‹ La Sibérie orientale et l'Amérique russe [microforme]Chapitre 30 sur 38 · SES · texte numérisé non relu

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vait faite leur mari était de leur goût, et elles me répondirent aussitôt d’une seule voix que cet arrangement leur convenait à merveille. Je m'évertuais néanmoins à décliner leur proposition, quand tout à coup langeko, faisant signe à Koudjessi, sortit avec ce dernier en me laissant seul avee ses deux femmes à mürir mon choix. J'adressai à celles-ci quelques paroles amicales et après avoir donné à chacune un petit paquet de tabac et une poignée de main, je quittai la tente et me dirigeai vers le canot. »

Le 19 novembre, le George-Henry fut enfermé dans les olaces, mais ce ne futque le 6 décembre qu'il y fut assez solidement installé pour qu'on pât prendre définitivement les quartiers d'hiver. Le 24 novembre, on tua le premier ours polaire. La chair de eet animal parut à M. Hall préférable au meilleur beefsteak.

’armi les visiteurs qui maintenant venaient quotidiennement à bord, se trouvait une jeune femme, mère d’un enfant blane qui, dit M. Hall, avait tout le type américain. Notre voyageur la vit un jour dans liglou (hutte de neige) de Toukoulito, et, dans cette circonstance, il assista à la toilette du bambin,—opération bien rare, — d'ento, c’est le nom de la femme, débarbouillait le visage de son enfant en le léchant, absolument comme eût fait un chien de la main qui, l'instant d'avant, aurait tenu un morceau de viande,

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« Elle répéta deux fois l'opération en ma présence, dit M. Hall, et la véritable couleur du bébé m’apparut alors plus clairement. Par une cause ou par une autre, dont je ne puis me rendre compte, cette pauvre mère subissait encore de plus dures privations que les autres femmes de sa tribu. Elle passait souvent une semaine sans presque rien manger, et son malheureux enfant, en conséquence, mouraït presque d’inanition. Dans la circonstance que je rapporte, au moment où je quittais son glou, Ebierbing et un autre Esquimau arrivaient avec un traineau chargé de krang (chair de baleine) destinée aux chiens. Ponto leur en demanda. Ils lui en donnèrent environ vingt-cinq livres, qu’elle chargea sur son dos en sus d’un paquet de même poids qu’elle portait déjà, ainsi que son enfant! »

« O vous, jeunes mères ainéricaines, s'écrie M. Hall, que diriez-vous, s’il vous fallait prendre un enfant sur vos épaules déjà ployées sous un poids de cinquante livres, et faire ainsi une route de plusieurs milles, — la demeure de Ponto était à cette distance, — par un froid de 40 à 45 degrés ? »

Le L° janvier M. Hall fut témoin d’une pratique indigène qui ne Jui donna pas une haute idée des sentiments d'humanité des Esquimaux dans certains cas particuliers, Une pauvre femme nommée Nuketou était malade depuis quelque temps, et M. Hall lui avait donné des soins, lorsqu’en allant la voir ce jour-là, il trouva ses voisins occupés à lui bâtir un nouvel iglou.

« Je questionnai les travailleurs, dit-il, et j'appris alors que cette hutte neuve devait être le tombeau vivant de la malheureuse femme. J'étais abasourdi, Un tombeau vivant ! Toukoulito me dit que c'était la coutume, qu’il fallait que cela fût, et cela était !

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«Le 4 janvier, Nuketou fut transportée dans l'iglou neuf, Quatre femmes l’étendirent sur une civière de peau de renne, et l’introduisirent par une entrée ménagée à cet effet derrière la hutte et non par l'entrée ordinaire, Les porteuses se procurèrent ensuite des blocs de neige, et l'ouverture fut bouchée hermétiquement sous la direction de l’une d'elles restée auprès. Cela fait on pratiqua une entrée ordinaire, et quand elle fut achevée, je pénétrai dans l'iglou.

