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dant à me dégager, et, la tête à moitié perdue, je ne savais quel parti prendre, lorsque je les vis revenir à la charge. Je les suppliai, au nom du ciel, de m'épargner, mais eux ne voulaient rien entendre. Il leur fallait de la viande, disaient-ils, etilsavaient résolu de me tuer, Je n’avais pour me défendre qu'un petit couteau ; je m'en armai et attendis de pied ferme. Samuel Fisher s’avança sur moi lepremier. [avait à la mainun grand couteau poignard; son cousin arrivait d’un autre côté avec un bâton et une pierre, Samuel me saisit à l'épaule et il levait son couteau pour me frapper, lorsque, plus prompt que lui, je lui plongeai le mien dans la gorge. Il tomba immédiatement et je me tournai aussitôt du côté de Joseph. Voyant ma résolution, celui-ci abaissa son bâton déjà levé et alla Aroit à son acolyte. Alors je m’arrêtai et me penchai pour voir si Samuel était mort; il vivait encore. Je ne savais plus que faire. À ce moment je me mis à pleurer. Peu après les autres vinrent me chercher, m’assurant qu’ils veilleraient à ce qu’il ne me fût plus rien fait. J'avais quatre entailles profondes sur la tête; l’un d’eux me pansa et lava le sang que j'avais sur la figure. Le lendemain Samuel Fisher mourut; son cousin fut le premier à le découper; son corps nous servit comme l'avait fait celui de mon malheureux camarade de bord.
« Au bout de quelque temps nous parvinmes à réparer le bateau et nous quittämes l’île. Nous arrivàmes sur une côte que nous prenions pour la terre ferme, mais c'était une île encore. Là nous abandonnâmes le bateau et nous marchämes devant nous à raison à peu près d’un mille par jour. Au bout de quatre jours, ayant atteint le rivage opposé de l’île, nous reconnûmes notre erreur et nous rebroussämes chemin vers le bateau. Cela nous prit qua-
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tre autres jours. Nous retrouvämesle bateau en très-mauvais état. Nous voulions faire avec lui le tour de l'ile, mais en y mettant le pied il s’enfonça; alors nous le quittâmes et nous retournâmes de l’autre côté de l’île pour yrester jusqu’à ce que nous fussions ou morts ou délivrés. Nous mangeimes nos bottes, nos ceintures, nos gaînes et tous les articles de peau d'ours et de peau de phoque que nous possédions. Pour surcroît de misère, il se mit à pleuvoir, et cette pluie dura trois jours, après quoi ce fut le tour de la neige. C'est dans cette terrible passe que nous fümes recueillis par une barque d’Esquimaux le 29 septembre, et déposés à Okoke le 3 octobre. Les missionnaires nous donnèrent toute l’assistance possible et nous envoyèrent à Nain, où nous renconträmes le Docteur (sobriquet d’un des deux déserteurs qui s'étaient séparés du reste), qui avait été recueilli trois jours avant nous. Ce dernier raconta que son compagnon était nort et débita mensonges sur mensonges après son sauvetage. Les missionnaires de Nain nous firent passer à Hopedale, d’où nous fûmes envoyés à Kibokok, où deux de nous séjournèrent tout l'hiver. »
La conduite des survivants chez les missionnaires du Labrador fut loin d’être exemplaire, paraît-il ; ils payèrent par des exigences inqualifiables et une rare ingratitude l'hospitalité qu'ils avaient reçue, et ils finirent par s’embarquer sous des noms supposés, honteux qu'ils étaient eux-mêmes de rentrer dans leurs pays après ce qu’on savait d’eux.
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Le 8 août 1860, le George-Henry mouillait dans le havre qu'il cherchait déjà depuis tant de jours, et où l’avait devancé le Rescue. C'était sur la côte occidentale du détroit de Davis, sur un point qui semble faire partie du détroit de Cumberlaid, visité par le capitaine Parker et son fils, mais que M. Hall appelle « la baie de Cornélius Grinnel ». La région à laquelle appartiennent cette baie et Field Bay est une partie de la Mela incognita de Frobisher. La por tion située entre ces baies et la baie de Frobisher est le site de l'établissement du vieux navigateur sur le détroit de la Comtesse Warwick. La partie plus dénudée, comprise entre la baie de Frobisher et le détroit d'Hudson, est désignée sous le nom de Kingaite par les indigènes. Néanmoins la région tout entière constitue essentiellement le Frobisher’s Land, ou Terre de Frobisher.
La bande de terre qui sépare les baies de Grinnell et de Field de la baie de Frobisher est tellement étroite, que le trajet de la baie de Field au détroit de la Comtesse Warwick (de Frobisher) n’est que de quelques milles. Entre la terre (ou plutôt l’ile) de Lok et les extrémités de la même bande, appelées Péninsules de Blunt et de Bache, est le canal de Lupton.
Il est nécessaire de se pénétrer de ces préliminaires, car c’est sur eux que repose tout l’intérèt de la relation. La portion appelée Kingaite par les indigènes n’a été explorée que sur un petit nombre de points. — Elle semblerait se composer d’une côte abrupte, couronnée par
un énorme glacier qui envoie tous les ans ses banquises à l'Océan. Mais, la bande comprise entre la baie de Grinnell et la baie de Frobisher, accidentée et rocheuse, est découpée de baies profondes pleines de récifs et d’ilots. Le nombre en était assez grand pour permettre à M. Hall de faire des politesses à tous ses amis personnels et aussi aux célébrités de la navigation arctique et aux personnages publics. C’est ainsi qu’il donna, aux trois baies du détroit de la Comtesse Warwick, de Frobisher, les noms de baie Lincoln, baie Victoria et baie Napoléon.
