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Retour au navire 12 « Gecrge-Henry ».
du caractère le plus dramatique. Dans l'hiver de 1859, l'Esquimau, surnommé Samson par les marins du Geo7e- Henry, était avec quinze autres en quête de morses sur la glace de la baie de Frobisher, quand survint un ouragan qui détachA la glace de la côte et la poussa au large. Échapper était impossible, la glace s’éloignait de plus en plus du rivage. Les malheureux chasseurs construisirent un iglou et s’abandonnèrent à leur sort. Le froid était tel que presque tous les chiens périrent. Deux survécurent quelque temps, mais à défaut d'autre aliment, ils durent être mangés. Cette horrible situation dura trente jours. À la fin, la glace sur laquelle flottaient ces infortunés sr souda à des glaces du rivage, et les naufragés d’un rouveau genre purent ainsi atteindre une ile de la baie et de là gagner la terme ferme et rejoindre leur famille, — on se figure dans quel état. Par suite de sa faiblesse extrême, un de ces pauvres diables était tombé à la mer, mais il avait pu être repêché à temps par ses camarades. À peine sorti de l’eau, ses vêtements s'étaient gelés sur lui, l’emprisonnant comme dans un coffre de glace.
Dans un autre épisode de mème nature raconté à M. Hall par des indigènes, et qui s'était passé quelques années auparavant, ceux-ci avaient flotté sur un glaçon -endant trois mois sans pouvoir atteindre la terre. Heureasement toutefois, ils n'avaient pas eu autant à souffrir que les autres. Ils avaient nris des morses et avaient pu vivre sans ajouter à leurs auires tortures celles de la faim. Il n’y a pas d’hiver où de pareils événements ne se renouvellent chez les Esquimaux.
Le 8 avril, les fourneaux et les autres appareils culinaires du George-Henry, qui étaient restés tout l'hiver sur
la glace, furent remontés à bord. C'était ce qu’on pouvait appeler des symptômes de printemps, bien qu’à vrai dire il n’y ait pas de printemps véritable dans ces régions.
Le 22 du même mois, M. Hall partit pour une premiére excursion à la baie de Frobisher. Il avait précédemment recueilli de la bouche des indigènes les traditions concernant les visites du vieux navigateur du règne d'Élisabeth. Deux îles du détroit de la Comtesse de Warwick, l’intéressaient surtout ; l’une d'elles était d’ailleurs connue sous le nom d’ile du Kodlunarn, ou de l'Homme blanc. oute qu’on suit pour franchir la langue de terre qu. .épare le détroit de Davis de ïa baie de Frobisher, au point nommé, par le vieux navigateur anglais, détroit de la Comtesse de Warwick, est très-fréquentée par les indigènes, et bien qu’elle soit parfois roide et fatigante, le paysage qu’elle présente n’est pas exempt de charmes ni de grandeur. M. Hall l'a baptisée Passe Bayard-Taylord. La vue qu’on y a de la baie de Frobisher ex de la côte opposée de Kingaite, avec son glacier long de 150 à 160 kilomètres et haut çà et là de plus de 500 mètres, revêt un caractère particulièrement imposant.
Les Esquimaux étaient campés au bas de la côte sur le détroit de la Comtesse de Warwick. Comme à l’ordinaire, ils reçurent l'étranger avec toute l'hospitalité dont ils pouvaient disposer, c’est-à-dire que celui-ci dut s’accommoder d'une butte de neige où neuf personnes, hommes, femmes et enfants, étaient entassés déjà à pouvoir à peine remuer, et qu’il lui fallut dormir sur le lit commun au milieu d’un incroyable pèle-mêle de têtes, de bras et de jambes. A cette saison de l’année, la baie de Frobisher était libre, et ses eaux étaient couvertes de glaçons rompus que la vague balançait mollement. Les
uvait \ dire
d'Éli-
aire, at ils s’acnes,
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canards se montraient en quantités innombrables.
«Tout autour de moi, sur une étendue de plusieurs milles, dit M. Hall, l’eau en était couverte au point d’en être littéralement noire, et j'avais les oreilles assourdies du bruit indescriptible que faisaient ces oiseaux. Qu'on vienne donc dire que la vie est absente de ces régions de glace et de neige! Sous mes yeux la nature regorgeait de créatures animées, ailées ou amphibies, canards, phoques et morses. De quoi vivent tous ces êtres? pourquoi sont-ils là? Et si l’on sonde les profondeurs des eaux, que d'innombrables créatures encore! Bientôt aussi vont venir les grandes baleines, et dans quel but? Vont-elles également trouver là leur pàture? »
Les naturalistes savent depui. ‘ongtemps qu’il y a dans les mers arctiques une exubérance de vie plus grande encore que dans les autres parties de l'Océan. La citation que nous venons detranscrire ne fait qu'apporter une nouvelle preuve à ce fait. M. Hall, dans cette excursion, n’accomplit rien de bien important ni de particulièrement digne d’être relaté, mais son journal contient une page que l’4/manach des gourmands ferait bien de lui emprunter. C'est la description d’un festin esquimau auquel il prit part :
« D'abord venait, raconte-t-il, un morcean de foie de phoque, cru et tout frais extrait de l'animal encore palpitant. Une portion de ce foie avec une tranche d'ousouk (lard de la bête), fut distribué à chacun, et je dévorai la mienne aussi lestement que pas un des vieux adeptes de cette cuisine, Après parurent les côtes, loutes garnies de chair tendre et ruisselante de sang, — une véritable ambroisie. Le dernier plat se composait de... — devinez! — d’entrailles que la vieille hôtesse tirait entre ses doigts et qui sous cet effort s’allongcaient indéfiniment. Ge mets fut
servi à chacun des convives, excepté à moi, par fragments de deux ou trois pieds de long. Je compris aussitôt qu’on supposait que je ne voudrais pas tâter de cette friandise, mais comme j'en avais mangé déjà, je déclarai que j'en accepterais volontiers ; car, il faut qu’on le sache, il n°\ a rien dans le phoque qui ne soit bon. Je tirai le ruban animal entre mes dents à la manière des indigènes, et non-seulement je le mangeai tout entier, mais j'en redemandai. Cela plut singulièrement aux vieilles dames du lieu. Elles étaient dans l’extase. J'étais évidemment devenu à leurs veux le plus vaillant de la bande. Elles riaient de tout leur cœur et m’accablaient des épithètes les plus flatteuses que la langue des Esquimaux mettait à leur service. J'étais des leurs, et l'honneur du corps! » Dans cette mème occasion, M. Hall eut à donner à une vieille indigène une consultation médicale. Dès que le repas fut achevé, la bonne femme conta ses afflictions au voyageur blanc. Depuis plusieurs semaines elle souffrait d’une douleur très-vive au côté et au dos. « Sans me laisser le temps de la réflexion, écrit notre Américain, elle fit passer par-dessus sa tête sa longue jaquette à queue et s’assit devant moi nue comme la nature l'avait créée. À son rire joyeux de tout à l’heure avaient succédé de lamentables doléances sur ses maux; toute l’assistance écoutait religieusement et prenait un grand intérêt à la consultation. Dans ce moment perplexe, je crus devoir m'affubler de l'air sérieux et digne qu'évidemment on attendait de moi. Résolu que j'étais à ce qu’il n'y eût de désappointement pour personne, je me mis à palper les parties endolories ou, plus littéralement, à labourer avec mes doigts l’épaisse couche d'engrais, = un sol vierge qu’on aurait pu ensemencer, - sous laquelle disparais-
hètes tait à ! »
à une ue le ns au iffvait e lais- , elle eue et ‘ce. À de latance t à la levoir nt on üt de er les ‘avec ierge arais-
sait la peau basanée de la malade. Je prescrivis ensuite à celle-ci de manger autant de chair fraiche de phoque et de morse qu’elle s’en sentirait le besoin, de boire de l’eau plusieurs fois par jour et de consacrer tous les dix jours une quantité d’eau égale à celle qu’elle aurait bue dans l'intervalle, à pratiquer sur l'extérieur de sa personne le procédé de décrassage dont je lui donnai, à elle et aux autres, la démonstration pratique. J'ajoutai que, comme le soleil devenait chaque jour de plus en plus haut, elle n'avait qu’à se tenir chaudement et à l'abri de l’humidité, et qu'à ces conditions elle guérirait promptement.
