‹ La Sibérie orientale et l'Amérique russe [microforme] Octave SachotChapitre 20 sur 45 · SEE · texte numérisé non relu

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secondes d'exposition de la figure à l’air vous murent pour ainsi dire les yeux et les narines, et que la force du vent vous empêche de vous tenir debout. Voyager par un temps pareil, il n’y faut naturellement pas songer, et le malheureux surpris dans les steppes par une de ces tempêtes n’a qu'à s'ensevelir sous ses fourrures derrière son traineau pour attendre là, sans abri et sans feu, pendant des jours et des nuits, que le vent ait faibli. Si avant cette heure de délivrance les chiens et les vivres lui manquent, que Dieu lui vienne en aide ! car ses efforts à lui-même sont à peu près en pure perte : l'impitoyable rafale emporte ses cris, et, épuisé de froid et de lassitude, il s’affaise enseveli sous la neige, dont le blanc linceul ne tarde pas à marquer par un peiit monticule le lieu de son dernier repos.

« Nous n’élions pas à plus de 10 verstes (10 kilomètres et demi) de Koeil quand l'obscurité et la tempête vinrent ensemble nous envelopper. Le nuage noir qui, pendant une heure, s'était balancé au-dessus du golfe, s’étendit

rapidement à l'ouest et fondit dans un sombre crêpe

de vapeurs les dernières lueurs du crépuscule arctique. Le vent, tout chargé des rauques mugissements apportés des banquises et des champs de glaces du Nord, se précipita sur le steppe en tourbillons de neige, qui s’avançaient comme de grands fantémes à travers l’obscurité au-devant du corps plus dense de l’orage approchant. À peine avions-nous eu le temps de donner l'ordre de réunir tous les traîneaux que la tempête fondit sur nous, et bientôt tous les bruits se perdirent dans les rugissements de la rafale et les nuages suffocants de la neige.

« Nous ne pouvions même plus voir nos attelages de chiens, et dans la courte pause que nous fimes un peu après pour nous compter et nous assurer que nous

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étions tous ensemble, quatre traîneaux seulement sur treize firent leur apparition. Cinq minutes, dix minutes s'écoulèrent et nous ne voyions rien encore de nos camarades manquant à l'appel. Nous poussämes des cris, nous tirâmes des coups de pistolet, nous dépèchâmes des hommes dans diverses directions, aussi loin qu'ils osaient alier, mais c'était comme si noue eussions voulu nous faire entendre sous la chute du Niagara.

« Les efforts de l’homme, et son existence même, semblaient s'effacer, insignifiants atomes, devant la majesté de la nature en courroux. Réfugiés derrière nos traîneaux, la face couverte, et tâchant de saisir, à travers la neige, quelques bouffées d'air respirable, nous attendimes, avec bien peu d'espoir, que les traineaux manquants vinssent nous rejoindre. Soudain un cri à moitié étouffé, un cri désespéré, partit non loin de nous du milieu de l’obscurité, et au moment où nous venions de lui répondre en chœur, les profils sombres et indécis de trois autres traîneaux passèrent devant nous. Ce renfort porta notre nombre à sept; et comme il semblait superflu d'attendre plus longtemps les autres, qui étaient évidemment perdus, à regret nous nous remîmes en route, non Sans avoir pris la précaution d’attacher nos traîineaux les uns aux autres avec des longes de peaux de phoque, pour empêcher une seconde séparation. L'obscurité rendaitimpossible l'emploi de nos boussoles de poche; mais lors même que nous aurions pu déterminer notre véritable route, cela nous eût peu servi, puisque le vent nous empêchait de suivre d’autre direction que la sienne.

