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kow, avec lequel il échangea des présents, et qui, désormais rassuré sur le côté inoffensif pour sa tribu de la ligne télégraphique à construire, s’engagea à la faire respecter par les siens. Pendant le court séjour que fit M. Bush en ce lieu, il eut le loisir d'assister à un singulier marché : deux indigènes échangèrent réciproquement leurs femmes avec une complète entente cordiale de la part des quatre intéressés.
Renard blanc du pôle.
A Markova, sévissait une horrible famine, qui avait éloigné bon nombre de familles et entrainé la mort de presque tous les chiens. Le 20 novembre, ayant réuni assez de ceux qui restaient pour équiper deux traineaux, notre voyageur se mit en route pour Ghijigha. Dès le troisième jour, il eut le bonheur de rencontrer M. Kennan, qui, lui, se rendait à Anadyrsk avec quelques vivres et onze cents poissons séchés pour les chiens. En apprenant de son compatriote et collègue qu’il y avait abon-
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LA SIDÉRIE ORIENTALE. 195
dance de vivres à Ghijigha, débarqués par un bâtiment de la compagnie, M. Bush rebroussa chemin à Anadvrsk, d’où M. Kennan repartit au bout de cinq jours pour la mer d’Okhotsk, afin d'y porter la nouvelle du nauirage.
Le mois de décembre se continuait froid et tempétueux ; le thermomètre Fahrenheit marquait 56° de froid (— 49° c.), Par bonheur, l'installation de M. Bush et des hommes de sa suite leur permettait de braver cette température rigoureuse. Ils durent toutefois, même à l’intérieur de l'habitation, endosser une partie de leurs fourrures. À { mètre de la flamme ardente qu'ils entre-
‘tenaient dans le foyer l’eau gelait, et c’est en vain que
M. Bush essaya plusieurs fois d'écrire à une très-courte distance du feu. « Je ne comprends pas, dit-il, comment lesindigènes faisaient pour vivre pendant ce temps. Il faut qu'ils aient une constitution toute particulière. Ils sont accoutumés à la famine, et peuvent se contenter d’une alimentation incroyablement restreinte. »
Les Américains partageaient avec ces malheureux, mais dans les limites d’une sage prudence. « L'hiver est à peine commencé, dit un jour un pauvre diable à M. Bush ; j'ai une femme, sept enfants et sept chiens à nourrir, et je n'ai pas une livre de viande ou de poisson à leur donner. J'ai bien quelques peaux de renne et une quinzaine de mètres de courroies de phoque que je puis faire bouillir, mais *ela n’est point assez pour ma famille et mes chiens jusqu’à ce que les Tchouctchis viennent commercer par ici, Je ne sais où m'en procurer davantage; mes voisins sont aussi dépourvus que moi. » Le brave homme ajouta après un moment d’hésitation : « Si mes enfants meurent, mes chiens me resteront; mais si mes chiens meu-
rent, comment ferai-je pour aller chercher des rennes auprés des Tehouctchis? Ma famille alors mourra de faim aussi, et je n'aurai plus ni famille ni chiens. » Ce qu'il voulait évidemment, c'était que l'Américain décidàt s’il devait laisser périr sa famille ou ses chiens. Cet exemple entre mille montre à quels extrèmes de privations ces populations sont souvent réduites.
« Vieux et jeunes, dit M. Bush, ces gens sont de véritables enfants par les goûts et les idées. Il ne se passait pas de jour que quelques-uns d’entre eux ne vinssent chez nous pour obtenir le règlement de quelque différend ou pour avoir notre avis sur un point quelconque. Tout ce que nous leur disions était pour eux parole d’É-
vangile, et notre opinion faisait loi. C'était parfois fort amusant de les entendre débattre sur des matières futiles et de leur servir d’arbitre. « Ah! barin (monsieur)! » me disait un jour un vieillard qui était venu avec un autre homme, mon aîné de trente-cinq ans, prendre mon opinion sur je ne sais ee affaire, « Vous êtes juste « comme un père pour nous.
Ils n’ont aucune idée du ne ni de l’âge des personnes, l’un d’eux donnait cinquante ans à un jeune Américain de l’expédition qui n’en avait que vingt-trois ; et un autre, se croyant meilleur juge, représentait à son compatriote que l'étranger en avait au moins soixantedeux ou soixante-trois. Comme ils sont à peu près imberbes, les longues barbes des Américains faisaient qu'ils les croyaient tous très-vieux, Ces demi-civilisés ne sont pas une race très-robuste; ils ont beaucoup de maladies, qui probablement leur sont apportées des côtes de la mer d'Okhotsk. Leur confiance dans les étrangers, comme médecins, était sans bornes, et chacun d’eux eût avalé
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d’un trait sans sourciller tous les médicaments de la petite pharmacie portative de l'expédition.
Le 2 février arrivèrent de Pendjina huit nartas chargées de vivres qu’expédiait aux voyageurs lispravnik de Ghijigha. M. Bush profita de cette circonstance pour envoyer à la station de l'embouchure de l’Anadyr cher: cher M. Macrae, deux autres officiers et six hommes. Ce voyage, aller et retour, ne prit pas moins d’un mois. Pendant ce temps arriva à Markova, avec treize traineaux, M. Jared Norton, envoyé sur le Myan avec des ouvriers pour exécuter certains travaux préparatoires de la ligne. Les souffrances du froid avaient été bien grandes pour ce groupe de travailleurs, obligés de camper en plein air. Pendant les nuits les plus froides, ils n'avaient point osé s'endormir. Bien qu’entourant le feu du bivouac au point de se griller les mains, ils avaient souvent le nez gelé.