« L'espèce de massage que j’opérai sur la hanche de la vieille, tout en formulant mon ordonnance impromptu, lui plut tellement, qu’elle me déclara le plus habile angeko qu’elle eût encore vu, ajoutant qu’elle se sentait déjà mieux. Remettant alors son vêtement, elle se releva comme par un ressort ét courut à son iglou, vive comme un grillon.»
Quelques jours après M. Hail regagnait le (George- Henry, dont il ne s’était pas très-éloigné d’ailleurs dans cette rapide excursion.
Le 1% mai 1861, le George-Henry fut enfin délivré de sa prison de glace, et le capitaine Buddington ayant mis un canot à la disposition de M. Hall, notre explorateur commença ses préparatifs pour remonter la baie de Frobisher, Les Esquimaux qui devaient l'accompagner, si précieux qu’ils fussent comme guides, comme chasseurs |
et comme pourvoyeurs de vivres, n'étaient cependant pas gens dont on pût toujours faire ce qu’o7 voulait, « Nous autres Américains, dit notre voyageur, nous avons toujours à la bouche les mots de liberté et d'indépendance ; que nous sommes loin cependant, sous ce rapport, de ces habitants du Nord! Nous nous contentons de l'ombre: mais eux, ces fils bronzés des climats arctiques, ils ont la substance. Ils font exactement ce qu’ils veulent sans que personne au monde ait le droit ou le pouvoir de leur demander compte de leurs actions. » Ceci, qu’on le remarque, s’écrivait en 1861!
Ce ne fut pas avant le 27 mai que M. Hall put être en mesure de se lancer sur les eaux de ia baie de Frobisher.
À cette saison de l’année, la nuit était préférable au jour pour voyager. Pendant la journée, la neige était molle et le voyage par terre était trop fatigant; il fallut même y renoncer et revenir au navire. Aussi, après une excursion à la terre de Lok, M. [Hall retourna sur ses pas pour rejoindre le George-Henry.
Le 17 juillet, après une immobilité de huit mois, le baleinier se balançait sur ses ancres dans le havre du Rescue. La carcasse naufragée de sa conserve (le Rescue) reprit aussi à cette époque la liberté de ses mouvements, portée deçà, delà à l’aventure par le flot. Les lugubres promenades de ce bâtiment-cadavre étaient peu du goût des marins du George-Henry; à les entendre, c'était à la présence de ces débris sinistres qu'il fallait attribuer le peu de succès de leur campagne de pèche. Quelques-uns d’entre eux disaient que depuis sa construction le Rescue avait été une source de déceptions pour tout le monde, qu'il avait failli causer la mort d’une foule de personnes, et que maintenant il avait l'air de rôder autour d'eux
LE POLE NORD ET SES HABITANTS. 321 | | Lpas comme un présage de mauvais augure, comme un fan- | LR Nous tôme! | b à il tou- Enfin le 9 août 1861, M. Hall s'embarqua pour son ex- | | | nee ; pédition en canot à la baie de Frobisher, Il emmenait avec à | | { e ces lui Koudjessi et sa femme surnommée la Belle, Charley et LEE 11e bre ; sa femme Susy, Koudlou et la veuve Suzhi; tousEsquimaux, 1H 18 s ont et sur ces six personnes trois femmes. Dès le premier {M (l sans jour ils atteignirent le canal de Lupton, qui sépare l'ile (Ni: leur de Lok de la terre ferme. Une forte marée s'y précipitait a. 1 le re- dans la direction du détroit de Davis, « la vague tourbil- 1] Il lonnait, écumait, grondait et bou:llonnait comme dans He | re cl un chaudron. » En faisant force de rames, ils franchirent ï kil il sher. le goulet, et campèrent au fond d’une petite anse sur la | nl! le au terre ferme ou sur ce que M. Hall appelle la presqu'’ile 4 étail de Bache. Cet étroit chenal où'*e à l’œil des aspects très- 414 1 fallut pittoresques. [ls eurent là un excellent souper composé |A il s une de phoque, de canards et de café. Les indigènes ont une | ‘1 À S pas singulière méthode pour chasser les canards; elle con- 1 | siste à les noyer. Voici en quels termes M. Hall raconte En D is, le cette chasse : 1 ÿ re du « Une troupe de canards nageait devant nous à une f | | escue) certaine distance de l’embarcation. Quand nous en appro- | ents, chämes, le plus grand nombre prit son vol et s'enfuit, AN bres mais les autres plongérent et disparurent sous l’eau. Un 11 L gout de ces derniers fut choisi pour la poursuite. Chaque fois pi à la qu’il montrait la tête hors de l’eau, mesEsquimaux pous- {A À rer le saient de grands cris, accompagnés de gestes désordonnés | | | RAMAS des mains et des bras pour effrayer l'oiseau et le forcer on tescue à replonger. Dès qu’il reparaissait, le canot dirigé par IE onde, Koudjessi courait droit sur lui, et les cris et les gesticu- nr fc lations recommencçaient de plus belle ctcontinuaient sans eux
interruption, de manière à ne pas laisser le temps de |
respirer au pauvre canard, fou de terreur. Koudlou, debout à l'avant du bateau, indiquait la direction prise par le palmipède, dont la transparence de l’eau permettait parfaitement de suivre la fuite sous-marine, et tout aussitôt Koudjessi mettait le cap sur l'animal, Au bout de sept minutes le canard renonça à la partie ; il revint à la surface complétement épuisé et fut aisément saisi par Koudlou.
