‹ La sexualité dans les naissances françaisesChapitre 32 sur 41 · IT · texte numérisé non relu

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masculinité à la suite d’une crise économique ruineuse. Mais cela n’est pas possible, pour une double raison. D'une part, la fortune ne succède point brusquement à la pauvreté, ni la pauvreté à la fortune, pour une masse sociale considérable, surtout de nos jours. D'autre part, l'écart entre les plus hauts coefficients de natalité et les plus bas se trouve, pour notre pays et pour notre temps, si resserré que de grandes oscillations n’y sont pas possibles. Ainsi, ni la cause, ni l'effet, ne sauraient présenter, en notre cas, des variations considérables. — On pourrait faire l'hypothèse d’une famine venant ravager une partie du territoire. Mais elle est, heureusement, irréalisable. Aujourd'hui, avec le progrès des communications, les récoltes de tous les pays arrivent au marché mondial: le déficit de la production sur un point est immédiatement comblé par l'excédent qui s'est produit ailleurs. Seulement, dira-t-on, il ne suffit pas que la région où la récolle a manqué ait la possibilité abstraite de faire venir des denrées du dehors ; il faut aussi qu’elle en ait les moyens concrets, qu'elle possède les fonds nécessaires, et justement l'arrêt de sa production les lui enlève. Sans doute, mais le concours de l'Etat et les souscriptions privées viennent bien vite à son aide. En fait, dans la période éludiée par nous, aucune diselte n'a affligé pour une durée très appréciable une portion étendue du lerritoire français. C'est une supériorité évidente de l'époque contemporaine sur toutes celles qui l'ont précédée. — De ceci mème on peut tirer une remarque qui se rapporte à notre objet propre. Si le coefficient de masculinité a pris pour loute Ja France une valeur uniforme, ne le doit-il pas peut-être, au moins en partie, à ce que les conditions minimæ d'existence s’y sont égalisées, par le fait justement du progrès des com-

municalions ? ]1 n’est pas téméraire de le supposer. Et, sil en est réellement ainsi, on sent que les faits économiques ont joué un grand rôle dans la détermination du phénomène biologique qui nous occupe.

A côté de l'hypothèse d'une famine, il en faut placer une autre,qui est malheureusement moins éloignée de la réalité. C’est celle d'une guerre. Ce phénomène est d’origine politique ; mais il a d’incontestables répercussions économiques, par les ruines qu'il entraîne. Aussi ne nous élonnons-nous pas d'entendre dire, que dans les années de guerre il est engendré beaucoup plus de garçons que de filles (1). Celle vue est même assez répandue parmi les auteurs allemands. Toutefois, le plus récent d’entre eux a fait justement observer qu’elle n’est pas suffisamment étayée de données numériques indiscutables (2). Pour la France, elle est confirmée par la statistique officielle, mais avec une portée assez restreinte. Les naissances de l’année 1871 proviennent cerlainement, en majeure partie, de conceptions qui se plasçaient pendant la guerre franco-allemande, l'invasion étrangère et l'insurrection de la Commune. Or, le coefficient de masculinité a été, pour cette année, de 105. Il est légèrement en excédent sur le coefficient de la période quinquennale antérieure 1866-70, qui était de 104,8. L'écart s'aggrave de ce fait que, normalement, il eût dû être légèrement en recul sur ce dernier, puisque la baisse de ce coefficient dans le temps est le phénomène usuel. Malgré tout, l'écart est trop faible pour être extrèmement probant. Pourtant, rapproché des autres fails cités au cours de ce travail, il vient à l'appui de la théorie qui

(1) Alfredo Niceforo, Les classes pauvres, 1905, page 125. (2) Grünspan, op. cit., page 16.

voit un indice péjoratif dans la hausse de la masculinité (1).

Reste enfin à considérer un dernier facteur possible. Celui-ci est d'ordre moral. Il consiste dans les idées répandues, au sein de la société étudiée, sur ce qu'il est souhaitable de voir réaliser en matière de natalité et de masculinité. Désirera-t-on beaucoup d'enfants et particulièrement beaucoup de garçons? On continuera à procréer, dans la mesure où on le peut, jusqu'à ce qu'on aît réalisé son rêve. En souhaite-t-on, au contraire, le moins possible ? On s'arrêtera après le ‘premier enfant, ou au moins après le premier garçon. Les idées qui ont cours à cet égard dans un pays dérivent de sources diverses. Les unes sont d'origine religieuse : tous les cultes se sont montrés favorables à la continuation et à l'extension de l'espèce humaine. Les autres sont d’origine économique : dans cerlains milieux, on a intérêt à avoir des enfants, qui peuvent être une source de gains; dans d’autres, on a intérêt à en avoir peu, car on les envisage plutôt comme une source de dépenses, et on veul éviter le morcellement du patrimoine familial entre plusieurs descendants. Ces causes agissent sur le désir de postérité en général. Quant au désir d’une postérité

(1) Nous avons raisonné, dans le texte, d’après les coefficients calculés officiellement. La Statistique du mouvement [de la population, pour les années 1899 et 1900 (tomes 29-30 de la collection) donne, dans ses lableaux récapitulatifs (pages C et CV) les coefficients suivants : 106 en 1869 ; 105 en 1870, 1871, 1872; 106 en 1873 et 1874 ; 105 en chacune des cinq années 1875 à 1879. Nous avons tenu à calculer personnellement ces coefficients d'après les éléments détaillés fournis par les mêmes tableaux. Nous avons trouvé notamiient : 104,78 pour 1870 ; 104,87 pour 1871 ; 194,86 pour 1872,

mâle en particulier, il reconnaît aussi des causes. Nous les avons dégagées dans le précédent chapitre, en montrant leur action. Tous ces souhaits, naturellement, prennent dans chaque esprit une tournure particulière. Mais ils relèvent aussi des courants d'opinion collectifs, qui se forment et circulent dans la société tout entière. Voilà pourquoi, tout en les ayant signalés antérieurement parmi les causes psychiques de la masculinité, nous devions les rappeler ici parmi ses causes sociales.

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