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LA SIBÉRIE ORIENTALE. si
M. Bush, chaque maison du côté le plus exposé était absolument ensevelie sous une montagne de neige, dans laquelle on avait taillé des passages en face les portes ou les fenêtres. Toutefois, malgré l'aspect désolé qu'il donnait à l'ensemble du tableau, ce blanc suaire n’était pas sans avoir ses avantages; il garantissait l’intérieur des habitations du froid et du vent.
La ville compte à peu près cinq cents habitants, Cosaques et mélis pour la plupart. Les premiers étaient alors une cinquantaine, y compris leurs sous-officiers, un ispravnik, un médecin et deux ou trois prêtres. Ghijigha aune importance considérable en sa qualité de chef-lieu du district composé du vaste territoire sibérien qui s'étend au nord et à l’est. C'est aussi le quartier général de tous les marchands de fourrures russo-indigènes qui parcourent annuellement tout le pays avoisinant pour aliquer avec les indigènes. Placée sur la seule route directe de terre allant du Kamtchatcka méridional aux principaux centres sibériens, cette ville a le privilége d'une malle-poste annuelle, qui part de Petropaulovski avec un postillon au commencement de l'hiver et arrive à Yakoutsk au printemps. C’est d’ailleurs un des premiers établissements russes installés sur la mer d’'Okhotsk, On y voit un fort de palissade bâti dès 1728, alors qu’une expédition de cent cinquante hommes, Cosaques el Tongouses, commandée par un jeune officier nommé Affanassa Tehestakova, fut envoyée contre les Koraks, tribu guerrière voisine, qui tailla en pièces le petit corps dans une surprise de nuit, où Tchestakova fut tué.
Malgré son isolement, la ville et ses habitants ont un certain air de civilisation supérieur à ce qu'on voit ail-
leurs sur la mer d’Okhotsk. Les maisons sont mieux
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construites et plus commodes ; une ou deux ont des tapis et du papier. La population est intelligente et laborieuse. Les homines, en général, passent la plus grande partie de l'hiver en voyage avec les marchands de fourrures, portant les marchandises à échanger et rapportant les fourrures données en échange. Les femmes, elles, lannent les peaux et façonnent les vêtements, dont quelques-uns sont ornés de belles broderies de soie de diverses couleurs. Tout ce monde est très-amateur de parties de plaisir, et les « vetchourkas » ou danses se r'enouvellent presque chaque soir.
Cette province de la Sibérie, en raison de ses vastes étendues de terres nues, n’est pas aussi productive de fourrures que beaucoup d’autres, et les peaux s’v pavent cher. Le Kamtchatka et quelques bandes étroites boisées bordant les rivières, sur la toundra septentrionale, fournissent la martre et la loutre. Le castor est apporté par les Tchouctchis, qui l'obtiennent des indigènes de la côte orientale du détroit de Behring en échange de peaux de renne. Les différentes espèces de renards et d’écureuils sont très-abondantes, surtout les premières. Les approvisionnements de chaque hiver sont immédiatement expédiés par Okhotsk à Yakoutsk, d’où ils se répandent sur les divers marchés de l'Europe et de la Chine.
M. Bush était logé dans une grande et confortable maison de troncs d'arbres, occupée en partie par la famille d’un marchand de fourrure. Il venait de se mettre au lit quand sa porte s'ouvrit tout à coup, livrant passage à trois personnages emmaillotés d’épaisses fourrures et la barbe chargée dé givre ainsi que leurs capuchons. C’étaient, surprise bien agréable, MM. Kennaï, Macrae et Arnold. Quelques jours après la lettre écrite par M. Kennan, ces
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LA SIBÉRIE ORIENTALE 85 deux derniers étaient arrivés à Anadyrsk, après avoir voyagé soixante-quatre jours depuis leur hutte de l'embouchure de l’Anadyr. Immédiatement, les trois amis étaient repartis pour Ghijigha, qu’ils avaient atteint en une quinzaine de jours.
Il n’est pas sans intérèt de rapporter ici les épreuves de MM. Macrae et consorts ; le caractère de ces régions s’y peint mieux que dans une description géographique.
La petite expédition, on se le rappelle, avait été débarquée à l'embouchure de l'Anadyr, aussi haut qu’il avait été possible de remonter ce fleuve ; mais la saison était déjà si avancée, qu’on eut tout juste le temps d'organiser une installation sommaire pour l'hiver. Quelques planches tirées du navire composaient tout l'abri des Américains, Si bien qu’au bout de peu de temps ils furent obligés de creuser dans le sol un trou de 1",50 de profondeur, long de 5",50 et large de 2",70, sur lequel ils établirent une espèce de charpente avec les débris d’arbres entraînés par le courant. La toundra voisine leur fournit en abondance les broussailles nécessaires pour boucher les interstices. Le Lout fut recouvert de terre délavée, Enfin une sorte de poële fut bâti au milieu de la pièce, et la cabane achevée, tout le monde se mit à l'œuvre pour récolter et emmagasiner le plus possible de combustible. On prit aussi la précaution de construire, à la manière des Esquimaux, un long tunnel de mottes de terre gazonnée conduisant à la porte et protégeant l'accès de l'habitation.
Bientôt l'hiver arriva avec toutes ses rigueurs de froid, de neige et de glace. Qu'on se figure cinq individus déposés ainsi sur une côte étrangère, inconnue, se trou-
vaut pour la première fois en face d’un hiver aretique et
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