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à force de rames. La nature du chenal, d’ailleurs, augmentait les difficultés : trop peu profond en certains endroits, il était sur d’autres encombré de roches et de troncs d’arbres. Après quatre heures de lutte, les voyageurs durent renoncer à vaincre le courant. D’un autre côté, pour porter le canot afin de tourner l'obstacle, il eût fallu s'ouvrir une route de plus de cinq kilomètres à travers une impénétrable forêt ; l’entreprise était audessus des forces de l'expédition. On dut donc, à regret,retourner en arrière. Sept jours suffirent aux voyageurs pour redescendre la rivière jusqu’à Nulalo. La largeur du Kvihpak, sur le parcours exploré, mesurait en moyenne seize cents mètres environ.
Dans l'automne de 1843, l'expédition descendit le Kvihpak jusqu'à Ikagmout, poste de commerce, situé à trois cents kilomètres au-dessous de Nulato. La rivière fut trouvée navigable pour les canots entre ces deux points, Les eaux élaient boueuses et le courant rapide en maint endroit. La largeur moyenne était de deux mille quatre cents mètres, la profondeur variant d’une à dix brasses. La rive gauche était basse, semée de collines dans la distance; la rive droite, élevée, atteignait presque parfois la hauteur de vraies montagnes. Le pays était bien boisé. « À quinze milles d’Anvika, dit Zagoyskin, le sol, sur la rive droite, change de nature : de sable il se fait argile; il est gercé dans certains endroits. J'ai vu de la terre parfaitement pure de différentes couleurs : rouge, jaune, blanche, avec toutes les gradations intermédiaires. Ces terrains, je crois, contiennent du plomb. » Sur un point, la rivière contourne la base d’un groupe de montagnes coniques de six ces mètres de hauteur, près desquelles est un volcan isolé de la même élévation à peu près. (Presque tous les cours d'eaux tributaires sont situés sur
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la rive gauche ; un grand nombre abondent en castors). Le 5 novembre, le Kvihpak était pris par la glace.
Ikagmout.
Quelques jours plus tard, les indigènes couraient en foule à la rivière pour faire provision de petites lam-
proies grasses, qu’on pêche en grand nombre dès que la rivière est gelée; ils y restèrent une quinzaine de jours. Pour les habitants des bords du Kvihpak, ce poisson est ce que le whitebaït est pour les Londiniens, les premières aloses pour les New-Yorkais, le goujon pour les Parisiens.
Dès que la glace fut assez forte, le lieutenant Zagoyskin quitta Ikagmout et remonta la rivière en traineau, voyageant tantôt sur la glace, tantôt sur la neige, jusqu'au village de Paymout, avec l'intention de traverser les montagnes pour aller à la rivière Kouskokwime, qui, vers le 160° méridien, s'approche du Kvihpak, avant que celui-ci incline vers le nord et qu’elle-même prenne la direction de l’est.
Remontant la rivière Nallik, cours d’eau de cent et quelques mètres de large, qui se jette dans le Kvihpak en venant du sud-est, l’explorateur russe descendit bientôt vers le sud par un chemin qui, traversant une plaine marécageuse, conduisait à la montagne de Tamatoulit, située sur la rive droite de la Kouskokwime qu’elle dominait de sept cent cinquante mètres. Laissant la montagne d’un côté, la route traversait un lac, entrait dans un marais couvert de broussailles et, après avoir franchi de nombreux ruisseaux, arrivait, par des terrains plus élevés, au bord de la rivière. L'expédition suivit le cours de la Kouskokwime jusqu’au fort Kolmakoff, poste de commerce fortifié, situé par 61°34 lat. N. et 158 37’ long. O. |
La Kouskokwime est plus petite que le Kvihpak, et pendant deux cent cinquante ou trois cents kilomètres, à partir de son embouchure, sa largeur varie de deux cents à cinq cent quarante mètres. Les sinuosités pleines d'îles de cette rivière lui donnent un aspect plus pittoresque que le Kvihpak, dont le cours a souvent de la
monotonie. Les roches de la rive droite différaient de celles de la même rive du Kvihpak, et, sur beaucoup de points, le lieutenant Zagoyskin trouva du mica. La rive gauche est couverte de grands sapins, et parallèlement au cours de la rivière est une chaîne de montagnes de six cents mètres de hauteur, qui sépare les eaux de la Kouskokwime de celles du Nouchagak qui se jette dans la baie de Bristol. Entre le fort Kolmakoff et le fort Alexandre, sur la baie de Bristol, la communication se fait par une série de rivières, de lacs et de portages.
