LA — A
LA SIBDÉRIE ORIENTALE. 137
Les moustiques sont un horrible fléau, qu'on ne devrait guère s'attendre à rencontrer dans un pays où l’on a huit mois d'hiver rigoureux. Ces insectes cependant y pullulent, Ilen est mème une variété dont la piqüre est très-douloureuse et cause de l’enflure. Ceux-ci s'infiltrent partout, par les plus fines coutures des vêtements ; ils se glissent même dans les cheveux. Ils s’attaquent si bien aux oreilles et aux narines des chiens, qu'ils finissent par faire mourir les malheureuses bêtes. Quand vient la saison dé ces petites pestes (que les indigènes appellent « moske »), on fait rentrer les chiens dans les habitations et l’on y entretient constamment une épaisse fumée, Cette engeance est tellement désagréable, que M. Bush déclare préférer infiniment l'hiver avec ses froids extrêmes à l'été avec ses moustiques.
Le 18 juin, les voyageurs arrivèrent au confluent de l’'Anadyr et du Myan. Ce point est un des grands passages des rennes à l’entrée de l'hiver, alors que ces animaux émigrent par troupes nombreuses; on en tue là des centaines tous les ans. Au-dessous de sa jonction avec le Myan, lAnadyr est un magnifique cours d'eau d’une largeur de plus de 5 kilomètres en certains points et contenant plusieurs iles boisées de kedrovniks. À 8 ou 9 kilomèlres au-dessous du Myan, les habitants de Markova étaient venus pêcher, et leur campement, composé de tout ce qui peut servir d’abri, nageait dans l’abondance.
Quinze jours plus tard, aux approches de la grande rivière de la Krasnia ou rivière Rouge, deux ours noirs se montrèrent sur la rive; mais ils décampèrent avant qu'on eût pu les tirer. Les indigènes ont une frayeur superstitieuse de l'ours ; rarement ils se servent, pour le désigner, du mot « midvait » (ours), mais ils appellent
« Mikhael Ivanitch » (Michel, fils d’'Ivan). Pourquoi ce nom? Ils ne purent le dire ; mais ils parlent de l’animal comme ils feraient d'un être humain.
Au-dessous de la Krasnia, Smith partit en avant dans sa vetka pour le « camp Macrae, » afin d'y prendre la chaloupe baleinière laissée là par M. Macrae et ses compagnons dans leur précédent voyage, et de la ramener pour remplacer le carbasse, qui n’était pas assez grand pour les bagages et les passagers. C’est en effet ce qui eut lieu, et le « bateau bieu, » comme on l’appelait, fut, dès qu’il apparut, chaudement salué par les voyageurs. Il était intact. Quant à l'habitation du camp, elle avait été en partie piilée par les Tchouctchis.
Les oies étaient abondantes sur les lacs dont est semée la toundra que traverse l’Anadyr. Les Américains se donnèrent le plaisir d’une chasse à la manière indigène. Deux vetkas furent transportés sur un des lacs, montés par deux indigènes armés de lances ad hoc. Les spectateurs se placèrent aussi près que possible de la rive sans cffrayer les oiseaux. Quand tout fut prêt, les vetkas s’avancèrent, et le gibier, au lieu de gagner la côte, se laissa approcher de très-près. Alors les lances partirent dans la bande, se plantant chaque fois us une des trop confiantes créatures. La capture faite, les chasseurs s’éloignaient, pour revenir de plus belle. Les lances en question sont une espèce de trident, elles ont 1°,50 de long et se terminent par trois pointes de fer, mais non placées en rang sur une seule ligne. Ce harpon se darde au moyen d’un bâton de 55 centimètres, qui fait ressort sur une c:coche de la hampe. A la fin, la bande des oies gagna le rivage, et alors commença un autre excercice. Les chiens furent lächés et les hommes armés de bâtons
se
n ga
fu
nom”?
omme
dans idre la comener grand e qui t, fut, urs. Il it été
semée ns se igène.
ontés ateurs > sans vetkas côte, tirent (rop seurs es en Non arde ssort oies ice, [ons
se jettérent avec eux sur les fuyardes qui essayaient de gagner un autre étang. Soixante des infortunés volatiles fusent tués dans cette poursuite.
On avait fait halte au camp Macrae, et l’on s'était mis en devoir d'y construire une yourte. A la grande surprise des voyageurs, aucun des anciens amis tchouctchis de M. Macrac ne vint les trouver, bien qu'ils eussent dû avoir appris le retour de celui-ci. On les attendait avec impatience pour se procurer des rennes à abattre. Comme ils ne se décidaient pas, on résolut d'aller à leur rencontre. M. Macrae prit le « bateau-bleu » et partit avec quatre hommes. Son absence dura quatre jours; il revenait avec six rennes et la bonne nouvelle que les vivres ne inanqueraient pas à l’avenir.
Les Tchouctchis d’Okakrae, l’ancien guide de M. Macra€, n'avaient pas osé se présenter au camp, dans la crainte de recevoir le châtiment que méritaient les soustractions commises dans la hutte des Américains pendant l'absence de ceux-ci. Ces vols, déclara Okakrae, étaient le fait, non de ses compagnons, maïs d’une bande de Tchouctchis de la côte septentrionale. Après la visite de M. Macrae, les Tehouctchis vinrent souvent au campement américein. Les premières fois ils apportaient avec eux de la viande, mais ils cessèrent bientôtde le faire. D'ailleurs, le saumon commençait à se montrer en quantité suffisante pour alimenter l’expédition.
Rien ne paraissait plaire autant aux Tchouctchis que de voir les étrangers nager. Hommes, femmes et enfants se pressaient à l’envi sur le bord du fieuve pour jouir de ce spectacle entièrement nouveau pour eux. Les plongeons surtout leur faisaient pousser des cris d’étonnement et d’admiration. Les revolvers étaient aussi un
grand sujet de curiosité : ils supposaient qu’on pouvait s’en servir indéfiniment sans les recharger, ce dont on se garda bien de les dissuader.
Les Tchouctchis ont beaucoup des Koraks dans leur aspect extérieur et dans certaines de leurs coutumes, Ils se rasent aussi le sommet de la tête, et leurs femmes se tatouent la figure. Leur culte religieux a pour intermédiaire des shamans, et les rennes et les chiens servent
aux sacrifices. Comme les Koraks, ils se partagent en
deux classes : les hommes des rennes ou noinades, et les tribus fixes, qui vivent de baleine, de phoque, de morse et de tout ce qu’elles peuvent se procurer. Chaque homme a autant de femmes qu’il en peut entretenir. Il est le maître absolu de ses épouses et peut à son gré les répudier, les vendre ou même les tuer, ce qui est quelquefois le cas. |
Ces peuples ont très-peu de respect pour la vie humaine. Ils immolent fort régulièrement les vieillards et les infirmes de la tribu, ainsi que tous les autres individus incapables de pourvoir eux-mêmes à leur subsistance. Le mode employé est la lance, la lapidation ou la strangulation avec des courroies de peau de phoque. Souvent ils laissent le choix à la victime, et, après la mort, si la personne est de celles pour lesquelles on professait beaucoup de respect, ils brûlent le corps; autrement ils l’abandonnent aux loups et autres carnassiers pour être dévoré. Cependant, malgré leurs coutumes barbares, ils paraissent être une race intelligente, et ils ont une certaine noblesse de caractère.
Un vieux Tchansi raconta à M. Bush un trait d’un chef tchouctchi, remontant à plusieurs années, qui dénote un héroïsme tout spartiate.
ouvail on se
S leur es, Îls nes se erméervent ent en et les morse haque nir. Il ré les quel-
ie huillards autres à leur dation oque.
rés la n proautressiers s barls ont
\ chef te un
«C'était, dit M. Bush, en relatant le fait, au plus fort d’une épidémie de variole ou de choléra qui faisait d'affreux ravages. Les Tchouctchis moursient très-rupidement, et tous les shamans du pays travaillaient nuit et jour à apaiser la colère du grand esprit du mal. Les chiens étaient sacriliés par bandes, et leur sang rougissait la neige devant chaque habitation. Mais la Mort tenait haut son sceptre et faisait rage. En présence de l'impuissance de leurs charmes, les shamans tinrent une assemblée générale pour décider ce qu’il y avait à faire. La décision fut que le grand esprit demandait encore et toujours du sang, et le sang coula de plus belle; des centaines de rennes tombaieut chaque jour sous le couteau des sacrilicateurs. Du soir au matin, les campements retentissaient du :ruit des tambours et des hurlements des fanatiques. Mais cela: ne suffit point encore. La grande tribu se fondait comme la neige au printemps, et il n'allait bientôt plus rester personne pour raconter ses souffrances à la postérité. À cette phase désespérée, les shamans eurent une nouvelle conférence, et après une longue et solennelle délibération ils décidèrent que la mort seule
du vieux chef pourrait apaiser Le ? 1uvais esprit. « Cette décision faisant loi, elle tomba comme la foudre au milieu de la tribu. Le vieux chel était aimé de
tous, et nombre d'individus s’offraicent pour ètre sacrifiés à sa place; mais les sages docteurs s’en tenaient absolument à leur dernier mot. La tribu alors résolut de se laisser moissonner tout entière par le fléau plutôt que de consentir au prix demandé pour son salut.
