CHAPITRE III
l’ai.tai.
Système de montagnes, chaînes et groupes portant le nom d'Altaï. — Vallées, rivières, lacs, sommets, beautés des paysages. — Ce qu’il faut entendre en ethnologie par les appellations de Kalmouks et de Tatars, etc.
Chaînes et groupes portant le nom d’Altaï.
L’Irtyche, remonté jusqu’à ses sources^ nous mènerait bien au delà des possessions russes au centre des steppes que se disputent les Mongols et les Kirghis. L’Obi est formé, presque sous le même méridien, mais à 400 kilomètres plusau nord, par la réunion de laBiya et de la Katounia, rivières issues toutes les deux des massifs occidentaux de l’Altaï.
L’intumescence de l’écorce terrestre qui porte ce nom, apparaît sur la carte de l’Asie comme un gigantesque promontoire, rattaché à l’est et au sudest par des plateaux aux chaînes centrales ducontinentet entouré, dans toutes les autres directions, par
la vaste dépression des steppes. Celles-ci pénètrent dans l’intérieur du massif par les ouvertures des vallées qui en frangent le pourtour, et représentent les golfes et les baies des temps géologiques où ces montagnes surgirent du sein de l’Océan primitif.
L’Altaï n’est pas une chaîne, mais un enchevêtrement de chaînons qui se croisent sous divers angles, et forment au point de leur croisement principal l’énorme cime du Biélouka aux flancs chargés de glaciers. Atteignant 3400 mètres de hauteur absolue, cette cime offre une magnifique perspective, à l’orée de toutes les vallées descendant de ses flancs. Parmi les nombreux témoignages de l’admiration des voyageurs, unanimes sur ce point, nous choisissons le suivant, emprunté au journal d’une touriste anglaise :
«... En quittant les bords de l’Altin-Koul, le jlac d’Or, qui n’ont rien à envier aux plus beaux paysages des Alpes helvétiennes, nous passâmes dans la vallée de la Katounia, et nous fîmes dans les montagnes unepoiilte de 1100 kilomètres. Il nous fallut chevaucher pendant trois semaines le long de chemins effrayants et dont le niveau dépassait souvent les dernières limites de la végétation. Je n’oublierai jamais la région que nous traversâmes au delà de la rivière Koksa. Elle était d'une sauvage grandeur, mais offrait le sol le plus accidenté et le plus rugueux. C’étaient des plateaux sans fin, des crêtes
succédant à des crêtes. Sur la pente, péniblement gravie de chacune, je me disais : « Ce sera la dernière; * puis de l’autre côté je retrouvais les mêmes interminables obstacles : un autre plateau et une autre crête. Mais enfin la vue que nous réservait le plus haut de ces escarpements nous paya de toutes nos peines.... Le Biélouka se dressait devant nous dans toute sa majesté, le front ceint de glaces éternelles, que le soleil à son déclin frappait d’or, de pourpre et de ve»meil. Au milieu des sommités neigeuses qui l’entouraient comme d’humbles vassales, ce géant de l’Altaï pouvait être comparé à un rubis enchâssé dans un cercle de diamant dont l’éclat naturel empruntait au sien une teinte rosée. La beauté de cette scène me plongea dans une admiration profonde, et nos guides mêmes, ces hommes grossiers, se dressant sur leurs étriers pour mieux la contempler, laissèrent échapper à plusieurs reprises cette exclamation sclavonie! glorieux! glorieux!' »
Suivant tous les explorateurs de ces montagnes la nature y présente le contraste le plus absolu. D’un côté, des montagnes à pic; de l’autre, des steppes à perte de vue, plus tristes que la mer, parce qu’elles ne sont pas animées par le mouve-
1. Mistress Atkinson, Souvenirs des steppes de la Tartarie et de leurs habitants ( RecoUeclions of Tartars steppes and their inhabitants).
ment des vagues; ici des torrents furieux et des lacs d'une eau fraîche et bleue; là des rivières aux ondes paresseuses, et des lacs aux eaux ternes et salées. Dans les montagnes elles-mêmes, on observe un contraste frappant. Sur le versant nord s’étendent de vastes forêts de cèdres; au midi, toutes les pentes sont arides et nues ; la végétation est tuée par le souffle du désert.
Dans ces régions si diverses d’aspect, des restes de populations refoulées du %ud lors des grands cataclysmes sociaux , soulevés par Tchinghiz-Khan et Timour, errent presque à l’aventure, tantôt dans les hautes vallées alpestres, tantôt sur le bord des fleuves puissants ou bien près des lacs salés, *au milieu des steppes sans horizon. Ils sont confondus par les Russes dans la dénomination commune de Kalmouks et de Tatars. — Tous les conforts de l’existence leur sont inconnus. Lorsque les Tatars qui accompagnaient le voyageur Tchihatcheff dans l’une de ses explorations 1 , virent une cabane russe pour la première fois de leur vie, leur stu- . péfaction fut au comble; jamais ils n’avaient rêvé rien d’aussi merveilleux. Les objets de l’usage le plus vulgaire leur étaient incompréhensibles. Us s’introduisaient dans la cabane par la fenêtre, s’éten-
I. Voyage dans l'Altaï, ouvrage classique au point île vue de la géologie et de l’ethnographie.
Vuo de la rivière iiiga.
daient sur la table, pénétraient dans l’intérieur du poêle pour deviner quel pouvait être le but de cette cachette, et quand on leur en expliqua l’usage, ils se hAtêrent de briser les chaises pour en faire du : ( de chauffage.