‹ La Sibérie orientale et l'Amérique russe [microforme] Octave SachotChapitre 9 sur 45 · KE · texte numérisé non relu

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… cons grands et petits qui se heurtaient les uns contre “ les autres et venaient s’accrocher au glaçon principal qui portait encore les voyageurs. À ce moment, ceux-ci © crurent leur destruction presque inévitable ; la seule + chance qui leur restât, c'élait que le vent changeât de . direction et les poussât vers la terre ou sur quelque “ile avant que la glace achevât de se rompre sous leur

poids.

Mais d'autres périls commencèient à les menacer : “in et la soif d’une part, le froid ‘de l’autre. De “it fraîche, ils n’en manquaient pas, mais ils n’a- “vaient aucune espèce de combustible pour la faire cuire

“ou pour se chauffer. Le froid devenait intense et un

“vent glacial les pénétrait à travers leurs épais vêtements. nr également d’avoir de l'eau pour étancher

b. Jeur soif. Les rennes étaient encore en pire état qu'euxmêmes. Rien ne pouvait diminuer l'horreur de cette ie iuetion, et les malheureux, pressés les uns contre les

autres derrière un fragment de glaçon, qui les abritait un peu de la rafale, attendaient silencieusement le dénouement. Quand la nuit finit par se faire autour des naufragés, ils étaient déjà à plusieurs miiles de la côte et couraient vers le large.

Étendus à plat sur la glace, les infortunés appelaient en vain le sommeil pour se dissimuler la réalité de leur position, mais leur anxiété était trop vive pour que ce secours temporaire leur vint. Les rennes se trouvaient gelés et adhérents à la glace dès qu'ils essayaient de se coucher, et ces pauvres bêtes épuisées finirent par venir se jeter, pour dormir, sur les corps de leurs maîtres, sans qu'il fût possible à ceux-ci de les éloigner.

Après le sec "1 ‘our passé à la mer, quelques-uns de ces animaux ép. ivèrent de telles tortures de la faim et de la soif, qu'ils essayèrent de manger la barbe engivrée de Swartz, tandis que celui-ci dormait, et ils lui en tranchèrent en effet une portion.

Le vent toutefois était tombé. mais c'était à peine si l'on distinguait la terre dans la distance. Ce qu'il y avait à craindre, c'était qu’une tempête d'hiver ne s’élevât et ne vint achever la destruction de leur radeau déjà si entamé. Cette sinistre appréhension resta suspendue sur les voyageurs quatre jours et quatre nuits, durant lesquels ils vécurent de poisson sec, denrée dont ils avaient par bonheur une petite provision, mais ils durent se passer de boire.

Le matin du cinquième jour, providentiellement aidé par un vent et un courant propices, le champ de glace M vint atterrir sur an point situé à 100 kilomètres environ né au-dessous de l'embouchure de l'Ouda, et les naufragés, 8 complètement épuisés de fatigue et de faim, n’eurent | que le temps de quitter avec leurs rennes leur fragile "#8 esquif avant que celui-ci fût de nouveau emporté à la

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LA SIBÉRIE ORIENTALE. 35 mer; quatre rennes tombèrent morts en touchant terre. Avec ceux qui leur restaient, les voyageurs mirent quatre jours à regagner le point où ils avaient eu la malencontreuse idée de s’embarquer sur la glace.

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EMEA ARRET

La petite expédition américaine changea à Algasee de . moyen de locomotion et prit des traîneaux et des chiens + pour gagner Oudskoï.

Les chiens sont les mêmes que ceux qu’on emploie au Kamtchatka, à cela près qu'ils sont plus sauvages, qu'ils 3 se rapprochent plus du loup et qu'ils sont plus voraces — ce qui ne surprendra pas, quand on saura qu’on ne À “leur donne quotidiennement qu'une unique et maigre “ration de poisson gelé. Les traîneaux ou « nartas » ont “de 2,40 à 3 mètres de long, 60 centimètres de large et 30 centimètres de haut, c’est-à-dire que leur plate-

orme est à peu près à 30 centimètres au-dessus de la “neige. Tout autour court une petite balustrade de quel- 4 ues centimètres de hauteur, qui empêche ia charge de lisser. Les patins sont plats, larges de 10 centimètres e faits de bouleau, le bois le plus dur qu’on puisse se

procurer pour cela. De fait, toute la structure est de

î jois, excepté les lanières de cuir cru qui rattachent tous le s joints et qui cèdent à l’occasion, au lieu de se romre, comme le ferait le fer ou autres attaches fixes, sous effet du froid. L'ensemble est léger, flexible et très fort ‘% Méanmoins. En avant de chaque traîneau est un arc “Mlide, auquel est fixée la longue courroie de peau de Phoque à laquelle les chiens sont attelés par paires suc-

