‹ La Sibérie orientale et l'Amérique russe [microforme]Chapitre 27 sur 38 · PR D SERIE ST PET ST ESE TO RTE EETTTTT · texte numérisé non relu

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zième siècle, et l’on ne sait pas s’ils furent massacrés par des hordes d’Esquimaux venus du nord ou de l’ouest, ou s'ils furent enlevés par une épidémie. Il existe toutefois un document retrouvé dans les archives papales par le professeur Mollet, d’après lequel une invasion de « païens sauvages » aurait mis le pays à feu et à sang, détruit les édifices et emmené captifs les malheureux habitants des

deux sexes, Quoi qu’il en soit, on ne sait rien de positif

sur le sort de ces derniers. On retrouve seulement aujourd'hui les ruines de leurs églises et de leurs couvents.

Enfin, en 1576, dans son voyage de découverte au nordouest, le navigateur anglais Martin Frobisher visita le Friesland (aujourd’hui Groënland), mais sans rien ap- ‘prendre sur les premiers colons. Plus tard, en 1605, l'Anglais James fall, de l’escadre de l'amiral Lindenow, reçut du Danemark la mission de retrouver autant que possible leurs traces. James Hall prit terre sur la côte occidentale et communiqua avec les indigènes, mais sa visite demeura sans résultat. D’autres voyageurs touchèrent au Groënland, mais rien de permanent ne s’établit dans ce pays avant 1721, alors que le brave et dévoué Hans Égéde conçut le projet d’aller répandre la religion chrétienne chez les indigènes.

Le Groënland désormais commença à attirer sérieusement l’attention, et, à l'abri du pavillon danois, des colonies et des missions se fondèrent sur ses côtes. On y compte aujourd’hui treize établissements et plusieurs stations de commerce et de missionnaires. Le nombre des indigènes était à la fin de 1872, d'après les statistiques oücielles : dans le Groënland du nord de 3995, dont 1956 homines et 2059 femmes; et dans le Groënland du sud de 5446, dont 2475 hommes et 2975 femmes. A la fin de

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1871, la population était de 4463 hommes et 5082 femmes, en tout 9545 individus.

L'établissement officiel le plus septentrional est Upernawik, par 75 degrés latitude nord. Mais il y a une pêcherie appelée Tessinsak située quelques milles encore plus loin. Holsteinborg est sous le 66° degré 56” latitude nord et le 53° 42’ longitude ouest (méridien de Greenwich). Ce dernier établissement date de 1759; c'était, d’après Crantz, la quinzième des colonies fondées au Groënland. Holsteinborg est l’un des points les mieux organisés pour le commerce.

Le district d’Holsteinborg a environ quatre-vingt-dix mille anglais, soit cent quarante-cinq kilomètres, d’étendue en longueur et en largeur, à partir dela mer. Le port est bon et bien abrité. La ville est la plus belle du Groënland. Voici de quoi elle se compose :

La maison du gouverneur; celle du prêtre; l’église; la maison du lieutenant-gouverneur ; la maison de danse; la maison d'école; la brasserie; la maison du forgeron; deux débits de marchandises ; une tonnellerie ; un établissement d'épuration d'huile; treize habitations d’Esquimaux, de construction danoise; trois huttes de terre d'Esquimaux ; une morgue où les morts sont déposés pendant six jours avant d’être enterrés : ce qui porte à vingtneuf le nombre total des constructions.

La population était répartie comme suit, il y a une diza e d'années; ilest peu probable que les chiffres aient beaucoup changé depuis lors :

Pour le district d'Iolsteinborg proprement dit, 197 habitants; pour celui de Kemorstnsük, 1053; d’Omanansük, 97; de Sarfangoak, 158 ; d’Itiblik, 108. — Total, 663 âmes. La ville d'Hoisteinborg n'avait que 10 Eu-

ropéens ; mais en 1855 on en comntait 250 dans tout le Groënland, À cette date, on estimait à 9,644 individus ie nombre des Esquimaux, dont trois quarts croisésdanois, et le reste de race pure. Le district d'Holsteinborg possède 5 petits shooners, petits bateaux et 11 chaloupes baleinières.

Le gouvernement y entretient quatre sages-femmes reçues à Copenhague et une douzaine d’instituteurs. L'un d'eux, dit M. Hall, n’a pour élèves que ses deux enfants, les seuls qui soient dans son district. Quatre femmes, chargées d'apprendre l’A BC aux enfants, reçoivent chaeune pour salaire ua dollar par an.

On compte au Groënland environ 1,700 Esquimaux chasseurs de phoques, 400 pêcheurs, une centaine de marins, 22 forgerons et 15 individus nourris, chargés de la garde des rennes, etc. Il y a aussi 15 catéchistes ou missionnaires indigènes.