«Le plaisir que lit cette capture à mes compagnons fut grand ; ils n'auraient pas été plus enchantés s’ils avaient tué un ninoo (ours). Les échos des rochers retentissaient de leurs joyeux rires, auxquels je finis moi-même par prendre part, malgré les ennuis que me causaient les retards résultant de ce nouveau genre de sport. La chasse se continua avec succès quelque temps encore. »
La superstition des iudigènes a fait de la terre de Lok un lieu redouté. Les traditions locales rapportent la perte d'une tribu tout entière au large de l’île, par suite de la rupture soudaine de la glace, et d’autres catastrophes plus lugubres encore. En conséquence, ils n’y campent jamais, et ne vont jamais non plus y chasser ou y pêcher. Il en résulte que les morses, les phoques et les oiseaux aquatiques y abondent plus que partout ailleurs; mais on n’y rencontre pas le renne, la nourriture favorite de cet animal v étant rare.
À part quelques banquises, la baie de Frobisher était libre de glaces, et la surface en était unie comme un lac quand M. Hall remonta la côte nord-est. Comme il était impossible à notre Américain d’empècher ses compagnons de profiter de toutes les chances qui s’offraient à eux de s'emparer d’un ours, d’un renne ou d’un phoque, et comme, en outre, la chasse au canard noyé avait le don
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de les passionner, on n’avançait pas très-rapidement, D'ailleurs M. Hall, qui, au début du voyage, n'avait déjà pas grande influence sur son équipage, reconnut bientôt à des signes positifs, — alors que le changement de régime l'avait couvert de furoncles, — que, malgré leur
Iles du Détroit de la comtesse Warwick. Ours et baleineau.
naturel facile, les Esquimaux prétendaient bien ne pas être traité comme des valets.
La seconde journée de navigation trouva, toutefois, les explorateurs au milieu des iles du détroit de la Comtesse Warwick. Ils tuèrent sur leur route un ours superbe qui venait de faire sa proie d’un baleineau échoué. De la plus centrale de ces îles, M. Hall se fit conduire par la partie féminine de son équipage à l’ile qui était la dernière du groupe au nord. Grande fut sa joie en trouvant là du charbon de terre provenant de l'expédition de Frobisher de 1578. « Grand Dieu! s’écrie-t-il, tu m’as récompensé
de mes peines ! » Et comme si des paroles ne lui suftisaient pas, il se mit à danser et à faire des gambades sur son tas de houille, si bien qu'une des femmes remarqua tout haut que l’homme blanc ferait un excellent angeko (sorcier du pays, dont il a été parlé plus haut).
À leur retour au campement, ils trouvèrent tout préparé un excellent souper de beefsteaks d'ours, « viande incomparable, dit M. Hall, rouge, juteuse et recouverte d’une couche de graisse épaisse de deux pouces, blanche comme de la neige. » L’oursqui faisait les frais du festin fournit à l'expédition 560 kilogrammes de viande fraiche, Chaque fois que les Esquimaux tuent un ours, ils gonflent la vessie, et l’attachent, avec diverses autres talismans, au bout d’une perche qui doit être placée ostensiblement — sur le bateau quand on voyage ou au sommet de ln tente quand on campe, et cela durant trois jours et trois nuits, Les indigènes se gardent de manger le foie del’ «imal: ilest, disent-ils, très-vénéneux, Il cause de vio S douleurs de tête qui font tomber les cheveux, et il amence une desquamation de la face et du corps. Ils n’en laissent pas non plus manger à leurs chiens; il produit le même effet sur ces animaux que sur l’homme. Aussi, pour ces raisons, ont-ils soin de le jeter à la mer ou de l’enterrer. Malgré cette précaution, les chiens le découvrent parfois el en sont empoisonnés. Nous donnons, bien entendu, ces faits pour ce qu'ils valent.
Une chasse au renne les retint tout un jour sur l'ile centrale, De ce point on entendait distinetement le bruit de la chute des banquises qui, du glacier de Grinnel, situé à 90 kilomètres de distance de l’autre côté de la baie, se précipitaient dans la mer, Pendant que les hommeschassaient, les femmes raccommodaient Jes vêtements
geko
préande verte inche lestin iche, iflent ans, ment de ]1 trois
mene issent même ir ces errer.
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homnments
LÉ POLE NORD ET SES HABITANTS. 99h
et assouplissaient les vieilles bottes de la compagnie en les mordillant sur toutes les faces.
Les dents des femmes des Esquimaux sont d'ailleurs de précieux instruments, Un soir que M. Hall manquait d'huile pour sa lampe, il entra sous la tente de Koudjessi pour tâcher de s’en procurer, « Koudjessi n'en avail pas non plus, raconte-t-il; mais Koudlou et Charley se mirent en quête, et rapportèrent un morceau de lard de phoque qu’ils passèrent à Suzhi, laquelle était au lit. Naturellement, comme tous les Esquimaux quand ils sont au lit, Suzhi était entièrement nue, Aussitôt elle se leva sur les coudes et se mit en devoir de mordre à même le lard, de màcher les fragments qu’elle en arrachait et d'en sucer l'huile qu’elle recrachait ensuite dans un petit vase en forme de cône qui n’était autre qu’un débris de mon ancienne lampe d’étain De la sorte, avec sa « meule dentaire », elle exprima er. moins de deux minutes assez d'huile pour remplir deux grandes lampes. C'était, on peut croire, un singulier tableau que celui de cette fabrication d'huile, Toutefois cette scène, qui me semblait si étrange, paraissait toute simple et toute naturelle aux Esquimaux qui y assistaient avec moi. »
Le 15 août, on se remit en marche et l’on atteignit Toongwine, où se trouve un excellent havre entouré de magnifiques montagnes et où M. Hall rencontra de vieilles connaissances indigènes. À vrai dire, le nombre des Esquimaux répandus sur toute la Terre de Frobisher paraît être très-restreint, et ce nombre diminue tous les jours depuis que les maladies de poitrine sont devenues si fréquentes chez ces pauvres peuplades. Quelques monuments de pierre se montraient sur ce lieu; l’un d'eux
‘ avait cela de remarquable, qu’il affectait la forme d'une croix haute d'environ 2 mètres.
La traversée du détroit fut rude, le bateau dut employer deux heures et demie à faire 5 kilomètres tout en embarquant beaucoup d’eau. Le mouvement de la marée rendait la navigation difficile, pour ne pas dire périlleuse. Le rivage était plat avec des montagnes à larrièreplan qui ressemblaient à des masses de fer. Certains points, cependant, montraient quelque apparence de verdure, et cela suffit à notre enthousiaste explorateur pour déclarer le paysage charmant.