L'hiver se passa à explorer le pays très arrosé situé entre la Kouskokwime et le Kvihpak, et à étudier la partie inférieure du Chagelouk, un des plus grands affluents du Kvihpak, qui coule presque parallèlement à cette rivière sur une certaine distance et s’y jette près du 62° degré de latitude nord et du 160° longitude ouest.
Le 1° mai 1844, la glace de la Kouskokwime commença à se rompre; le 9, la rivière était parfaitement libre. Le 19, l'expédition se mit à remonter la rivière en canot de peaux de phoque. La Kouskokwimeavait de deux cents à six cent trente mètres de largeur au-dessus du fort de Kolmakoff; des barres de sable, larges quelquefois de deux kilomètres et demi, s’y montraient de temps en temps. Pendant cent soixante kilomètres environ, elle coule entre des murailles de rochers de cent à cent cinquante mètres de hauteur, couverts d’une épaisse forêt. Le lit est libre et le courant n’est pas aussi fort que celui du Kvihpak.
A ce point, elle reçoit, venant du sud, la rivière Hulitnak (61° 42’ lat. N., 156° 50’ long. O.). Celle-ci a soixante mètres de largeur à son embouchure; sa rive gauche, au confluent, est protégée par des rochers hauts de soixante à cent vingt mètres. De là on aperçoit au
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loin, dans l'intérieur des terres, une haute montagne conique dont le sommet est couvert de neige. A quelques kilomètres au-dessus du Hulitnak, les collines de la rive gauche s’abaissent pour faire place à une plaine marécageuse, Landis que la rive droite est bordée d'une chaîne de collines hautes de cent cinquante mètres,
A trente kilomètres au-dessus de la Kouskokwime, se frayant un passage à travers les collines qui bordent la rive gauche de cette rivière au-dessus du Hulitnak, se présente le Choulkak, qui, suivant les naturels, prend sa source dans un lac au milieu des monts Tchigmit, dont l'expédition aperçut, à quatre-vingts kilomètres environ vers le sud, quelques-uns des pics les plus élevés. Un peu au-dessus du Choulkak, est le Tchigvanatil, qui vient aussi du sud.
A ce point de sa route, le lieutenant Zagoyskin rencontra six canots pleins d’indigènes. Pour demeurer en bons termes avec eux et éviter les malentendus — car la présence d’un blanc au milieu de ces sauvages ne pouvait s'expliquer que par le désir de faire du commerce, — il échangea quelques kilogrammes de tabac et quelques vieux vêtements pour un monceau de peaux de castors, de loutres, de rennes et d'ours noirs. Les pauvres gens avaient grande envie d’un certain habit sans manches qui leur plaisait singulièrement, mais les deux cents peaux de fourrures de prix qui composaient leur bagage ne furent pas jugées un équivalent suffisant pour cette défroque, et ils durent se contenter de tabac et d'objets d’habillements moins précieux!
Au-dessus de ces cours d’eau, la Kouskokwime se rétrécissait ; elle n’avait plus que deux cents mètres environ de largeur; le courant était plus lent et l’eau avait une teinte blanche jaunâtre. La rivière contourne un promontoire de soixante à quatre-vingt-dix mètres de
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hauteur sur la rive droite. La rive gauche, qui n’a guère que six mètres, est couverte d’une épaisse forêt, au delà de laquelle on aperçoit une chaîne de montagnes dans la distance. Plus haut encore, un éperon de la chaine en question se terminait, sur la rive gauche de la rivière, en une arête de roc au delà de laquelle la forêt faisait place à une plaine plate et marécageuse.
Chiens dressés à la pêche.