«Cinq heures environ après l'obscurité venue, nous traversâmes des bouquets épars de broussailles, qui indiquaient le voisinage d’une rivière. Bientôt les ténèbres

parurent devenir de plus en plus épaisses, et une ceinture de bois se montra à travers les drus flocons de la neige, à quelques pas seulement devant nous. C'était ce bois que nous cherchions. Personne de nous ne savait où nous nous trouvions, géographiquement parlant; mais cela importait peu maintenant que nous avions sous la main des arbres pour rompre la force du vent glacial qui nous martyrisait et pour permettre un peu de répit à nos poumons épuisés. Choisissant donc un site abrité et un sol élevé, nous creusèmes une profonde excavation dans la neige, exercice qui réchauffa un peu nos membres endoloris. Cela fait, nous répandimes sur l'aire de notre demeure souterraine des brindilles d’aune et de sapin ; nous construisimes un foyer dans un coin et notre bivouac fut complet.

« Quand la flamme vint illuminer les personnages encroûtés de neige groupés autour du feu, nous regardâmes avec anxiété autour de nous pour voir quel était le nombre des absents. Trois individus manquaient. Une tristesse subite se peignit sur tous les visages à cette découverte; nous pensions à nos malheureux camirades perdus dans le steppe nu, luttant pour leur vie dans les ténèbres contre le froid, un vent furieux et une neige aveuglante. |

« Dès que nous eûmes réchauffé nos doigts roidis et longtemps rebelles à la résurrection, nous commen-

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à la recherche de la glace pour nous procurer de l’eau, M tandis que l’adroit diplomate Tom, sous prétexte d'aller M prendre le sac au pain, trouva le moyen defaire aux vic- À

tuailles une brèche anticipée. Le vent poussait toujours M ses hurlements sinistres dans les hautes branches des # arbres et la neige se tamisait en fines particules sur les |

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fourrures du cercle groupé autour de l’âtre; mais sous la douce influence de la lumière du feu et d'une quantilé illimitée de thé, qui ne tarda pas à être préparé, les visages se déridèrent et la tristesse fit place à la gaieté, aux piquantes saillies, aux fines remarques, au franc rire,

« Vous parlez des dures fatigues et des dures priva- « tions du métier d’explorateur, dit Ford, en exerçant « ses dents sur un morceau de biscuit sec; vous con- « viendrez, j'espère, qu’en fait de choses dures, voilà « une croûte qui ne le cède à quoi que ce soit au « monde. »

«Une masse de neige qui, en ce moment, tomba du plafond dans le cou de l’orateur parut refroidir un peu le sentiment de calme résignation avec lequel il semblait disposé à envisager notre aventure. Après s'être un peu secoué les épaules, Ford reprit son thème interrompu :

« Ah! dit-il, si nous n'avions rien eu à manger, com- « bien cela eût été plus dur encore ! mais. après tout, « l'épreuve est facile à supporter.

« — Et puis voyez, Monsieur, hasarda Tom, c’est une « vraie chance que de traverser des épreuves de ce « genre; au moins, quand on revient au pays, on peut « toujours se faire des rentes en publiant un livre. »

« Le magnifique projet littéraire et financier de Tom de «se faire des rentes en publiant un livre » basé sur le récit ae ses épreuves de voyageur souleva un rire général, et je fus ravi de voir que la tempête, au lieu d’abattre l'ardeur de nos hommes, n'avait fait que leur fournir un sujet de gaie conversation.

« La nuit était déjà fort avancée ; nous fumâmes une dernière pipe et nous nous préparâmes à « nous metlre au lit». Je ne voudrais pas qu'on crût que les prélimi-

106 LA S'BÉRIE ORIENTALE.

naires du coucher nous coûtèrent beaucoup de travail. Chacun endossa une fourrure un peu plus lourde, une « Kuchlanka » ou chemise de nuit, fourra sa personne, les pieds les premiers, dans un large sac de peau de renne, s’y ensevelit du même coup la tête et... s'endormit.

« Je restai. moi, longtemps éveillé, écoutant les mugissements sourds du vent dans les arbres et pensant à ce qu'auraient dit nos amis du monde civilisé s'ils avaient pu nous apercevoir dans notre bivouac solitaire et perdu dans les neiges, et qu'ils eussent appris que ce petit tas de fourmis immobile dans un coin, et déjà à moitié recouvert d’une couche blanche, représentait un fils, un frère.

