DR6P0I15ME ET PWS TYRANNIE
N'ayant pas entrepris la lâche douloureuse d'Écrire les annales (le la Sicile pendant son esclavage sous les rois de Naples , mais seulement de retracer les phases il» droit public de cette île, il ne nous resterait absolument rien a dire do 1820 à 1837. Pour donner une idée générale del'action du gouvernement, nous remarquerons d'abord qu'il suivit toujours son projet de détruire toutes les traces do l'individualité sicilienne, la seule anomalie qui restât dans son système , la liberté n'existant plus depuis 1816. Cependant il fit deux points d'arrêt en 1822 et en 1830, dont le premier fut dû à l'énergique insurrection de Païenne en 1820 et à la prudence jésuitique de l'Autriche. Le second tint à la révolution Française de 1830 et à un bon mouvement qu'eut Ferdinand li , comme Néron , au début de son règne. Inutile d'entrer dans le détail du plus ou moins d'attributions données aux fonctionnaires en Sicile , en quoi consista ce petit mouvement de bascule ; inutile de rappeler que le roi accordait aujourd'hui pour dix grammes d'indépendance administrative, et que demain il réduisait la dose à quatre ou cinq. En 18:JÏ Ferdinand 11 déchira cette ordonnance meuie de 1816, dernier terme du marché de lord Castclreagh avec la cour de Naples. Le choléra venait d'enlever quatre-vingt mille habitants à la Sicile; des désordres partiels avaient éclate comme dans tous les autres pays de l'Europe visités par cet horrible
fléau ; le roi avait choqué tout le monde par sa conduite absurde et tyranniquo en fait de police sanilaire, et un mouvement politique , qui fut arrêté par les citoyens mêmes, avait éclaté à Catane. Aux yeux du tyran, qui dix ans après devait mériter le titre de bambardeur, cette calamité publique parut une excellente occasion pour porter de nouvelles atteintes aux droits de la Sicile, et insulter au deuil des citoyens que le choléra avait épargné s. » Dans le but de rapprocher de sa royale personne la grande famille de l'État, » telles étaient ses paroles, il abolit l'article 1" de la loi de 181C, qui réservait aux Siciliens les emplois publics de leur pays ; et en effet, il déporta dans le royaume de Naples tous les fonctionnaires et les subalternes que la police signalait comme patriotes ; il envoya en échange , avec des avantages considérables, un las d'anciens serviteurs ou de libéraux ralliés, qui venaient de Naples, l'insulte sur les lèvres et remplis de prétentions pour tout blâmer, tout bouleverser, réduire tout le monde à In plus aveugle obéissance à Sa Majesté. Feu à peu on retira de la Sicile les administrations supérieures , par exemple, celle des ponts et chaussées, et on les concentra à Naples. Les ministres napolitains ravirent aux autorités de la Sicile jusqu'aux derniers détails de l'administration ; pour la moindre affaire il fallait courir à Naples, payer le voyage et puis acheter les bureaux. Ces expressions no rendent pas encore toute la vérité. C'était un gouvernement colonial du xvu' siècle, une féodalité du moyen fige, presque une servitude antique.
Eu parcourant les divers départements de l'administration, nous trouverons excessivement soignés les deux départements qui assuraient l'action du gouvernement, et tout à fait abandonnés les autres qui devaient avoir pour but direct l'avantage et la bien-être des citoyens. Tour abréger notre revue, nous ne ferons pas de distinction d'époques, carde 1820 à I84T il a régné toujours en Sicile un même système quoique Irès-empiré depuis 1634. Qu'est-ce qu'a fait le gouvernement pour l'instruction publique V Rien jusqu'en 1838. A celte époquo il l'a recommandée aux évfiquus , et il a fondé une université à Messine avec quelques milliers de francs otés a la bibliothèque de celte ville. Et pour l'agriculture '/ Il a entravé tous les projets de sociétés d'exploitation. Quant aux travaux publies , il i st vrai que le roi Ferdiaand dirigea luimCme la construction d'une prison immense à Païenne, et remit à neuf la vieille prison pour le service du trésor et de la banque. A part ces œuvres do prédilection, on avait ouvert, avant 1830, une grande routo entre Palerme, Catane et Messine , qui coûta plus que si un y eût posé des rails d'argent. De 1830 à 1837, quelques ramifications furent commencées; mais le roi venu en Sicile en 1 838, en suspendit les travaux , concentra tout le service ik Naplcs quand il fallait pousser la construction en Sicile; cl la conséquence fut qu'on dépensa tous les fonds en \oya-
gca des ingénieurs el nn papier pour les plans, cl après dix ans a peine avait-on obtenu dix lieues de routes nouvelles.
L'administration départementale et communale, lourde, compliquée, dispendieuse, n'admettait que
et départementaux , dont on ne lisait pas même les délibérations. En effet, celte administration ne servait qu'à deux choses : à rejeter une partie des charges de l'Etat sur les départements et les communes, et à soutenir les fonctionnaires, dont la seule occupation sérieuse était la police.
De même, en feu isolant les soixante el quelques volumes du Bulletin des lois, de 1816 à 1847, nous trouverions une foule de décrets pour la Sicile, qui ont tous eu le sort du décret sur les grandes roules : dictés par l'ignorance et par l'hypocrisie, ils sont restés sans exécution ou sans résultat. On no se tromperait pas moins si on cherchait dans les codes des lois civiles et pénales la manière dont la justico était rendue quand il se trouvait en jeu un intérêt du gouvernement des ministre» ou do leurs favoris. Le bon plaisir dans ce cas était la loi. Les magistrats prononçaient-ils un arrêt en matière civile? Un rescrit du roi en suspendait l'exécution. Un tribunal criminel renvoyait-il un accusé'. 1 le ministre de la police le retenait en prison pour son propre compte. En un mot, nous rencontrons partout la Gnanco et la police, le trésor el la prison, les deux seuls monuments que laissa Ferdinand en Sicile.