À l'embouchure de la rivière Sotchotno, par 62° 58 lat. N. et 155° 6’ long. O., l'expédition s'arrêta; elle se trouvait à deux cent quatre-vingt-dix kilomètres au-dessus du fort Kolmakoff et à environ cinq cent soixante kilomètres au-dessus de l'embouchure de la rivière. En cet endroit, les indigènes parlèrent d’une large mer intérieure, située. plus loin, entre la Kouskokwime et le
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Kvihpak. La même histoire fut répétée par les indigènes sur d’autres points de la Kouskokwime et aussi du Kvihpak : ils décrivaient cette étendue d’eau comme un vaste et beau lac rempli de poisson et faisant vivre une nombreuse population installée sur ses bords et dont les chiens sont dressés à la pêche, comme d’ailleurs sur beaucoup de cours d’eau des deux rives du détroit de Behring. Dans l'opinion du lieutenant russe, ce lac devait se rencontrer quelque part entre le 63° et le 65° degré lat. N. et le 150° et le 154° long. O., et il écoulait probablement le surplus de ses eaux par la rivière Haggaya, dans le Kvihpak.
Il entrait dans les intentions de Zagoyskin d’explorer la Kouskokwime jusqu’à sa source, mais les hommes qu'il avait pris avec lui au fort Kolmakoff étaient obligés de retourner pour être prêts à transporter des marchandises au fort Alexandre, sur la baie de Bristol. Il se vit donc à regret forcé de revenir sur ses pas ; il atteignit le fort Kolmakoff, le 5 juin. Quelques jours après, il se rendit au Kvibpak par une série de rivières et de lacs autres que ceux qu'il avait suivis pendant l'hiver. Il redescendit ensuite le Kvihpak inférieur jusqu’au point où il se divise en plusieurs lits pour se jeter dans la mer. Les collines et les forêts disparaissaient, et, à un point intermédiaire entre les lacs, une immense plaine s’étendait à droite aussi loin que la vue pouvait porter. Le sol, sur cette portion de la rivière, contenait, à une profondeur d'un mètre, une couche de matière organique originaire de la forêt; au-dessous, on trouvait de la glaise molle.
Le lieutenant Zagoyskin ne cite rien relativement à la profondeur des eaux dans les branches inférieures du Kvihpak ; il dit seulement qu’en 1833, un employé de la Compagnie des fourrures remonta facilement l’Aphuna,
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bouche septentrionale du Kvihpak, et qu'il descendit, durant cinquante kilomètres, un autre chenal, où il trouva les eaux trop basses pour lui permettre d’'atteindre la mer.
Une fois sur le rivage, Zagoyskin remonta la côte en canot, s’en tenant à peu près à un demi-mille de distance, à cause des bancs de sable et des rochers qui rendaient la navigation dangereuse. 11 atteignait le fort Saint-Michel, le 21 juin, après deux années d’une exploration semée de difficultés et de périls.
Dans le cours de l'hiver de 1860, Robert Kennicott, jeune naturaliste américain de grand avenir, et qui, sous sa constitution débile, cachait une indomptable énergie, entra sur le territoire russe, par la frontière anglaise, au-dessus de l’Youkon. Il avait fait, seul, la dernière partie de la route, depuis la tête du lac Supérieur, par la chaîne des lacs de la rivière Mackensie, à travers les vastes soliludes qui s'étendent entre le lac Supérieur et l'océan Glacial arctique. Chemin faisant, il avait recueilli des spécimens d'histoire naturelle de toute espèce. Ces spécimens, se comptant par milliers et pesant ensemble un poids considérable, déposés dans chacun des postes de commerce de la Compagnie de la baie d'Hudson, avaient été transportés, sans frais, au Canada, d’où d’au-
.tres compagnies les avaient remis, également sans frais,
à l’Institut smithsonien, sous les auspices duquel Kennicott voyageait, La Compagnie de la baie d'Hudson avait braconné sur les domaines de la Compagnie russe des fourrures, et, cent kilomètres à peu près au delà dela frontière, juste au confluent de la rivière du Porc-Épic
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et de l’Youkon, Kennicott avait rencontré un poste de commerce, le fort Youkon, à la charge d’un vieil Ecossais, lequel, avec s1 femme, un prêtre catholique, joyeux compère, quelques voyageurs et des Esquimaux, composaient la colonie.
Kennicott passa là tout l'hiver, récoltant des spésimens par centaines et recueillant tous les renseignements possibles de la bouche des naturels sur le cours
Canards à longues queues.
de l'Youkon, touchant lequel on n'avait, au fort, que des rapports incertains. Entre autres découvertes importantes que fit l'Américain, il faut citer celle du lieu de couvée de l'oiseau désigné en Ainérique sous le nom
de Canvas-back duck. Les œufs de ce palmipède, que, jusque-là, aucun naturaliste n'avait vus, couvraient î littéralement des arpents de terrain, Il trouva aussi là, en abondance, le caard à longue queue, et aussi les nids et les œufs du beau bohémien à ailes de cire ; c’est
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le seul erdroit où les œufs de cet oiseau aient jamais été reconnus, Au printemps, Kennicott prit la route du retour, toujours en récoltant des spécimens. Rentré dans ses pénates, il s'était mis à écrire le résultat de ses observations, lorsqu'il dut s’interrompre pour être incorporé dans l’armée, où il reçut le grade de major.
