‹ La Sicile et les BourbonsChapitre 16 sur 24 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

JUSTICE POIH LE BOIj U POLICE.

La police et la justice pénale en matière politique , n'étaient malheureusement en Sicile que deux bras mis on mouvement par une seule volonté. De 1 821] a 1817, période que ne signale dans celte Ile aucune

condamnées par des conseils de guerre, des commissions militaires, des tribunaux d'Klat. Sans compter les exécutions d'individus isolés , noua trouvons quatorze condamnés à mort et neuf fusillés en 1832; treize fusillés en 1 831 ; une centaine en 1 837, parmi lesquels un enfant de douze ans , et puis des milliers de prévenus politiques envoyés aux fers , en exil , ou tenus eu

bornerons donc à indiquer les plus graves entre les abus de celte police spéciale à laquelle le roi avait donné en fief la Sicile ; police qui n'assurait en rien la vie ou les propriétés dos citoyens; lâche et corrompue lorsqu'elle avait affaire aux brigands; insolente , effrénée et cruelle envers les paisibles citoyens, toujours supérieure aux lois, et par conséquent institution permanente de désordre social. Les arrestations arbitraires laissées à la discrétion d'un commissaire ou d'un sbire ; les perquisitions domiciliaires, les domiciles forcés, les violences personnelles, les injures que so permettaient les agents supérieurs comme les infimes, tous ces crimes s'effacent devant labastonnade et la torture ! La bastonnade et la torture : qu'on ne suppose pas qu'elles furent les dernières entre les causes de la révolution de 1848. Aux commissariats de police, dans les casernes des gendarmes , pour peu qu'un prévenu niât le crime ou fit la moindre résistance morale, on le battait avec des nerfs de bœuf, on le suspendait par les bras, ou lui serrait la tiile avec des cordes à nœuds, et plus souvent on lui donnait la question d'une manière plus affreuse encore. Le port des armes était puni parla bastonnade publique, de la main du bourreau. On appliquait celte peine au gré des commissaires de police , ou par ordonnance du général Vial, cbef do la police, à Païenne. Enfin

l'assassinai. Au commissariat île police de Sainl-Dominiijue, à i'alermc, on trouva, dons les premiers jours de la révolution, des squelettes, des crânes, deB restes de cadavres non encore desséchés. Ce fut alors qu'une foule en fureur courut à la maison d'arrêt où on avait enfermés les gens de police, se rua sur eui , oublia les principes de modération qu'on avait suivis jusqu'alors, et tua jusqu'au dernier des sbires prisonniers. Sur quelle tête doit retomber le sang de ces misérables ?

S xviii.

DISPOSITION DES ESPRITS Bit 1847.

D'après cette esquisse, quoique bien incomplète, on comprendra qu'en IKW toutes I l-s causes poussaient la Sicile à la révolte. L'intérêt poliliquo du pays ycon-

au gouvernement comme contribuables, commo industriels, comme employés et comme passants dans la rue, oit un agent de police pouvait les maltraiter. Les passions n'influençaient pas moins que les intérêts un peuple brave, lier cl ressentant plus l'injure que le dommage matériel. La haine planait contre Ferdinand II, seul responsable, parce qu'il réunissait en sa personne tous les pouvoirs de l'État ; parce que , de fait, il gouvernait personnellement, par sa volonté, contraire souvent à celle do quelques ministres; que c'était lui-même qui dirigeait les actes les plus importants , approuvait les autres, et qui , pleinement informé des abus, loin do los corriger, sévissait contre les

citoyens qui osaient se plaindre. \é en Sicile, élevé dans le paya jusqu'il l'âge de dix ans, il en Était parti, bel et innocent enfant , cl à son avènement il avait apporté avec ces bons souvenirs les promesses les plus s ni en n elles de réparer lus griefs de ses peuples, surtout de la Sicile, qu'il feignit d'aiïeclionnerplus particulièrement. Le peuple sicilien s'était laissé aller très-naïvement à îles sentiments de reconnaissance, après cj util j nés irj'uriiii'a éphémères qui accompagnèrent les promesses du roi. Hais l'illusion ne tarda pas à se dissiper. Bientôt le système entraîna ce jeune prince, non dépourvu d'esprit, mais ignorant, mais bigot, mais avare, mais orgueilleux , présomptueux, opiniâtre, malin, rusé, rongé par la lièvre du despotisme ,' et malheureusement persuadé qu'il devait jouer le rôle d'un Frédéric H de Prusse ou d'un Pierre le Grand. Le despote si! rluin^ea en tyran à la promièro occasion. Ferdinand voua toute sa liaine aux talents, aux capacités, aux idées libérales, â la civilisation. Devinant l'e^pn! p;i!rii>liquc des Siciliens, il les regarda comme les vrais ennemis de son despotisme; il commença à préparer depuis 1834 les moyens do les exterminer s'ils bougeaient; il se flatta de prévenir ce mouvement parla misère, la police et les conseils de guerre; enfin, il jeta le mnsnno en 1837. A partir do celte époque et pendant dix ans, Ferdinand et la Sicile ne cessèrent de se déchirer mutuellement par la parole en guettant le moment de le faire par les armes.