M. Hall fit de son mieux pour se ménager des relations amicales avec les Esquimaux de la baie de Grinnell et il y réussit à merveille. C’était là un point très-important. Ces indigènes parcouraient sans cesse les diverses parties de la péninsule sur l’une et l’autre côte, et ce fut grâce à leur assistance, à celle des femmes particulièrement, que le voyageur américain put explorer la baie de Frobisher : « L'Esquimau, a dit quelque part un spirituel reviewer, est un être singulier, d’une nature complexe, une espèce de créature intermédiaire entre le Saxon et le phoque, qui met dans son propre corps le corps du phoque et qui ensache sa personne dans la peau de cet amphibie. Une section transverse les montrerait stratifiés comme un pâté aux pommes; seulement, au lieu de pommes et de pâte, si l’on étudiait leurs couches en suivant la perpendiculaire, on trouverait d’abord du phoque, puis de l’homme, puis encore du phoque au centre pour arriver ensuite à de l’homme et finir par du phoque. Avec tout cela, ces sauvages sont gens fort gais et toujours prêts à prendre tout joyeusement, Quand ils voient un homme blanc et les colifichets qu’il apporte, ils sont contents. lis sont contents quand ils se frottent le nez avec de la
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LE POLE NORD ET SES HABITANTS. 287 neige, quand ils soufflent dans leurs doigts, quand ils se lubrifient intérieurement et extérieurement avec de la graisse de phoque. Vraiment, c’est le cas de répéter avec Sterne : « Ta bonté, mon Dieu ! est inépuisable ».
Quoi qu’il en soit de cette définition humoristique, l'impression que M. Hall conçut tout d'cbord des Esquimaux fut tout à leur avantage. Il vit en eux une race douce et hospitalière, généralement douée de bons sentiments.
À ce point de son livre et de son voyage, l’auteur nous présente ses nouveaux amis et nous raconte succinctement l’histoire de chacun d’eux. Nous trouvons là une vieille femme centenaire dont la mémoire est une mine inépuisable de traditions nationales. Les Esquimaux vivaient plus vieux jadis qu'aujourd'hui, paraît-il. La phthisie pulmonaire, introduite chez eux par les Européens, les enlève rapidement. Georges l’Aveugle est un autre type intéressant qui figure souvent dans le récit avec sa fille, une charmante petite enfant. Puis vient un certain Ugarng, qui avait été aux États-Unis, et qui avait à lui seule treize épouses. Ce que cet Esquimau, intelligent d'ailleurs, avait retenu de New-York, c’est. qu’il y avait « Lrop de chevaux, — trop de maisons, — trop d'hommes blancs ». Quant aux femmes, il y en avait « beaucoup, beaucoup, et de belles! » Nous voyons apparaître également les parents du pauvre Kudlago ; leur chagrin fut grand quand ils apprirent la mort de celui qu’ils comp+ taient revoir. Les déux amis indigènes de M. Hall sont, avant tout, Ebierbing et sa femme Toukoulito, qui avaient l’un et l’autre été en Angleterre, où ils s'étaient vus présenter à la reine Victoria, et qui de là étaient repartis pour les États-Unis avec un enfant né sur le sol anglais.
Le 16 août, nos explorateurs firent voile pour Nu-gummi-uke, le lieu d’hivernage choisi pour le George-Henry et le Rescue. M. Hall avait, nous l'avons dit, donné le nom de Cornélius Grinnell à la baie qu’il venait de quitter, il donna celui de Cyrus Field à la baie de Nu-gum-mi-uke. Mais comme ces deux baies sont très-fréquentées par les baleiniers (plusieurs s'y trouvaient à l’ancre à l’arrivée du George-Henry), ces baies sont sans doute connues déjà sous d’autres noms, circonstance qui peut conduire à quelque confusion. Le reste de l'été se passa à pêcher, à chasser et à entretenir d’agréables relations avec les indisènes. Les femmes d'Ugarng figurent plus d’une fois dans le journal de M. Hall sous d'excellents aspects; toutes étaient de remarquables ouvrières plus adroites qu'aucune de leurs compatriotes à préparer les peaux de phoques, de rennes et de morses, destinées à la fabrication des bottes et des gants. La méthode employée pour cette préparation consiste à mdcher la peau entre les dents, pour la rendre souple et lui donner la forme voulue. Ce travail est exclusivement réservé aux femmes. Celles-ci sont en même temps d'excellents tailleurs et de merveilleux bottiers; elles lavent et blanchissent le linge avec une rare perfection.
Le 27 septembre, l'expédition eut à essuyer un coup de vent terrible qui occasionna la perte du canot d’expédition de M. Hall et du fameux Rescue, et faillit entrainer la destruction complète du George-Henry. Ce désasire mettait désormais à néant tout projet d'atteindre la Terre du Roi Guillaume. A l'ouragan succéda une magnifique aurore boréale que M. Hall décrit en ces termes :
« J'étais allé plusieurs fois sur le pont pour contempler le splendide phénomène, et à neuf heures j'étais dans ma