‹ La Sibérie d'après les voyageurs les plus récentsChapitre 13 sur 28 · I.e lac Bttikal et ses borda · texte numérisé non relu

I.e lac Bttikal et ses borda

« Lorsque l’on sort d’Irkoutsk, la route pénètre dans une partie boisée de la vallée d’Angara, et s’élève beaucoup au-dessus -du fleuve. Je remarquai que les deux côtés de la vallée étaient couverts d’arbres jusqu’au bord de l’eau. Des blocs de grès, accumulés en cet endroit, forment de hautes falaises au-dessus de l’Angara qui coule avec rapidité. A dix milles environ de la ville je rencontrai une vingtaine de chevaux qui tiraient un soudna sur le fleuve pour le mener dans le Baikal. Ce navire venait de porter à Irkoutsk 600 caisses et 25 000 briques de thé. Quoique la distance d'Irkoutsk au Baikal ne soit que de 40 milles, le courant est si

fort qu’il faut trois jours pour amener le vaisseau à 4 milles du lac; et que là, il faut encore un jour, même en doublant l’attelage, tant le courant est rapide.

« Comme la route domine la vallée, elle offre en divers endroits de très-beaux points de vue. Parfois le regard admire d’énormes falaises couvertes de pins et de cèdres ; ailleurs, d’épaisses forêts descendent vers le fleuve qu’on aperçoit au loin dans toute sa largeur. Puis la vallée devient plus escarpée et les rochers, agglomérés en grande masse, bordent dans les montagnes de nombreux ravins. Au delà de ce point, la route passe au bord d'une paroi très-élevée, à pic sur le fleuve. Les deux côtés de la vallée témoignent hautement des grands déchirements qui l’ont bouleversée.

« Cinq milles environ avant d’atteindre le Baikal, il y a un passage qui force tout voyageur à s’arrêter. La vallée s’agrandit et les montagnes s’élèvent à pic à une grande hauteur. L’Angara large de plus d’un mille se précipite entre elles, à sa sortie du lac, avec l’impétuosité d’un torrent. Un peu plus loin, au milieu même du fleuve, surgit une grande masse de rochers, appelée Shaman-Kamen. Au delà on aperçoit la vaste nappe du Baikal qui s’étend à cinquante milles, jusqu’au pied de l’Amar- Daban, dont le sommet est couvert de neige même en juin. Les torrents écumeux qui jaillissent de

toutes les ravines, les rochers escarpés frangés de bouleaux et couronnés de pins, enfin la teinte éthérée qui baigne toute cette scène en font un paysage d’une beauté grandiose.

« Quelques milles plus loin, le Baikal apparaît comme une mer et l’on entend le bruit de ses vagues contre les rochers. Le Shaman-kamen est encore bien plus facile à distinguer. Tandis que je contemplais ce rocher je ne pouvais m’empêcher de songer aux scènes dont il avait été le théâtre. Cet endroit est considéré comme sacré par tous les adeptes du Chamanisme, et ils n’y passent jamais sans y témoigner de leur dévotion. De grossières figures sont gravées à la surface de ce roc, et de son sommet des hommes, des femmes et des enfants ont été précipités en holocauste dans les flots.

« La station du paquebot n'est pas loin et je ne mis guère de temps à atteindre Listvenitz où j’appris que les steamers étaient de l’autre côté du lac; le plus grand allait prendre une cargaison de thé pour Pasolskoi, et le plus petit cherchait un port convenable , la navigation se terminant vers la fin de septembre.

« Comme le premier de ces navirès ne devait pas revenir de Pasolskoi avant quatre jours, il me restait du temps pour explorer les environs.