Cependant, en 1847, il ne tint qu'à Ferdinand de faire sa paix avec laSicile. Rappelez-vous, hominesdïCtat d'une opinion dilîérente de la nôtre; rappelez-vous

qu'en 1847 toute l'Europe, avant de se lancer dans les terribles épreuves quo noua traversons, criait du Tond de son cœur, réformu ! ri l'or tue ! Le pouvoir au monde qui, par sa constitution, s'y prêtait le moins, lui aussi prononça du haut du Vatican , le mot do réforme. Dans l'Europe occidentale il ne se trouva que trois hommes qui se refusi-ivnt à celle exigence du siècle, Louis-Philippe, le premier minisire de l'Autriche et Ferdinand de Naplcs. Toutefois lo presbyte qui siégeait aux Tuileries et qui no voyait pas la révolution toute prêts à éclater chez lui , s'en apercevait bien au lointain et il conseillait à son cher noveu de Naples de faire des réformes. Ce dernier se montra le plus obstiné de tous.

Les Siciliens, au contraire, étaient alors le peuple do l'Europe qui répétait avec le plus de bonne foi les mots do réforme et île li^aMli ; c;u- en Sicile il ne fallait pas, comme ailleurs, des lois politiques nouvelles, maïs seulement la restauration des lois telles qu'elles étaient en 1815. A l'idée séculaire do l'indépendance et de la constitution , on ajouta seulement l'idée du temps, l'union italienne. Le mythe do la réforme et de l'union italienne, à celte époque d'enfance révolutionnaire, était 14c IX. Vive la constitution de 181*2! vive l'Italie] vive Pie IX! tels furent les cris paisibles des Siciliens dans l'été dû 1847.

Ferdinand , pour les étouffer, eut recours à des moyens de police, et les Siciliens alurs organisèrent des conspirations. Le premier sang fut versé ;'i Messine, le 1" septembre 1847, par une poignée de soi san te braves qui affrontèrent un régiment et la formidable citadelle; mais force resta au tyran. Le pouplo donc

sentit le besoin de gros, ir ses rangs avant de livrer une seconde bataille : son nislinet généreux voulait

réformes! les citovvns s'inscrivait pour former une garde nationale, la cmmigeusc presse clandestine s'abaissaiilà faire peser sur le* ministres le blâme dû au roi, tout fut inutile ; le tyran ne faisait que s'en moquer. Enfin, vers les dernier.-? juins de décembre, les patriotes de Falerme placardent dans la ville un utconcessions en assignant cunime dernier terme le 12 janvier, après quoi il.-; déclaraient que le gouvernement serait attaque les armes à la main. C'est peutêtre le seul cartel de ce genre dans l'histoire.

Le gouvernement espéra se soustraire au combat en faisant arrêter quelques jours avant onze citoyens d'entre les plus notables. Déjà ii se croyait en sûreté, et ce fatal 12 janvier, le canon grondait à Païenne pour la fêle de naissance du roi, de fortes patrouilles parcouraient la ville, quand celles-ci furent attaquées par une centaine d'hommes épai s et trÈs-mal armés. La garnison, forte de six à sept mille hommes, s'enferme dans le château , se retranche, dans ses casernes, dans le palais royal et dans le vaste édifice de la banque. Le lieutenant général du roi demande des secours à Ferdinand, qui lui envoie einq mille hommes, huit frégates et bricks à vapeur, le général Désauget comme docteur eu stratégie, et sou propre frère le comte d'Aquila, pour faire peur par sa qualité de prince du eang. On bombaïda la ville pendant

— us —

plusieurs jours : la mitraille el les boulets la sillonnaient de toutes parts; mais les onze ou douze mille hommes de troupes qui l'attaquaient du coté du port ne purent jamais franchirles faubourgs. Treize jours s'clant écoulés ainsi , le 23, les Siciliens réussirent à placer sur les vieux remparts do la ville un gros canon en Tonte auquel ils donnèrent le nom de Pic IX , et le Grent jouer contre le palais royal, muni d'une vingtaine de pièces d'artillerie. Pie IX fit son miracle après quelques heures de feu : le lendemain, le lieutenant général Hnju s'était déjà retiré du palais; les troupes, harassées de fatigue et saisies d'une panique, perdaient successivement Imites leurs positions, el le despote de Naplea se courbait à transiger avec la révolution.