Le dimanche 18, on atteignit un autre campement d’Esquimaux ; M. Hall appelle le lieu baie de Waddel, Parmi eux, l'équipage de notre Américain trouva des parents et des amis. Aussi la rencontre fut-elle particulièrement agréable. Les vivres étaient également abondants. La venaison et la viande de phoque se séchaient sur des cordes, et les feinmes étaient trés-occupées à coudre des peaux. Le bivouac suivant s'établit au cap Stevens, où les rochers, selon toute apparence, de nature plus friable en même tempsque fossilifère, avaient éié creusés en cavernes de formes fantastiques, au milieu desquelles des éboulements avaient apporté une extrème confusion. « Dieu qui bâtit les montagnes, s'écrit M. Hall, les sape selon son bon plaisir! Tout ur côté d’une montagne surplombait tellement, qu’il eût suffi, semblait-il, de la pousser du bout du doigt pour la voir s’abimer. Malgré moi, je marchais à pas comptés et avec prudence. Je respirais doucement, et les veux grands ouverts, je louais Dieu dans ses œuvres merveilleuses. ».
Traversant le golfe de Ward, qui fut exploré en traineau dans un voyage subséquent, les voyageurs arrivé-
d'une
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ment \ddel, S paculiélants.
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LE POLE NORD ET SES HABITANTS. 327 rent à la pointe de Rae, située à l'extrémité de la péninsule de Becher (ne serait-ce pas plutôt Belcher?), où ils rencontrèrent encore d'anciens amis. CesEsquimaux nageaient dans l'abondance, ayant capturé un grand nombre de phoques de la grosse espèce ; mais une de leurs femmes, Twerong, se mourait de phthisie, et un angeko la soignait à sa manière à l’aide de diverses pratiques superstitieuses. Le 22, M. Hall prenait terre sur une ile qu'il nomma Frobisher’s Farthest, probablement parce qu’au delà de ce point la baie n’est plus accessible à aucune espèce de navire, et aussi parce que Frobisher ne parait pas avoir su que la profonde échancrure qui porte son nom était une baie (elle se termine un peu au delà).
Plus loin, la côte nord-est s’abaisse ; elle était alors couverte de verdure. Les rennes abondaient. Les eaux regorgeaient de vie animale. Les phoques et les morses élaient si nombreux, qu'on ne les chassait plus que pour leurs peaux. Les canards se prenaient en multitudes telles, que la chasse n’avait en quelque sorte pas de trève, et cela, dit M. Hall, plus par habitude de la part des indiuènes que par nécessité. Ajoutez qu’ou arriva bientôt à unegrande rivière pleine de saumons, comme l'était également une autre rivière située tout au fond de la baie. M. Hall appela la première rivière Sylvia Grinnell; la seconde, rivière du Jourdain, et le pays d’alentour, Greenwood’s Land.
Cette découverte constitue le trait le plus important de l’expédition, non pas tant en ce sens qu’elle fournit 1» preuve que le prétendu détroit était une baie, qu’en rr qu’elle révèle l'existence d’une contrée si riche dans une pareille région el une pareille situation. Quand on considère toutefois que Frobisher avait visité, moins d'un
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siècle après la découverte de Amérique, les terres où se trouve cette contrée privilégiée, et qu’il avait occupé lesdites terres au nom de la reine Élisabeth, on se demande si ce n'était pas aller un peu loin que de prendre, au dixneuvièmesiècle, possession des mêmes lerres au nom des États-Unis. M. Hall fut d’un avis différent, car, une fois au fond de la baie, il s’empressa d’arborer le drapeau de son pays, et à ce propos il écrit :
« Que j'avais de joie au cœur en plantant le drapeau de
Morse,
l'Amérique sur ce sommet et en le voyant flotter aux brises du ciel en pleine lumière du soleil! Le rouge, le hlane et le bleu avec les étoiles d'argent semblaient doués du don de la parole et dire : Dieu a béni à tout jamais et bénira éternellement cet emblème de la liberté et de la puissance ! Oui, me disais-je, cette bannière flotte en ce moment là où nul homme blanc n'avait encore posé le pied. Les couleurs américaines devancent toutes les autres pour proclamer ici l’avénement de la civilisation ! »
LE POLE NORD ET SES HABITANTS. 529 | se C'est en vain qu'on chercherait dans les relations des Les- navigateurs arctiques appartenant à d’autres nations de ide Ê pareils accès d'enthousiasme. Et cependant, si intéres- Lx - sante qu’elle soit, la découverte de M. Hall n’est guère que des celle d’un pré, comparée aux découvertes qu'ont effecau tuées les Anglais, par exemple, et aussi quelques-uns de son ses propres compatriotes, le docteur Kane entre autres.
La cérémonie du drapeau planté sur la montagne fossile de de Silliman se répéta sur le bord de la rivière Sylvia Grin- 7e nell, une noble rivière, d’ailleurs, au* eaux pures
comme le cristal. « Assis sur la rive, j’ai arrosé de son eau mon repas de fromage et de pain d'Amérique, dit encore M. Hall, et tandis qu’à côté de moi flotte le pavillon américain, le elapotement du flot semble chanter le Yankee Dovdle. »
Le site est bien fait pour intéresser. Il parait certain qu'au fond de la baie de Frobisher le climat est plus doux que dans la baie de Cumberland ou sur n’imporie quel point dela Terre de Frobisher ; sans quoi la luxuriante végétation qu'on y remarque ne pourrait y vivre. La plaine
J verte, lescoteaux couverts d'herbe sont des preuves abon-
dantes de ceci. M. Hall déclare n'avons jamais vu aux
États-Unis, à l'exception des prairies de l’ouest, des her
ri- bages plus riches sur des terres incultes. & IL v à la des le pâturages, ajoute-t-il, qui peuvent rivaliser avec tout ce
ent qu'on connaît de plus beau en ce genre.» Il a compté sur ja- un espace de 1 mètre carré plus de cinquante espèces rte de plantes, mousses, herbes, fleurs, arbrisseaux à baies, Le tout cela néanmoins de très-petite taïlle. Les femmes sé apportaient constamment des fruits mûrs à notre explorau- leur, qui, à cette époque, souffrait de furoncles. En fait » d'animaux, il y avait des rennes, des lapins, des lem-
mings (ou marmottes de Laponie), des phoques, des eiders, des perdrix, des hiboux blancs, de petits oiseaux babillards, etune foule d’autres qui échappaient à l'attention d'un malade dépourvu d’ailleurs de prétentions en his- Loire naturelle. Une si grande abondance de vie avait une contre-partie désagréable dans la présence d’ours et de loups très-nombreux.
IL n'est pas douteux que le fond de la baie de Frobisher serait un site excellent pour un établissement colonial, d’où les bienfaits du christianisme et de la civilisation se répandraient chez les Esquimaux de la Terre de Frobisher, ainsi que cela se passe en ce moment au Groënland sous l’impulsion des Danois. La côte possède des ports admirables, y compris le détroit de la Comtesse Warwick, celui de Peter Force, le golfe Ward et autres. Sans doute la récolte des herbes donnerait pour l'hiver un bien miaigre approvisionnement de fourrage, cependant il serait possible qu’on pût nourrir quelques chèvres et quelques moutons, Dans tous les cas, la colonie ne serait pas plus à plaindre sous ce rapport que le Groënland, où l’on entretient quelques moutons, et les ressources naturelles en poissons de mer, saumons, canards sauvages et gibier semblent promettre beaucoup plus. Le revers de la médalle, après le climat et la glace, ce sont les marées, qui, en seretirant, laissent de vastes étendues plates couvertes d’eau et rendent la navigation difficile.
