons en effet, dans un document autre que le recensement, dans la statistique annuelle du mouvement de la population, le chiffre des décès qui se produisent chaque année, par âge et par sexe. Examinons donc à cet égard la statistique de 1906, c'est-à-dire de l’année même où a été opéré le dernier recensement sur lequel nous venons de nous appuyer, pour que les données provenant de ces deux sources distinctes soient aussi exactement comparables que possible. Nous trouvons (1) que, pour les enfants de moins d’un an, il est, en 1906, décédé 64.192 garçons et seulement 51.560 filles (2). On sait que la mortalité de la pre-

(1) Voir Annuaire statistique, 1907, page 14.

(2) Cela donne un rapport de 124,5 à 100. On a les moyens de décomposer ces nombres, car la Statistique annuelle du mouvement de la population indique combien il meurt de garcons et de filles avant 5 jours, de 5 à 9 jours, de 10 à 14, de 15 à 29, d’un mois, de 2 mois, de 3 à 5 mois, de 6 à 8, de 9 à 12 mois. En 1906 (page 97), la proportion des décès masculins aux décès féminins est, pour la première de ces tranches, de 130,6 à 100. Pour la dernière, elle n’est plus que de 113,1, à 100. Les calculs, que nous avons faits également pour les tranches intermédiaires, prouvent que la réduction de l'écart se fait sans régularité. Pour opérer avec une absolue précision, il faudrait, pour chacun de ces âges, déterminer le nombre des enfants des deux sexes restant en vie, fixer le coefficient de la mortalité masculine et ce-

mière année est de beaucoup la plus forte. Pour l’ensemble des enfants de moins de cinq ans, il est, en cette même année, décédé 86.803 garcons et seulement 72.821 filles. Ainsi, dans le premier âge, la mortalité frappe beaucoup plus durement le sexe masculin. Plus tard, les proportions s’'intervertissent ; de 3 à 9 ans, de 10 à 14, de 14 à 15, il meurt un peu plus de filles que de garçons. Au contraire, de 20 à 24, et de 24 à 29 ans, il disparaît un peu plus de garçons que de filles. Et ensuite, il décède beaucoup plus d'hommes que de femmes dans chacune des périodes quinquennales qui s'étagent de 30 à 69 ans. La mort à fait alors tant de vides dans les rangs masculins que l'égalité se rétablit de 70 à 74 ans, -et que les décès féminins prédominent forcément audessus de ce dernier âge. Il ne nous appartient pas, dans un travail qui n’a pas pour objet la mortalité, de pousser plus loin notre enquête sur ce point. Bornons-nous à constater que, dans l’ensemble, à tous les âges, sauf de 5 à 19 ans et à partir de 70, la mortalité masculine présente toujours un excédent, et parfois un excédent considérable, sur la mortalité féminine.

Ces résultats sont confirmés par Ceux des années voisines. Ils le sont aussi par ceux des pays voisins. En Prusse, en Autriche, en Angleterre, on voit, dans les tranches d’âges successives, le chiffre relatif des hommes décroître, par rapport à celui des femmes, suivant une progression analogue ; en Hongrie et en Italie, il est vrai, le premier demeure toujours, au contraire, supérieur au second. Un auteur allemand, le D' Arthur

lui de la mortalité féminine pour cette tranche, et chercher le rapport de ces deux coefficients. Ces calculs très longs sont ici sans grand intérêt.

Grünspan, à fait récemment celte comparaison (1). Au moyen de tables de mortalité tirées des statistiques les plus voisines de 1900 — pour la France, des slalistiques de 1898 à 1903 (2) — il a dressé des coefficients de masculinité pour chaque âge. Voici ses chiffres en ce qui concerne la France.

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Ainsi le fait de la réduction plus forte des effectifs masculins par la mortest, pour notre pays, parfaitement établi. Il trouve d'ailleurs une confirmation frappante dans le phénomène relevé au second paragraphe de notre dernier chapitre. Nous y avions vu que chez les morts-nés, le rapport des garçons aux filles est très élevé, beaucoup plus considérable que chez les nés-vivants. Ge phénomène va pouvoir maintenant s'expliquer, très simplement, par sa coïncidence avec nos dernières constatations. La mortli-natalité, si elle est une forme de la natalilé, est aussi une forme de la mortalité. Elle se rapproche, à cet égard, de la mortalité infantile, surtout de la mortalité du premier âge, Or, nous venons de remarquer que, dans les cinq premières années, el surtout

(1) Zur Frage des Geschlechtsverhaelinisses der Geborenen, p. 20. (2) Cette table est donnée dans la Statistique internationale dw mouvement de la population, 1907, page 549.

dans la première année, il y a un grand excès de mortalité masculine. La morti-natalité présente le même caractère amplifié. Avant naissance, il meurt 435 garcons pour 100 filles ; dans la première année, il meurt 124 garçons pour 100 filles ; dans les quatre années suivantes, il meurt 107 garçons pour 100 filles (4), tandis qu'ensuite l'excédent des décès se trouve du côté féminin. Il ÿ a une parfaite continuité entre ces divers phénomènes. [is se résument tous dans le fait suivant : le taux de la mortalité masculine comparée à la mortalité féminine est extrèmement élevé immédiatement après la procréalion, dans la vieintra-utérine ; il se réduit aussitôt après la naissance, mais pour rester encore considérable ; il va décroissant ensuite progressivement jusqu’à vingt ans environ. C’est donc surtout au début que l’homme est, par rapport à la femme, le plus exposé. A ce moment, il est loin de constituer encore « le sexe fort ». La morti-natalité est le premier et le plus actif réducteur de J’excédent des mâles ; la mortalité infantile en est le second.

Que conclure de tout cela? C'est que nous avons maintenant le fait intermédiaire que nous cherchions tout à l'heure. Nous avions constaté, d’une part, la supériorité des naissances et surtout des procréations masculines ; d'autre part, la supériorité des existences féminines. La possibilité de leur concomitance s'explique, actuellement, par la supériorité des décès masculins. En somme donc, nous arrivons à une formule qui synthétise cette thèse et cette antithèse et qu'on peut considérer comme récapitulant tous les phénomènes observés jusqu'ici. Voici, dans

(1) Ces rapports sont tirés des chiffres donnés plus haut.

sa complexité, cette loi fondamentale : normalement, il est procréé, en notre pays, bien plus de garcons que de filles, mais, comme il en meurt aussi beaucoup plus, il se trouve toujours moins d'hommes que de femmes au total dun moment quelconque.

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