Rien, au contraire , n'égalait la emilianee et le courage que gagnèrent les Siciliens après les premières hostilités. Un comit ùrévulu liminaire, à la tète duquel le peuple plaça l'amiral Ruggicro Setlimo, siégeait à l'hfllel de ville, sous les boulets et les bombes ; il réunissait des coiilrikilmus Miluntaircs, et avec ce peu d'argent il nourrissait les combattants, faisait confectionner de la poudre qu'un séchait dans les fours des pâtissiers, organisait des secours pour les blessés, et soutenait une- lutte opiniâtre contre les consuls des puissances étrangères, celui de M. fiuizot en tête, qui s'époumonaient tous it conseiller la soumission. Des parlementaires de l'année napolitaine venaient aussi de temps à autre offrir des réformes administratives, des amnisties, tous les moyens ordinaires de tromper les peuples insurgés; mais le comité répondait toujours : « La Sicile ne déposera les armes que quand

lion do 1812. « La peuple, mal armé, menacé Je la destruction de la ville, n'avait qu'un seul cri pour accueillir les propositions (io ce genre, il répétait sur la place de l'hôtel dû ville : Guerra! Gverra!

Les chances du enmbiil nui Fièrent par une retraite désastreuse du général Désaugct. A son départ doNaples, le lô janvier, avec six mille hommes et huit navires de guerre, le roi lui avait dit: a Général, faites-moi un jardin île lu ville île Païenne, si elle ne se soumet pas! » Le général avait trouvé à Palermc la garnison napolilaiae do six à sept mille hommes trèsbien retranchés, et en pression lies forts ; et cependant, le 28, il était forcé de rembarquer ses troupes à Solanlo, avec une telle précipitation qu'on tua les chevaux, qu'on abandonna le canon et les blessés, et qu'on perdit, tant morts qtie prisonniers, à peu prés trois mille hommes, Par une marche étrange, le général napolitain avait quitté sa position au nord-ouest, sur le port et sous la protection des feux du château, pour faire le tour do la plaine de Palermc, et regagner la mer à Solanlo, trois lieues à l'est de la ville. 11 faut ajouter qu'avant leur retraite , les Napolitains ouvrirent les portes du bagne et des prisons pour lâcher sur la ville quatre mille malheureux à qui on n'avait pas donné à manger pondant quaranto-huit heures. Mais, mille fuis plus sages et plus vertueux

à Palerme sans commettre aucun désordre, et ils déjouèrent l'inique, projet d'élonlTcr la révolution dans l'anarchie. Le chiklcau capitula le 4 février, après quelques heures d'attaque. Tontes les communes de

la Sicile, sous aucune exception, arborèrent dans une semaine le drapeau de la révolution.

Désarmé en Sicile et menacé à Naples, Ferdinand avait promis, comme on sait, une constitution dont il publia les bases le 21) janvier. Mais ces concessions ne tranchaient pas la question sicilienne, parce que la Sicile réclamait avant Idiif-cn indépendance; et, possédant déjà une constitution, elle voulait la faire réformer par le seul |n>isïi>ir légitime, le parlement. Aussi lo roi ne trouva d'autre moyen que d'avoir recoure à lord Minto, l'honorable ministre anglais, qui se trouvait depuis quelques mois en mission en Italie. Sa médiation, hien difficile entre un peuple vie-

En attendant, le comité de Païenne, déjà reconnu dans toute l'île, augmenté des dépuiés des communes et des notabilités révolutionnaires, et de toutes les capacités du pays, ne perdait pas son temps. A peine eut-il chassé l'ennemi , qu'il élabora un acte de convocation du parlement , dans la ferme conviction qu'on ne pouvait pas cimpnsiT h s chambres en suivant à la lettre la constitution de 1 Si*-*, parce que la société avait bien changé, en trente-trois ans d'intervalle, et que d'ailleur3 il n'était pas difficile de prévoir l'absence du pouvoir royal dans la session de 1848. Voici les modifications les plus importantes contenues dans cet acte:

Chambre des communes. Le droit à la représentation accordé à toutes les |iu[in!al.ii:ns qui, n'en jouissant pas en 1812, avaient atteint en 18'i8 les conditions établies par le statut de 1812;

Lq cens électoral diminué généralement à 18 onces ou 225 francs;

Adjonction des capacités, à savoir : licencias dans les facultés, professeurs , membres des académies, institut d'encouragement, etc.;

Admission des négociants, maîlrcs ouvriers, et de tout citoyen appartenant à la garde nationale;

Tout électeur rendu éligible.