A l’occasion du projet proposé de mettre en communication télégraphique les continents d'Amérique et d'Europe par l'Asie septentrionale, projet que connaissent nos lecteurs, les fils de la Western Union telegraph Company furent tendus au nord à travers l'Orégon et le territoire de Washington jusqu’à l’île de Vancouver. De ce point, il s'agissait, ainsi qu'il a été expliqué au début de ce livre, de les continver vers le nord, par les territoires anglais et russes jusqu'au détroit de Behring. La ligne conduite par :n câble à travers le détroit ou la mer du Kamtchatka devait ensuite être poussée par la Sibérie, pour s'abouter aux lignes russes venant de Pétersbourg.
La route par les possessions britanniques, au-dessus de la Cc'ombie anglaise et tout l’intérieur de l’Amérique russe, était entièrement inconnue. Il fut décidé que le terrain serait étudié par deux expéditions, l'une se dirigeant au nord, à partir de l’île de Vancouver (c'est celle que commandait le majcr Frank Pope), l’autre se rendant par mer au détroit de Behring, et inarchant ensuite, vers l’est et le sud, à la rencontre de la première,
Les informations obtenues relativement à la grande revière de l'Amérique russe faisaient espérer qu'on pourrait remonter ce cours d’eau du détroit de Behring au fort Youkon, et poursuivre ensuite la route vers le sud par le territoire britannique ‘pour y rencontrer, en un point désigné, l’autre expédition venant du sud et mar-
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chant au nord, Un petit steamer, la Zezzie Horner, fut acheté à San Francisco et embarqué sur un des navires de l'expédition dans 1e dessein de s’en servir à remonter le Kvihpak aussi loin que possible. Le précédent voyage du major Kennicott dans l'Amérique russe et ses profondes connaissances scientifiques le firent choisir pour commander l'expédition s'acheminant par le détroit de 7 Behring.
Le 10 juillet 1865, l'expédition quitta San-Francisco dans ia barque Golden-Gate, accompagnée par l'ingénieur en chef de la Compagnie, le colonel Bulkley, à bord du George Wright. Au bout d’un mois, on atteignit Sitka, le quartier général de la Compagnie russo-américaine des fourrures, où l’on resta une quinzaine de jours à achever les préparatifs. Le 22 août, on reprit la mer pour gagner le point extrême de la presqu'île Alaska.
À Ounga, l’une des îles qui bordent au sud cette 1'emarquable pointe de terre, on fit une courtestation. Les trai.s caractéristiques principaux de cetfe ile sont ceux de la plupart des autres îles du grcupe. D'origine volcanique, Ounga présente une falaise de cent quatre-vingts mètres de hauteur, au-dessus de laquelle s’étagent des plateaux. Les élévations sont couvertes de mousses m‘lées de fleurs; les dépressions nourrissent une herbe courte et rude et de petits buissons. Il existe sur cette île une couche de lignite, épaisse de quarante centimètres, que les Russes exploiièrent pendant un certain temps, mais que son peu de valeur a fini par faire abandonner. Là, comme sur plusieurs autres îles, un petit nombre de Russes vivaient de la pêche.
En remontant la côte, on aperçut un volcan en pleine activité : d’autres, éteints À une époque récente, se lais- | saient voir sur la péninsule et diverses îles. Les morues abondaient dans tous ces parages. On pénétra dans le
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détroit de Behring par la passe d'Ounimak ou Oumnak (54° 1/2 lat. N., 165° long. O.), avec une profondeur de soixante-douze mètres à l'entrée et un très fort courant.
Le 15 septembre, l'expédition entra dans le golfe de Norton, qu’elle côtoya jusqu’à Saint-Michel. Là, Kennicott et les siens débarquèrent, et les bâtiments repartirent, avec le colonel Bulkley, pour le Kamtchatka.
