LE BASSIN DE L’YÉNISÉI (SUITE
L’Yéniséi en aval Krasnoiarsk. — Tribus Toungouses et Ostiakes de ses rives. — Particularités qui les distinguent. — Visites successives à un prince toungouse et à son collègue ostiak. — Richesse du premier, pauvreté du second. — Costumes et danses. — Rivalité de l’Yéniséi et de l’Angara. — La ville d’Irkoutsk.
Autour de Krasnoiarsk le paysage en été peut être appelé beau , grâce à l’aspect varié des montagnes et des vallées où l’agriculture a pris plus de développement que sur tout autre point au delà de l’Oural. Cette partie du bassin de l’Yéniséi est un des plus favorisées de toute la Sibérie. Les minéraux précieux abondent dans les montagnes qui l’encadrent, et la garantissent des vents violents de la plaine sibérienne ; les cours d’eau qui les baignent donnent lieu à d’innombrables lavages d’or, et le grand Yéniséi roulant ses larges ondes à travers des champs fertiles couverts de seigle, de
sarrasin, de tabac, imprime à toute la contrée le plus pittoresque caractère.
Dans le courant d’un beau mois de juin, Castren que nous suivrons encore ici, descendit le fleuve jusqu’à l’embouchure du Sym.
« On n’apercevait, dit-il, sur ce point ni comptoirs de chercheurs d’or, ni huttes de cultivateurs russes; mais on trouvait des habitations d’un genre particulier qui, malgré leur pauvreté, sont tout à fait dignes de l’attention du voyageur. Un prince toungouse et un prince Ostiak , avaient descendu la rivière Sym, et établi leurs cantonnements à son confluent, où chaque année, d’après une vieille coutume, ils se réunissent pour verser les tributs qu’ils doivent à la Couronne, et vendre leurs pelleteries aux marchands d’Yéniséisk, ville de 6 à 8000 âmes, située sur la rive gauche du grand fleuve et qui doit à ce commerce d’échange sa raison d’être et sa prospérité. Le marché annuel n’était pas encore ouvert, mais les tentes d’écorce étaient dressées et disposées de la manière habituelle. Elles se divisaient en deux groupes, dont l’un naturellement appartenait aux Toungouses et l’autre aux Ostiaks. Ces groupes se trouvaient à une distance considérable l’un de l’autre, par suite de la discorde qui continue à diviser ces tribus, différentes de langage, de mœurs, de religion. Au milieu des tentes ostiakes, on voyait se mouvoir des hommes