‹ La Sicile et les BourbonsChapitre 22 sur 24 · XXVI · texte numérisé non relu

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11 resterait à examiner les intérêts politiques des États engagés dans cette question , c'est-à-dire la Sicile, l'Italie continentale et les deux puissances médiatrices. Ces intérêts, nous l'espérons, même nous en sommes convaincus, se réduisent à un seul, celui de l'Italie. Laissons au ministère des affaires étran-

gères iln Naplcs la petite ruse de faire répéter par ses organes français que l'Angleterre a toujours un filet pr6t à jeter sur la Sicile, et par ses organes anglais que la France intrigue toujours pour conquérir les bords de son lac, dont on a trop parlé. La Sicile ne sera jamais ni anglaise ni française, mais italienne. L'Angleterre et la France n'onl-elies pas des ports dans la Méditerranée ? Leur commerce avec la Sicile serait-il plue florissant, ou cette île leur servirait-elle comme position militaire, ou auraient-elles besoin de ses contributions pour faire taire M. Cobdeti et M. Billault? Ces prétendues ambitions ne sont que des niaiseries. En supposant bien méchants les deux cabinets, on pourrait dire qu'ils n'aimeraient pas à voir constituer l'Italie comme une grande nation. Mais nous nous éloignons heureusement de l'époque où régnait cette politique perfide et mesquine. Pourquoi ne pas constituer fortement une Italie quand il y a une Allemagne qui , tout en boitant, marche à la centralisation, et une Russie rangée en bataille avec sa gauche sur la mer Soi te et sa droite sur la Baltique?

Quant à l'intérêt de l'Italie, nous l'examinerons en masse, sans même nous occuper de la Sicile. L'Italie a besoin de liberté et d'union, deux conditions politiques qui heureusement ici marchent ensemble. Ce n'est que le despotisme qui pourrait gagner en s'appuyanl sur l'étranger ou sur les divisions. Mais, du reste, cette vérité ne serait qu'offusquée par des démonstrations : passons au mode de la réunion. Pour le moment et pour longtemps, il ne sera pas question d'imité en Italie. L'union, soit ligue, soit

fédâralion plua ou moins intime, ne pourra se fonder que sur le respect des s ub nationalités. L'Italie, d'un bout à l'autre, doit Former un seul pacte et admettre toutes les subnationalités géographiques , ethniques ou historiques. ï en a-t-il une piue distincte que la SiciloV La Sicile (lune doit entrer dans l'union italienne aux mêmes conditions que les autres Étals indépendants. D'ailleurs, un membre fédéral Uo huit millions comme le prétendu royaume des Deux-Sicilcs serait trop prépondérant et bouleverserait tout à chaque instant, mime sans compter les tendances détestables du roi actuel de Naples et l'excessive patience d'une partie de la population de ce pays.

Si tel est l'intérêt de l'Italie, nous ne saurions pas en trouver d'autre spécial et contraire dans lo royaume de Naples, Quelques millions de francs d'escamotés à un autre pays, quelques petits privilèges d'industrie, et quelques centaines d'intrigants qu'on enverrait s'engraisser de la misère publique en Sicile, no seraient pas une grande ressource ponr six millions d'habitants, et ne compenseraient pas les dommages que produit la haine nationale dans le marché comme sur lo champ de bataille. Les Napolitains ne pourraient aimer le malheur de la Sicile que pour satisfaire aux pieux désirs de leur Majesté. No serait-il pas mieux pour Naples d être réuni i la Sicile et au reste de l'Italie, que d'avoir à trembler à chaque instant pour une révolution en Sicile ? On comprend bien qu'abstraction faite du reste de l'Italie, et des dispositions des esprits, en examinant 1c problème sur la carte géographique, le royaumo de Naples serait plus sûr avec la possession de la Sicile quo sans elle.

Mais, dans l'état des choses qui a duré et durerait encore des siècles, la Sicile, attachée par force à Naplas, n'est qu'un danger continuel. Noua revenons toujours à l'union italienne. La sûreté, !a force, la gloire, la prospérité sont toujours là.

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