L'ile de Saint-Michel est située au sud du golfe de Norton et séparée, par un étroit canal, de la terre ferme, et, par un autre plus large, de l’île de Stuart. Cette île a à peu près seize kilomètres, d'un rivage à l’autre, dans toutes les directions. Elle est d’origine volcanique, mais elle est peu élevée, sa plus grande élévation n’ayant que quatre-vingt-dix mètres ; elle possède un bon port où les navires sont abrités de tous les vents, sauf ceux du nord. Sur ce point est un fort de charpente et de terre, armé de six canons et défendu par vingt Russes. Près du fort est un village esquimau de dix huttes, moitié tanières creusées dans le flanc de la montagne, moitié cabanes construites de bois recueillis sur la plage. Une chaîne de villages semblables s'étend le long du golfe de Norton. La température, à Saint-Michel, est plus douce que partout ailleurs sur cette partie de la côte, i.! «a'on explique par les courants venus du sud qui l'es‘ourent. On y voit en été une végétation assez vigoureuse, quoique rare.
Kennicott voulait redescendre la côte dans le petit steamer Lizzie Horner, placé sous le commandement du lieutenant Charles Pease, jusqu’à la bouche méridionale du Kvihpak, — la plus profonde aussi, — et remoner ainsi la rivière aussi loin que possible, en faisant des explorations sur les points intéressants. Malheureusement ce projet dut être abandonné. Le mécanicien engagé à San-Francisco était d’une incompétence absolue,
et la machine du steamer se trouvait être radicalement défectueuse; c'est en vain qu'on chercha à la réparer, il y fallut renoncer. Ce fut pour le côté utile de l’expédition un contre-temps regrettable. Le major Kennicott changea, dès lors, de plan et adopta la route ordinaire des commerçants russes, celle qu'avait prise Zagoyskin vingt-trois ans auparavant. À partir de Nulato, il proposa de voyager en hiver par des traîneaux à chiens, en remontant la rivière jusqu’au fort Youkon.
Unalakleat. Habitation de l'expédition.
Le 27 septembre, l'expédition, comptant douze personnes, traversa le golfe de Norton, dans une barque ouverte, pour se rendre au village d'Unalakleat à l’embouchure de la rivière de ce nom. Une violente tempête de neige, la première de la saison, rendit cette traversée pénible. (
A Unalakleat, les Russes avaient construit un fort de bois, que six hommes occupaient et que défendaient deux pièces de quatre. Le froid se montra bien vite; aussi le premier soin des voyageurs fut-il de construire
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une grande hutte en bois, dont on bourra les interstices avec de la mousse, et qu’on revêtit de mottes de terre et de gravier. On y ajouta une cheminée, et, pour cet objet de luxe, on se servit de mortier fait avec de la terre délayée à l’eau bouillante.
Le 21 octobre, Pease, Ketchum et Adams, accompagnés de cinq Esquimaux, dont chacun portait sur le dos trente-six kilogrammes de bagage, remontèrent l'Unalakleat. Le thermomètre Fahrenheit marquait 2 degrés au-dessous de zéro (environ — 19 degrés centigrades); mais la rivière n'était pas assez gelée pour qu'on pût marcher sur la glace. Le troisième jour, ils atteignirent Ulucouk, village d'hiver de la tribu des Ingaliks, situé à soixante kilomètres au-dessus d'Unalakleat. [ls y passèrent un mois, pendant lequel ils achetèrent du poisson et le préparèrent pour les provisions d'hiver de l'expédition.
Les Ingaliks sont un rameau d’une race indienne qui tient le milieu entre les Esquimaux de la côte et les Indiens de l’intérieur. Ce sont eux qui foni le commerce entre l’Youkon et la côte, et qui échangent les pelleteries des Indiens contre les articles importés et ceux des Esquimaux, Ils constituaient, à une époque, une race puissante, mais leur nombre a été réduit de beaucoùp par nne série de guerres avec les Esquimaux et les Indiens de l'intérieur. Par leurs coutumes et leurs mœurs, ils sont devenus plus Esquimaux qu'Indiens ; ils bâtissent leurs huttes en partie sous terre comme les premiers, au lieu de les élever à la surface comme les seconds.
La hutte d'hiver de l’Esquimau du golfe de Norton est faite de troncs de sapins fendus et assemblés côte à côte. Elle est couverte de la même manière, avec un trou carré ménagé en haut au centre; te tout, excepté
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