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LE BASSIN DE LA LÉNA , ET SES ANNEXES

La Léna. — Étendue de son bassin. — Toungouses orientaux. — La ville d’Yakoutsk. — La terre gelée. — Les Yakoutes. — La zone des Toundras. — Géologie, les fossiles. — Les Tchoukchas, les Kamtschadales.

La liéua et sou bassin. — Les Toungouses.

La Léna n’est inférieure à aucun des fleuves de l’Asie septentrionale ; elle traverse toute la partie la plus orientale de la Sibérie, prend sa source dans les monts qui avoisinent le lac Baikal 1 , et, après un cours à qui ses nombreux détours donnent un développement de plus de mille lieues 2 , se jette au nord dans l’océan Glacial.

1. L’abondance de cette source, séparée du Baïkal par une simple chaîne de rochers, ainsi que la concordance de ses crues et de celles du lac, ont propagé, parmi les Sibériens orientaux, la croyance que, de même que l’Angara, leur grand fleuve était un débouché de leur mer sainte.

2. Suivant un voyageur qui a longtemps et scrupuleusement navigué sur la Léna, elle aurait 2600 kilomètres entre sa source

Elle arrose les pays des Toungouses, vrai peuple sauvage à l’aspect repoussant, dont les grosses têtes sont encore plus difformes que celles des Bouriates; ils ont en outre de larges épaules, de longs cheveux incultes, hérissés, flottants en tous sens, et des haillons. Ce qui en eux frappe surtout l’européen, c’est d’apercevoir sous ces corps robustes des jamhes tellement grêles qu’elles ressemblent à celles du singe, et sont comme elles terminéespar d’énormes pieds.

Les Toungouses, les Bouriates et les Yakoutes sont des tribus nomades à peu près de la même famille et issues de cette race mantchoue, qui peuple le nord de la Chine et règne aujourd’hui à Pékin. Ceux de la Léna occupent toute la partie méridionale de l’angle immense, contenu entre ce fleuve, la mer d’Okhotsk et les monts Yablonoïs. Ils vivent généralement de chasse et de pêche, et s’adonnent particulièrement à la chasse des animaux à fourrure. C’était jadis en ces âpres contrées que l’on trouvait les plus belles zibelines; elles y sont devenues si rares aujourd’hui que ces pauvres sauvages ne peuvent plus satisfaire au tribut de ce genre qui leur est imposé par le gouvernement russe. Ils ont été obligés de se rabattre sur le petit gris, qui est presque la seule fourrure que l’on

et Yakoutsk, et 2370 kilomètres de cette ville jusqu’à la mer. Total 4970 kilomètres = 1240 lieues.

trouve aujourd’hui dans le pays. Ces peuplades sont d’ailleurs toutes idolâtres et esclaves de leurs chamans.

Rien de plus misérable que ceux de ces indigènes qui ont été ramenés violemment de la vie pastorale à l’existence du chasseur, par quelque épizootie foudroyante, comme il en éclate trop souvent dans ces régions. « lin jour, » dit l’amiral Wrangel, « j’aperçus une misérable case, construite en branches entrelacées et recouverte de feuilles , dont l’apparence était si chétive et si délabrée, que je la crus abandonnée depuis longtemps. Quelle fut ma surprise en découvrant qu’elle était habitée, même en hiver, par un Toungouse et sa fille, avec deux chiens. La chasse au renne était le seul moyen de subsistance de ce vieillard. Pour se faire une idée de l’horrible existence de pareils êtres, il faut se transporter en pensée au milieu de ces déserts glacés et dans cette case à claire-voie, ouverte à toutes les intempéries de l’air! Pour moi, je plaignis surtout cette malheureuse enfant qui , pendant que son père, les pieds chaussés de patins, s’élançait dans les bois à la poursuite des rennes, et non pas toujours avec succès, demeurait seule, abandonnée pendant plusieurs jours, à peine vêtue, et manquant de nourriture, dans une hutte misérable, qui en été même eût été insuffisante pour mettre à couvert de la pluie et de l'orage! J’appris que, cet

homme appartenait à cette classe de pasteurs, qui, ayant eu le malheur de perdre leurs rennes, par accident ou par maladie, se trouvent dans la nécessité de s’éloigner des leurs, et d’aller vivre isolés au désert , en fondant l’espoir d’une nourriture précaire sur les chances aléatoires et toujours dangereuses en ces contrées de la chasse *.