Les missionnaires et prêtres européens sont au nombre de 24, dont une moitié Allemands, et l’autre Danois. I v a 51 gouverneurs et sous-gouverneurs; à médecins qui visitent chaque établissement une fois l’année ; 7 pilotes ; 28 tonneliers, charpentiers et forgerons ; 19 matelots et cuisiniers de navire, et 8 pensionnaires de la marine.

AHolsteinborg, l'expédition américaine reçut un accueil des plus bienveillants. M. Hall acheta des chiens pour les traineaux et eut le temps de faire connaissance avec les Esquimaux, leurstravauxet leurs plaisirs. C’est làqu'entre autres choses il eut pour la première fois l’occasion de juger de la merveilleuse adresse avec laquelle ceux-ci manœuvrent leurs embarcations Ainsi un indigène assis dans son kyak lui donna l’étonnant spectacle de eulbutes faites de côté dans l’eau au moyen d’une secousse

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imprimée au frêle esquif, et qui le faisait se renverser sur lui-même et se retourner complétement, le tout sans que le batelier perdit l'équilibre et, grâce à ses épais vètements de peau, se mouillât autre chose que le visage et les mains. Tous néanmoins ne font pas ce tour de force, et ceux qui s’y livrent ne tentent l'expérience que lorsqu’ils ont à leur côté, pour veiller sur eux, un de leurs compagnons monté dans son kyak et prêt à les secourir en cas de besoin. L’affinité de ce mot kyak avec les caïques du Bosphore nous est une occasion de signaler une remarquable affinité entre les noms des individus (affinité qui, chose bizarre, ne seretrouvé que très-rarement dans les noms delieux et les autres mots du langage ordinaire) et les dialectes de l’Asie centrale. Ainsi : Kok-kong, Ousou-kong, Kaou-nung, Kon-ni-ou, Pun-nie, Nik-ou-djar, Menun, Melok, Koud-lou-toun, etc.

Le 24 juillet, l'expédition quitta la côte du Groënland pour le rivage opposé du détroit de Davis. Le 7 août, au large, nos navigateurs aperçurent une embarcation de baleinier. Lorsqu'ils en furent suffisamment près, ils reconnurent que l'équipage était composé non d’Esquimaux, mais d'hommes blancs. Ceux-ci finirent par accoster le George-Henry, et l’on sut d'eux qu'ils étaient des déserteurs d’un baleinier américain. Ces malheureux souffraient du froid et de Ja faim; ils étaient au nombre de neuf, tous hommes jeunes. Les mauvais traitements et l'insuffisance des rations les avaient poussés, racontaientils, à déserter leur bâtiment et à tenter de gagner le rivage des États-Unis, — une navigation de plus de 3,000 kilomètres !

Le capitaine du George-Henry les fit monter à son bord et leur fit donner à manger, mais il ne put leur persua-

der de renoncer à leur folle entreprise, et deux heures après ils reprenaient leur périlleux voyage. À son retour aux États-Unis, M. Hall recucillit des renseignements sur la suite de l'aventure de ces individus. Il paraît, d’après la déposition d'un des survivants, nommé Sullivan, qu'après avoir quitté le George-Henry, ils traversérent le détroit d'Hudson et passèrent quatre jours sur l'ile de la Résolution à attendre un vent favorable pour gagner la côte du Labrador. Là, deux de la bande s’enfuirent après avoir volé les autres. Le froid et la faim leur causaient à tous d’horribles souffrances. Cependant chacun luttait de son mieux. Le plus faible ne tarda pas à mourir d’inanition. Ce fut une ressource pour les autres ; son corps fut partagé et mangé, et, quand il ne resta plus rien de la chair, les malhezreux affamés brisèrent les os et les firent bouillir dans une marmite qu'ils avaient avec eux. Cette dernière ressource épuisée, les idées de nieurtre commencèrent à germer dans la tête de ces hommes que torturait la faim. Sullivan faillit être la première victime. La suite du drame doit se lire dans la relation écrite par cet homme pour le consul des États-Unis à Terre- Neuve. |

« J'étais à crrer comme les jours précédents, dit-il, cherchant des baies ou quoi que ce fût qui pût se manger. Je venais de trouver un gros champignon et je le rapportais avec une brassée de bois pour le faire cuire. Tandis que j'étais accroupi pour allumer mon feu, je reçus de Joseph Fisher un coup de bâton sur la tête, immédiatement suivi d’autres coups avant que j’eusse pu me relever. Je venais de réussir à me remettre sur les picds, quand Samuel Fisher me saisit les bras en mème temps que Joseph continuait à me frapper. Je parvins cepen-

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