‹ La Sibérie orientale et l'Amérique russe [microforme] Octave SachotChapitre 21 sur 45 · RINN A · texte numérisé non relu

RINN A

Femme Korake.

un vaste chaudron de cuivre, un mélange de chair de phoque et de chair de baleine. La partie de la plateforme la plus proche du poteau entaillé servant d’échelle est la place d'honneur ; elle est toujours occupée par les hôtes, et, à défaut d'hôtes, par le maître de la maison,

Les Koraks sont très-distincts des autres peuplades et comme aspects et comme coutumes. Les hommes sont assez grands, gros et robustes, avec de larges faces, de petits yeux noirs, des pommettes saillantes, des

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nez épatés, des lèvres épaisses. ils se rasent le sommet de la tête, ne gardant qu'une couronne de cheveux rudes et noirs qui leur tombent sur les yeux et les oreilles et leur donnent l'air de moines tonsurés. Les femmes ont le même type que les hommes, mais elles se tatouent la figure de lignes compliquées. Quand elles se peignent, — coquetterie dont elles n’abusent pas, — elles séparent leurs cheveux en deux nattes qui pendent sur leurs épaules et qu'elles entremêlent de chapelets de verroterie.

Les vêtements sont faits de peaux de renne bien préparées et avec la fourrure à l'intérieur. Ils sônt taillés à peu près sur le modèle de ceux des 1'ongouses. Quant à leur propreté, on n’y a naturellement nul égard. Les Koraks mangent tout ce qu’ils peuvent se procurer, poisson, viande de renne, de baleine, de phoque, etc. Ils ont un naturel hardi, indépendant ; ils craignent peu la mort, sont hospitaliers en général, mais à l'occasion ils ne se piquent guère de loyauté.

Koeïl renferme environ trois cents habitants ; il est situé sur une plage qui fait face au golfe de Penjinsk. L'arbre le plus proche est sur le bord de la rivière Paren ; de sorte que, pour se chauffer et pour construire leurs maisons, les habitants n'ont à compter que sur les bois que leur apporte le flot. Dans leurs pologs, toutefois, et comme il a été dit plus haut, ils brûlent de l'huile de phoque.

Les Koraks se divisent en trois classes : les civilisés ou convertis, déjà décrits et qui habitent les villages de la côte à l’ouest de Ghijigha, à Yamsk, à Toumane et à Niakhana. Ils diffèrent peu des autres indigènes civilisés. Les deux autres classes conservent encore leurs mœurs barbares primitives et leurs croyances païennes. La première de ces deux classes se compose de Koraks

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fixes ayant des demeures permanentes sur le golfe de Penjinsk, et vivant presque entièrement du produit de la mer, comme les Esquimaux.Ges Koraks, à l'exception de quelques huttes éparses, sont tous dans les quatre villages de Koeil, de Mikina, de Chestakova et de Kamenoï. Ils n’ont que très-peu d'armes à feu et se servent surtout d’arcs et de flèches, de piques et de harpons, à tête d'os, pour la capture de la baleine et autre gros gibier. Quant aux phoques, ils les prennent avec de grandes seines faites de courroies de peau ; pour les poissons ordinaires, ils tirent leurs filets de Ghijigha.

Ils font usage de deux espèces de canots consistant en un léger châssis de bouleau sur lequel ils tendent des peaux de phoque, solidement cousues et graissées ou goudronnées. Les plus grands portent jusqu’à quarante hommes ; ils sont ouverts. Les autres ressemblent beaucoup aux kiaks groënlandais. Ils ne portent qu’un homme ou deux, et sont entièrement pontés, sauf un trou pour passer le corps de l'homme. Pour leurs transports d'hiver, ces indigènes emploient des chiens el des traineaux; mais leurs chaussures à neige sont d'une espèce particulière. Ce sont des arcs de bois relevés en avant, pointus en arrière, et reliés par un treillis de lanières de peau de phoque.