« Niketou était calme, résignée et reconnaissante mème de ce changement. Naturellement elle savait que cette hutte devait être son tombeau; mais elle était de sa race, el comme elle était devenue pour les autres un fardeau, et que ses jours étaient comptés, il me parut qu'elle acceplait la mesure comme un acte parfaitement juste auquel personne ne pouvait trouver à reprendre. Elle était donc reconnaissante qu'on eût autant de soin de ses derniers moments.

«Un iglou neuf de neige pure et sans tache, un lit bien fait, lit de neige aussi, où elle pût exhaler en paix son dernier soupir, lui rendraient heureuses les dernières heures qui lui restaient. À la vérité elle serait seule, car ainsi le voulait la coutume de sa nation, mais elle ne le redoutait pas. Elle était contente et semblait satisfaite dans sa résignation. »

M. Hall, qui, lui, n’était pas précisément lié par les moeurs des Esquimaux, bien qu’il ne pût pas intervenir

dans leurs superstitions, ne laissa pas la pauvre créature vivre ainsi enterrée, Il continua de la visiter, et son amie Toukoulito l’acecompagna, — sans vouloir toutefois rester jusqu'au moment de la mort de la malade. Jamais, disaitelle, ses vêtements de peau de renne ne pourraient lui

ld | LE POLE NORD ET SES HABITANTS. 505 | | Llou reservir si elle restait là ; et M. Hall dut assister seul à | | {l] eau l’agonie de la pauvre indigène. k | Îl Le à Pour essayer un peu ses chances d’explorateur, et sur- ni | ire, ; tout pour s’accoutumer à vivre parmi les Esquimaux, | | jf ige, M. Hall fit, dans le courant du mème mois de janvier 1861, fl . une excursion à la baie de Grinnel, avec traineaux et : hi \! iqua : chiens. Ses compagnons étaient Ebierbing, sa femme 1 | (} Éné- Toukoulito et Koudlou, le cousin de la défunte Nuketou. a }

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nent 14 il dre. 4 soil! At 0 It | a AE | lil Le | | ‘D à . 201. | paix La baie de Grinnell. Traineaux à chiens, nr der- Fi 1] rail ” | | { taie Bien que le froid füt excessif, notre Américain, qui NE blait sous ses fourrures transpirait abondamment, goûta fort, } | | à au début, celte course par monts et par vaux. Il ne faut | | |} te pas, suivant lui, songer à voyager dans ces régions sans |] | L it être accompagné d’un Esquimau et de sa femme: celle- ji À | rt ci surtout est excessivement précieuse. Si la femme est ji |. ie : partout la plus belle moitié du genre humain, on peut | I . affirmer que, dans les régions arctiques, elle en est aussi h |

hits la meilleure. En plus d’une occasion, M. Hall dut la vie à |

L lui ces énergiques et dévoutes créatures. Un ouragan, qui ll

survint pendant qu’ils étaient campés dans une hutte de neige construite sur la glace du détroit de Davis, les tint enfermés deux jours et finit par les mettre à deux doigts de leur perte. Finalement, à leur grande terreur, ils s’aperçurent que la glace avait craqué et se mettait en mouvement. Ce ne fut qu'après des difficultés extrêmes, bien faites pour rabattre quelque peu du contentement d’esprit de M. Hall, qu'ils parvinrent à se tirer de leur périlleuse position et à gagner la glace plus solide du rivage et l’iglou de leur ami l'Esquimau Ugarng sur la côte sudouest de l’île Roger.

Leur campement se vit bientôt approvisionné de viande de phoque, et la lampe, qui est aussi le foyer de la hutte, trouva de quoi s’alimenter abondamment, répandant autour d'elle le double confort de sa lumière et de sa chaleur. Il est bon de noter qu’en hiver, l’eau, cette chose précieuse, est parfois très-difficile à se procurer en sulfisante quantité. On n'en peut faire qu’en fondant de la neige ou de la glace au-dessus de la lampe-foyer (4kkumer) dont nous venons de parler; or, quand l'huile et la graisse deviennent rares, on peut se figurer ce que la chaleur et la lumière ont de dispendieux.