« La traversée du Baikal en barque est fort dan-

gereuse. Il n’est pas rare de passer en plein lac trois semaines sans pouvoir prendre terre d’aucun côté ; les accidents sont fréquents. C’est ce qui amena un marchand entreprenant, du nom de Mentchikoff, à faire construire un bateau à vapeur; la dépense fut énorme ; les machines venaient de Pétersboug, distant de 4000 milles (6400 kilomètres). M. Baird, ingénieur mécanicien, envoya sur le Baikal une personne compétente pour surveiller la construction de la coque confiée à des paysans russes. Avec leur aide, on adapta les machines; et, après quelques essais, le navire poussa jusqu’à la rive mongolienne : on avait triomphé des dangers du Baikal. Les Sibériens et les Mongols contemplèrent avec un égal étonnement le navire sillonnant la mer sainte, malgré les vents les plus violents.

« Sans perdre de temps, je m’arrangeai de manière à pouvoir explorer la rive orientale et à rencontrer le steamer à Golo-oustnaïa. J’avais pour compagnon dans le bateau, cinq hommes et mon cosaque. Peu après Listvenitz, les rives du Baikal deviennent très-escarpées. Les rochers de primitif granit, sont recouverts d’épaisses forêts, montant jusques sur les montagnes qui s’élèvent au nord. Ce paysage est le même pendant une vingtaine de milles et présente l’aspect le plus pittoresque. La nature de la roche change alors ; le granit est rem-

placé par un conglomérat grossier ; le galet de la rive n’est composé que de débris mélangés. Plusieurs torrents roulent au milieu de ces précipices et tombent en magniliques cascades.

« La rive septentrionale est de beaucoup la plus élevée; parfois les précipices ont 8 à 900 et même, au delà de l’Angara, jusqu’à 1200 pieds d’escarpement. Je n’essayerai pas de décrire les couches minérales dont on remarque certains indices dans une étendue de plus de 400 milles, car ma description n’intéresserait que les géologues et prendrait trop d’espace. Au delà de l’fle d’Olkbon des falaises basaltiques s’élèvent jusqu’à 700 pieds au-dessus du lac. A une longueur de bateau de leur base on a jeté des sondes de 900 pieds. Un peu plus loin,. la rive devient moins élevée, mais on y trouve des preuves irrécusables d’éruption volcanique. Il y a dans les ravins de grandes assises de laves dont je ne pus malheureusement pas vérilier l’origine. Elles proviennent sans doute d’un cratère au nord de la chaîne du Baikal où l’on rencontre des eaux chaudes minérales en maints endroits.

« Entre le bord du lac et la chaîné du Baikal une steppe élevée s’étend sur une longueur de 150 kilomètres, sur une largeur de 40. On y rencontre de nombreux aouis de Bouriates, qui possèdent de grands troupeaux de chevaux et de bétail. Ouant

à la plaine, elle descend graduellement jusqu’à l’embouchure de l'Angara supérieur. Ce fleuve tombe dans le Baikal, tout à fait au nord du lac, et rapporte de bons bénéfices aux riverains par la pèche de l’Omula 1 , qu’ils prennent en grande quantité, salent et expédient sur tous les points delà Sibérie. Ainsi conservé, ce poisson vaut les meilleurs harengs de Hollande, et frais, il est délicieux. Un grand nombre d’hommes s’adonnent à cette pêche. Ils quittent Irkoutsk dans la première semaine de juillet et les Soudnas envahissent, en général, la partie supérieure de l’Angara avant le 1" août. Ouant à l’Omula, il remonte le fleuve en si grande abondance que les pêcheurs ont bientôt obtenu leur cargaison et font plusieurs voyages à Litsvenits avant la lin de la saison. Le fleuve cesse d’être navigable au-dessus du village d’Angarsk et ne pourra jamais communiquer avec l’Amour, comme quelques personnes l’ont supposé.

Traversée, tempête. — Profondeur du lac.

« Au lieu de rejoindre le steamer à Golo-oustnaia je continuai mes explorations, et à mon retour je visitai la côte méridionale de l’île d'Olkhon. Elle a près de 60 milles de long et pariois 50 de large.

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