M. Hall n'en adopte pas moins cette idée avec enthousiasme. En parlant de Toukoulito, il dit : « Ge serait une belle et noble chose que d’instruire cette femme aux États-Unis, et de lui donner ensuite un emploi en même temps qu’à quelques-uns de nos missionnaires. Et encore j'ajoute qu'on ne ferait rien qui valüt si, pour coopérer
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LE POLE NORD ET SES HABITANTS. 551 HT $ à ai | An it lers, à cette œuvre, on ne fondait une ou plusieurs colonies À À pabil- de travailleurs, et qu’on n’édictät des lois aussi sévères TE
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ton pour les baleiniers visitant la côte que celles qu'a faites | fi his- % le Danemark au Groënland. La colonie travaillante ou Lt RES tune commerçante s’arrangerait pour faire elle-même les 1 | \ , Q , . . . . e it | | et de frais de ses écoles et de ses institutions religieuses. Il | À
faudrait, en un mot, adopter le plan des établissements danois au Groënland, c’est une œuvre excellente et qui fl fonctionne bien »
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Une colonie ans la baie de Frobisher n’aurait pas 41 | Ï
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ne seulement l’avantage d'améliorer la condition de la poian
gnée d'Esquimaux qui habitent ces parages; placée | hi Li ad comme elle le serait sur un point central entre le détroit {il fl vick, de Davis et le détroit d'Hudsun, elle aurait une impor- fl k pl rare tance incaleulable pour les baleiniers qui fréquentent 4 l ol ces mers et des latitudes plus septentrionales, où l’on ne 1 4 serall ES 4 ; MERE Ju Fe Fe pénètre que par l’un ou 1 autre de ces deux détroits ; pour | | | les bâtiments marchands qui visitent la baie d'Hudson et 4 l “pus pour toutes les expéditions polaires. | | { ë a. Malgré l’insuccès de l'expédition de Frobisher, dou le ; LP but était la recherche de mines d’or, il y a toute raison “ste de croire que la terre ferme est riche en produits miné- H ju sd raux de diverses natures. Dans tous les cas, la Grande- À 5 Bretagne et les possessions britanniques de l'Amérique | unes du Nord semblent plus intéressées que les États-Unis à l'établissement d’une colonie de cette espèce, placée dans | \ ne une semblable position, et qui serait, en outre, la clef de | k at toutes les terres arctiques. :
; RM M. Hall revint par la côte de Kingaite, escorté par une vu embarcation d'Esquimaux amis. Toutefois cette partie du si voyage ne paraît pas avoir été du goût des indigènes. La a
côte est désolée, et l’intérieur est un immense glacier.
Des iles et des rochers nombreux rendent la navigation très-dangereuse, ainsi que notre Américain en fit lui-
mème l'expérience, I v eût péri, en effet, sans le cou-
rage et l'énergie des femmes indigènes qui composaient son équipage. D'animaux, il ne s'en trouvait guère, et d’ailleurs les Esquimaux connaissaient évidemment beaucoup moius les détails de cette côte. Aussi, la révolte linit-elle par éclater dans la petite expédition. «Koudjessi, qui tenait la barre, dirigea le bateau du côté opposé au rivage de Kingaite, écrit M. Hall. Je lui ordonnai de rester où je prétendais faire des observations, « Restez, si vous « voulez, me répondit-il avec rudesse; quant à moi, Je «uren vais. » de fus forcé de dissimuler ma colère el de céder à la volonté de ces sauvages enfants des glaces. »
Quittant donc pour le moment la côte inhospitalière de Kingaite, les Esquimaux traversèrent la baie, se dirigeant sur la presqu'île de Becher (ou Belcher), et fêtant teur retour par des cris de joie, des décharges de fusil et autres démonstrations de plaisir. Un vent favorable auymenta la rapidité de leur marche le long de la côte. En un point où ils débarquèrent ils crurent un instant avoir trouvé de l'or; mais lillusion ne fut pas de longue durée: c'était, selon l'expression de M. Hall, « de l'or faux », c’est-à-dire probablement du mica.
Une nouvelle visite aux iles du détroit de la Comtesse Warwick fut pour M. Hall l’occasion de nouvelles découvertes de restes appartenant à l'expédition de Frobisher, entre autres une excavation qu’il suppose être un commencement de mine, des ruines de maisons, des fragments de tuiles, de verre et de poteries, un gros morceau de fer, etc. Tous ces objets furent trouvés sur l'ile de Kodlunarn ou de l'Homme blanc, Des dépôts de charbons
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Côte et glacier de Kingaite.
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furent aussi remarqués sur l'ile de Niountelik et dans un endroit nommé Ek-ke-le-zhun.
Enfin après cinquante jours de voyage en compagnie d'Esquimaux seulement, M. Hall rejoignit le George- Henry dans la baie de Field. Comme d'habitude, la transition de l'air froid et pur des tentes à l'air échauffé et épais du navire lui réussit assez mal. « Longtemps avant mon retour au navire, dit-il, les cours d’eau des montaunes s'étaient couverts de glace; cependant, à l’exception du temps de ma récente indisposition, j'avais loujours bien dormi. Maintenant le sommeil me fuyait et j'étais dans une constante agitation. »
Une surprise attendait M. Hall à son retour à bord : Toukoulito, sa protégée, avait donné le jour à une fille. Comme il y avait plus de dix mois que le George-Henry comptait Toukoulito et son mari parmi ses amis habituels, la petite créature pouvait bien passer pour faire partie de l'expédition. Elle fut plus tard emmenée avec ses parents aux États-Unis, mais ce fut malheureusement pour y mourir bientôt.
Les recherches de M. Hall prouvent que chez les Esquimaux les traditions se conservent merveilleusement, et cette circonstance doit faire espérer qu'on pourra quelque jour obtenir de la sorte des informations plus détaillées que celles qu’on possède sur les dernières péripéties de l'expédition Franklin. Si grand était le désir de notre explorateur d'étendre le champ de ses investigations, que le 7 octobre il partit pour une nouvelle exploration en bateau; mais surpris par un ouragan furieux, il dut revenir au navire.
Juste au moment où celui-ci faisait ses préparatifs de départ pour retourner aux États-Unis, le détroit de Davis
2 6 RER Te y me ER
fut pris par les glaces, et, au très-grand désappointement de tout le monde, le George-Henry se vit emprisonné pour un autre hiver dans la baie de Field. Geci se passait le 17 octobre, — le navire devait lever l’ancre le 20!