« Dans le courant de la nuit je m'éveillai à demi étouffé et en pleine transpiration: mais en essayant de me soulever sur un coude, je me fis tomber sur le visage et dans la nuque une telle avalanche de neige, que, de deux maux choisissant le moindre, je pris le parti de me coucher et de transpirer de plus belle. Naturellement je supposai que la chaleur inusitée que j'éprouvais provenait de la couche de neige qui devait me recouvrir, mais je ne croyais certes pas que cette couche fût si épaisse que je la trouvai le matin en essayant de sortir de l’espèce de sépulcre au fond duquel j'étais enseveli vivant. On n'’apercevait ni un homme ni un chien, à peine si l'on distinguait un traîneau ; deux ou trois petites élévations indiquaient seules la position de mes compagnons enterrés. La neige, pendant la nuit, avait pénétré dans notre trou et l’avait presque comblé. Toutefois, la chaleur de l'haleine des dormeurs avaient entretenu une petite ouverture auprès de la tête de chacun, et aucun d'eux, je présume, n'avait éprouvé d'autre malaise qu'une sensation un peu désagréable d’excès de chaleur.

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J'appelai mon monde à haute voix, et après deux ou trois secousses locales de « tremblement de neige », je vis sortir d’une éminence la tête de Lewis, portant la plus curieuse expression d’étonnement imaginable devant cette disparition magique des hommes, des chiens et des traîneaux. Un soulèvement de la croûte de neige se manifesta bientôt toutefois et tous nos enterrés reparurent un à un.

« Le jour se levait triste et morne ; la tempête ne paraissait pas près de se calmer. Supposant que la rivière près de laquelle nous étions campés étaitle Paren, nous nous décidämes à la remonter pour aller à la recherche d'une vieille yourte korake abandonnée dont nous avions entendu parler et qui avait probablement dû servir de point de ralliement à nos camarades perdus. Nos traîneaux rechargés et nos chiens déterrés par nos soins, nous remontâmes lentement la rivière au milieu des arbres, nous faisant frayer la route par deux hommes chaussés de souliers à neige.

« L’épaisseur et le peu de résistance de la couche neigeuse eurent bientôt épuisé bêtes et gens, et vers midi nous fùmes obligés de bivouaquer de nouveau sans avoir plus trouvé trace de l’yourte que de nos compagnons manquants. Nous commencions à nous inquiéter sérieusement de ceux-ci, sachant qu'ils n'avaient d’autres vivres qu'un peu de lard de phoque rance qu'ils portaient pour leurs chiens, et songeant que, par une pareille tempête, il était très problématique qu'ils pussent nous retrouver ou atteindre un campement indigène quelconque.

« Le lard de phoque, je le savais par expérience, pouvait bien empêcher de mourir de faim ; mais il n’est pas d'optimiste, même de la force de notre ami Ford, qui n'eût déclaré décidément désagréable un genre d'é-

preuve consistant à vivre huit ou dix jours durant de graisse crue et puante. De notre bivouac de midinous M partimes tous hissés sur des chaussures à neige et 4 munis d'un jour de provisions de bouche, pour cher- | cher le long de la rivière les traces des traineaux ab- 4 sents, bien décidés d’ailleurs à ne pas laisser un pouce M de sol inexploré, depuis nos campements jusqu'aux 1 montagnes que nous avions au nord et dans lesquelles 4 la rivière prenait sa source. Toutefois les innombrables 4 canaux ou « protoks » qui divisent la rivière etle man- 4 que de solidité de la neige, dans laquelle, même avec nos chaussures spéciales, nous enfoncions jusqu'aux genoux, nous rendaient notre tâche extrêmement fati- | gante, et le soir je repris, rompu et découragé, le che- # min du bivouac.

« Comme je commençais à apercevoir la fumée de notre feu, une joyeuse explosionde cris vint saluer une découverte. On avait trouvé des traces fraîches de trai- # neaux à trois cents pas seulement de l'île sur laquelle #8 nous étions, mais sur un autre « protok ». Faisantaus- 3 sitôt relever nos chiens fatigués, nous nous remînesen # campagne avec un redoublement d’ardeur, et, à l’entrée de la nuit, nous fûmes récompensés par la vue * d'une yourte basse, couverte de terre, et du sommet ## de laquelle montait une colonne de fumée. Deux traineaux étaient devant la porte.

