‹ La Sibérie orientale et l'Amérique russe [microforme] Octave SachotChapitre 34 sur 45 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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soixante-deux ou soixante-trois. Comme ils sont à peu près imberbes, les longues barbes des Américains faisaient qu'ils les croyaient tous très vieux. Ces demi-civilisés ne sont pas une race très robuste; ils ont beaucoup de maladies, qui probablement leur sont &pportées des côtes de la mer d'Okhotsk. Leur confiance dans les étrangers, comme médecins, était sans bornes, et chacun d’eux eût avalé d’un trait sans sourciller tous les médicaments de la petite pharmacie portative de l'expédition.

Le 2 février arrivèrent de Pendjina huit nartas chargées de vivres qu’expédiait aux voyageurs l'ispravnik de Ghijigha. M. Bush profita de cette circonstance pour envoyer à la station de l'embouchure de l’Anadyr chercher M. Macrae, deux autres officiers et six hommes. Ce-voyage, aller et retour, ne prit pas moins d’un mois. Pendant ce temps arriva à Markova, avec treize traineaux, M. Jared Norton, envoyé sur le Myan avec des ouvriers pour exécuter certains travaux préparatoires de la ligne. Les souffrances du froid avaient été bien grandes pour ce groupe de travailleurs, obligés de camper en plein air. Pendant les nuits les plus froides, ils n'avaient point osé s'endormir. Bien qu'entourant le feu du bivouac au point de se griller les mains, ils avaient souvent le nez gelé.

À Markova, dans l'intérieur de l'habitation, la température était encore excessivement rigoureuse, puisque, malgré le feu constamment entretenu du tchual, le thermomètre marquait — 35 degrés Fahrenheit ou 37 degrés centigrades au-dessous de glace. « L'atmosphère elle-même semblait être gelée, dit M. Bush; les objets s'y montraient comme dans un brouillard. Pour expérimenter l'effet de ce froid si rigoureux, je sortis la tête nue et les mains nues, et restai quelques

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instants immobile. Tout d’abord, en quittant la maison, je ne m'’aperçus pas que la température fût plus froide que je ne l'avais constaté dans cent occasions. C'était partout une immobilité, un calme de mort. La seule chese inaccoutumée que je remarquai fut un certain sifflemeni occasionné par mon haleine venant en contact avec l'air froid. Maïs au bout de très peu de temps, je sentis de légers picotements au nez, aux oreilles et aux doigts et une certaine sensation particulière, comme si ces diverses parties de mon individu étaient tirées au dehors. Je jugeai alors prudent de rentrer au plus vite.

« Avant d'arriver en Sibérie, j'avais toujours associé dans mon esprit l'idée de violents tremblements, de frissons et de claquements de dents à celle de froid extrême; mais pendant un séjour de deux années dans ce pays, je ne me rappelle avoir vu personne trembler de froid, si ce n’est dans une circonstance unique où un individu était tombé à l’eau dans le Myan; la rivière était gelée, mais la température était à très peu de degrés au-dessous du point de congélation. La souffrance du froid dans cette atmosphère sèche n’est pas non plus la dixième partie de celle que j'attendais, à moins qu'on n'ait le corps moite par suite de transpiration ou autrement. Aussi, pourvu qu'on ait soin de ne pas se charger outre mesure de fourrures et de vêtements, on peut voyager des journées entières sans trop souffrir, bien que le rez puisse dans l'intervalle se geler une douzaine de fois. Cet accident est d’ailleurs si peu douloureux, qu'on ne s’en aperçoit guère que quand on en est averti

par un compagnon de route, et alors on a toujours

le remède sous la main. Je n'ai jamais rencontré d'indigène avec le nez gelé, tandis qu'il en est chez eux tout autrement des joues et du menton. »

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Malgré la rareté des vivres et l'incertitude de l'avenir, les habitants de Markova n'’enfêtèrent pas moins gaiement la Noël, et les vetchourkas allèrent leur train huit jours durant. Ces sortes de bals étaient très suivis, et les gens les plus dénués de ressources n'étaient pas les moins gais. Parmi les plaisirs du moment, il en est un, très en vogue, qui consiste à se masquer en groupe avec des masques de bois ou des mouchoirs et à se rendre dans chaque maison de la localité munis d'une espèce de violon à trois cordes pour y danser. Ces mascarades durent huit jours et plus, après lesquels le prêtre du village se rend dans chaque habitation pour la purifier.

Tous les ans à cette époque, il arrive à Anadyrsk nombre de Tchouctchis pour trafiquer avec les marchands de fourrures de la mer d'Okhotsk. Cette fois ils ne se montrèrent pas de l’hiver, et grand fut le désappointement des habitants qui comptaient sur eux pour se procurer des vivres. Nos Américains en éprouvèrent le contre coup et durent s'occuper de s’approvisionner à Ghijigha. Aussitôt arrivé à Markova, M. Macrae était reparti pour le Myan avec les hommes qu'il avait amenés, pour prendre la direction des travaux sur ce point, M. Bush l’avisa de sa résolution de se rendre à Ghijigha par Penjina, et se mit en route le 26 mars. Il atteignit sa destination le 9 avril.

Le soin de ravitailler les différents groupes de l’expédition n'était pas petite affaire. Tantôt les provisions étaient absentes, tantôt les moyens de transport man quaient, tantôt c'étaient des tempêtes de neige qui arrêlaient les convois ou obligeaient ceux-ci à se déles-

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