Chambre des pairs. Conservation des pairs temporels et ecclésiastiques qui siégeaient à la dernière chambre; concession de la pairie temporelle nus successeurs dans les titres admis à la dernière chambre. Exclusion des étrangers. Toutes les pairies vacantes, spirituelles ou tcinpi.iTllrs remplacées par l'élection que ferait la chambre des pairs sur présentation triple faite par les communes;

Dans le cas de désaccord des deux chambres, la décision devait être remise à un comité mixte composé de vingt pairs et vingt députes , et présidé, avec

La réunion du parlement fisec au 25 mars.

A quelques jours d'intervalle, on apprit à Naples cet acte du comité de Païenne et la nouvelle des journées de février à Paris. L'orage grondait do tous les eûtes. Cependant, le roi de IVnplcs ne se décida encore qu'à une demi-eoncession. 11 homologua, par un décret du G mars, l'mrU: dr convocation du parlement sicilien; il confirma la constitution do 1812, et, en mémo temps, il la viola, en retenant entre ses mains le gouvernement de Naples et celui de la Sicile , cas expressément défendu pnr ta constitution. Par un autre décret de même date, Ferdinand nomma un lieu-

en Sioile, «ton ministère [ à Naplea, sentinelle perdue

le système constitutionnel en Sicile. Daos lus affaires générales de l'État, dans la politique, dans la département du la (pierre, jusque dans b discussion des actes parlementaire 1 ; soumis a la sanction rurale, la Sicile n'aurait eu qu'une voix contre sept, le parlement sicilien , impuissant ù influencer le conseil , n'aurait eu que la triste satisfaction d'en flageller un seul membre pour les fautes des autres et du roi; sans contrôle sur io pouvoir exécutif, 6ans vote politique, i! aurait été un peu plus ou un peu moins que le conseil général d'un département do la France. Les décrets du G mars étaient un pîéj^e grossier, une dérision.

Lord Min la, prié par lo roi d'apporter à Païenne ces décrets, et de les appuyer autant que possible, parut a Paierme, lo 1 1 mars, et les plis Furent envoyés par lui au président du comité, nommé lieutenant général en Sicile. Mais celui-ci refusa do les ouvrir, et les ayant communiqués au comité dans la séance du 12 mars, on les déclara contraires à la constitution de 1812, et on les tint comme non avenus.

Tout aurait été dit do la part de la Sicile sans les Égards dus au ca racler et à la personne de lord Minlo.

Sensibles aux sympathies que leur avait [('■iiif.iiiriccs l'AnglcIcrre depuis le l'iiiiiineiireiiiL'iH de l'îiisiirrectLoti les Siciliens y voyaient une amende honorable de l'abandon de 1810; ils n'auraient voulu pour rien au monde désobliger l'honorable médiateur, quand même

continuer les pourparlers , qu'il en chargea quelquesuns de ses membres, et qu'enfin, après les conférences île ceux-ci avec lord Minto et après une séance très-orageuse, on établit le projet d'accommodement que nous allons donner tout à l'heure.

Le noble lord l'envoya aussiu'i! a .\aples, se flattant que le roi l'approuverait oiunne il le lui avait promis, se doutant , comme tout le monde , du détestable effet que devraient produire ses décrets du C mars. Mais au lieu de la ratification, un bateau napolitain apportait a Palermo une protestation du roi contre la prochaine ouverture des chambres.