Æssives, au lieu d’être tous disposés de front, comme @ez les Groënlandais.

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Deux des chiens les plus vifs et les mieux dressés sont mis en tête de l’attelage pour guider les autres. Ces chiens sont dirigés entièrement à la voix, comme on fait des bœufs, les mots «tak!» «tak ! » ou «pott!» « pott! » signifiant la droite et « volhk! » « volhk ! » la gauche, Chaque conducteur encourage ses chiens par des sons et des sifflements à lui particuliers, auxquels les chiens s’accoutument bien vite, ce qui fait qu'un étrar.ger peul rarement leur donner une allure rapide. Pour faire arrêter le véhicule ou ralentir la vitesse, on emploie un son nasal spécial qui ressemble au «m-ê-h-h » de la chèvre, moins le préfixe « m ».

Les conducteurs sibériens de chiens ne se servent jamais de fouet ; ils le remplacent par ce qu'ils appellent l’ « ostle ». Cet ostle est une solide perche de 4 pieds de long, ferrée à son extrémité inférieure, avec laquelle surtout on enraye pour diminuer la rapidité de la course et qu'on emploie aussi à maintenir le traîneau en équilibre sur la glace lisse ou en plan incliné. Comme substitut du fouet, les conducteurs lancent l’ostle au chien paresseux ou désobéissant et le ramassent très adroitement au passage. Ils manquent rarement leur but.

Chaque chien a un petit harnais complet dont la pièce principale est une large ceinture devant la poitrine, au moyen de laquelle il tire. Cette ceinture est maintenue en place par une courroie qui y est fixée el qui passe autour du corps de l'animal. L'ensemble de l'appareil est attaché à la courroie principale de l’attelage par un trait court. Les indigènes apportent parfois beaucoup de goût dans la confection de ces harnais,

surtout si les chiens sont grands, beaux et bien appareillés.

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compose guère, bien que datant du milieu du dix-septième siècle, que d’une dizaine de maisons de bois, outre l’église. Ces maisons sont partagées à peu près également en deux groupes, situés tous les deux sur la rive

.. Église d'Oudskoi.

nord de la rivière Ouda et distants l’un de l’autre d’un kilomètre.

Les joyeux aboiements des chiens éveillèrent les ha- “bitants qui se groupèrent aussitôt sur les portes de à eurs huttes pour savoir quels voyageurs osaient ainsi enir troubler si peu cérém :nieusement leur tranquil- J

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lité. Plus grand encore fut leur étonnement quand ils virent les traineaux s’arrêter à la porte de l’ispravnik, ce qui leur dénonçait tout d’abord des étrangers.

Ce petit avant-poste russe est si isolé et d’un accès si difficile pendant l'hiver, que personne ne songe même à s’en approcher. La seule communication qu'aient ses habitants avec le monde civilisé, c’est quand le steamer russe de ravitaillement touche à l'embouchure de l’Ouda chaque été, avec une année ou deux de provisions destinées à l’ispravnik et à ses douze ou quinze Cosaques, pour remporter en même temps à l'Amour l’ « yassak », ou impôt annuel en fourrures recueilli des indigènes résidant dans le district par ces agents de l'autorité. Sous l'empire de telles circonstances, on conçoit que l’arrivée de traîineaux, même d’Algasée, soit considérée comme un événement, à plus forte raison quand ces traineaux amènent des gens absolument étrangers au pays.