M. Hall était arrivé à se façonner tant bien que mal à l'existence des indigènes. Il savourait, comme le premier Esquimau venu, la chair crue et le sang de phoque, màchait avec délices le lard gelé, se faisait un régal de l’intérieur d'une panse de renne, dévorait à belles dents les en- trailles de phoques et de morses, et se tirait à merveille de la peau de baleine et même d'aliments plus coriaces.

La simplicité toute primitive de ces enfants de la nature se manifeste dans le passage suivant du journal de notre Américain :

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« Cette nuit, écrit le voyageur, pendant l’excursion qui nous occupe, j'étais seul avec Toukoulito et Punnie. Celle-ci, troisième femmé d’Ugarng, était venue nous tenir compagnie dans notre iglou jusqu’au retour des maris (ils étaient allés à la recherche des phoques). I] faisait très-froid, le thermomètre était descendu à 97 degrés Fahrenheit au-dessous de zéro (soit — 49° centigrade). Ma place habituelle pour dormir était entre Ébierbing et Koudlou, mais ceux-ci étant absents, ilm’avait fallu partager le lit commun, enveloppé dans mes fourrures et mes couvertures. Pendant la première partie de la nuit, le froid me prit aux pieds d’une façon terrible. Je faisais tout ce que je pouvais pour y rappeler la chaleur, mais en vain. À la fin, une douce voix vint frapper mon oreille

« Est-ce que vous avez froid, monsieur Hall?

«— J'ai les pieds à moitié gelés, répondis-je ; je ne « puis venir à bout de les réchauffer. »

« Prompte comme la pensée, Toukoulito, car c'était elle, Toukoulito, qui n’était séparée de moi que par l’épaisseur du corps de Punnie (c’est-à-dire que Punnie dormait entre nous deux), se glissa au fond du lit, alla chercher mes pieds avec ses mains et les appliqua directement contre elle. — Il ne faut pas oublier que pour dormir, les Esquimaux se dépouillent de tout vêtement et se roulent in puris naturalibus entre des peaux de renne, le corps sur la fourrure de l’animal. Toutefois le sentiment de pudique embarras que j'éprouvai se calma bien vite quand j’entendis l’excellente femme ajouter :

« Vous avez les pieds froids comme glace, il faut les ré- « chauffer à la manière des Esquimaux ! »

« L’instant d’après, Toukoulito reprit sa place sous ses

fourrures de renne, entremélant ses pieds chauds avec mes pieds glacés.

« Vous sentez-vous mieux? reprit bientôt la même voix musicale.

« — Oui, répondis-je, et merci mille fois.

« — Eh bien, dit-elle alors, laissez vos pieds où ils « sont, Bonne nuit, monsieur. »

« Non-seulement la chaleur me revenait aux pieds, mais ils restèrent chauds tout le reste de la nuit. Le matin, quand je m'éveillai, autant que je pus le conjecturer, iln’v avait pas moins de trois paires de pieds se confondant pèle-mèêle, au point que je n'aurais pu trop dire au juste quels étaient les miens. »

M. Hall, dans cette mème expédition, passa quarantedeux nuits dans des huttes de neige, et plus d’une fois il eut à souffrir cruellement du froid et de la faim. Les hommes ne réussissaient pas toujours à capturer des phoques, bien qu'il leur arrivât assez souvent de passer jusqu'à deux jours et une nuit, par le froid le plus intense, à guetter leur proie auprès de l’étroite ouverture que le phoque sait se ménager dans la glace et par laquelle ilvient respirer. et se faire harponner. Mais cette rude expérience fournit à notre Américain l’occasion d’étudier dans ses détails intimes la vie de ces simples peuplades septentrionales et d’apprécier leurs privations comme leurs plaisirs. Gette vie, quelque bizarre que semble l’aveu, M. Hall la trouvait tot : à fait de son goût : « J'étais aussi heureux que les circonstances le permellaient, écrit-il, bien que je n’eusse que des Esquimaux pour compagnons. L'existence à partout des charmes, et j'avoue que le genre de vie de ces indigènes en a beaucoup pour moi. »

avec

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