À Markova, dans l’intérieur de l'habitation, la tempéature était encore excessivement rigoureuse, puisque, malgré le feu constamment entretenu du tchual, le thermomètre marquait encore — 55 degrés Fahreinheit ou 97 degrés centigrades au-dessous de glace. « [’atmosphère elle-même semblait être gelée, dit M. Bush; les ohjets s’y montraient comme dans un brouillard, Pour expérimenter l'effet de ce froid si rigoureux, je sortis la tête nue et les mains nues, et restai quelques instants immobile. Tout d’abord, en quittant la maison, je ne m'aperçus pas que la température fût plus froide que je ne l'avais constaté dans cent occasions. C'était partout une immobilité, un calme de mort. La seule chose inaccoutumée que je remarquai fut un certain sifflement occasionné par mon baleine venant en contact
avec l'air froid. Mais au bout de très-peu de temps, je sentis de légers picotements au nez, aux oreilles et aux doigts et une certaine sensation particulière, comme si ces diverses parties de mon individu étaient tirées au dehors. Je jugeai alors prudent de rentrer au plus vile. |
« Avant d'arriver en Sibérie, j'avais toujours associé dans mon esprit l'idée de violents tremblements, de frissons et de claquements de dents à celle de froid extrême; mais pendant un séjour de deux années dans ce pays, je ne me rappelle avoir vu personne trembler de froid, si ce n’est dans une circonstance unique où un individu était tombé à l’eau dans le Myan; la rivière était gelée, mais la température était à très-peu de degrés au-dessous du point de congélation. La souffrance du froid dans cette atmosphète sèche n’est pas non plus la dixième partie de celle que j'attendais, à moins qu'on n'ait le corps moite par suite de transpiration ou autre. ment. Aussi, pourvu qu'on ait scin de ne pas se charger outre mesure de fourrures et de vêtements, on peut voyager des journées entières sans trop souffrir, bien que le nez puisse dans l'intervalle se geler une douzaine de fois. Cet accident est d’ailleurs si peu douloureux, qu’on ne s’en aperçoit guère que quand on en est averti par un compagnon de route, et alors on a toujours le remède sous la main. Je n’ei jamais rencontré d’indigène avec le nez gelé, tandis qu'il en est chez eux tout autrement des joues et du menton. »
Malgré la rareté des vivres et l'incertitude de l'avenir, les habitants de Markova ne fêtèrent pas moins gaiement la Noël, et les velchourkas allérent leur train huit jours durant. Cés sortes de bals étaient très-suivis et les gens
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les plus dénués de ressources n'étaient pas les moins gais. Parmi les plaisirs du moment, ilen est un, très en vogue, qui consiste à se masquer en groupe avec des masques de bois ou des mouchoirs et à se rendre dans chaque maison de la localité munis d’une espèce de vioion à trois cordes pour y danser. Ces mascarades durent huit jours et plus, après lesquels le prêtre du village se rend dans chaque habitation pour la purifier.
Tous les ans à cette époque, il arrive à Anadvrsk nombre de Tchouctchis pour trafiquer avec les marchands de fourrures de la mer d’Okhotsk. Cette fois ils ne se montrèrent pas de l'hiver, et grand fut le désappointement des habitants qui comptaient sur eux pour se procurer des vivres. Nos Américains en éprouvèrent le contre-coup et durent s'occuper de s’approvisionner à Ghijigha. Aussitôt arrivé à Markova, M. Macrae était reparti pour le Myan avec les hommes qu'il avait amenés pour prendre la direction des travaux sur ce point. M. Bush l’avisa de sa résolution de se rendre à Ghijigha par Penjina, et se mit en route le 26 mars. Îl atteignit sa destination le 9 avril.
Le soin de ravitailler les différents groupes de l’expédition n’était pas petite affaire. Tantôt les provisions étaient absentes, tantôt les moyens de transport manquaient, tantôt c’étaient des tempêtes de neige qui arrêlaient les convois ou obligeaient ceux-ci à se délester
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d'une partie de leur chargement. Pendant ce temps, tout le monde souffrait plus ou moins de la faim. Le 21 mai, M. Bush rentrait à Markova et y trouvait son collègue M. Macrae et quatre de ses hommes vivant avec les indigènes de ce qu’ils pouvaient rencontrer à se mettre sous la dent. Le reste de ce groupe était encore sur le Myan dans une situation des plus précaires. Le mois qui venait de s'écouler leur avait imposé les privations les plus rudes.
De son côté, M. Norton et ses hommes n'étaient pas mieux partagés. Ces courageux travailleurs n'en réussirent pas moins à couper et à distribuer sur un trajet de quelque 50 ou 60 kilomètres les poteaux nécessaires à la construction de la ligne, et ela par des froids de 50 à 65 degrés Fahrenheit, température correspondant à — 45 et — d4 degrés centigrades. Le journal de M. Norton signale, à la date du 25 mars, une température si basse que, sous la tente, leur petite provision de cognac avait gelé. A la date du 25, on lit : « Froid plus intense encore qu’hier. Personne n’a pu dormir cette nuit. Tout en déjeunant autour de notre grand feu de bivouac, nous avons été obligés de changer de main à chaque instant nos tasses d’étain pour empêcher nos doigts de geler. Comme nos vivres étaient à peu près épuisés, nous décidèmes d’évacuer le camp pour chercher un refuge à la station, située à une vingtaine de milles (50 à 32 kilomètres). » A leur extrême satisfaction ils trouvèrent là un approvisionnement de vivres qui venait d'arriver de Markova. C'est alors que M. Macrae, laissant la station aux soins de M. Norton, était rentré lui-même avec quatredessiens à Markova.
Huit jours après, M. Norton et ses hommes se re-
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