« Les choses étant à ce point, le vieux chef, à son tour, assembla son peuple et demanda aux pauvres gens d'a cepter sa vie, heureux qu’il était de la donner pour tous ;
mais il ne se trouva personne qui consentit à lui porter le coup fatal. Alors le vieux chef appela son fils, un adolescent, et, lui présentant sa propre lance, il en plaga le fer sur son cœur, et commanda à l'enfant de frapper. Celui-ci refusait, et, pour le décider, il ne fallut rien moins que la malédiction paternelle. Le coup fut donné enfin, et un immense gémissement s'éleva de tous les points du territoire. Peu ‘e temps après, l'épidémie cessa, ce qui naturellement fut attribué par la tribu à la mort du vieux chef. »
On trouve parmi ces shamans de très-habiles jongleurs; ils font en plein air des tours de leur façon dont il est impossible de découvrir la supercherie. Les plus ordinaires consistent à se couper la langue et à se planter des couteaux dans diverses parties du corps. Les tribus voisines les redoutent comme des êtres surnaturels. Leur réputation en ce genre s'étend jusqu’au sud de l’Amour.
Les Tchouctchis sont une peuplade indépendante et guerrière, la terreur des tribus d’alentour, mais ils ont une parfaite horreur des armes à feu. Les armes offensives se composent de la lance, de l'arc et de la fronde. En fait d'armes défensives, ils portent un double vètement de peau bourré de sable. Comme les Koraks, ils sont très-experts dans les jeux athlétiques, très-amateurs, par conséquent, de courses, de sauts, de luttes; en somme, à part le langage, qui est un peu différent, ils se distinguent peu des premiers.
porter n adolaca le pper.
rien
te et S ont ffeninde, vèle- , ils urs, , en , ils
L'un des voyageurs européens de l’époque actuelle qui ont été le mieux en situation d'observer les Tchouctchis sur leur propre territoire, est M. W. H. Hooper, de la marine royale britannique, l’un des courageux explorateurs des mers du pôle, envoyés à la recherche de sir John Franklin. En 1848, lors de son premier voyage à bord du petit navire Plover (le pluvier) qu’il commandait, le lieutenant Hooper fut poussé sur la côte située à l’extrémité nord-est de cette langue de terre que vient couper le détroit de Behr .g, en séparant l'Asie du continent américain, et forcé d’y séjourner dix mois. Cette côte, bien arement visitée, borde le pays désigné sur nos eartes par le nom des tribus éparses qui l’habitent, Tchoukotzk, Tuskis ou Tchouctchis. Cook fut le premier qui aborda ce rivage. Behring vint après lui; mais ni l’un ni l'autre ne dépassèrent Tchoutskoi ou Tuski-Noss. Billings, Novikoff et un ou deux autres navigateurs russes ont laissé çà et là quelques notions sur les Tchouctchis. Wrangell et ses compagnons virent des individus de cette peuplade à la foire d’Ostronovie, mais ils ne purent parvenir à entrer en relation avec eux d’une manière plus intime.
La relation qu'a écrite M. Hooper de son séjour chez les Tehouctchis ', comble une lacune dans l'histoire de la race humaine. Il nous à paru intéressant de joindre ici aux descriptions de M. Bush quelques-uns des renseignements que fournit le livre de l'officier de la marine anglaise sur ce curieux rameau de la famille mongole,
Le lieutenant Iooper n’avait point à son service de langage pour se faire comprendre des Tehouctchis, et il
! Ten months among the tents of the Tuski, with Incidents of an Arctic boat expedition in search of Sir J. Franklin, as far as Mackensie River and Cape Bathurst, By Lieut. W. H: Hooper, R. N.
dut, dans les premiers temps de son séjour au milieu d'eux, couverser par signes jusqu’à ce qu’il eût acquis un certain nombre de mots qui le missent en état de se tirer d'affaire. Néanmoins les résultats obtenus par lui sont très-satisfaisants et faits pour intéresser. La première entrevue qu’il eut avec ces demi-sauvages lui fit concevoir des idées favorables sur leur honnêteté, en général; il crut mème reconnaitre qu’ils avaient un cerlain sentiment de l’honneur, impression que les faits postérieurs n’ont point démentie.
«de fis cette nuit-là, dit M. Hooper, l'essai de la probité de nos amis : un beau jeune homme, nommé Ahmo-leen, appartenant à une famille qui me plaisait plus que les autres, venait de me vendre son vêtement de dessus fait en peau de renne. Craignant qu’il n’en sentit trop cruellement l'absence pendant la nuit, je le lui laissai en lui faisant entendre qu’il me le remettrait le lendemain. Le matin, occupé de mes devoirs à bord, je ne songeais pas à remarquer les préparatifs de départ de mes favoris, quand mon ami Ah-mo-leen (je lui donne de bon cœur ce titre d'ami qu’il mérite), vint me trouver et me rendit avec des signes non équivoques de reconnaissance le vètement que je lui avais prêté. Ge trait lui acquit mon estime, et je n’eus pas occasion plus tard de revenir sur la bonne opinion que j'avais conçue de sa probité, »
Lors de leur première visite aux habitations des naturels, les Européens furent accueillis avec une cordiale hospitalité; mais bien qu’on fût alors en novembre, il s’en fallut de bien peu que les malheureux visiteurs ne fussent rôlis, le degré de chaleur de la demeure d’un Tchouctchis étant en raison directe de l'honneur qu’il
ilieu
ut de sentit le lui ‘ait le >rd, je art de donne » tr'oude ree trait s tard ue de
naturdiale bre, il ars ne d'un
qu’il
veut témoigner à ses hôtes. A leur tour, les Tehouctchis vinrent visiter le Plover, disposé alors en casernement pour l'hiver, et se montrèrent tout à fait familiers. On les laissa examiner la salle à manger, entrer de cabine en cabine, manger et boire avec les officiers et les matelots. Ils firent preuve dans toutes ces circonstances d’un excellent naturel, et déployérent constamment les plus bienveillantes dispositions.
Les vêtements des Tchouctchis sont, chez les plus riches, fabriqués presque entièrement de peaux de rennes, de faons et de chiens, garnies du poil de la bête, ct fort bien apprêtées par les femmes. Les moins aisés se font des chaussures et des pantalons en peau de phoque. Le pays qu'ils habitent est l’image de la désolation. Des chaines de collines, la plupart d'origine volcanique, se coupent et s’entre-croisent sans la moindre variété d'aspect. Quelques buissons d'andromédées rabougries, des mousses et des lichens y composent toute la végétation. Les Tehouctchis sont, pour ainsi dire, sans besoins, ils ne vivent que de leur pèche, et voyagent dans des traineaux altelés de rennes et de chiens de différentes races.
Si le lecteur veut se former une idée d'une famille Tehouctchi, qu'il veuille bien lire.les portraits que trace le lieutenant Hooper des personnages avec lesquels il était plus particulièrement en relation.
« Mooldooyah, le chef de la famille, était un homme d'une corpulence énorme et d'une physionomie remarquable. Le plus gros de beaucoup de toute sa tribu, il avait une taille de plus de six pieds anglais (soit 1",80), des membres forts et une corpulence massive qu’augmentait encore une tendance marquée à l'obésité, Sa ligure ronde, large et épaisse, avait dû être belle dans son
jeune temps, exceptionnellement douée qu'elle était d’un uez droit et long et de sourcils bien marqués. Il avait le front large et bas, le menton lourd et la bouche sensuelle. Comme la plupart des hommes de taille gigantesque, Mooldooyah était d’un tempérament flegmatique, circonstance heureuse pour lui et les autres; car, lorsqu'il se
Mooldonyah,
inetlait en colère, ce qui lui arrivait rarement, il était terrible. Plus habituellement apathique, indolent, doux de caractère, doué en toute circonstance d’une patience exemplaire, il laissait les autres, et surtout sa femme, dont il était justement épris, faire ce que bon leur semblait, et montrait une grande répugnance à se tenir descut. Ajoutez à cela qu'il mangeait et buvait en propor-
étail doux ence ane, Seln1enir por
Lion de son coffre immense, et fumait autant qu'il pouvait, c’est à-dire, après qu’il eut fait ma connaissance, à peu près toute la journée.
«Yaneenga, sa femme, n'avait pas, selon moi, sa pareille dans toute la tribu. Elle y était en tout point l’honneur de son sexe, A la vérité Mi-yo, la charmante petite sœur de Meeco, l’aimable épouse d’Yappo, et la belle compagne de Mahkatzan, pouvaient bien lui disputer chacune la palme de la beauté, mais elles étaient toutes fort jeunes, tandis que la femme de Mooldooyah avait tous les charmes épanouis de la matrone. Laquelle d’entre elles d’ailleurs montrait cette éternelle bonne humeur, cette amabilité constantequi caractérisaient Yaneenga, cet empressement à saisir les moindres besoins de ceux qui l’entouraient ? Urande, large de poitrine, robuste et cependant bien prise, le port digne, la démarche aisée et gracieuse, des laits qui, maintenant trop pleins et trop accusés peutêtre, avaient dû être magnifiques dans la première jeunesse, des yeux parfaitement noirs, toujours vifs et exprimant la bonté, une physionomie généralement agréable quoique singulièrement déparée par des lèvres top épaisses, lesquelles, toutefois, servaient de cadre à une double rangée de dents fortes, régulières et blanches comme des perles, des vêtements propres et taillés avec goût, de petites mains et de petits pieds, des manières ouvertes et engageantes, telles étaient les qualités physiques et morales qui distinguaient mon amie Yaneenga et faisaient d’elle le diamant de sa tribu. Je reviendrai tout à l’heure plus au long sur son compte et sur celui de son mari. En attendant je passe à Ah-mo-leen, leur fils, dont j'ai raconté un trait honorable de probité à l'occasion du vêtement que je lui achetai lors de notre première entrevue,
« Ah-mo-leen, aujourd'hui le fils ainé de la famille, était un peu moins grand que son père, il avait naturellement moins d’ampleur, et comme il était beaucoup plus jeune, sa tournure était moins lourde ; il y avait aussi en lui plus d'animation, et il était beaucoup plus agile. À tous autres égards c'était le vivant portrait de Mooldooyah ; il avait son bon caractère et ses dispositions pacifiques ; il n’abusait jamais de la supériorité que lui donnait sa force physique vraiment grande. Je crois cependant que, malgré sa pesanteur, Mooldooyah était, même alors, infiniment plus robuste que son fils ; mais, après lui, Ah-mo-leen était, pour la taille et la force, le premier de la tribu, Mooldooyah me raconta souvent en termes pathétiques, la perte qu’il avait faite d’un fils ainé dont la constitution herculéenne surpassait tellement celle de son frère que, comme il l'exprimait par ses gestes, il eût pu prendre Ah-mo-leen par le milieu du corps et le jeter par terre comme un roseau.