Yakoutsk, où l’on arrive d’Irkoutsk par une navigation de quatre à cinq semaines, est une agglomération d’environ 600 pauvres maisons, abritant à peu près 7000 habitants; la seule curiosité qu’elle renferme est la forteresse, qui compte deux cents ans d’existence et qui tombe en ruine. Le reste ne se compose que de masures clair-semées dans des rues où l’on fait paître le bétail. Yakoutsk a eu jadis beaucoup plus d’importance; elle existait avant lrkoutsk , qui, depuis, a tué sa devancière en lui prenant son commerce. Elle ne vivait que du trafic des fourrures, dont les marchands d’Irkoutsk se sont depuis totalement emparés. Yakoutsk est obligée de s’approvisionner de tout à Yrkoutsk. A moins de circonstances particulières extrêmement favorables, c’est uue ville condamnée à disparaître avant peu d’années. La province dont elle est le chef-lieu ne compte que cent joixante-dix mille habitants, répandus sur une surlace de cent quatre-

1. De Wrangell : Voyages dans le nord de ta Sibérie, 1820-1824, chap, iu

Toungouses, attelages de Rennes.

vingt mille lieues carrées, ce qui ne donne pas tout à fait un habitant par lieue carrée. Au surplus, la population totaledetoutelaSibérie orientale, grande comme cinq ou six cents départements français, atteint à peine la moitié du chiffre de la population du département de la Seine en l’an de grâce 1864. Que de déserts ! Et cependant le bassin de la Léna est plus vaste à lui seul que ceux du V olga e t du Danube réun i s !

Géologie dn bagftln de la Léna.

Mammifères fossiles.

Mais, que voulez-vous? ce fleuve coule sur un lit de glace éternelle; il ne baigne pas, il traverse une terre constamment gelée jusqu’à cent vingt mètres de profondeur ! La puissance de sa couche liquide permettrait à toutes les flottes de l’Europe d’évoluer sur sa surface, mais jamais navire européen n’a franchi les bouches de son delta éternellement barré par les glaces du pôle, et dans la partie méridionale du fleuve, la navigation n’est ouverte au batelier sibérien que pendant trois mois: de juin à septembre.

Le bassin de la Léna est en réalité le plus vaste, le plus pauvre, mais aussi le plus intéressant, au point de vue géologique, de toute la Sibérie. Les rives du fleuve principal, de ses affluents ainsi que des lacs nombreux qui remplissent les intervalles des cours d’eau, sont souvent composées de cou-

ches alternantes de terre gelée et de glace pure. Les couches de glace sont horizontales comme celles de terre; mais il s’en trouve quelques veines verticales, qui sont probablement de date récente et formées par des fissures .4 travers lesquelles ont pénétré l’eau et la neige. Ce qui semble plus difficile à comprendre, c’est que ces couches aient py se former ainsi, l’une au-dessus de l’autre, dans un ordre parfaitement régulier ; non-seulement une fois, mais mille fois, et jusqu’à des profondeurs inconnues.

Les îles du delta de la Léna ne sont que des dépôts d’arbres et de cadavres d’animaux étrangers à la Sibérie actuelle et entassés par des courants plus puissants que ceux de nos jours. Les terres découvertes au nord-est par le cosaque Lyakhoff (1770-73), lui apparurent tellement jonchées de squelettes brisés et de grandes dents d’ivoire, qu’il leur donna le nom d 'îles aux ossements! Plus au nord encore, dans l'archipel de la Nouvelle-Sibérie, une île d’environ 28 lieues d’étendue, présente un phénomène géologique non moins curieux : une colline, haute d’environ 200 pieds, tout à fait perpendiculaire, et composée de couches horizontales, les unes d’un grès grisâtre, les autres d’un bois bitumineux brillant. Le grès forme sa base. Sur les pentes, on trouve des fragments carbonisés qui ressemblent à du charbon de bois de saule, et sont

LA SIBÉRIR.

pour ainsi dire tachetés par de petits amas de cendre, de sorte qu’on les croirait encore brûlants. Us sont cependant si durs qu’il est très-difficile de les entamer avec un couteau. Au sommet de la montagne, le bois bitumineux, au lieu d’être, comme dans sa partie inférieure, rangé en couches horizontales, est placé debout, comme enraciné dans le sol. On dirait des pieux régulièrement disposés.