Cette détention forcée tourna en somme à l'avantage du public ; le bagage de renseignements et de faits nouveaux récoltés par M. Hall s’en accrut singulièrement ; le voyageur put ainsi entrer plus profondément encore dans les mœurs des Esquimaux et vérifier l'exactitude de ses observations précédentes. De nombreux exemples s’offrirent à lui de la cruelle pratique de ces peuplades d’abandonner à leur sort les femmes mourantes, autrement dit de les enterrer vives dès qu’ils ont perdu l'espoir de les voir se rétablir. Un jour M. Hall voulut sauver une malheureuse femme ainsi abandonnée, mais il étaittrop tard, et la hutte de neige dans laquelle on avait muré la malade ne lui rendit plus qu’un cadavre gelé.
Nous avons déjà fait remarquer les traces d'origine asiatique que conservent parmi ces tribus les noms de personnes ; on retrouve aussi de temps à autre cette même origine dans les noms de lieux. Ainsi Tik-Koun, Ouksoun, Annawa, Keloun et quelques autres. Le système des angekos est évidemment un reflet du shamanisme des Tongouses de l'Amour, et il existe encore beaucoup d’autres points de ressemblance. A vrai dire, il y a toute raison de supposer que l'Amérique arctique a été peuplée par le détroit de Behring. Deux fois cependant M. Hall insiste sur cette opinion, que la race des Esquimaux disparait rapidement, au moins pour ce qui est de la Terre de Frobisher. « Il me semble, lit-on à la page 50 du deuxième volume, que les jours des Esquimaux sont -omptés. Ces indigènes sont maintenant très-peu nom-
breux. Dans cinquante ans ils auront peut-être disparu tous, sans qu’il en reste un pour dire qu'il aexisté jamais un peuple de cette espèce. » Et plus loin, page 514 : «Lu race s'éteint rapidement; encore un petit nombre d’années, et il n’y aura plus d’Esquimaux. »
M. Hall profita encore de la détention accidentelle du baleinier dans les glaces pour accomplir de nouvelles excursions en traineau, C’est ainsi qu’il retourna un jour aux iles du détroit de la Comtesse Warwick, à la recherche d’une enclume dont la tradition existait parmi les indigènes du voisinage, mais qui, parait-il, avait été, d’une manière ou de l’autre, entrainée à la mer au delà de la limite des marées basses. Les chiens, dans cette circonstance, devinrent ingouvernables à l’extrème, et, poussés par la faim, ils se jetèrent sur les provisions chargées sur le traineau. On eut mille peines à les empècher de les dévorer complétement. M. Hall ne tarda pas à apprendre la mort de sa vieille amie Twerong, dont il avait reçu des soins touchants dans une excursion précédente. Malade et incapable de suivre les siens, la mal- . heureuse avait été enfermée, selon la coutume, dans un iglou bâti exprès pour elle, et où on l'avait abandonnée sans nourriture ni lumière pour y r surir seule.
Le 1% mai 1869, M. Hall traversa la baie de Frobisher pour se rendre à la côte de Kingaite. L’inégalité de la glace et les amas de neige rendirent ce trajet très-difficile. En contournant une crique étroite, notre explorateur se trouva tout à coup devant un énorme glacier, ce qui justifiait sa supposition que la côte de Kingaite fournissait son contingent de banquises. Ce glacier, M. Hall l’escalada en suivant le sentier d’un ours blanc. Après une fatigante ascension de plus de trois kilomètres, il
atteignit une mer de glace couverte de neige en cette saison, mais que des pointes aiguës et cristallines signalaient à l'œil. M. Hall évalua la hauteur du glacier en cet endroit, c’est-à-dire tout près du groupe de montagnes le plus élevé de la côte de Kingaite, et appelé par lui President’s Seat, à un millier de mètres, et son étendue à au moins {60 kilomètres, car il s’allongeait jusqu’au détroit d'Hudson. La vue en embrassait à peu près la moitié. M. Hall revint de cette intéressante excursion le 21 du même mois.
Après plusieurs autres tournées de moindre importance, exécutées dans le courant de juin, M. Hall recrut: au cap True un autre équipage d’Esquimaux, qui le conduisit encore une fois en bateau au détroit de la Comtesse Warwick. Son but était de retrouver la fameuse enclume dont il avait tant entendu les indigènes lui parler; mais, une fois arrivé, il acquit la conviction que le bloc avait été pris par la glace et entrainé à la mer, Il fut toutefois récompensé de sa peine par la découverte de nouveaux débris de l'expédition de Frobisher. Il profita aussi de l’occasion pour explorer la Terre redoutée, — lile de Lok
Ses rapports suivis avec les indigènes l'avaient complétement familiarisé avec leur genre de vie. « Je vivais tout à fait à la manière des Esquimaux, écrit-il, mangeant sans répugnance tout ce qu'ils mangeaient. Si j'entrais dans les détails de nos repas, il est probable que mes lecteurs seraient pour la plupart singulièrement dégoûtés. Quand on veut vivre avec ces peuplades, il faut pourtant bien prendre son parti de tout et se soumettre sans réserve à leurs coutumes. Lorsqu'un homme blanc entre pour la première fois dans une de leurs tentes de
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peaux où de leurs huttes de neige, il se sent pris de nausées à lout ce qu'il voit et ce qu'il sent; l'aspect mème des pauvres indigènes, qui lui offrent la meilleure hospitalité qui soit à leur disposition, le remplit de dégoût. Prenez, par exemple, l’iglou dans lequel j'eus, le jour que j'ai dit plus haut, un excellent diner : un Américain
Excursion à l'ile de Lok.
qui y serait entré avec moi y eût trouvé une compagnie d'individus qui lui eussent paru les plus sales spécimens qu'on pût voir de l'espèce humaine, entassés pêle-mêle au milieu de masses repoussantes de viandes, de peaux, de sang et d’os jonchant le sol de la hutte. Il y eût vu, suspendue au-dessus d’une longue flamme basse, l’oukousine (la marmite de grès), noire de suie et d'huile datant de plusieurs années, et remplie jusqu’au bord d’une viande noire nageant dans un liquide épais, sombre et
Aya LE POLE NORD ET SES HABITANTS.
fumeux comme pourrait en donner une décoction prolongée de raclures d’étaux de boucher. Il y eût vu hommes, femmes, enfants et mon humble personne occupés à dévorer le contenu de cette chaudière, et il eût plaint sans doute sincèrement les misérables créatures réduites à la nécessité de manger lhorrible ragoût. Les plats dans lesquels se servait ce brouet l’eussent fait vomir, surtout s’il eût vu que le seul nettoyage qu'ils avaient subi préalablement avait été opéré par la langue longue et flexible des chiens. — Mais à quoi bon insister sur ces détails, que je pourrais multiplier à l'infini?»