«La jeune Ka-oong-ah, la fille de Yaneenga, donnait l’idée exacte de ce qu'avait dù être sa mère enfant. Elle était souple de membres, rose de teint, babillarde et gaie comme un oiseau. Elle avait une merveilleuse adresse pour la couture ; elle s'amusait à me faire une foule de jolis petits sacs, des gants, des poupées, etc.; cetie enfant était ma petite favorite et elle prenait grand plaisir à me jouer toute sorte d’espiégleries. C’est par elle que je termine le portrait des membres de cette famille. »
Accompagnons maintenant le lieutenant Hooper dans sa première visite aux naturels.
« Nous partimes du navire par une matinée splendide, avec un temps à peu près calme et une température de
sitions ue lui } crois était, mais, rce, le nt en un fils ement ar ses ieu du
lonnait it. Elle el gaie dresse ule de
cette grand st par * cette
* dans
ndide, re de
20 degrés au-dessous de zéro, J'avais l'honneur de conduire la femme, véritablement jolie, de Mahkatzan, qui se tenait assise derrière moi sur le traineau, tandis que mon compagnon avait pris place à côté de notre digne hôte. Je tenais, naturellement, à m’acquitter convenablement de mon rôle d’automédon, mais mon premier début dans l’art de conduire un attelage de chiens ne fut pas des plus brillants. De guides, il n’y en a point ; les animaux doivent être dirigés presque exclusivement avec le fouet ou la perche, surtout quand le conducteur est un étranger, leurs maitres ayant seuls le don de les faire obéir à la voix.
« Cet exercice exige beaucoup d’habileté et de vigilance ; on concoit, en effet, combien il est difficile à une main inexpérimentée de faire sortir les chiens d’un chemin battu ou de les empêcher de regagner leurs demeures. Heureusement pour mon honneur que Mahkatzan marchait en tête et que notre équipage retournait à son écurie. De la sorte nous filâmes sans autre encombre que quelques rudes cahots. En pareil eas ma belle compagne de voyage m'étreignait vigoureusement, ce qui, naturellement, m'obligeait à me cramponner deux fois plus fortemen' au véhicule. Après une apide course de quatre heures, pendant laquelle ma voyageuse eut la figure légèrement gelée, nous arrivämes à Kaygwan, où notre conducteur demeurait. C’est à peine si nous eùmes le temps de jeter un regard autour de nous tant le brave homme était pressé de nous introduire sous son toit hospitalier. Kaygwan est un tout petit endroit qui ne mérite pas même le nom de hameau, car il ne consiste, si j’ai bonne mémoire, qu’en cinq huttes, ÿ compris celle de notre hôte, laquelle, quoique beaucoup
plus grande que les autres, n’était pas encore de dimension extraordinaire. »
Voicidequoi se composeleshabitations des Tehouctchis.
« Comme les huttes des Tehouctchis se ressemblent toutes, quant à la forme et aux matériaux dont elles sont faites, et qu'elles ne différent entreellesqu'en grandeur, en propreté et en comfort, je vais en faire une description générale, en tenant compte, plus loin, des particularités.
« En rond et à égale distance les unes des autres, sont dressées des côtes de baleine qui s'appuient sur un ou
deux poteaux, et dont le nombre dépend de la grandeur
Le] de la hutte, laquelle est toujours de forme circulaire ou
elliptique. Cette charpente est revètue extérieurement d’une bâche fortement tendue, faite de peaux de morses cousues avec soin, parfaitement séchées, et si bien préparées qu’elles conservent leur élasticité et leur semitransparence. Certaines de ces bâches sont d’une dimension énorme; j'en ai vu une à Wootair, sur la tente de Métra, qui devait avoir au moins soixante-dix à quatrevingts pieds (21 à 24 mètres) carrés et qui était partout aussi transparente que du parchemin. La lumière pénétrant ainsi par le toit dans l'intérieur, les fenêtres deviennent inutiles. Du côté le plus abrité une ouverture sert de porte; un rideau de peau de morse la ferme quand besoin est, Un petit mur de neige de dix-huit pouces (45 centimètres) à peu près de hauteur entoure la hutte afin d'empêcher le vent de S'y faire sentir. Quelques cordes de cuir, disposées de manière à donner au dôme de peau plus de solidité, complètent l'édifice.
« Les yaranga (pluriel de yarang), nom qu'on donne à ces huttes dans le pays, sont construiles de forme ronde pour empêcher les rafales de neige de s'attacher aux
ite de latrertout pénéêtres rlure uand )UCES autte
ques
lôme
ne à nde aux
pignons et pour opposer moins derésistance aux ouragans qui balaient ces régions dénudées. Pour l’intérieur onp'a pas égard à ce principe d'architecture polaire. Les yaranga différant considérablement entre elles quant à leurs dimensions, puisque les unes n'ont que dix à douze pieds (3 mètres à 3",60) de diamètre, tandis qued’autres en ont jusqu’à trente et quarante (9 et 12 mètres), leurs dispositions intérieures varient aussi beaucoup. Dans les plus petites une pièce unique, souvent à peine assez large pour deux personnes, s'étend d’un bout à l’autre de la hutte, en face de la porte; mais dans les tentés des chefs, qui ont généralement avec eux sous leurs toits rois ou quatre générations, les chambres à coucher sont rangées en ligne au fond et de chaque côté de l’habitation.
« Ces chambres extraordinaires sont formées de poteaux enfoncés dans le sol, de distance en distance, à
six où huit pieds (1",80 à 2",40) du mur de la tente, si l’on peut appeler mur la bâche dont nous venons de parler. Ces poteaux, hauts de trois à cinq pieds (0",90 à 1,90), supportent un plafond de lattes recouvert de peaux. Une épaisse couche d'herbes sèches est jetée sur le tout pour garantir du froid. Des peaux de rennes garnies de leur poil et soigneusement réunies par des coutures, pendent intérieurement des bords de cette toiture et peuvent se tirer ou se fermer à volonté, de manière à ne laisser, au besoin, aucune issue à l'air extérieur. À terre sont étendues des peaux de morses en guise de tapis, et, sur ces dernières, pour servir de lit, des peaux de rennes et de moutons de Sibérie admirablement préparées.
« Sous le ciel de la tente et contre les parois sont sus-
pendues des planchettes, servant de rayons, sur lesquelles sont placés des mocassins, des brodequins fourrés et l'herbe sèche dont les gens prudents ont soin de garnir leurs chaussures pour absorber l'humidité, Une espèce de plat ovale et peu profond fait l'office de lampe. Les naturels le fabriquent eux-mêmes, n'a-t-1l été dit, avec une matiére molle qu'on fait durcir ensuite; mais cet ustensile à plutôt l'air d'avoir été taillé dans la pierre. Le long d’une éminence qui le partage en deux par le milieu dans sa plus grande longueur et qui peut avoir un pouce (25 millimètres) de haut, sont appuyées des fibres de mousses dont les extrémités, dépassant un peu là pierre, forment une large mèche. Le plat est rempli d'huile, la plupart du temps complétement gelée. Qand cette lampe estallumée, elle projette une très-belle lumière et donne une énorme chaleur sans odeur ni fumée.
« Tout autour de la hutte sont rangés les ustensiles et ornements que possède le maitre. Pans les coins sont des seaux de bois taillés dans les débris apportes par les flots ; ils contiennent de la glace et de la neige, deux choses dont les Tchouctchis font une grande consommation. L'espace de l’varang non occupé par les appartements sert d'antichambre ou de salle d'entrée; on y dépose les comes‘ibles avant l’opération de la cuisson, opération quise fait là aussi en grande partie au moyen de lampes plus larges que celles destinées à l'éclairage ; c’est là encore que sont remisés les chariots à glace &t à neige et les traineaux déchargés, lesquels, quand on ne s’en sert pas, se placent plus particulièrement au-dessus du plafond des chambres à coucher, Enfin, les chiens mangent et dorment dans cette pièce, Les fidèles animaux cherchent loujours à se coucher le plus près possible de leurs
telles
sert Coiise plus 0re les AS, nd , et ent 1rs
maîtres, ils se tapissent le long des ‘hambres et en sou: lèvent souvent la cloison flottante avec leur nez poar obtenir-un peu de chaleur. »
Ces appartements étaient, paraît-il, chauffés à un tel degré, que les pauvres Européens y suffoquaient, surtout venant de respirer l'air pur et froid du dehors. « Je ne puis comprendre, dit ailleurs M. Hooper, comment les naturels peuvent erdurer ces extrèmes de chaleur et de froid. J'ai quitté une température de vingt degrés Fahrenheit au-dessous de zéro (c’est-à-dire vingt-neuf degrés centigrades au-dessous de glace), pour entrer dans des varanga où le thermomètre montait à cent degrés (prés de trente-huit degrés centigrade). Un pareil changement de température en un jour semblerait devoir donner la mort; .nais les Tchouctchis s’en accommeodent à merveille toute leur vie, et certesce sont des hommes solides et robustes, » |
Cette dernière remarque touchant la vigoureuse constitution des Tchouctchis s’expliquerait en partie par la coutume où ils seraient, au dire de Wrangell, de détruire tous les enfants faibles et estropiés. Cependant M, Hooper n’a rien vu qui confirmâtle récit de ce voyageur. L'amour des parents pour leurs enfants est, au contraire, poussé à un très-haut poini ehez ces peuplades. Néanmoins, comme il n’a jamais rencontré d'enfants difformes ou de tempérament maladif, il se pourrait que Wrangell eût éié bien informé. D’un autre côté le parricide et le malricide, quand l’âge et la faiblesse ontenievé tout espoir de conserver les parents (et en général les vieillards et les infirmes de Ja tribu), sont d’un usage fréquent. Nous verrons plus loin queM. Bush et sescompagnons faillirent assister à une « cérémonie » de ce genre.
