‹ La Sibérie orientale et l'Amérique russe [microforme] Octave SachotChapitre 16 sur 45 · TE SES · texte numérisé non relu

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portante, mais cela cependant ne réussissait pas toujours à les protéger de certaines vexations. En plusieurs occasions même, ils crurent qu'ils seraient obligés de faire usage de leurs armes, bien qu’une lutte n’eût pu manquer de leur être fatale ; toutefois, ils se virent dans la nécessité de payer d’audace.

Après avoir subi toute sorte de petites persécutions et d'innombrables délais, après avoir été obligés, cinquante jours durant, de se plier au mode d'existence des Tchouctchis avec tous ses dégoûtants détails, ils finirent enfin par atteindre, le soixante-quatrième jour de leur départ, le village après lequel ils aspiraient depuis si longtemps. On juge quelle fut leur joie d'y rencontrer non seulement MM. Kennan et Dodd, mais leurs trois autres amis qu'ils avaient laissés dans la hutte souterraine de l'embouchure de l’Anadyr.

L'un des membres du groupe dont faisaient partie MM. Kennan, Ford et Dodd, a publié dans le « Broaway » quelques épisodes de leurs aventures communes pendant leur trajet de l’Anadyr à Ghijigha. Ces pages pleines de verve humoristique et auxquelles on peut regretter que l’auteur se soit abstenu d'ajouter son nom, ne seront pas déplacées, ce nous semble, au milieu de notre récit. Ge sont elles qu'on va lire dans le chapitre suivant.

« La matinée était claire et le froid intense sur la côte du golfe de Penjinsk. Bien qu'il fût près de dix heures, le soleil n’était pas encore levé ; mais l'unique étoile blanche de l'Est scintillait de plus en plus faiblement dans le jaune orangé de l’aube, et les montagnes neigeuses de Kamenoï profilaient à l'horizon leurs con-

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tours de plus en plus nets. Un profond silence régnait autour de notre yourte solitaire dressée dans les bois qui bordent le cours d’eau. A part les traîneaux chargés qui étaient groupés sous les arbres et les chiens roulés sur la neige comme autant de boules noires, personne n’eût imaginé que le gros tas de neige qu'on avait devant soi était une habitation humaine.

« Cette habitation, yourte délabrée longtemps déserte et qu’un hiver sibérien enveloppaiten ce moment tout entière d’un épais manteau de neige, élait temporairement occupée par un groupe d'irlividus apparnant à l'expédition d'exploration de la Lompagnie du télégraphe russo-américain, et qui cheminaient vers l'établissement russe de Ghijigha, à travers les steppes immenses dont est bordée cette partie de la mer d'Okhotsk. Abandonnée depuis longtemps par ses constructeurs indigènes, la hutte n’était pas une résidence absolument attrayante, mais trois mois d'existence active et en plein air avaient singulièrement modifié nos opinions quant au plus ou moins de confort et d'élégance architecturale indispensables à une habitation. Nous acceptions volontiers pour maison, quel que fût son nom générique, tout ce qui répondait à l'idée primitive d'abri, quelque lacune que cet abri présentât d’ailleurs dans d’autres détails de moindre importance. Dans le fait, c'était moins le confort qui importait que le besoin denous abstraire un moñent de notre barbare existence quotidienne, pour nous replacer en imagination au milieu de ce monde civilisé que la maison rappelle.

« Aussitôt que l’astre du jour eut fini par secouer sa lorpeur, les hu:lements de nos chiens-loups nous tirèrent de ce sommeil profond que connaissent seuls les hommes fatigués ; nous sortimes alors à tâtons du noir souterrain de la hutte pour présenter nos visages à l’air

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