Dans les lacs de la Toundra, entre la Yana et l’Indiguirska, on a trouvé des bouleaux complètement incrustés dans le sol, avec leurs racines, leur écorce et leurs branches. Les naturels les nomment bois d’Adam , pour exprimer leur ancienneté ; ils s’en servent comme d’un combustible qui ne s’enflamme pas, mais qui donne une bonne chaleur. Il faut reculer de plus de cent lieues vers le sud pour trouver aujourd'hui des bois de cette essence. Comment ont-ils été apportés dans la tourbière glacée? Y étaient-ils indigènes, et la zone du cercle polaire arctique était-elle plus chaude qu’aujourd’hui? S’il en est ainsi, quand et de quelle manière s’est opéré ce changement?

Même question, mêmes doutes pour le principal phénomène de ces contrées, pour les dépouilles d’animaux qu’elles renferment dans un état de conservation qu’on chercherait en vain ailleurs.

Dès 1733, le savant Gmelin, explorant la Sibérie i par ordre du gouvernement russe, découvrit dans

ces régions un nombre énorme d’ossements fossiles de grands mammifères. De 1768 à 1774, le naturaliste Dallas, chargé de recherches scientifiques dans le môme pays, constata l’existence d’une prodigieuse quantité d’ossements qu’il attribua à des éléphants, des rhinocéros et des hippopotames. Il consigna dans sa relation ce fait à peine croyable d’un rhinocéros, trouvé tout entier sur les bords du Vilioui, affluent de la Léna, et encore revêtu de sa peau, de ses chairs et de ses tendons. Ce cadavre, datant de siècles antérieurs h la présence de l’homme dans ces contrées, s’était conservé dans une couche de terre gelée !

Écoutons maintenant Cuvier, parlant d’un fait analogue :

« En 1799, un pêcheur Toungouse remarqua, sur les bords de la mer Glaciale, près de l'embouchure de la Léna, au milieu des glaçons, un bloc informe qu’il ne put reconnaître. L’année d’après , il s’aperçut que cette masse était un peu plus dégagée, mais il ne devinait point encore ce que ce pouvait être. Sur la fin de l’été suivant, le flanc tout entier de l’animal et une des défenses étaient distinctement sortis des glaçons. Ce ne fut que la cinquième année que, les glaces ayant fondu plus vite que de coutume, cette masse énorme vint échouer à la côte sur un banc de sable. Au mois de mars 1804, le pêcheur enleva les défenses, dont il se défit pour

lavaleurde 50 roubles. On exécuta, à cette occasion, un dessin grossier de l'animal....

« Ce ne fut que deux ans après, et la septième année de la découverte, que M. Adams, membre de l’Académie de Pétersbourg, qui voyageait avec le comte Golovkin, envoyé par la Russie en embassade en Chine, ayant été informé à Yakoutsk de cette découverte, se rendit sur les lieux. Il y trouva l’animal déjà fort mutilé.

« Les Yakoutes du voisinage en avaient dépecé les chairs pour nourrir leurs chiens. Des bétes féroces en avaient aussi mangé ; cependant le squelette se trouvait encore tout entier, à l’exception d’un pied de devant. L’épine du dos, une omoplate, le bassin et les restes des trois extrémités étaient encore réunis par des ligaments et par une portion de la peau. L’omoplate manquante se retrouva à quelque distance. La tète était couverte d’une peau sèche. Une des oreilles, bien conservée, était garnie d’une touffe de crins; on distinguait encore la prunelle de l’œil ; le cerveau se trouvait dans le crâne, mais'des-

séché ; la lèvre inférieure avait été rongée et la lèvre supérieure, détruite, laissait voir la mâchelière. Le cou était garni d’une longue crinière. La peau était couverte de crins noirs et d’un poil en laine rougeâtre ; ce qui en restait était si lourd que dix hommes eurent beaucoup de peine à la transporter. On retira, suivant M. Adams, plus de trente livres

pesant de poils et de crins que les ours blancs avaient enfoncés dans le sol humide, en dévorant les chairs. L’animal était mâle ; ses défenses étaient longues de plus de neuf pieds , en suivant les courbures , et sa tête , sans les défenses , pesait plus de quatre cents livres.