Voici une autre circonstance qui se rapporte aux tentes des Tehouctchis et que nous ne saurions passer sous silence. C'est l'ombre du tableau ; mais cette ombre est nécessaire à qui veut avoir une idée nette de l’ensemble.
« Les personnes, les vêtements, les habitations et même les chiens des Tchouctchis, sont littéralement couverts de vermine, et c'est probablement pour cela qu'ils se coupent les cheveux tout courts. Dès les premiers jours de notre voyage, nous acquimes l’horrible conviction qu'il n’v avait pas moyen d'éviter la contagion. En vain nous changions d’habits et les faisions laver continuellement, en vain nous essayions de nous isoler autant que possible, le mal allait chaque jour croissant, nous finissions par souffrir de véritables tortures, et ceux d’entre nous de tempérament impatient et excitable, ne pouvant prendre ni sommeil ni repos, arrivaient à un état de constante irrilalion qui touchait à la folie. C’était surtout quand nous voulions dormir que notre martyre était le plus douloureux. Au dehors, quand nous voyagions, le ‘roid paralvsait les efforts de l’ennemi, mais l'attaque recommençait de plus belie dès que les eruelles bêtes reprenaient des forces sous l'influence de la chaude atmosphère des yaranga. Certes ce supplice est le plus affreux que j'aie enduré pendant notre station dans les parages des Tehouctchis ; je n’ai jamais rien souffert qui lui fût comparable; j'en éprouvais une agitation de rerfs semblable à la danse de Saint-Guy. » ,
Les Tchouctchis ne vivant que de poisson, de veau marin, de chair et de graisse de baleine, d’un peu de viande de renne et de pemmican, professaient un certain mépris pour les comestibles de leurs visiteurs ; les épices
tentes l Sous re esl
l’en-
ntcouqu'ils S jours viction n vain auellent que finisl'entre Juvan( at de surtout tait le ns, le laque bêtes häade > plus is les rt qui nerfs
veau eu de rtain pices
employées dans la préparation des viandes conservées, leur étaient particulièrement désagréables au palais. D'un autre côté, leur passion pour le sucre et toutes les choses sucrées en général, était extrêmement remarquable. [ls aimaient aussi singulièrement le tabac et les liqueurs fortes. Quiconque veut connaitre le niveau de l'art culinaire chez les Tehouctchis, n’a qu’à lire le récit suivant d’un repas offert aux officiers du Plorer :
«Je me propose maintenant de vous donner en détail le menu d’un festin Tchouctchi des plus splendides, auquel mes compagnons et moi primes part: j'imagine que nos goûts se rencontreront. C’est, je crois, chez presque tous les peuples, la condition primitive, le suprême devoir de l'humanité, que d'offrir à manger au visiteur dès qu'il se présente; nous trouvâmes cette règle établie chez les Tehouctchis. On commença d’abord par apporter, dans une augc de bois immense, une quantité de petits poissons crus, mais dureis par la gelée. Tous les naturels tombérent sur cette entrée, et nous essayàmes, à contrecœur je l’avoue, de suivre leur exemple; mais, étrangers que nous étions à ces façons gastronomiques, nous ne savions par où commence; l'attaque.
« Notre hôte se hâta de sous tirer d’embarras par une démonstration pratique, et, sous sa savante direction, nous devinmes bientôt plus experts. Mais, hélas! une nouvelle difficulté ne tarda pas à se présenter. Il est à présumer que nos amphitryons engloutissaient d'un trait chaque bouchée, ou alors il fallait qu’ils eussent un goût bien décidé pour le plat en question. Pans tous les cas, il n’en était pas de même de nous, nous ne pouvions vaincre notre répugnance pour cette viande, et quand nous découvrimes que ces poissons étaient dans l’état
même où ils se trouvaient en sortant de l'eau, c’est-à. du dire pourvus de tout l'appareil digestif que la nature & leur avait donné, il ne nous fut plus possible d’avaler pl les fragments qu’à l’aide de nos dents et de nos ongles P nous étions parvenus à détacher. f « C’est en vain que notre hôte nous pressait de l’imiter, x nous ne pouvions parvenir à achever le mets favori, et nous ne réussimes qu’à grand’peine à nous dérober à ses Ê instantes sollicitations. | .
« Le plat suivant se composait d’une masse verte qui | [t
avait l'air d’avoir été soigneusement hachée, et qui était également gelée. Avec ce hachis vint un morceau de lard de baleine, que la dame qui faisait les honneurs de là table coupa en tranches élégantes avec un couteau pareil à celui dont se servent les marchands de fromage; puis elle fit une part pour chacun, dans les différents coins de l’auge dont j'ai parlé, et qui servit tout le temps du repas, avant soin d'y ajouter une petite portion du fameux hachis vert. La seule distinction en faveur des étrangers et des hôtes de qualité, c’est que leurs tranches de lard étaient coupées beaucoup plus minces que celles des autres convives. Nous goûtâmes à ce composé, et... nous ne l’aimämes guère. Personne ne s’en étonnera : le lard de baleine parle de lui-même, et quant au hachis vert, qui véritablement n’était pas mangeable, nous apprimes plus tard que c’était le repas non encore digéré d'un renne qu'on avait tué en notre honneur; c’est là du moins ce qui nous fut dit, mais le fait n’est pas encore parfaitement clair pour moi.
« Notre hôte ne s’offensa pas de ce que nous ne trouvions pas sa cuisine bonne, il parût seulement étonné de l'étrange dépravation de nos palais. Aidé de ses amis, il
’est-à..
lature avaler ngles
miter, ri, el à ses
rte qui 1 était e lard de la pareil ; puis ins de V'epas, ax harers et > lard S des nous e lard vert, rimes ‘enne ns ce laite-
trouié de is, il
LA SIBÉRIE URIENTALE. 157 eut bientôt expédié lard et hachis, et la dame du logis acheva la besogne en promenant ses doigts, d'une propreté douteuse, tout autour de lauge, pour faire de la place au mets suivant. Gette intéressante opération terminée, elle porta ses doigts à sa bouche, les y enfonça un instant, et les en retira... nettoyés.
«La table fut chargée de nouveaux mets. Cette fois c'élaient des viandes d’un goût moins offensant pour nos estomacs affamés. D'abord parurent des morceaux de phoque et de morse bouillis, que nos amis les Tchouctchis furent ravis de nous voir manger. Ces viandes, toutà-fait dépourvues de saveur, repoussaient par leur seule dureté et la manière dont elles étaient servies; mais, naturellement, nous ne voulions pas paraître trop singuliers ou trop difficiles.
«Vint ensuite un morceau de chair de baleine ou plutôt de peau de baleine ; il étiut d’un noir de jai, et nous nous demandions si véritablement cela pouvait se manger; mais nos appréhensions étaient, cette fois, mal fondées. Ce morceau était coupé en long et en travers en très-petits cubes. Nous nous risquâmes à faire l'expérience de l’un d’eux, et nous fûmes agréablement surpris de lui trouver le goût de la noix de coco. Nous persistâmes alors, et fimes de ces cubes, une consommation considérable, sans pouvoir revenir de notre étonnement. Ce plat devint, dans la suite, mon mets favori. Quand il eut disparu, on nous servit du renne bouilli en quantité très-limitée; nous lui fimes ample justice.
« Après le renne, on apporta des tranches de gencives de baleine, auxquelles des fragments d'os adhéraient encore : je n'hésite pas à déclarer que ce manger me parut
délicieux. Autant que la comparaison est possible, c’est quelque chose de semblable, pour le goût, au fromage à .la crême, Cette friandise, que les Tehoutchis appellent leur sucre, termina le repas, et nous nous plûmes à reconnaitre qu'après le triste début du festin, le dernier acte n’en était pas du tout à dédaigner. »
Les Tchouctchis, tout aussi ignorants, en somme, que peuvent l'être des sauvages, ne manquent pas d’un certain talent d'invention et d'exécution, même en fait d'art. Ils excellent particulièrement dans la fabrication des casaques et des pantalons en peaux de renne, de daim, de phoque et de chien, et dans celle des ofkonches ou camisoles de peau d’eider, des bonnets, des gants, des mocassins, etc. Ils brodent leurs vêtements très-habilement avec des crins de renne, et les ornent de découpures de cuir appliquées et cousues dessus. [ls cousent aussi, les uns aux autres, une quantité de petits morceaux de peaux de couleurs différentes, dont l'effet es! souvent très-agréable à l’œil.