La réception de l’ispravnik fut très cordiale. C'était un jeune homme d’une trentaine d'années dont le seul passe-temps était de jouer et de boire de l’eau-de-vie avec le pope du lieu, son seul compagnon. L’un et l’autre exercent leur autorité comme ils l’entendent, le gouverrement russe, vu l'éloignement, s'inquiétant peu de vérifier comment les affaires sont conduites dans ce pays perdu. Les voyageurs furent logés chez le pope, et dès le lendemain de leur arrivée, l’ispravnik leur donna une « vetchourka » ou soirée dansante, à laquelle fut convoquée la fine fleur de l'endroit. Quatre braves paysannes, femmes de Cosaques, y représentaient le beau sexe; le sexe laid était représenté par l’ispravnik, son médecin, le prêtre et quatre ou cinq Cosaques. La solennité se passa dans la maison d’un des Cosaques.

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4 LA SIBÉRIE ORIENTALE. 39 À Dès leur arrivée, les Américains avaient notifié à l'isï pravnik leur désir de poursuivre leur voyage aussitôt que possible, et comme ils étaient pourvus d'instructions écrites de Nicolayefsk à tous les fonctionnaires et sujets russes de leur route d’avoir à leur fournir tous les renseignements et toute l'assistance possibles, ils espéraient pouvoir se remettre en marche dans un bref + délai. Mais, soit désir de jouir plus longtemps de leur 4 société, soit simple indifférence, l’ispravnik les prévint “ qu'il leur faudrait attendre au moins deux mois avant À qu'on pôt se procurer des guides et des rennes. Toutefois, le voisinage d'un campement de chasseurs tongou- | ses qui leur promirent un nombre suffisant de montures “ abrégea ce délai. Ainsi rassurés, ils s'arrangèrent pour attendre au moins dela façon la plus confortable possible, … fûtés d'ailleurs à souhait par la petite société du lieu. ") Pendant ce temps, ils virent arriver à Oudskoï des marchands yakoutes, venant d'Yakoutsk avec des troupeaux de rennes chargés de thé, de tabac et de bijouterie, pour échanger contre des fourrures avec les Ton- U gouses. Les intrépides marchands avaient déjà parcouru plus de 2,000 kilomètres, et ils n'étaient qu’à la moitié de leur voyage. Lis font ces tournées chaque hiver, s’arétant à Oudskoï pour se procurer des passe-ports.

Le point à attendre maintenant pour nos voyageurs était Aian. La seule route que suivent les indigènes pour

sy rendre du district d'Oudskoï est très longue et très

. sinueuse, puisqu'ils passent par Yakoutsk ou par la ri-

“vière Maimikan, bien avant dans l'intérieur des terres. A ils voulaient, eux, trouver une route plus directe æntre les monts Tjouggour et la mer, ct où pussent être unis des dépôts accessibles aux chaloupes baleinières ju canots qui remontent un certain nombre de petites ivières ayant leur source dans cette chaîne et leur em-

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bouchure dans la mer d’Okhotsk. Mais des chasseurs tongouses qui leur avaient procuré des rennes, aucun ne connaissait le pays à l’est des monts Tjouggour, qu'il s'agissait d'explorer. Deux indigènes, toutefois, s'engagèrent à les accompagner. Un nouveau Cosaque, nommé [van,remplaca Yakov avec mission de ne les quitter qu’à Okhotsk. Les provisions furent renouvelées, telles que thé, bœuf, sucre et « sukarie », ou pain noir séché en petits gâteaux, et aussi du beurre yakoute fait sans sel, et quelques kilogrammes de lait.

Le lecteur s’étonnera peut-être d'entendre parler de lait au kilogramme. C'est qu'à cette saison le lait n’est plus un liquide ; une fois gelé, on peut le transporter dans un sac tout le reste de l'hiver ; on en détache des fragments à la hachette quand on veut s’en servir. On prit aussi de l’oukale, poisson séché, puis des chaussures cet des bottes fourrées et plusieurs bonnes paires de souliers à neige. Ce ne fut pas toutefois sans de nombreux avertissements plus ou moins sinistres sur les tempêtes de neige et autres dangers de la route qu'ils partirent. Eux-mêmes n'étaient pas sans une certaine appréhension sur leurs chances de succès.

