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CHAPITRE IV

Supériorité des existences féminines.

SOMMAIRE. — [. Généralité de ce phénoméne. — I. Sa conciliation avec le précédent, par la plus grande mortalité des mâles.

L'examen des registres de naissance et la statistique annuelle da mouvement de la population, fondée sur

eux, nous ont montré la supériorité constante des naissances masculines sur les naissances féminines. Tournons-nous maintenant vers l’autre source d'informations, vers les recensements périodiques de la population francaise. Geux-ci vont nous faire voir un autre fait non moins important, non moins général, mais directement opposé au premier : la supériorité constante des existences féminines sur les existences masculines.

Nos recensements s'opèrent tous les cinq ans, à un jour donné. Ils embrassent donc l’ensemble de la population se trouvant ce jour-là sur notre territoire. Entre autres indications, ils donnent pour chaque habitant recensé celles du sexe, de l’âge, de la nationalité. Or, invariablement, depuis de longues années, le lotal des

femmes s'y montre supérieur à celui des hommes. En effet, si nous envisageons les chiffres fournis par les recensements effectués depuis quarante ans, en observant qu'on à fait en 1872 celui que les événements avaient rendu impossible en 18%1, nous voyons qu'ils sont les suivants (1) :

Années Hommes Femm:s , 17.982.511 18.120.410 18.373.639 18.532.149 : : : 18.656.518 18.748.772 18.900.312 19.030.049 18.932.354 49.201.031 PAT US 18.922 651 19.346.360 RL Re 18.916.889 19.533.899 PR PR NA EN ES NS 19.099.721 19.744.932 |

Ainsi, le nombre des femmes apparaît, en ces dernières années, comme excédant d'un demi-million environ celui des hommes.

A vrai dire, ce tableau appelerait quelques remarques. D'abord, il ne peut tenir compte que des Français habitant la métropole. Or, il y a un assez grand nombre de nos compatriotes à l’étranger el aux colonies. La plupart de ceux-ci sont du sexe masculin. Aux colonies, les soldats, les fonctionnaires, et le plus souvent les colons ne peuvent, surtout pour des raisons climatériques, amener :eurs femmes. À l'étranger, bien qu'il y ait des familles

(1) Ces chiffres ont été réunis, pour 1872 à 1901 inclus, dans les Résultats statistiques cu recensement général du 24 mars 1901, tome IV, page 12. Ceux de 1906 figurent dans les épreuves du volume correspondant du recensement général du # mars 4906, non encore publié ; on a bien voulu nous les communiquer au Service de la statistique générale.

et des couples qui s’expatrient, on rencontre aussi des Français célibataires ou isolés, et ce sont plus souvent, semble-t-il, des hommes que des femmes. L'écart de nos deux colonnes serait donc diminué de ce fait, sur lequel, malheureusement, on n’a pas de données stalistiques précises.

Puis, après l’émigration des Français au dehors, il faudrait noter l'immigration des étrangers en France. Gelleci est numériquement plus importante encore que l’autre. Le recensement du 4 mars 1906, le dernier dont les résultats soient connus, signalait la présence sur nolre territoire métropolitain de plus d’un million d'étrangers, dont 554.064 hommes et 492.841 femmes. Presque tous étaient nés à l'étranger : car aujourd'hui, en vertu de notre loi du 25 juin 1889 sur la nationalité, les enfants nés en France d'étrangers sont conditionnellement Français ; ils comptent comme Français dans nos stalistiques. L'excédent des immigrants sur les immigrantes balance sans doute l’excédent de nos émigrants sur nos émigrantes, et les conclusions à tirer du tableau restent ainsi à peu près exactes. En d’autres termes, l'écart qui résulte de ce tableau entre les deux sexes se retrouverait sensiblement le même,si,au lieu d'envisager (comme l'a fait ce tableau) les habitants de la France quelle que soit leur nationalité, on envisageait les nationaux français quel que soit le pays où ils résident.

Donc, pour la France, on constate un excédent considérable de population féminine. En est-il de même dans les autres pays ? Il semble bien qu'il en soit ainsi, dans le plus grand nombre des cas. À cet égard, un tableau a été dressé par la statistique officielle d’après les résultats des recensements faits dans les différents Etats à des dates aussi voisines que possible les unes des

autres, et toutes choisies presque à lexpiration du

xixe siècle (1). Nous en exlrayons les données suivantes :

Pays et années Hommes Femmes Royaume Uni, 1901 : . : . 20.102.408 21.356.313 Belgique, 31 décembre 1900 . 3.324.834 3 368 714 Espagne, 31 décembre 1900. . 9.087.221 9.530.205 Tale 16 155.130 16.320 123 Autriche-Hongrie, 31 déc. 1900. 22.434 845 22.970 422 Empire Allemand, déc. 1900. 27.737.247 28.629.931 Russie d'Europe, 1897. . . . 45.749,57 47.693 299

Dans tous ces pays, il y a, comme en France, un notable excédent de femmes. L'écart entre les deux sexes s'y montre souvent assez analogue à ce qu'il est dans notre patrie. S'il est nettement supérieur dans l'Empire Allemand et surtout dans le Royaume-Uni (Angleterre, Galles, Ecosse et Irlande) cela doit tenir au forl contingent d'hommes que ces deux nations envoient, l’une à l'étranger, l’autre dans ses colonies.

ILest vrai que, d'un autre côté, il est des pays qui, d'après ce mème tableau et à des dates voisines, présentent un excédent de population masculine. Ce sont:

1° L'Alsace-Lorraine, sans doute à cause de l'immigration masculine allemande (soldats, fonctionnaires, ete…..);

2° Le grand-duché de Luxembourg ;

3° Les Elats balkaniques : Grèce, Bulgarie, Serbie, Roumanie (la Turquie n’a pas été recensée), probablement par suite de l'extraordinaire excédent de naissances masculines qui caractérise leur natalité ;

4 Les Etats-Unis d'Amérique (38.816.448 hommes,

(1) Annuaire statistique, 27° volume, 1907, appendice, p. 157 *,

contre 37.178.127 femmes au 1* juin 1900), apparemment en raison d'un afflux d'immigrants surtout masculins ;

3° Les Etats australiens, pour la même cause vraisemblablement ;

6° Le Japon.

On voit que nous n’avons voulu éliminer aucune des exceptions à ce que nous considérons comme la règle. Mais on voit aussi que la plupart s'expliquent par des causes qui font ressortir ce que leur cas a d’anormal. Il reste donc que, dans la majorité des pays en équilibre, dans ceux qui sont directement comparables au nôtre, le nombre des femmes excède, le jour du recensement, celui des hommes. Et ce résultat n’est pas vraiseulement pour le recensement le plus voisin de la fin du dernier siècle, dont nous avons donné les chiffres. Il l’est aussi, d'après le même tableau officiel, pour les recensements antérieurs, au moins en ce qui concerne la population comprise entre 15 et 59 ans (1). Le fait ainsi constaté a, par là, une double généralité, dans le temps et dans l’espace. Nous le résumerons en disant que normalement il existe moins d'hommes que de femmes.

Gette proposition fait directement antithèse à cette autre, à laquelle nous étions arrivé à la fin du chapitre précédent : normalement, il est engendré plus de garcons que de filles. Elles sont pourtant vraies toutes les deux à la fois : lesconstatations répétées et concordantes de la statistique l’établissent avec certilude. Il faut donc qu'il y ait quelque moyen de les concilier, de résoudre leur apparente opposition. Cherchons le fait qui les

mettra d'accord.

(1) Ibid., page 158 ”.

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