« M. Adams mit le plus grand soin à recueillir ce qui restait de cet échantillon unique d’une ancienne création; il racheta ensuite les défenses. L’empereur de Russie, qui a acquis de lui ce précieux monument , l’a fait déposer à l’Académie de Pétersbourg ’. »

Avec la sagacité intuitive du génie, Cuvier constata que ces dépouilles si étrangement replacées à la lumière du jour, appartenaient à des espèces perdues ; « à des êtres disparus, dont ceux qui existent aujourd’hui ont rempli la place, pour se voir peut-être un jour détruits et remplacés par d’autres. »

Comment ces êtres ont-ils vécu sur le sol sibérien? Comment l’espèce tout entière y a-t-elle trouvé son tombeau ? Grave et difficile problème ! à en juger par les solutions contradictoires qu’il a sug-

i. G. Cuvier. Recherches sur les ossements fossiles , t. II, p. 131. Le nom de Mammouth, attribué au grand mammifère décrit dans ce passage, lui a été donné par les Vakoutes et les Tatars, et vient du mot marna, qui en langue Thibétaine signifie terre et duquel il est probable que notre mot de maman ou mère est dérivé.

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gérées aux intelligences les plus hautes, aux esprits les plus puissants de la grande génération scientifique qui honora la fin du siècle dernier et les premières années de celui-ci.

On a fait intervenir successivement ou à la fois dans la question : les causes actuellement agissantes à la surface du globe; — celles .que l’on suppose avoir agi dans le passé; — des cataclysmes subits ; — des refroidissements plus ou moins lents, plus ou moins brusques de l’hémisphère boréal, — et enfin des oscillations de la croûte terrestre, tour à tour s’abîmant sous le niveau de l’Océan avec les êtres qu’elle nourrit, et tour à tour émergeant des flots avec leurs débris.

Parmi les faits allégués il en est d’irrécusables. Le littoral de la mer Glaciale, aujourd’hui inhabitable, a été peuplé à une certaine époque, ainsi que le prouvent les nombreux vestiges d’habitations et les vastes enceintes vides qui marquent la place des anciens centres de population de la Toundra. Le climat de ces terres a donc changé.

Les ossements fossiles qu’on y recueille sont souvent accompagnés, souvent incrustés même dé coquillages marins. On y trouve des amas de bois flotté, jusqu’à cinquante et soixante kilomètres du rivage le plus voisin. Ce sol s’est donc soulevé après avoir été immergé.

Le» tribun Yakonte».

Après tant de tribus déjà décrites, les Yakoutes n’exigent que peu de lignes pour leur portrait et peu de mots pour leurs mœurs. Le visage comme le langage .des Yakoutes dénote leur origine tatare. C’est un peuple de pasteurs, dans toute l’étendue du terme; car tout leur avoir consiste en labounes nombreux et en troupeaux de bétes à cornes, qui fournissent à leur entretien et les nourrissent. Le grand nombre d’animaux à fourrures, répandus dans leurs immenses forêts, et les profits qu’ils retirent de la vente des fourrures aux Russes, leur ont donné la passion de la chasse ; ils y montrent une très-grande habileté.

