CHAPITRE VIII
Variations du rapport suivant la filiation.
SOMMAIRE. — Supériorité du rapport chez les enfants légitimes ; examen et explications possibles de ce fait.
Nous arrivons à l’un des points les plus délicats de notre enquête. Les faits d'ordinaire admis semblent ici favorables à une conception opposée à la nôtre. ll nous faudra scruter leur valeur et leur généralité, Définissons d’abord l’objet de cette nouvelle recherche.
Pour la loi française et pour toutes les lois de l'Europe, les naissances se distinguent en légitimes et illégitimes. Toutes les statistiques donnent donc des tableaux distincts pour ces deux filiations. Même, la statistique frauçaise compte à part ceux des enfants naturels qui ont été reconnus par leurs pères dans leurs actes de naissance.
Or, les chiffres relevés semblent montrer, depuis longtemps, que le coefficient de masculinité est plus haut chez les enfants légilimes que chez les enfants naturels. Le fait a été signalé, comme constant pour tous lespays, par Quetelet, par Bertillon pèreet par Levasseur (1). Comment
(1) Ce dernier donne comme coefficient moyen de masculinité, en France,au xix° siècle : pour les enfants légitimes : 105 ; pour les illégitimes : 103,8.
l'expliquer ? Si l’on voit dans l’excès de mâles une supériorité, on est porté à trouver très logique que cet avantage appartienne surtout aux unions légitimes. La naissance d'un garçon est ainsi, dit-on, le prix de la moralité. À quoi l’on a même ajouté qu’elle en pourrait être la conséquence.
Sans discuter ici la valeur de ces dernières conceptions, examinons les faits qui leur servent de bases. Il semble qu'on ne les ait pas toujours vus fort exactement.
Prenons d'abord, à titre d'exemple, les chiffres des naissances françaises pour l’année 1906. C'est, comme nous l'avons indiqué précédemment, la dernière pour laquelle la Statistique annuelle aît été publiée. Nous trouvons, pour les enfants déclarés vivants, les tolaux suivants (1) :
Caté gories Garçons Filles Hnfants M lésitines CMS RSR. 375.263 360.718 RES SERIES reconnus par le GANT 5.605 père sur l’acte de naissance . . .
Enfants illégitimes non reconnus par} + 50 le père. : À 29.871 29.213
Les coefficients de masculinité respectifs sont, pour la première catégorie : 104,03; pour la seconde : 108,4 ; pour la troisième : 102,2. La troisième renferme les enfants naturels typiques, si l'on peut ainsi dire. C’est donc elle qu'il faut d'abord opposer à la première. Si on le fait, on constate que son coefficient est de près de 2 0/0
(1) Ces divers chiffres figurent dans la Statistique annuelle du
mouvement de la population pour 1906, page 9%, et dans l’Annuaire statistique de 1906, pages 10 et 11.