Les Koraks en question sont, nous l'avons dit, idolàtres. Ils adorent des divinités invisibles auxquelles ils

sacrifient leurs meilleurs chiens par l'intermédiaire de.

leurs chamans. Ils ont aussi certains rochers révérés, certaines montagnes qu'ils ne traversent jamais sans leur faire quelque offrande. Comme presque tous les sauvages, ils ont la passion des liqueurs enivrantes, A défaut de celles-ci, ils se fabriquent, avec un champignon vénéneux, une boisson que les Russes emploient

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pour se débarrasser de la vermine. L'ivresse que procure ce Freuvage est presque immédiate, et comme elle amène des vomissements, les plus pauvres se tiennent tout prêts à recevoir dans des bols les matières rejetées, qu'ils avalent à leur wur et qu'ils repassent de la même facon à leurs voisins ; si bien que l'ivresse d’un seulindividu profite parfois à tout un village.

Quand un jeune homme s’éprend de quelque belle, il fait connaître sa passion au père de celle-ci. Il s’ensuit immédiatement une sorte de contrat en vertu duquel l’amoureux devient le serviteur de son futur beaupère pendant des années. Cetemps expiré, il est informé si la jeune fille veut ou non delui. De celte manière, un père assez favorisé du sort pour posséder une fille belle peut avoir toujours à son service une douzaine de prétendants. Le terme du contrat de servitude expiré, on choisit une des plus grandes yourtes et toutes les vieilles femmes du lieu, armées de bâtons et de courroies de phoque, se tiennent sous les pologs suspendus autour de la pièce. La fille apparaît alors, vêtue d’épais vêtements de peau, suivie de son adorateur et une, course à fond commence. Pour gagner sa fiancée, le futur doit lui imprimer sur le corps la trace de son ongle avant qu'elle puisse être délivrée par les vieilles femmes, lesquelles, pendant la poursuite, jouent de leur mieux du bâton et de la courroie pour arrêter le poursuivant. L'avantage est tout pour la fille, et si elle ne veut pas devenir la femme du garçon qui la recherche, elle peut facilement lui échapper. Dans le cas contraire, elle s’entend avec les vieilles et la résistance n’est plus qu’un simulacre. On voit, paraît-il, des prétendants ne pas se tenir pour battus dans une première tentative, et contractei un nouveau bail de servitude pour obtenir le privilège d'une seconde épreuve. O mœurs hyperboréen-

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La troisième catégorie de Koraks est désignée sous le nom de Koraks-à-Rennes. Ceux-ci sont tout différents des précédents. Ils sont nomades ; vivant sous des tentes de peau comme les Tongouses, ils possèdent d'immenses troupeaux de rennes qu'ils conduisent de place en place pour les faire subsister.

La tempête continue obligea les Américains à passer plusieurs jours à Koeil. Pour tuer le temps, ils s'amusèrent à faire tirer à l'arc les gamins du lieu. Le but était des monnaies de cuivre russes empilées sur un bâton. Qui faisait tomber la pile gagnait l'argent. Le tir, paraît-il, n’était pas merveilleux. Un petit incident qui survint montre la nature insensible et stoïque de ces peuplades. À une quarantaine de pas derrière le but, en ligne directe, deux jeunes filles adossées à une hutte regardaient nonchalamment l'exercice en question. Une flèche, après avoir frappé un tas de neige durcie, arriva droit sur elles. Les deux curieuses se contentèrent de baisser la tête, et la flèche se planta dans le bois. D'émotion, il n’y en eut pas plus chez les jeunes filles que chez les tireurs d'arc, et le jeu continua sans que personne prit plus de précaution.

Les hommes donnèrent, de leur côté, aux étrangers, une représentation de quelques-uns de leurs jeux : courses à pied et luttes corps à corps. C'est une race forte, athlétique, dont les hauts faits en ce genre sont très remarquables. Pour lutter corps à corps, ils se mettent nus jusqu'à la ceinture, sans tenir compte du vent ni de la neige. D’une main ils se prennent aux cheveux, et de l’autre ils saisissent l'adversaire par la peau des côtes et tourbillonnent, roulent et se tordent jus-

qu'à ce que l’un des deux lutteurs tombe à moitié enseveli sous la neige.

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