Pendant sa dernière excursion à ces iles si intéressantes du détroit de la Comtesse Warwick, M. Hall reçut enfin du capitaine Buddington lavis que le bâtiment était à peu près dégagé des glaces. C'était le 8 août 1862, Le 9, les glaces s'étaient dispersées ; le George-Henry se baiançait mollement sur ses ancres. Il ne restait plus qu’à profiter du premier souffle pour appareiller. C'est ce qu'on fit bientôt. Le 21 du même mois l’excuilent baleinier était devant Terre-Neuve, — où, à leur grande consternation, nos marins appreuaient la nouvelle de la guerre civile d'Amérique, — et le 15 septembre il entrait dans le port de New-Londou, aurès une absence de près de deux ans et quatre mois.
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Son long contact avec les habitanis des régions polaires par lui visitées, avait mis le voyageur américain fort «u courant de leurs mœurs, de leur caractère, de leurs cou-
tumes. On peut, suivant lui, poser en principe comme règle générale, qu'entre eux les Ésquimaux sont scrupuleusement honnêtes. On en peut dire autant de leurs rapports avec les étrangers, — c'est-à-dire avec les hommes blancs, — sauf quelques restrictions cependant. Les Esquimaux sont persuadés que les Æodlunarn (les blancs) ont de tout en abondance, c’est-à-dire du fer, du bois, de la verroterie, des couteaux, des aiguilles, etc. Aussi, dès qu’ils se rencontrent avec des blanes, le premier mot est-il toujours : Pil-e-tay! pil-e-tay! (donnez! donnez!) Le mot kodlunarn lui-même ne signifie pas seulement « homme blanc », mais « peuple qui à toujours beaucoup ».
Ils sont toujours généreux entre eux. Ainsi, qu’une famille ait des vivres sous la main, les voisins sont sûrs d'en avoir leur part. Sans doute on trouve chez eux des caractères pervers, mais la majorité est heureusement douée, et le menteur est méprisé de tous.
Il arrive parfois que des individus sont fiancés dès l’âge le plus tendre. Les futurs époux n'ont rien à voir dans ces sortes d’affaires. Cela regarde les parents. Une fois fiancé, le couple est libre de vivre réuni quand bon lui semble, ordinaireinent quand le mari est en état de faire vivre sa femme. Autrement, quand un jeune homme trouve une jeune fille à son goût, il lui propose de la prendre pour femme; si elle y consent et que les parents ne s'y opposent pas, l'affaire est aussitôt conclue ; il n’y a ni cérémonie aupliale ni réjouissances d'aucune sorte, Les conjoints se réunissent simplement et vivent désormais sous la même tente ou dans la même hutte de neige. Parfois les époux se prennent à l'essai pour un cerain temps. S'ilya incompatibilité de caractères au bout du
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temps fixé, la femme retourne chez ses parents. L'amour, s’il nait jamais, ne vient, dans tous les cas, qu'après le mariage. Quand un enfant vient au monde, on lui emprisonne immédiatement la tête dans un étroit bonnet de peau, qu’en lui laisse une année durant. Les enfants sont allaités jusqu’à l’âge de trois ou quatre ans. Dès qu’ils sont assez forts, les garçons apprennent à ramer, à chasser et à pêcher; les filles, à apprèter la lampefover et à l’entretenir, à faire la cuisine, — et quelle cuisine! — à préparer les peaux, à coudre, à conduire les embarcations nommées oomiens.
Les femmes ne sont pas prolifiques. Les enfants sont considérés comme une charge ennuyeuse. Généralement les femmes sont tatouées sur le front, les joues et le menton. C’est là, d'ordinaire, le signe distinctif des femmes mariées. Le tatouage repose sur cette théorie, que les lignes ainsi faites seront regardées dans l’autre monde comme des signes de bonté. L'opération est simple : on noircit à la suie un bout de nerf de renne, qu’on passe ensuite sous la peau au moyen d’une aiguille. Le {il n'es’ qu'un véhicule pour introduire la couleur sous l'Uv' «erme.
La longévité n’est pas, en somme, très-grande chez ce peuple. La moyenne de l'existence y est aujourd’hui beaucoup plus courte qu'autrefois. La vie sociale est simple et gaie. Les Esquimaux ont une foule de jeux à eux. Ils se servent pour l’un d'eux de petits morceaux d'ivoire taillés en forme de canards, de phoques, ete. Un autre à pour instrument une simple ficelle qu’on se passe dans les doigts et qui représente alternativement un berceau, un traineau, une baleine, etc. ; un peu ce que font chez nous les enfants,
mau plète on vo son à dant n'en pas q excess se Cor ait-il Les logiq un Êt mer, conda fille d’ est la ] elle qi des pr.
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Bien qu’autrefois il y ait eu des chefs parmi les Esquimaux, il n’en existe plus aujourd’hui. Il y a absence com- | plète d'organisation politique chez eux. Comme partout, | fe on voit dans chaque communauté un individu qui, par É. son âge ou ses prouesses personnelles, a quelque ascen- | | D. dant sur le reste, mais d'autorité positive reconnue il | n'en possède aucune. Ces indigènes d’ailleurs ne sont 4
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| pas querelleurs, et le vol et le meurtre sont choses 4 excessivement rares parmi eux. Si par hasard un meurtre 4 se commet, le plus proche parent de la viciime a, pa- il k +2 aît-il, le droit de tuer le meurtrier. | | 4 Les opinions des Esquimaux, en fait de questions théo- l | ‘3 logiques, sont très-obscures et peu connues. Ils croient à | |
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Le. un Être suprême, créateur du ciel, de la terre et de la 3 À mer, et qu'ils appellent Anguta, puis à une divinité se- : condaire du sexe féminin, appelée Sid-né, qui serait une . fille d’Anguta et aurait créé tous les êtres animés. Sid-né est la protectrice spéciale du peuple esquimau, et c’est à elle que se rapportent la plupart des rites religieux et ù des pratiques superstitieuses. L'idée d’un lieu de récom- * 4 pense et d’un lieu de châtiment après la mort existe if chez ces peuplades. 1!
« Mon peuple pense ainsi, disait à M. Hall l’intelligente À Toukoulito : Koud-le-par-mi-ung (le ciel) est en haut, Là, l tout le monde heureux. Toujours de la lumière; pas de ll neige ; pas de glaces, pas de tempêtes, pas de peine. pas (| de fatigue; chants et jeux toujours, toujours et sans fin. | « Ad-le-par-me-un (l'enfer) est en bas. Là toujours la nuit. Pas de soleil; toujours de la peine, toujours de à la neige, toujours des tempêtes terribles ; du froid, beau- l coup de froid et beaucoup de glace. Geux qui vont là v | restent toujours.