Le parlement se réunit néanmoins. Le 25 mars, tout le comité se purluil [ii'ocessionnellemenl du palais des ministres à la vaste église de Saint-Dominique, située à l'autre extrémité de la ville. Des applaudissements, des bénédictions de lous les cteurs accompagnèrent sur son passage le vénérable président et les courageux citoyens qui avaient dirigé la révolution. Les combattants de janvier, en armes, se déployaient en hataille sur le Cassaro ; la garde nationale occupait la place de l'église ; la nef du temple était remplie par les membres du parlement, les magistrats, les consuls des puissances étrangères, des notabilités, des dîmes.

et une foulo immense se pressait dans le reste do l'église. Après les cérémonies religieuses, au milieu d'une foule pénétrée de la solennité do cette circonslance, et émue de joie jusqu'aux larmes, le président résigna entre les mains du parlement l'autorité souveraine du comité, et lut le discours suivant :

« MESSIEURS LES PjlIRS ET REPRÉSENTANTS 11ES COMMUNES

de Sicile.

n La démarche que nous accomplissons aujourd'hui devant Dieu et devant les hommes est la plus solennelle qui puisse so rencontrer dans la vie d'un peuple. Aujourd'hui, pour la première fois, s' assemble le parlement général do la Sicile, dispersé il y a trentetrois am par un pouvoir usurpateur; il s'assemble pour réviser les institutions nationales, après un tiers do siècle, pendant lequel le reste du monde a fait do rapides progrès, tandis que la Sicile supportait mille injures, mille maux, mille calamités. Dieu a permis que ce parlement ne fiit pas rouvert par le pouvoir royal qui l'avait supprimé en 1815, mais par la peuple sorli vietoricuj d'une lutte inégale engagée contre des soldats par îles gens sans armes, soutenue par une foule inexpérimentée contre des forces disciplinées de terre et de mer, en dépit de l'arlillerie el de tous les préparatifs de guerre amassés de longue main contre nous. Reconnaissons, Messieurs, la main de la Providence dans cette glorieuse révolution. Dieu commence par susciter un saint ponlifo et lui inspire des résolutions où respire l'amour de la liberté et le sentiment do l'indépendance fi longtemps onlrclenu

dans les cceurs italiens. Tandis que nos frères d'Italie lenienl des voies plus longues pour arriver au but, le Tout-Puissant trappe d'aveuglement le pouvoir qu'il voulait confondre , cl exalte le courage de ce peuple de Sicile, à qui était réservé 1 honneur d'inaugurer véritablement la grande rédemption. 1 tendons grâce au Très-Haut et prions-le do diriger cl de soutenir ce parlement général dans l'ieuvre qu'il cnlrepfcnd, et qu'il en sorte une liberté durable, la pais, la prospérité et la grandeur de la Sicile, non moins que celles de la grando famille ilaliennc.

n Le comité généra! qui vient déposer en vos mains L'autorité dont il fut investi dans le feu de l'insurrection, vous doit un compte exact de ses actes; il doit avant toute cliose vous exposer le principe qui a dirigé sa politique. Le comité n eu foi dans la révolution, il a eu confiance dans le peuple, il a eu foi dans l'esprit public de la nation sicilienne de tout tomps si jalouse de sa liberté, de ses droits constitutionnels et do son indépendance. Ce sentiment profond, vital do l'indépendance, a non-seulement résisté aux efforts du gouvernement do Naples qui voulait l'éteindre, mais il s'est enflammé plus encore par la compression, il s'est accru par lus injures, les dédains, par les excès insensés de ce gouvernement, et il s'est fortifié et étendu jusqu'aux cantons les plus reculés de la Sicile. Le comité générai créé par le peuple de Païenne y a, dès le premier jour et au début de la lutte, trouvé la devise de la révolution, il l'a exprimé nettement lorsqn i! a n^mMis ;m gouvernement déchu que la Sicile ne déposerait les armes que le jour où réunie en parlement général à Païenne, elle aurait

adapté an temps présent lu constitution qu'elle a possédée durant tant de siècles, qu'elle a réformée en 1812 sous l'influence de laGrandc-Hretagne, et qu'on n'a jamais osé lui ravir ouvertement. Le but de la ré-

universcl; do 11 cotte mDrîoillcusc unanimité de toutes les villes, de toutes les classes, de tous les habitants-de l'île, l.o comité général n'avait pas d'autre guide à chercher que celte devise, il n'a fait qu'entrer dans la droite voie ouverte par le peuple; de la sorte, il a pu maiuliuiir la rmiliam-R générale et l'autorité à la fois à travers les phases et les difficultés d'une révolution qui ébranlait la société jusque dans ses fondements.