Une chose curieuse à observer, c’est qu'il y à chez eux des renommées industrielles tout comme dans les sv-
ciétés civilisées. Certaines femmes s’étaient fait une réputation dans l’art de préparer les peaux, d’autres dans Part de les teindre. Tel individu était vanté pour ses manches de fouet, tel autre pour ses lanières. Leur talent pour couper et sculpter l’ivoire est également remarquable.
Des modèles en ivoire de traineaux et de meubles; des jouets, parmi lesquels des canards, des phoques, des chiens, etc., témoignaient beaucoup de goût et d’imagination. Des lignes de baleine avec des hamegçons d'ivoire, des pelottes de ficelles de toute grosseur et de plus de cent mètres de long, sans nœuds, faites de lanières de
, > CES age à ellent à r'ernier
>, Que ertain rt. Ils Casam, de cami- OCas- ‘men!
‘es de 1, les x de UvVent
2 CUX es S0r'épul’art iches pour:
able, : des , des 1agioire, S de s de
. peau de morse, des traineaux, des harnais, sont encore le produit de l’industrie indigène. Il y avait, dans le pays, un artiste, véritable Cellini tchouctchi, dont la réputation, comme sculpteur d'ivoire, était sans rivale.
Le dandysme, parait-il, étend ses racines jusque sous les neiges du pôle. Écoutez plutôt M. Hooper :
« C'est sans doute une condition essentielle de toutes les sociétés, que quelques-uns de leurs membres soient destinés à faire les damoiseaux et à chercher la considération d'autrui dans la tenue qu’ils affichent. L’habitué de Bond-Street, à Londres, et le petit-maitre du boulevard des Italiens à Paris, étaient ici représentés par le Tchouctchi dont nous avions fait notre ami. Ce jeune homme avait un habit d’une toute autre coupe que les habits de ses compatriotes, et il le portait d’une façon toute différente. Des bandes de fourrure teinte et des lanières de cuir dont les bouts pendants se terminaient par un ornement semblable à un grain de chapelet, remplaçaient les brandebourgs et les ferrets de ses confrères en élégance de nos pays civilisés. Il montrait surtout son tact de dandy dans le cachet particulier de sa coiffure et de sa chaussure ; son bonnet et ses mocassins étaient choisis avec autant de soin qu'ailleurs le chapeau et les bottes. Ainsi paré et attifé, il se pavanait avec un air de satisfaction intime et d’admiration de sa personne, qui, tout en provoquant le sourire, faisait naitre, en même temps, de tristes réflexions sur la pauvre nature humaine partout la même, »
Les Tchouctchis sont ordinairement très-courageux ei doués de beaucoup de patience. Ils attaquent, sans hé: siter, le terrible ours polaire, et luttent avec lui corps à à corps. «Nous avons rencontré un homme, raconte
M. Hooper, qui, nous fut-il dit, avait attaqué, armé seulement d’une espèce de large couteau-poignard, un ours colossal dont il était venu à bout: Cet homme avait recu, dans le combat, une affreuse blessure à la poitrine, on y voyait l’empreinte profonde des ongles du monstre; il portait également, sur la figure, une horrible cicatrice, etil était, en outre, estropié pour la vie, »
Il est tout-à-fait évident, d’après le récit du lieutenant Hooper, que les officiers et l'équipage du Plorer ne durent l’hospitalité cordiale et les bons traitements qu'ils reçurent de la part des Tchouctchis, qu'à la parfaite urbanité avec laquelle eux-mêmes se conduisirent, et aux ménagements qu’ils ne cessèrent d’avoir pour ces ‘amis de rencontre. À cet égard, la relation de Pofficier anglais est, d’un bout à l’autre. une leçon de politique qui prouve les excellents résultats qu'avec des demi-sauvages on peut obtenir de rapports bienveillants, M. Hooper est lui-même un exemple remarquable de courage et de patience unis à une âme impressionnable et tendre. Ces qualités éminentes ne se montrèrent nulle part mieux qu'au milieu des tristes péripéties de son voyage au cap Oriental, exécuté à pied, avec des traineaux seulement pour les provisions.
Le lieutenant Hooper, accompagné de MM. Martin ct W.-H. Moore, et de quelques naturels de leurs amis en qualité de guides, partit, dans la matinée du 8 février, par un beau temps clair et une température de vingt à vingttrois degrés Fahrenheit au-dessous de zéro, c’est-à-dire plus de trente degrés centigrades au-dessous de glace. Le premier soir, les voyageurs atteignirent des tentes où on leur offrit des poissons gelés et bouillis. D’effroyables rafales de neige les retinrent toute la journée du 9 ; mais,
con le !
TLTE sag No:
pa Lio
LÉ seu- commençant à s’impatienter, ils se remirent en route IL'Oours le 10, malgré le temps. Arrêtés à chaque pas par les reçu, nuages de neige fine que le vent leur soufflait au vi- 10, on sage et qui les aveuglait presque, ils n’atteignirent que stre; il Noowook, misérable station de pêche, où, cependant, les alrice, pauvres habitants leur offrirent une hospitalité proportionnée à leurs moyens. Là, un de leurs chiens les quitta, tenant ie duqu'ils arfaite bat, et ur ces fficier litique ni-sau- [. Hoo- Durage Fr endre, Mieux mais ils en rachetèrent un autre le lendemain, pour au Cap six onces de tabac. La journée du 11 fut encore bruement meuse, la neige tombait toujours. Après avoir dépassé Tchaytcheen, — pauvre hameau de cinq petites nuttes, Lin cl situé sur un golfe superbe, — ils gagnèrent la rive opis en posée, et marchèrent, à l’ouest, vers une chaine de colr, par lines où ils s’arrétèrent pour se reposer. vingt- « Le ciel avait été sombre tout le jour, et, pendant les -dire quelques instants que nous nous étions arrêtés, une neige e. Le line et serrée s'était mise à tomber et nous cachait notre JL on route. Loin de se ralentir, elle ne fit qu'augmenter de ables violence. Il était impossible de rien voir du pays où nous mais, nous trouvions, et c'est à grand’peine si moi, qui fermais
toujours la marche, je distinguais la silhouette de notre guide Mooldooyah qui, néanmoins, continua bravement d'avancer jusqu’à l'entrée de la nuit. Alors seulement notre Tchouctchi montra des signes non équivoques d’hésitation et de doute ; il s'arrètait de temps en temps pour se consulter avec sa femme et cherchait avec inquiétude à percer du regard les ténèbres qui commençaient à nous envelopper rapidement. Enfin, après que nous eûmes descendu le revers d’une colline et fait une pointe sur une surface unie, Mooldooyah s’arrêta définitivement. Nos craintes se trouvaient réalisées, notre guide s'était égaré, Nous étions maintenant, nous dit-il, sur une glace d’eau salée, une petite anse probablement; mais il n’en connaissait ni le nom ni la situation. En somme, la neige et l’obscurité lui avaient fait perdre son chemin, et il fallait attendre là que la line vint nous prèter sa lumière et nous aider à nous retrouver.
« Le lever de cet astre ne devait avoir lieu que dans quatre ou cinq heures. En conséquence, nous nous assimes sans murmurer, appelant de nos vœux la reine des nuits pour nous tirer d'embarras. Nous proposämes, il est vrai, de nous servir du compas ; mais Mooldooyah rejeta l'offre comme inutile dans cette circonstance. Heureusement, la neige en tombant avait amené une amélioration sensible dans la température, et, en réalité, nous ne souffrions pas beaucoup du froid; nous avions même l'esprit si libre, que nous chantàmes en chœur plu: sieurs chansons favorites, et que Martin et moi nous dansâmes sur la neige une danse qui mériterait le nom de polka tchouctchi. Toutefois, cet exercice était un peu trop fatigant pour être prolongé; nos vêtements étaient chargés de neige, et nous avions trois pieds de neige
e notre ement lement s d’hés pour iiétude à nous eûmes nte sur ement.
s'était e glace il n’en a neige Lil falumière
ie dans ous àsine des mes, il dooyah stance.
lé une éalité, avions ir plu:
s danom de n peu taient neige
pour parquet. Nous eñmes donc recours au tabac à fumer. Puissent les adversaires de la pipe suspendre ici leur anathème en songeant de quelle consolation le tabac fut pour nous dans celte circonstance! »
Le lever de la lune ne changea rien à la triste position de nos voyageurs. À peine même s'ils pouvaient en distinguer la lueur incertaine à travers les épais flocons de neige qui tombaient sans interruption. Force leur fut donc de disposer les traineaux de manière à s’en faire des abris, suivant en cela l'exemple de leur ami Mooldooyah, et aidés des conseils de son excellente femme Yancenga, plus prompte encore que son mari à deviner leurs besoins.
«Mooldooyah et sa femme étaient évidemment dans un état d’anxiété terrible sur notre sort, Pour eux-mèmes, ils ne craignaient pas grand’chose, habitués qu'ils étaient à la rigueur du climat (quoique cependant, dans des événements pareils, les naturels ne sont pas toujours épargnés). Mais le cas était différent pour les étrangers ; les bons Tchouctchis ignoraient jusqu’à quel point nous étions capables de résister au froid. Dans cette extrémité, c'est à toi qu’on s’adressa, Providence des Tchouctchis! On en pensera ce qu’on voudra; mais j’avoue que, sans avoir la fibre bien délicate, la cérémonie, quelque simples qu’en fussent les détails, me pénétra d'un sentiment de terreur religieuse, et m'ouvrit les yeux pour la première fois sur le danger réel où nous nous trouvions.
