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pour comprendre la nouvelle qu'il apportait : la grande
“entreprise du télégraphe asiatique avait croulé ! La doublure de cuivre de la coque se voyait bien au-dessus de la ligne de flottaison, indiquant l'absence de cargaison, Rien, d’ailleurs, n'avait été débarqué, puisque le rivage était absolument net, Le cable transatlantique avait réussi; dès lors, la nécessité d’une communication télégraphique avec l’ancien monde par le détroit de Behring n'existait plus; et, en présence de ce redoutable rival, il n’y avait point à songer à poursuivre l’œuvre commencée.
« Cette nouvelle, dit M. Bush, au lieu de causer la joie à laquelle on aurait pu s'attendre de la part d’un groupe d'hommes éxilés, depuis trois ans, du monde civilisé, et qui avaient enduré mille privations, mille souffrances, pour une cause qui les touchait, en somme, si peu directement, fut accueillie sans une parole d’approbation.La compensation pécuniaire qu’ilstrouvaientdans leur travail ne pouvait pas entrer en ligne de compte dans leur désappointement, car tous, sans exception, recevaient un traitement honteusement mesquin,eu égard à leurs services. Non; la vérité est que l’entreprise était considérée comme une grande entreprise nationale, une œuvre de nature à faire honneur à n'importe quel peuple. Construire une ligne télégraphique de plus de 12,000 kilomètres de longueur à travers des solitudes jusque-là inexplorées, au milieu de tribus sauvages, et, en outre, pour la plus grande portion du trajet, à travers une région arctique, sous un climat inexorable et avec les privations les plus dures, était une entreprise dans laquelle nous nous sentions fiers d’être engagés. Or, maintenant que la muraille était escaladée, les souffrances presque oubliées et
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les plus grands obstacles vaincus, voir notre projet, tant aressé, abandonné juste au moment où nous entrions dans une voie comparativement facile, c'était, on l’àvouera, une véritable déception. »
Le navire à l'ancre auprès de la station était la Clara- Bell, avec le major Wright, adjudant de l'expédition, à bord, Les instructions étaient de tout embarquer le plus tôt possible et de faire route pour la baie du Pluvier, le rendez-vous général. Le lendemain matin, le petit Wade repartit dans la direction de la station du Myan, pour y prendre les derniers travailleurs, restés en arrière avec M. Mason, A son retour, la Clara-Bell avait, de son côté, à aller chercher, sur la côte américaine, les membres de l'expédition qui s'y trouvaient encore.
Une fois ."***: tion annoncée de renoncer à l’entreprise, la compagnie du télégraphe russo-américain avait expédié un agent à San-Francisco pour y arranger ses affaires,
« L'économie est une belle chose pour les sociétés, comme pour les individus, ajoute M. Bush ; mais, quand elle va jusqu’à envoyer un bâtiment « vide », à 3 ou 4 mille kilomètres de distance pour secourir des hommes dépourvus de vivres et pour ramener ces homines sur le lerrain de la civilisation, sans emporter les provisions nécessaires pour soutenir leur existence, cette économie est une honte. Les dépèches envoyées par Saint-Pétersbourg pendant l'hiver, annonçant notre situation critique par suite du nautrage du Golden-Gate, et insistant sur la nécessilé de l’envoi d’un ravitaillement rapide au printemps, avaient été reçues. Les gros bonnets de la compagnie ne pouvaient donc pas plaider l'ignorance. Cependant, quand je demandai des vivres pour mon monde,
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nos provisions étant à peu près épuisées, on me répondit qu'il n’yen avait point en réserve. Heureusement, depuis l'ouverture de la rivière, les hommes avaient pris beaucoup de saumons, et, à tout événement, en avaient salé trois barils. Avec ces conserves, quart de ration de pain et une très-petite quantité d’autres aliments, nous nous arrangeâmes pour vivre jusqu’à notre arrivée à la baie du Pluvier, où le major Wright dut faire un voyage préalable à la recherche des baleiniers, afin d'essayer de se faire donner ou d’acheter assez de vivres pour nous empècher de mourir de faim. Grâce à la générosité du capitaine Redfield, de la Manuella, et de plusieurs autres baleiniers, il réussit à recueillir une assez grande quantité de provisions de bouche pour nous mettre au-dessus du besoin. »
Le Wade revint, le 25 juillet, ayant rencontré et pris à son bord, à Vaccarana, M. Mason et ses hommes, oceupés à faire descendre le dernier radeau. Pendant l'absence du Wade, tout ce qu'il y avait de transportable à la station du golfe avait été embarqué sur la Clara-Bell. Quand le déménagement fut complet, on cloua au-dessus de l'entrée de la station une planche portant la date de son érection et celle de son abandon. De leur côté, les matelots naufragés du Golden-Gate en firent autant pour leur baraque, et un loustic de la bande plaça au-dessus du magasin de vivres cette inscription en gros caractères :
HÔTEL FARNAM