« Nous ne détaillerons pas ici tous les efforts de cet accord de toutes les parties de la Sicile. A la première nouvelle des événements de Païenne, toutes les villes

avaient une garnison dans leurs murs ont appuyé leurs déclarations d'une initiative courageuse. En peu do jours, Termini, Trapani, Catane, Melazzo, Girgenti Licala se sont emparées des forteresses qui les menaçaient, ont enrayé prisonniers à l'nlermc les soldats napolitains , substitué aux autorités royales des comités élus par le peuple, et ont commencé à correspondre avec le comité général; il en a été de même de toutes les autres communes où les gendarmes et soldats de toute sorte ont été arrêtés et envoyés à Palerme. Que dire de Messine et do Syracuse? Hesbine qui, au mois de septembre dernier, avait la première tenté de s'insurger, a, cette fois, accompli

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« En cet état de choses , la Sicile étant unanimement résolue à maintenir ses droits, et le gouvernement napolitain hésitant à les reconnaître, le comité général n'a pas voulu ajourner la convocation du parlement. Il est superflu de vous dire que , ne pouvant plus s'astreindre entièrement au statut de 1812, le comité a dû le mettre en harmonie avec l'esprit .lu siù '.v et Le 1.0.-.OÏ11S présents de la Sicile, et qu'il a arrêté les dispositions nouvelles que vous connaissez tous, en vertu desquelles nous représentons le pays

u Le comité général doit présenter au parlement l'état des négociations suivies avec le gouvernera ent deNiiples, au sujet des lois fondamentales de l'État. Depuis ce premier instant où l'alermc engageait la lutte avec tant de courage, le comité général ne doutant pas que la victoire ne dût immanquablement

songea à s'adresser a l'illustre diplomate anglais qui alors su trouvait à Home avec mission de s'employer d'une façon bienveillante au succès de la cause italienne. La première communication du comité n'eut d'antre objet que d'exposer les événements de Palerme et de prier l'ambassadeur britannique do vouloir bien, dans llivpollii.'se d'un accommodement, garantir en personne les stipulations que la Sicile pourrait obtenir. En cela, le comité avait été bien inspiré, car le gouvernement napolitain ne larda pas à son tour à solliciter la médiation de lord Minto pour les affaires de Sicile. Le noble lord, qui était déjà venu de Homo il >aplcs, s'y prêta volontiers. 11 s'empressa, par l'entremise du consul général d'Angleterre, de faire au comité celte communication, qui fut alors imprimée et publiée avec la réponse du même comité, et dans laquelle l'agent britannique déclarait accepter la médiation dans les termes suivants : Garantie des antiques droits constitutionnels, et reconnaissance de l'indépendance de la Sicile. Le gouvernement napolitain ;î p pur la maints délais Ct des détours qui décidèrent le comité à lutter la convocation du parlement, sans rompre les négociations ouvertes, sans paraître trop empressé, mais seulement pour montrer que les Siciliens ne reviendraient pas sur leur décision. Alors le gouvernement napolitain adhéra à l'acte de convocation ; mais les autres décrets royaux du (i mars connus de nous tous, Messieurs, ne donnant pas à la Sicile toutes les garanties auxquelles elle a le droit de prétendre , le comité général dut les tenir pour non avenus. De la sorte, les

négociations arrivées à leur terme et l'illustra personnage- qui les avait dirigées s'élant transporté à Païenne, il a été (ivubiiv c;iL('^iirii|uc[iiL!iil par co diplomate au comité général que son dernier mol était : d'une part, ['unité do la couronne; de l'antre, toutes lus institutions susceptible ihissunT la constitution et l'indépendance de la Sicile. Ce fut le sujet d'une longue cl mûre discussion au sein du comité , lequel conclut d'accepter l'unique clause soutenue par lu négociateur, ot de poser en échange les conditions

ir Que le roi aurait le litre de roi des Deux-Sicilcs;

ii Que son représentant en Sicile, appelé toujours vice-roi , serait un membre de la famille royale ou un Sicilien;

« Qu'à la dignité de vice-roi serait attachée un aller ego entier et irrévocable, avec toutes les attributions conférées par la constitution de 1 81 2 au pouvoir ciéculifj

« Que ton

s les emplois donnés par le comité gêné-

ral seraient

conservés, tous les actes émanés de ce

nlenus; de mémo que les emplois donnés

et qui serai-

int donnés par les autres eoraites de l'île

tant que du-

< Que l'a

;te de convocation du parlement publié

lé général ferait partie intégrante de la

constitution

« Que les

charges de toule nature, diplomatiques,

civiles, militaires, et li-s dignités ecclésiastiques, seraient conférées eiclu&ivcmeut aux Siciliens, et par le pouvoir exécutif résidant dans l'île ;

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