Le 24 décembre les surprit loin déjà et campant dans la neige par — 22 degrés Fahrenheit ( — 30° cent.), température rigoureuse qui devait bientôt tomber à — 35 degrés ( —- 37° cent.). M. Bush trace en ces termes la physionomie de leur bivouac :

« Après tout, notre position n’est pas si mauvaise, quelque éloignés que nous soyons de nos amis et entièrement coupés de toute communication avec la civilisation. Un rempart de peaux de renne étendues en demicercle nous abrite du vent, et devant nous brille et pétille un immense feu, dont les flammes vont lécher les branches des sapins sous lesquels nous sommes instal-

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lés. Mahood et Swartz, confortablement allongés, roulés dans leurs fourrures, causent et fument tranquillement, tandis qu'Ivan apporte toute son attention à la confec- “ tion d'un beefsteak aux oignons sauvages qu'il prépare ” pour notre réveillon de Noël.

: « Nos Tongouses vont et viennent autour de nous, « tôtes nues, leur épaisse chevelure noire devenue parfai- : tement blanche du givre produit par leur haleine. L'un … d'eux met une brassée de bois sur le feu, tandis que l'autre est très occupé à couper un énorme morceau de glace, qu'il vient de rapporter de la rivière Goram, pour le faire fondre et servir à notre thé. Nos bagages sont éparpillés sur la neige, et, au delà, les troncs d'arbres # qui réfléchissent la lumière de notre feu de bivouac “ semblent autant de spectres qui nous contemplent. Cà et là apparaît un de nos rennes quand la flamme s'élève plus éclatante, et l'animal suspend son souper et nous regarde curieusement comme pour se rendre compte de ce que nous faisons.

« Pour compléter la scène, représentez-vous l’auteur ! de ces lignes enveloppé de fourrures de la tête aux } pieds, assis les jambes croisées près du feu, ayant à côté de lui son petit cotfre à papiers sur lequel brûle un bout de bougie. Son épais encrier de verre est placé sur la cendre chaude pour empêcher l’encre de geler. Il 1 y trempe sa plume et se met en devoir de consigner dans son journal quelque idée lumineuse ou quelque "incident nouveau; mais au milieu de la phrase, l'encre 2 s'épaissit au bout de la plume et refuse de marquer ; alors il approche le bec de celle-ci de la flamme de la bougie et fait dégeler le liquide pour achever la phrase commencée. Voilà comme on écrit en plein air en Sibérie. Mes feuillets portent encore aujourd’hui la trace des lourdes lignes noires faites par l'encre à mesure

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qu’elle s'épaissit et celle des lignes fines qui suivent immédiatement le résultat du dégel. Au début de mon journal, je me suis servi de crayon ; mais les caractères s'effaçaient si vite, que je parvenais difficilement ensuite à les déchiffrer ; je vis que j'aurais plus de bénéfice à prendre un peu plus de peine et à employer de l'encre.»

Quelques jours plus tard, nous l’avons dit, le thermomètre marquait — 25 degrés Fahrenheit, c'est-à-dire — 37° centigrade. Barbes, moustaches, sourcils, cils et fourrures se solidifiaient sous l'effet de la glace. Nous ne parlerons pas des nez, qu'il fallait à chaque instant faire dégeler en les frottant vigoureusement avec de là neige. C’est par cette température cependant, et avec toutes les fatigues et tous les dangers qu’elle entraïnait, que les voyageurs parvinrent au sommet de la plus haute chaîne de la Sibérie orientale. Cette crête formait la principale séparation des eaux, dont les unes se déversent à l’est dans la mer d'Okhotsk et les autres vont se jeter à l’ouest dans la Léna, qui porte les sienne: à l'océan Arctique, à 3200 kilomètres de distance. Tc signe de végétation avait cessé depuis longtemps.

De ce point culminant le paysage avait une grandeur sinistre. En face, les montagnes offraient une descente à pic avec une autre chaîne au delà, qu'il fallait encore franchir si l’on ne réussissait à la tourner. Derrière, la gorge suivie depuis six ou huit jours se déroulait en un long ruban au milieu de pics dénudés, et les sombres forêts qu'on avait autour de soi à plusieurs milliers de pieds au-dessous se fondaient dans un vertigineux lointain. De tous côtés se dressaient encore d’autres pics revêtus d’une solennelle majesté dans le silence de mort qui enveloppait l’ensemble de ce tableau.

Le 1‘ janvier, nos Américains rencontrèrent, vers les

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