« Nos camarades nouvellement retrouvés ne savaient rien des quatre traîneaux qui manquaient encore. Ils les avaient perdus de vue depuis la tempête de la nuit précédente, quand tout le convoi avait été rompu. Le lendemain, de bonne heure, j'envoyai deux traîineaux descendre la rivière, avec ordre de faire des recherches sur le bord du steppe, mais ils revinrent sans avoir rien découvert. Ce ne fut que fort tard, le surlendemain,

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que nos derniers compagnons nous arrivèrent exténués, mourant de faim, et étant restés perdus pendant trois jours sans avoir rien mangé. »

Revenons à la relation de M. Bush.

La tâche des explorateurs américains était enfin à son terme; toute l'étendue de pays située entre le fleuve Amour et le détroit de Behring avait été traversée et la direction de la ligne télégraphique désormais fixée.

« Pendant les quinze jours qui suivirent l’arrivée de nos amis, écrit M. Bush, nous nous livrâmes à tous les plaisirs que pouvait procurer la ville de Ghijigha. Les promenades en traîneaux, les excursions en souliers à neige remplissaient les heures du jour; les soirées étaient consacrées aux vetchourkas, aux parties de cartes et aux récits de nos épreuves. Le printemps arrivait à grands pas; les jours grandissaient, et l'adoucissement de la température nous était une promesse que nous reverrions encore la terre débarrassée de son manteau de neige et les eaux de leur croûte de glace. Les traîneaux d'Auadyrsk, qui avaient amené M. Kennan et ses compagnons, hâtaient leurs préparatifs de départ, de peur d’être arrêtés par le dégel des rivières à traverser.

« Déjà les tièdes rayons du soleil avaient fait de larges trouées sur les neiges accumulées de la toundra. Pour la seconde fois, je croyais bien mes voyages d'hiver finis, et je m'étais mis à jouir tranquillement d’un repos hien gagné, quand je reçus du major Abasa un ordre me nommant à la direction de la partie de la

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ligne à construire entreGhijigha et le détroit de Beñring. Cet ordre me prescrivait, en outre, de gagner immédiatement Anadyrsk avec les traîneaux qui allaient partir, et de descendre de ce point la rivière jusqu'à son embouchure pour y joindre les navires qui devaiernit s'y trouver au printemps. Macrae, nommé à la direction de la partie de mon district s'étendant le long de la rivière désignée sous le nom de « section de l’Anadyr, » devait m'accompagner. »

Les préparatifs des deux voyageurs furent bientôt faits. M. Bush abandonna sa pavochka pour le traîneau ordinaire, plus léger. M. Macrae en fit autant. Le major devait les suivre de près jusqu'à Anadyrsk, où il se proposait de les quitter de nouveau avec MM. Dodd et Robinson, qu'il avait nommés à certains emplois dans les districts placés sous la direction de MM. Kennan et Mahood.

On était au 18 avril. La journée se préparait belle pour se mettre en route. Le temps était suffisamment froid pour laisser à la neige toute sa fermeté, et les chiens, qui avaient eu plusieurs jours de epos, paraïssaient en excellente condition. Après avoir pris une dernière fois congé de leurs amis, les voyageurs doni.èrent le signal ; les attelages, prenant une allure rapide, eurent bientôt franchi l'éminence qui s'élève derrière la ville, et au bout de quelques minutes, tout vestige d'habitation avait disparu. ;

Le beau temps ne dura pas lo:gtemps. Une peurga les surprit à deux ou trois journées de Ghijigha et ils furent très heureux d'atteindre sains et saufs pour s'y réfugier les premières habitations de Koeil. Nous venons de voir, au précédent chapitre, quelles singulières constructions présentent ces habitations en forme de sabliers. La portion habitable de chaque maison (nous