« Quittant le traineau d’un pas lent et mesuré, le couple tchouctchi s’éloigna à quelque distance de nous. Yaneenga se prosterna à terre, la figure dans la neige, les mains levées au-dessus de la tête. L'homme se tourna d’abord à l’ouest, puis au nord et au sud, s’inclinant
2 0 PE ble rt munis eu Tan
chaque fois et omettant, je ne sais pourquoi, peut-être par oubli, le quatrième point cardinal. Il avait, comme Yaneenga, les bras levés au-dessus de la tête. Dans cette position, il poussa à plusieurs reprises des cris dont la note retentit encore à mon oreille en écrivant ces lignes, — des cris extraordinaires, prolongés, lugubres, des cris de désespoir lancés à pleins poumons, semblables d’abord au roulement sourd du tonnerre, et s'affaiblissant par degré pour finir en une plainte d’une incroyable tristesse. Je n'ai jamais rien entendu d'aussi horriblement émouvant. Le cri d’agonie de l’Irlandais et le hurlement sauvage du Peau-Rouge ont l’un et l’autre frappé de très-près mon oreille; mais ces cris ne sont rien comparés à l’invocation de détresse de Mooldooyah à ses dieux. Les deux Tchouctchis revinrent ensuite à leur traineau où je les rejoignis. Je trouvai Yaneenga calme, mais pleurant abondammeut; son mari assis, dans un morne silence, ne répondit que très-brièvement à mes questions. Je retournai bientôt à mon traineau et m'étendis auprès jusqu’au matin; mais le sommeil ne vint que tard, il fut très-agité, et je m’éveillai souvent. »
Le jour ne leur apporta guère de soulagement, la neige continuait à tomber en quantité énorme, la vue ne pouvait s'étendre qu’à quelques mètres, et ils n’avançaient que très-lentement le long de la côte. Le soir, le vent s’éleva et la température baissa considérablement, aussi s’estimèrent-ils heureux de creuser des trous sous la neige et de s’y blottir. Ils demeurèrent deux longs jours sous cet abri misérable. Malheureusement, M. Moore fut dans cet intervalle atteint d’une violente diarrhée.
« Ge fut une nuit épouvantable; les ténèbres nous environnaient de toutes parts sans qu'il nous fût possible
être omme celte nt la ignes, :S Cris s d’aissant vable Mriblehurr'appé à Comà ses à leur alme, S un à mes l'élenitque
it, la 1 vue avanir, le nent, sous ongs [oore €.
CN
sible
de les dissiper, dépourvus que nous étions de combustible quelconque. La neige, traversant nos vêtements de dessus, nous fondait sur le corps. La même chose arrivait à nos gants et à nos coiffures, et les petites boules de glace qui se formaient dans nos cheveux tout autour de la tête finissaient par nous incommoder extrèmement, On peut facilement se figurer l'horreur de notre situation, celle surtout de notre pauvre camarade, aggravée encore par la maladie et l'obligation de s’exposer au froid,
« Le jour vint, mais notre position resta la même; nos âmes étaient aussi morfondues que nos corps. Songez, mes chers amis, au désolant tableau que nous avions sous les yeux! Le jour, la nuit, de la neige et toujours de la neige, tantôt tombant perpendiculairement en flocons épais, tantôt chassée en nappes obliques par d'horribles rafales, et cherchant les aspérités du sol pour s’y accrocher, » |
A midi, un répit momentané releva les courages, et l’on fit de nouveaux efforts, mais les traineaux se brisèrent ou se renversérent.
« La neige cessa vers le soir de tomber avec autant de force, et cette insignifiante amélioration fut cause en partie d’une illusion de nos sens, qui, en s’évanouissant, nous laissa dans un désappointement cruel. Sans nous en douter, nous approchions encore de la mer, quand tout à coup nous crûmes avoir devant nous un groupe d’yaranga que nous saluâmes avec transport. Chose étrange, les chiens manifestaient également de Joyeux symptômes de reconnaissance, et nous n'eùmes pas besoin de les exciter beaucoup pour leur faire presser leur allure. Hélas! nous aurions pu épargner nos hourrahs d’allégresse. Ce que nous avions pris pour des
varanga n'était que les profils de falaises et de rochers vi abruptes qui, quand nous les approchämes, semblèrent L
nous grimacer un rire moqueur.
« L’immense quantité de neige tombée avait rendu }a marche excessivement difficile surtout avec des traîneaux aussi chargés qu’étaient les nôtres. Les chiens pouvaient à peine se dégager, et nous étions obligés à chaque instant de relever un véhicule ou l’autre. Dans notre état d'épuisement, ces continuels efforts étaient excessivement pénibles, et l'extrême faiblesse de M. Moore, qui souffrait toujours de son indisposition, ajoutait encore à nos fatigues.
« Dans l'impossibilité matérieile d'aller plus loin, nous nous ai rêtâmes enfin à l'entrée d’un petit canal bordé de rivages escarpés. Nous passämes là une nuit de misère et d'inquiétude infiniment plus terrible qu'aucune des précédentes. Le vent, qui s’engouffrait avec violence dans ce défilé, nous enterrait sous des tourbillons de neige ci nous gelait jusqu’à la moelle des os, la température ayänt &e nouveau baissé considérablement,
« Cette nuit restera à tout jamais gravée dans ma mémoire. Je ne me rappelle pas de fois ses heures si lentes sans frissonner à la pensée de l’état où nous devions être le lendemain matin. Je regarderai toujours comme ur miracle que nous n'avons pas été tous gelés; car nos vêtements de dessous étaient complétement imprégnés de neige fondue, et ceux de dessus étaient raides comme F des planches.
« La matinée du 14 ne jusifiait que tout juste la lueur d'espoir que nous conservions. Un brouillard
épais obscureissait le ciel; et, malgré le chemin que
nous avions fait, il parait que nous avions tourné dans
chers lèrent
idu ]a eaux
ige ci avant
1 méentes être e uii nos CnÉs
nine
e fa lard que ans
un cercle, car nous reconnûmes nos précédentes traces. Entre neuf et dix heures, cependant, le brouillard se dissipa, et un horizon immense se déroula sous nos yeux. Grâce à cet heureux hasard, Martin et Mooldooyah aperçurent en même temps un promontoire dans le lointain, et reconnurent alors que nous étions dans l’Oong-wvsac- Coy-ee-mak, ou Havre d'Oongwysac, et que, par conséquent, nous pourrions gagner le village d'Oongwysac avant la nuit. Nous primes immédiatement notre point pour le cas où le temps s’usscurcirait encore, mais il s’éclaircit au contraire de plus en plus, et en mettant à contribution la faible dose d'énergie et d'activité qui nous restait, nous atteignimes Oongwysac après une pénible marche de dix heures.
« Nous arrivâmes dan: les yaranga complétement épuisés.. Notre premier cri fut pour demander de l’eau. De l’eau! avec de la neige tout autour de soi! Eh bien! oui, mes bons amis, de l'eau même au milieu des neiges, La soif fut une de nos plus grandes souffrances, et la neige que nous mangions ne faisait que l’augmenter en nous enflammant le gosier. Nos pauvres chiens tombaient d’inanition. »
L'okonch des naturels est un vêtement d’une valeur inappréciable comme protection contre la neige. Il est fait avec des intestins de baleines et autres monstres marins, ouverts et cousus les uns aux autres. Cette espèce de chemise, quand elle est bonne, est entièrement imperméable à l’eau et excessivement légère ; elle pèse à peine quelques onces ",
! Nous avons dû limiter nos extraits aux Tehouctekis comme rentrant
plus directement dans le cadre que nous nous sommes tracé. L'ouvrage de M. Hooper contient aussi une très-intéressante relation d’une expédition
Les Tehouctchis qu’avaient rencontrés si loin M. Bush et ses compagnons, appartenaient à la catégorie des nomades. Pour leurs voyages d'hiver, ils emploient les mêmes traineaux et les mêmes chaussures à neige que les Koraks nomades. En été, quand ils remontent les cours d’eau ou qu’ils côtoyent les rivages de la mer, ils attachent à leurs bateaux une longue courroie de peau de phoque, et se font remorquer par leurs chiens. Comme tous les indigènes de ces contrées, ils sont grands fumeurs. Leur pipe est fort curieuse et faite exclusivement en vue de l’économie. Le fourneau, généralement en plomb ou en cuivre, n’a guère que la capacité d’un dé à coudre, tandis que le tuyau est plus gros que le bras d’un homme. Ces tuyaux sont évidés à l’intérieur, et ont par le bout inférieur de petites portes fermées avec de la poix, et qu’on peut owvrir à volonté. Hs sont ainsi faits en raison de la rareté du tabac, qui s'emploie toujours mêlé à une égale quantité de poudre de bois ou d’écorce. De cette poudre le large tuyau est toujours plein ; elle se saturée ainsi à la longue de nicotine, et est alors fumée en guise de tabac. Certains Tchouctchis ont une vraie passion pour la nicotine, qu’ils paraissent absorber im-
sur les côtes arctiques de Amérique septentrionale, relation où il est question d'Esquimaux infiniment moins sociables que les bons Tehouctchis ; des rivières Peel et Mackensie remontées par l'auteur; des forts de Ja Compagnie de la baie d'Hudson où M prit ses quartiers d'hiver, ete., ete, Ce récit est en outre émaillé d'horribles épisodes de famine, d'Indiens anthropophages, #t de combats entre les Indiens et les Esquimaux,
Bush S NOt les que t les , ils peau nme 5 fuent t'en dé à bras Ont e la faits US ce, se 16e ie n-
punément, et pour en avoir ils font des échanges avec les habitants d’Anadyrsk.