Habitués dès leur enfance à supporter tous les genres de privations, ces hommes sont singulièrement endurcis : quant au froid, il semble, en vérité, qu’ils ne le sentent pas ! Un Yakoute, pour voyager en hiver, ne prend avec soi ni tentes ni pelisses. C’est dans son costume habituel qu’il se met en route, quelque long que soit le voyage et malgré la rigueur de la saison. Arrivé au bivouac, le Yakoute étend sur la neige la couverture de son cheval, place sa selle de bois à l’un des bouts, en guise d’oreiller ; puis il ôte sa légère pelisse, son sayanak, se couche, e! l’etend sur lui de manière à

Yakoutes en costumes d’apparat.

garantir les reins et les épaules, tandis que le restant du corps demeure à peu près découvert. Après s’être un peu réchauffé sous cette couverture, notre homme l’attire en haut, pour couvrir une partie du ‘visage: c’est ainsi qu’il dort du plus profond sommeil, par un froid de 20 ou 30 degrés. Quelquefois le sayanak glisse des épaules et une épaisse couche de givre s’étend sur le corps du dormeur, sans que son sommeil soit troublé, et que sa santé souffre la moindre atteinte, fies hommes supportent aussi la faim h un degré extrême ! Aussi donne-t-on aux A'akoutes, en Sibérie, le surnom d'hommes de fer.

L’étendue de leur vue est incroyable : l’un d’eux, assura à l’amiral Wrangell qu’en examinant un jour le ciel, il avait vu une qrande étoile bleuâtre en avaler déplus petites et les vomir ensuite : c’étaient les éclipses des satellites de Jupiter que cet homme avait observées à l’œil nu !

A ces qualités naturelles il faut joindre encore la mémoire locale, développée au plus haut point: il n’est pas un tertre, un buisson, une flaque d’eau, une pierre, dans les vastes déserts que parcoure le Yakoute dont il ne se souvienne ; et, grdce à ce don merveilleux de la Providence, il traverse des espaces immenses, complètement déserts, sans jamais courir le risque de s’égarer.

Les Yakoutes mangent la chair du bœuf et du

cheval, toujours bouillie, et boivent du lait de vache et de jument. La manière de préparer la viande rôtie leur est inconnue, ainsi que l’art de faire le pain. Pour eux, la graisse est le mets le plus délicat, et ils ne connaissent point de . plus grand plaisir que d’en dévorer une grande quantité. crue ou fondue. Ils ont en outre une sorte de bouillie faite avec du poisson, un peu de farine, du lait, beaucoup de graisse et de l'écorce de mélèze râpée très-fin, que l’on y incorpore pour en augmenter le volume; tel est l’aliment le plus compliqué de l’art culinaire des Yakoutes ; et ils en mangent des quantités vraiment increvables ! Le lait de vache leur sert à faire une espèce de fromage aigrelet qui n’a pas mauvais goût.

Fumer est une passion commune aux hommes et aux femmes, et ils choisissent de préférence le tabac le plus fort, le plus âcre. Comme ils ne manquent jamais d’avaler toute la fumée, il en résulte pour les fumeurs une sorte d’ivresse qui, la colère s'en mêlant, a parfois les suites les plus funestes I A leur Koumis national, boisson peu spiritueuse, ils préfèrent l’eau-de-vie, malgré le prix exorbitant de cette liqueur, qui leur est apportée de Russie. Aussi les marchands russes qui fréquentent les villages Yakoutes pour y acheter des fourrures, ont-ils soin de se munir de tabac et d’eau-de-vie, dont le placement est toujours assuré.

Quoique la majeure partie des Yakoutes aient été baptisés, et que l’on ait traduit en leur langue plusieurs fragments de l’Évangile, peu d’entre eux ont une idée claire du christianisme ; bien plus, ils continuent à accorder une confiance aveugle aux sortilèges des Chamans, et pratiquent encore plusieurs cérémonies païennes 1 .

Les Toundras à l’Est de la Léna.

Lorsque des bords de la Léna, en aval de Yakoutsk, on veut se diriger dans les bassins secondaires de l’indiguirka ou de la Kolima, on trouve encore échelonnées, sur ces espaces de plus en plus inhospitaliers, des tribus Yakoutes, Toungouses et Youkaguires. Mais ces débris de populations plus denses et plus fortes s’éclaircissent de jour en jour; ils sont condamnés à disparaître. En outre les routes par lesquelles communiquent entre elles les quelques bourgades ou stations permanentes que les Russes entretiennent dans cette contrée sont impraticables pour tout autre qu’un indigène ou un cosaque. A partir de Zachivesk, une de ces stations, on ne rencontre plus de yourtes de yakoutes. La contrée, sur une étendue de 250 verstes, est un désert marécageux et tout à fait impraticable dans

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