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prenons ici ce mot comme terme générique) est tout entière sous le sol; on n'en aperçoit que le toit conique. Sur le haut de ce cône est posé, en sens inverse, un autre cône de même dimension soutenu à son bord extérieur par de longues perches, qui, dans beaucoup de cas, dépassent la construction en hauteur. A ces perches étaient accrochés, comme objets de sacrifice aux dieux du pays, des cadavres de chiens, le cou traversé par le bout pointu des perches. Près de chaque habitation, élevées sur un échafaudage à plusieurs pieds audessus de la neige et hors de la portée des chiens, étaient des constructions coniques et pyramidales servant de magasins pour les provisions. Alentour étaient suspendus les harnais, les filets, et tout ce qui pouvait contribuer à pourvoir à l'appétit vorace des troupes de chiens affamés qui pullulaient dans le village.

Au moment où les traîneaux approchèrent, les habitants :* montrèrent au sommet de leurs yourtes comme des essaims d’abeilles et vinrent bientôt entourer les voyageurs pour connaître l’objet de leur visite. Désireux de se mettre à l'abri, M. Bush fit le tour de l'habitation devant laquelle on s'était arrêté, cherchant partout une entrée. Il allait s'éloigner quand un brave Korak à face ronde lui fit signe de le suivre. C'était ce même Tchikhine qui avait eu déjà la visite des autres Américains de l'expédition. Écoutons la description que fait à son tour M. Busb :

« Nous grimpâmes, dit le voyageur, à un poteau dans lequel avaient été pratiquées une série d’entailles servant de marches. Je me trouvai bientôt dans l'espèce d'entonnoir qui surmontait la hutte. Le lieu était orné de peaux de phoque bourrées de graisse rance du même animal — un mets indigène — de chaussures à neige, de harnais de chiens, et aussi de plusieurs petits chiens

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morts étouffés par les bouchons de paille qu’on leur avait introduits dans le gosier; ces pauvres petites bêtes étaient également des victimes offertes en sacrifice aux dieux du pays. Au centre, un trou noir de deux pieds carrés conduisait à quelque antre souterrain d’où sortaient des nuages de fumée et une horrible combinaison des plus désagréables odeurs.

« Tchikhine, mon guide, le propriétaire de l’yourte. après avoir jeté un regard en arrière pour s'assurer si je le suivais, plongea avec un sourire d'encouragement un pied dans le trou, et, saisissant un mât semblable à celui qui avait servi à notre ascension, disparut rapidement. Je le suivis de mon mieux, cherchant vainement où m'accrocher les pieds et espérant à chaque instant toucher le fond, qui semblait toujours fuir sous moi, J'arrivai enfin et de tous côtés me vinrent des salutations auxquelles je répondis sur le même ton «zdaro-0-0-va, » sans pouvoir, pendant plusieurs minutes, distinguer un seul objet. Quand mes yeux se furent accoutumés à l'obscurité, j'allai m'asseoir à côté de Macrae qui, lui, était entré pendant que je cherchais partout la porte, et peu à peu les mystères de la caverne se laissèrent voir, »

La pièce était octogonale, de 7 mètres 50 centimètres environ de diamètre ; la muraille était faite de troncs flottés plantés debout et supportant une lourde charpente de même nature, noircie par la fumée. L'ouverture supérieure servant d'entrée était à 7 ou 8 mètres du sol et se distinguait à peine dans l’épaisse fumée du lieu. Tout autour, à 60 centimètres de terre, courait une large plate-forme chargée de piles énormes de sales fourrures servant de lits et de vêtements, et sur lesquelles étaient assis, ou couchés, une vingtaine de Koraks des deux sexes et de tout âge, vieilles femmes

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édentées et hideuses, bébés gras et frais, barbouillés de graisse de phoque et de saletés de tout genie. Audessus de cette plate-forme étaient suspendus plusieurs pologs, servant d'autant d'appartements distincts et pouvant, ensemble, contenir une cinquantaine de personnes, d’après la facon de dormir des Koraks. Au milieu de la pièce, juste sous l'ouverture d'entrée, brülait un feu assez ardent devant lequel cuisait, dans

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