Le 1° août, comme il n’y avait pas signe de navires, les indigènes qui avaient accompagné les Américains, concluant qu’il n’en viendrait point, et désirant en outre regagner leur pays en temps utile pour faire leurs provisions de poisson et de renne pour l’hiver, déclarèrent vouloir s’en retourner. Les voyageurs, toutefois, parvinrent à en retenir quatre, et par les autres ils dépéchèrent au Cosaque Koschevine des instructions à l’effet de leur envoyer dix ou douze traineaux, dès que les routes d’hiver seraient praticables, pour le cas où eux-mêmes ne seraient pas revenus auparavant.
La non-arrivée du navire ne laissait pas d’inquiéter nos explorateurs. Un accident au bâtiment attendu eût en elfet rendu leur position peu enviable. Leur intention était de rester à leur campement tant qu’il n’y aurait plus possibilité pour un bâtiment d'entrer sans danger dans le fleuve, et alors de retourner sur leurs pas jusqu'à Outchostika, si c'était possible, sûrs qu’ils étaient d'y être bien reçus et d’y trouver des vivres en attendant les traineaux d’Anadyrsk. Le saumon était encore rare» et les filets étaient tellement usés, que la plupart des poissons passaient à travers les mailles. Les voyageurs étaient done à la portion congrue. Heureusement la toundra voisine leur fournit en abondance airelles et autres baies, ce qui ranima un peu leur espoir. Leur aspect extérieur était d'ailleurs misérable : leurs vêtements de dessous étaient en lambeaux, et quant à leurs habits de peau de renne, quoique parfaitement entiers, ils avaient fini par devenir horriblement sales. L'eau, à wrai dire, ne manquait pas; mais il n’eût pas été prudent, à cause des mous-
tiques, de s’en séparer même un instant pour les laver.
Dans ces circonstances on comprend l'anxiété avec laquelle tout le monde attendait l'arrivée du steamer Wright chargé d'apporter des vivres, des matériaux pour la ligne à construire et un renfort d'ouvriers de la Californie. On était au commencement d’août; il était grand temps que le navire parût, si l’on voulait utiliser les derniers jours propices à l'inauguration des travaux.
Le 14, le Wright se montra enfin, et il s’en détacha un canot dont l'équipage vint fort à propos tirer d'inquiétude les habitants du camp Macrae. Après un déjeuner rapidement expédié, M. Bush avec le « bateau bleu » et ses indigènes se rendit à bord du steamer. Rien ne saurait rendre l’étonnement et les continuelles exclamations des naïfs Sibériens à bord du Wright devant chaque objet qui frappait leur vue. Le sifflet de la machine leur fit une telle peur, qu’encore un peu les pauvres diables se seraient jetés à la mer. Deux petits chiens terr:ers excitèrent au plus haut point leur curiosité. Aussi en eurentils ensuite pour des semaines à raconter toutes ces merveilles à leurs compatriotes moins favorisés qui avaient été laissés à terre.
À dix kilomètres environ au-dessous du'camp Macrae, l’Anadyr s’élargit considérablement et forme une baie de plus de 50 kilomètres d’étendue, dans laquelle se déverse la rivière Arnora, Au delà les rives se rapprochent et, plus loin, reforment une autre baie qui fut plus tard baptisée du nom de « baie du Golden-Gate » (la Porte-d’Or). C’est là que le Wright était à l'ancre quand M. Bush le rejoignit. À 5 ou 6 kilomètres au-dessous est le golfe d’Anadyr, lun des bras de la mer de Behrinig.
Le Wright, après avoir déchargé une portion de son
nerient
ae, aie déent ard Ir).
le lfe
on
matériel dans Je bateau de M. Macrac, gagna le large pour aller rejoindre à la baie du Pluvier, à deux journées au nord-ouest, deux autres navires de la compagnie qui y attendaient des ordres.
M. Bush, chargé du soin de construire une station sur ce point, se mit immédiatement à l’œuvre. Cette occu-
pation ne l’empêcha pas d'explorer le voisinage. Dans.
ses excursions à l’entrée de la baie avec le Wright, il eut plus d’une occasion de visiter les Tehouctchis qui y étaient campés. Ces indigènes ressemblaient beaucoup aux Tehouctchis déjà décrits, bien que la stérilité du pays d'alentour et l'absence totale de bois flotté les obligeas-
sent à puiser à d’autres sources les matériaux de leurs
habitations et de leurs canots. Leurs tentes, faites de peaux de morses, de phoques et de rennes, sont généralement de forme ovale par ceite raison que, ne pouvant se procurer de perches droites, les habitants, comme on l’a vu au chapitre précédent, remplacent la charpente de bois par des os cintrés de baleines.
Leur seul combustible est la graisse. Leurs embare = tions, grands bateaux de peau appelés « bideras » sont généralement faits de peaux de morses tendues sur des os. Ils s’en servent même par le gros temps, et, pour les empêcher de chavirer, ils les équilibrent avec des peaux de phoques gonflées d’air et fixées aux flancs. Ils les manœuvrent avec de courtes pagaies à un seul plat. Leur costume d'hiver est de peau de renne avec des bottes de peau de phoque ; maïs, en été, beaucoup d’entre eux portent des vêtements faits de peaux d’oiseaux préparées avec les plumes et cousues les unes aux autres dans la forme voulue, Pour la pluie, ils ont une espèce de blouse à capucuon faite de peaux de poissons ou d’intestins de ba-
mer nr eme
RS ee ©
172 LA SIRBÉRIE ORIENTALE.
leines ou de morses, C'est le vêtement que M. Hooper désigne sous le nom d'Okonch. La même matière est emplovée par les indigènes russianisés dans toute la Sibérie orientale en guise de vitres aux fenêtres, à cause de sa transparence. Sous beaucoup de rapports, cela vautmieux que les glacons, qui servent aussi aux mêmes fins.
La baleine, le phoque et le morse, aliments à peu près uniques des Tchouctchis, abondent dans ces parages : les vivres, par conséquent, leur font rarement défaut. En outre, ils font un commerce assez prospère avec les baleiniers et les marchands qui visitent annuellement leurs côtes; ils échangent des dents de morse, de la baleine et de la graisse contre des spiritueux, des fusils et divers ustensiles.
Ces indigènes ont une ingénieuse manière de prendre les morses en été. Ils leur donnent Ja chasse dans leurs « bideras » et les harponnent avec un harpon à pointe d'os auquel est fixée une longue lanière, à l’autre extrémité de laquelle est une peau de phoque gonflée d'air. Quand lembarcation est sur un point où s’est montré un morse, l'équipage cesse de ramer et bat l’eau avec de longues baleines plates; ce bruit excite la curiosité de Panimal et le fait reparaitre à la surface. Malheur à lui s'il est à portée du harpon; la pointe actrée s'enfonce dans ses chairs et la bouée, en lempêchan: de plonger, le signale à de nouveaux coups; on Pachève d'ordinaire à la lance.
M. Bush assisla un jour à une expédition de cette espèce. Une autre fois, intrigué de savoir ce que pouvaient faire un groupe nombreux d’indigènes réunis à un kilomètre environ de leur village à Fextrémité de la baie, il résolut de les joindre avec quelques-uns de ses
Tchouctchis harponnant Le morse.
Cor ect jeu les br tot na
tro ue à ut
compagnons. « Ce ne fut pas sans quelque difficulté, écrit le voyageur, que nous escaladâmes le terrain rocailleux qui nous séparait des Tehouctchis. Épars de tous les côtés, sur les fragments de rocs, étaient des crânes brisés et d’autres ossements humains : l’idée nous vint tout d’abord que ce lieu était celui où l’on tuait d’ordinaire les vieillards et les infirmes de la tribu. Notre première impression fut que nous allions assister à un de ces actes de barbarie, et j'avoue que le cœur me manquait en approchant du groupe. Mais les gais propos et les rires de cette foule désarmèrent nos soupçons.
«Il y avait une quarantaine de personnes présentes, vieillards, femmes et enfants, tous paraissant en belle humeur. Au milieu d’eux, sur un petit tertre uni, était une longue rangée de pierres de 6 pieds de longueur, à côté desquelles gisait un renne fraichement tué et qu’une demi-douzaine de hideuses sorcières s’occupaient à dépecer ; les meilleurs morceaux étaient étalés avec des poignées de tabac sur les pierres en question. Ces mésères bavardaient et riaient à qui mieux mieux. « Allons, pensämes-nous, il ne s’agit que de quelque sacrifice à leurs dieux. » Et appelant Nam-Kum, indigène assez intelligent qui, dans ses rapports avec les baleiniers, avait appris quelque peu d'anglais, nous nous mimes à l’interroger.
« Vous voyez, répondit-il en nous montrant un per- « sonnage du groupe, vous voyez ce vieillard qui n'a pas « d'yeux, tout à l'heure on va le tuer. »
« Regardant dans la direction indiquée, nous vimes en eifet un vieillard aveugle assis sur un rocher au milieu des autres indigènes, si parfaitement calme, que je croyais me tromper en le prenant pour la victime dési:
gnée. On n'avait pas l'air de s'occuper de lui, et rien dans son extérieur ni dans les actes de ses compagnons ne pouvait donner à supposer qu'on allait bientôt le supprimer de ce monde.
