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les naturels de la zone maritime de la côte. Ces derniers, les Gilyaks, chassent 'les bêtes sauvages, surtout les ours, qu’ils gardent et engraissent dans des cages, ainsi que des voyageurs précédents l’avaient déjà affirmé.

Leurs tribus semblent avoir du sang ayno dans les veines ; tous les autres riverains du fleuve descendent sans doute des Toungouses.

Si la vue des premiers steamers qui se succédèrent sur leur fleuve nourricier parut étonner vivement ces sauvages, ils ne parurent pas soupçonner la liaison qui existaitentre ces apparitions étranges et les destinées futures de leur pays. Ils se contentaient de demander : « mais pourquoi les Russes passent-ils donc si souvent par ici? » La réponse à cette question naïve ne se fit pas longtemps attendre.

Depuis la fondation de Nikolaïesk, ce que nos voisins d’outre-Manche appellent le flot, du Nord (the wave from the north), n’a cessé de monter et de s’étendre. Il n’a pas tardé à envahir et de couvrir l’ile Saghalien tout entière ; et la manière dont s’est opérée cette nouvelle acquisition de l’empire russe vaut la peine d’être rappelée ici. Le général Mouravieff, gouverneur général de la Sibérie orientale, étant venu à Yédo, avec une escadre, pour ratifier quelque traité de commerce ou de frontières, un homme de sa suite fut assassiné dans

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un des faubourgs de cette capitale. Un général diplomate, appuyé par six ou sept vaisseaux de guerre, n’était pas homme à essuyer un tel outrage sans le porter sur son compte de négociations, au débit du gouvernement japonais ; et par suite celui-ci céda, comme balance ou indemnité, la partie méridionale de l’Ile Saghalien, dont la Russie s’était déjà fait donner par la Chine la moitié septentrionale. Ici elle avait trouvé des tribus gilyakes, toutes disposées, comme celles du continent voisin, à accepter son joug. Plus au sud, elle a rencontré les Aynos, anciens aborigènes des grandes îles de Nyphon et de Jesso , d’où ils ont été expulsés par les Japonais. La haine séculaire qu’ils portent à leurs anciens maîtres, fera de ces sauvages d’utiles éclaireurs des avant-postes russes sur les frontières du Japon.

La possession de l’île Saghalien complète parfaitement les territoires de l’Amour. Prolongeant au sud la ligne formée par le Ramtschatka et les îles Kouriles, commandant à l’est l’embouchure du grand fleuve; couvrant, comme une digue, de plus de 600 milles géographiques de longueur, les côtes de la Mandchourie contre les lames et les orages du grand Océan, elle est aussi utile, aussi indispensable aux établissements créés, ou médités par la Russie dans ces parages, que l’île de Wight l’est à l’Angleterre. Parallèlement à elle, ces rivages

du continent asiatique, que notre Lapeyrouse explora le premier et qu’il baptisa d’appellations françaises, voient leurs ports se peupler de colons russes, se garnir de vaisseaux, de retranchements et de batteries russes. Dans la baie de Castries, l’établissement militaire et maritime d’Alexandrovsk commande le plus bel ancrage du monde et communique déjà, par de bonnes routes, en attendant deux voies ferrées, d’un côté avec Nicolaïevsk, de l’autre avec le lac de Kisi. A 280 kilomètres plus au sud, la cité de Konstantinovsk s’élève au fond du Port-Impérial, et ces importantes créations, dont les noms seuls sont significatifs, ont été suivies de beaucoup d’autres qui ont porté la colonisation russe jusqu’au 43' degré de latitude, parallèle qui marque aujourd’hui, avec le consentement de la Chine, l’extrémité méridionale du littoral de la Sibérie orientale.

Bien plus, lors de la conclusion des derniers traités entre la Chine, la France et l’Angleterre, le ministre russe a su par on ne sait quel procédé arracher à la faiblesse de la cour de Pékin la concession de toute la partie de la Mandchourie comprise entre la mer du Japon et le fleuve Osouri, dont le cours tout entier navigable, séparera bien moins les deux empires limitrophes qu’il ne permettra à la Russie de prendre une position formidable h quelques marches de la Corée, de Moukden

et de Pékin , et de surveiller toutes les phases de la décadence de son sénile voisin, de manière à être toujours prête à en profiter.

En prévision des événements , des centaines d’officiers appartenant à la marine impériale, à l’artillerie et au génie , ont été expédiés des ports de la mer Noire vers ces parages lointains. Un pouvoir, que rien n’arrête ou ne contrôle, pousse incessamment dans la même direction des milliers de colons des confins européens et des milliers d’exilés tirés des différentes provinces de la Sibérie, et d’ailleurs. De nombreux steamers construits à Hambourg, et destinés à renforcer ceux qui font déjà le service du fleuve Amour, ont transporté dans les divers établissements de ses bords ou du littoral maritime, des métiers et des machines. Enfin, dans la ville récente de Blagovschenk, fondée comme une menace en face de la cité chinoise de Sagbalien-Ula, une banque puissante a été établie pour venir en aide au commerce nouveau, à la navigation, aux manufactures et à l’agriculture naissantes.

Ainsi se vérifient les prédictions accréditées parmi les Khalkas; ainsi se justifient les espérances propagées de siècle en siècle sur la terre des herbes. Les arrière-petits deTchenghiz-Khan reviennent des confins de l’Occident au berceau de leur race; ils y rentrent, enrichis non-seulement du pil-

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loge des nations vaincues, mais ils y rapportent des trophées plus précieux que toutes les dépouilles opimes : — les arts, l’industrie et les armes de la civilisation moderne.

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