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« Tous les Esquimaux qui ont été bons, qui ont partagé avec le pauvre et l’affamé, et qui ont vécu heureux sur la terre, vont au Koud-le-par-mi-ung, ainsi que ceux qui ont été tués par accident ou qui se sont tuës eux-mêmes, — Tous les Esquimaux qui ont été méchants, et qui ont été malheureux sur la terre, et qui en ont tué d'autres par colère, vont dans l’Ad-le-par-me-un. »
Il a été parlé plus haut des angekos. L’oflice de ces espèces de sorciers est de guérir les malades et de travailler au bien général, le tout moyennant rémunération, Ce que demande l’angeko doit toujours lui être accordé, Ses incantations assurent le succès de la pèche ou de là chasse, font disparaitre la glace, fondre la neige, ete, Il est très-rare que l’angeko rencontre de résistance à ce qu’il décrète. M. Hall n’en à vu que deux exemples. Un jour de juillet 1861, l’angeko Ming-u-mai-lo, qui avait deux femmes, envoya à Koudjessi, qui était alors au cap True, l'ordre d'échanger contre l’une d'elles la femme du même Koudjessi. Or, Tunukderlien, la femme de celui-ci, était dans son genre une beauté, et bien que son mari eût été jusque-là un fervent disciple de langeko, il refusa net d'oblempérer à sa demande. L'angeko, après avoir épuisé tous les moyens de persuasion, devint furieux. Armé d’un fusil et d’un long couteau, il vint “ôder autour de la tente de Koudijessi pour le tuer, et ce dernier dut $e réfugier auprès des marins du George- Henry. Le lendemain, le maître d'équipage Rogers alla au campement des Esquimaux, et à son approche l’angeko prit la fuite et regagna ses montagnes.
L'autre exemple de résistance aux avis de l’angeko à quelque chose d’analogue : un des anciens maris de Suzhi était malade. L’angeko déclara que Kokerjabin, qui, à
cette vait à de qu indigé Mais | S'y S0 Suzhi Koker Qu est m ceau meur à sa p La tique:
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cette époque était la femme de l'Esquimau Samson, devait aller vivre avec le malade pendant trois mois, faute de quoi celui-ci serait mort avant le printemps. Tous les indigènes étaient d'avis que l’angeko devait être obéi. Mais Kokerjabin, ne goûtant pas l’ordonnance, refusa de s’y soumettre. Or, comme avant le printemps le mari de Suzhi mourut, ainsi que l’angeko l'avait prédit, la pauvre Kokerjabin fut en butte au mépris général.
Quand un Esquimau passe près d’un endroit où il lui est mort un parent, il dépose dans le voisinage un morceau de viande à l'intention du défunt. Lorsqu'un enfant meurt, on enferme avec lui dans sa tombe ou l’on place à sa portée tous les jouets dont il s’est servi.
La chasse et la pêche donnent lieu à de singulières pratiques. Ainsi l’on ne doit pas partir pour chasser le morse avant d'avoir travaillé à certains vêten :nts de peau de renne, et, la chasse une fois commencée, personne ne doit travailler aux peaux de rennes. Quand un morse est pris, celui qui l’a tué doit rester chez lui tout un jour sans rien faire; cette retraite est de deux jours pour la ‘apture d’une baleine, et de trois pour celle d'un ours. Toutefois, si le gibier est abondant, l’heureux chasseur peut continuer sa chasse à la condition de faire tout son temps de retraite à la fin de l'expédition, Chaque fois qu'on prend un phoque, on doit, avant de le découper,
“lui verser quelques gouttes d’eau sur la tête. À défaut d'eau, cette espèce de baptème se fait avec une poignée de neige, dont la chaleur de la main fait fondre quelques parcelles.
Il est interdit aux femmes de manger du premier phoque de la saison, et la règle est si stricte, qu’elles ne peuvent pas mème mâcher le lard de l’animal pour en ex-
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traire l'huile. Dans le premier voyage en traineau de M. Hall à la baie de Frobisher, les Esquimaux qui l’accompagnaient prirent leur premier phoque, mais les femmes ne durent point y toucher, et comme on avait grand besoin d’huile, ce fut l’un des hommes qui se chargea de piler la graisse afin d’avoir de quoi alimenter les lampes.
On procède d’après une méthode régulière pour découper un morse. Le premier homme qui arrive auprès de l’animal capturé lui enlève la patte ou nageoire supérieure droite, le second prend la gauche, le troisième coupe la patte ou nageoire inférieure droite, le quatrième la gauche, le cinquième tranche une portion du corps en commençant au cou, et les autres continuent jusqu’à ce qu'il ne reste plus rien de la bête.
Une coutume assez curieuse est celle-ci : à une époque de l’année qui répond au Noël des chrétiens, les Esquimaux tiennent un soir une assemblée dans un grand iglou. Là, l’angeko prie pour la tribu et pour la prospérité publique pour l’année future, après quoi commence une espèce de fête. Le lendemain tout le monde sort en plein air et s’assied en cercle. Au centre est placé un bassin plein d’eau. Chaque membre de la compagnie a pris soin de se munir d’un morceau de viande quel qu’il soit. Alors sans rompre le cercle, chaque personne, à un moment donné, mange sa viande en silence en pensant à Sid-né et en formulant des souhaits in petto. Puis un individu du cercle se lève, prend de l’eau dans une coupe et boit, ayant toujours Sid-né dans la pensée; cela fait, il passe la coupe à un autre, mais, avant de la lui remettre, il dit à haute voix la date et le lieu de sa naissance. Cette cérémonie se continue à la ronde, et la fête se termine
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Les ne con pas de leur vié pendan tion de tances « peu de peine à les Esq côtes s baie de habiter quimat se pass et les est plu:
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par une distribution réciproque de présents qui se fait avec l’idée que la déesse Sid-né donnera à chacun en proportion de la générosité qu’il a montrée. Quelques jours après, ce qui correspond à notre jour de l’an, deux hommes, dont l’un est habillé en femme, parcourent le village, et entrant dans chaque iglou y éteignent la lumière. Les lampes ensuite sont rallumées à un feu nouveau. Toukoulito, interrogée sur la signification de cette pratique, répondit : « Nouveau soleil, nouvelle lumière, » ce qui ferait supposer que les Esquimaux croient qu'à cette époque de l’année le soleil est renouvelé pour toute la durée de l’année suivante.
Les Esquimaux ont un langage qui leur est propre. Ils ne connaissent point l'écriture et n’ont par conséquent pas de documents historiques écrits. Tout cequ'ils savent leur vient de traditions orales transmises de père en fils pendant de longues suites de générations. La prononciation des mêmes mots par des Esquimaux vivant à des distances considérables les uns des autres et ayant entre eux peu de rapports est si variable, qu’ils ont beaucoup de peine à se comprendre lorsqu'ils se rencontrent. Ainsi les Esquinaux qui, de Sekoselar ou d’autres points des côtes septentrionales du détroit d'Hudson, viennent à la baie de Field, peuvent à peine s'entendre avec ceux qui habitent plus au nord. Quelquefois il arrive là des Esquimaux d’Igloolik sur le golfe de Northumberland, et il se passe un certain temps avant que les nouveaux venus et les indigènes de Field-Bay puissent se comprendre. Il est plus difficile encore pour un Groënlandais de se faire entendre des indigènes de la côte occidentale du détroit de Davis.
Les Esquimaux dont M, Hall avait fait la connaissance
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