« Mais pourquoi le tuer, Nam-Kum ? » reprimes-nous,
« Nam-Kum nous expliqua le fait tant bien que mal, et nous finimes par comprendre que c'était sur sa propre demande que le vieillard allait être tué, Il avait beaucoup de rennes et était au-dessus du besoin; mais l'année précédente, il avait perdu un fils qu'il aimait beaucoup ; depuis lors, la vie lui était devenue insupportable et il avait prié sa tribu de l'en délivrer. On avait déjà pris jour une fois; mais à l’instante prière de son petit-fils, le bonhomme avait consenti à se laisser vivre. Néanmoins il avait encore changé d'avis et aujourd'hui ses vœux allaient être accomplis. »
Répondant à d’autres questions, Nam-Kum apprit aux Américains comment les Tchouctchis tuaient leurs victimes. Si celles-ci sont des personnes pour lesquelles ils ont du respect, ils leur ôtent d’abord la sensibilité en leur faisant respirer certaines substances — lesquelles? l’indigène ne put le dire — puis on leur ouvre quelquesunes des principales artères et on les laisse mourir ainsi. Les corps de ces victimes sont toujours brülés. Les individus ordinaires sont frappés de coups de lance ou lapidés; à quelques-uns on passe un nœud coulant au cou et on les traine sur les rochers où on laisse ensuite leurs cadavres devenir Ja proie des chiens affamés du campement — que, sans doute, viennent aider les loups et les ours.
Nam-Kum ne pouvait comprendre l’étonnement et l’horreur des Américains à son récit.
« Ce n’est pas mal, répliquait-il. Les Tchouctchis Pai-
dans
mal, ‘opre Jeaunnée
bonins il x al-
taux s viCes ils té en les?
juesinsi, indidés ; ton S Canent urs.
hor-
l'ai-
«ment beaucoup. Mème chose pour tout le monde. Quand « moi devenir vieux, eux tuer moi aussi, »
Toutefois la présence des étrangers causa une certaine hésitation chez les naturels; ils finirent même par discontinuer leurs préparatifs. Le vieillard, raconta plus tard Nam-Kum, ne fut pas tué, son petit-fils l’ayant encore amené à changer de résolution. Il est probable qu’on aima mieux remettre l'opération à une époque où les navires de l'expédition auraient quitté la baie.
Le clipper le Rossignol, appartenant à la compagnie télégraphique et envoyé de San-Francisco, avait apporté
deux petits steamers à fonds plats, destinés, l’un à l'A-
nadyr, l’autre à l’Yukon, rivière de l'Amérique russe. Ces bateaux furent mis à l’eau. Le Golden-Gate, autre navire de la compagnie, vint sur ces entrefaites rejoindre la petite flottille avec du matériel et neuf mois de vivres pour vingt-cinq personnes. C'était le groupe de travail-
leurs que devait commander M. Bush dans le district
asiatique nord qui lui était assigné. Il n’y avait guère à espérer toutefois qu’on pourrait faire grand’chose d’utile avant l'été. L'important était donc de s’installer confortablement pour l'hiver.
Le 19 septembre, M. Bush et son monde entraient dans l’Anadvr et faisaient avertir de leur approche leurs compatriotes du camp Macrae. Le 1" octobre tout était débarqué et l'habitation à peu près terminée. La neige s'était déjà montrée, et pendant plusieurs nuits il s'était
Ke]
formé une mince couche de glace sur le rivage; bientôt la baie ne tarda pas à se prendre toute entière. L'hiver était venu. Le petit steamer Wade était immobilisé dans les glaces du fleuve jusqu'au retour de la belle saison. Mais on espérait que dans la baie le Golden-Gate aurait eu le temps de gagner le large. Par malheur le Golden-Gate, lui aussi, s'était laissé surprendre et, pour comble de
Le « V.ade » immobilisé dans les glaces de l'Anadyr.
malheur, les glaces l'avaient éventré ; il faisait eau, et son équipage de vingt-cinq hommes n’avait eu d'autre alternative que de le quitter et de gagner la terre pour passer l'hiver avec M. Bush et ses compagnons.
L'arrivée de ces vingt-cinq bouches supplémentaires ne laissait pas de donner des inquiétudes pour l’avenir, et chacun comprit qu'il allait être réduit pour tout l'hiver à la portion congrue, Le Golden-Gate avait à bord pour deux mois de vivres placés hors de l'atteinte de l’eau. On
entôt hiver
dans ison, hit eu Gate, le de
t Soil ilterasser
aires enir, river pour . On
résolut d'aller chercher ce précieux mais insuffisant supplément et, malgré tous les dangers de l’entreprise, on réussit à le transborder à terre avec tout ce qu’on put prendre d’objets utiles. De la sorte, malgré l’accroissement de son personnel, l'installation devint presque confortable. La question des vivres étant la plus embarrassante, les rations durent être faites avec la plus stricte économie et chaque jour de la semaine ne fut bientôt plus désigné que par le genre d’aliment qui lui était affecté : « jour de haricots », « jour de mélasse », « jour de lard », etc.
Le site de la station n’était pas très-abrité, bien que meilleur à tous égards que tout ce qu’on aurait pu choisir. C'élait un plateau de { hectare environ, limité d’un côté par la baie de Golden-Gate ou de « la Porte-d’Or » et, de l'autre, par la rivière Wade, cours d’eau qui a environ 200 mètres de largeur à son embouchure. Le lieu pourtant avait déjà été habité auparavant et par des blancs et par des indigènes. Des accumulations de bois de rennes indiquaient les tombes de quelques-uns de ces derniers, landis que de grandes croix de bois de très-vieille apparence attestaient que des chrétiens avaient aussi visité ce point. Ceux-ci étaient indubitablement des Russes ; mais vécurent-ils là d’une façon permanente ? c’est ce qu’on ne saurait dire. Deshnew hiverna quelque part dans cette localité vers 1648, lorsqu'il remonta pour la première fois l’Anadyr.
La rareté des vivres inquiétait fort M. Bush, qui avait l'expérience des longs hivers polaires. Aussi attendait-il avec impatience ou les traineaux que le sergent:üe Cosaques Koscheyine devait lui envoyer d’Anädyrsk ou l'arrivée des Tchouctchis pour leur ‘acheter des rennes. On
était au 20 octobre, et les indigènes ne se montrant pas, on résolut d'envoyer à leur rencontre du côté du camp Macrae. Ce parti réussit; trois Tehouctchis se décidèrent à visiter la station. Ces hommes racontèrent qu’ils évitaient les Américains, pensant que l’objet de ceux-ci était de leur faire la guerre. On eut mille peines à leur persuader le contraire.
« Mais alors, dit l’un d’eux, si vous ne venez pas nous combattre, pourquoi n’amenez-vous pas avec vous vos femmes et vos enfants? »
I lui fut répondu que les femmes américaines étaient de frêles et délicates créatures, habituées à un été éternel, et qu’elles périraient comme les fleurs de la toundra, si elles restaient exposées dix minutes aux pourgas glacées du pays; quant aux enfants, aux approches de l'hiver ils périraient plus rapidement encore que les moustiques. L’indigène ne parut pas très-convaineu ; il hocha la tête d'une façon significative, pensant très-probablement ou qu’on lui cor'tait une énorme bourde, ou que les femmes et les enfants d'Amérique étaient des êtres étranges et bien inutiles. Ce sont les femmes qui, chez eux, font la plupart des plus rudes travaux, et elles supportent des températures incroyables de froid.
Les Tehouctchis se laissèrent persuader d’amener des rennes à la station. On leur en acheta un certain nombre. Avant d’abattre chaque animal, l’exécuteur murmurait une courte prière. À mesure que les bêtes étaient tuées, les hommes de corvée de la station, aidés des femmes tchouctchis, les dépouillaient, les vidaient, les bourraient de neige et les empilaient contre le mur pour être recouvertes de neige légère. La journée était froide, — 27° Fahrenheit, c'est-à-dire 33° centigrades au-des-
sous de 0; — malgré cela, les femmes, pour être plus libres de leurs mouvements, s'étaient dévêtues complétement toute la partie supérieure du corps. Leurs têtes, également nues, étaient entièrement couvertes de givre.
Les rennes avaient sur le dos une très-grosse espèce de parasites, assez semblables à ceux qu'ont quelquefois les bœufs. Les femmes recueillirent avec soin ces horribles bêtes, et les apportèrent dans l’habitation pour les offrir aux occupants comme un mets délicieux; et, joignant le geste à la parole, elles faisaient craquer les plus grosses sous leurs dents avec une expression de parfait contentement, qui fut loin toutefois de convaincre les Américains de l'excellence de cette friandise sibérienne. Les miroirs qui ornaient les murailles, et qu’on avait enlevés des cabines du Golden-Gate, jetèrent les pauvres sauvages dans une inexprimable joie; ils s'assemblaient par groupes devant ces objets si nouveaux, et ne se lassaient pas d’y faire des grimaces.
Getle première visite amena d’autres indigènes chargés de peaux de renards blanes et de castors et de défenses de mammouths, qu’ils venaient échanger pour des verroteries et du tabac. Le 51 octobre, arrivèrent d’Anadvrsk une douzaine de traineaux envoyés par Koschevine. Désormais les vivres étaient assurés. Il s'agissait d'essayer de commencer les travaux de la ligne télégraphique. En conséquence, M. Bush résolut de partir pour Anadyrsk et de là pour Ghijigha, d’où il lui était possible de trans: mettre en Amérique, par frkoutsk et Saint-Pétersbourg, la nouvelle de la perte du Golden-Gate, et rassurer les personnes qui y avaient des amis à bord.
À Outchostika, il trouva le chef tchouctchi Yanden-
=SsS
SE