CONCLUSION
certaines viennent encore à l'appui des mêmes idées. Des départements pauvres, comme la Lozère et le Morbihan, ont montré un coefficient de masculinité élevé. A Paris, l'excès de mâles s’est trouvé à son minimum pour les procréations du mois de juin, l’un de ceux où la vie est le plus facile au grand nombre. Il tombe aussi à son minimum quand les parents sont du même âge, tandis qu’il se relève quand l'écart grandit entre le mari et la femme. Il est plus élevé parmi les ouvriers de l'Etat que parmi ses employés. Il s'est légèrement accentué après une guerre désastreuse. Beaucoup d’autres faits de tout ordre ont été observés par nous au cours de ces recherches et nous les avons consignés impartialement dans notre travail,sans nous préoccuper de savoir s’ils se rattachaient à notre théorie générale, s’ils en restaient indépendants ou si même ils ne venaient pas dans une certaine mesure la contredire. En cette page, nous avons cru pouvoir rappeler seulement quelques-uns de ceux qu'elle est particulièrement apte à expliquer et qui peuvent ainsi lui servir d’ « illustrations »
Nous n'avons pas la prélention de croire que la théorie ainsi esquissée par nous soit dès maintenant établie dans son ensemble. Mais nous jugeons possible de faire en elle le départ de ce qui reste incertain et de ce qui, au contraire, est acquis. Ce qui demeure douteux, c’est la formule la plus générale que nous ayions posée : à savoir que l'excès de mâles dérive d’une nutrition défectueuse. Car nous savons bien qu'il s’est produit, en dehors du cadre de nos recherches, un nombre infini de faits — relatifs à d’autres nations et à d’autres espèces vivantes — dont il faudrait tenir, dans une théorie intégrale de la sexualité, autant de compte que de ceux auxquels nous nous sommes attaché. Aussi ne présentons-nous notre
conception d'ensemble que sous ces expresses réserves Ce que, à l'inverse, nous considérons comme établi, c'est une aulre proposition beaucoup moins générale, mais susceptible par là même d'une démonstration plus précise : à savoir que, depuis le début du xix®siècle, en Europe et particulièrement en France, l'excès de mâles se réduit avec le développement de la richesse publique. Celle-ci, les plus importants résultats de nos recherches, ceux qui sont appuyés sur les relevés statistiques les plus amples, concourent à la confirmer. Encore n'avons-nous pas dissimulé que, sur certains points, on rencontre des faits particuliers qui ne s'expliquent pas par elle oa qui même lui semblent opposés. Mais n'est-ce pas là le sort de presque toute formule scientifique ?
Celle-ci est soumise, comme les autres, au contrôle de l'observation ultérieure, à la révision de l'avenir. En tous cas, les faits que nous avons réunis demeureront des éléments dont une synthèse future pourra profiter. Notre théorie ne vaut pas pour l'éternité ; elle n’embrasse pas toutes les espèces vivantes, pas même loule l'espèce humaine ; dans notre pays, elle ne rend pas à elle seule raison de tous les phénomènes constatés. Nous croyons du moins qu’elle résume une face de la réalité, en un point de l’espace, à un moment de l’évolution.