VIII
A ce moment l'Angleterre intervint dans la lutte. Les Bourbons de Naplcs eci^naient encore une couronne par la grâce de l'Angleterre, qui avait trouvé de son intérêt de s'opposer aux progrès des armes françaises partout où clic le pouvait. Uno flotte anglaise avait sauvé la famille royale eu 1799; le sang anglais avait coule puur elle à la bataille de Maida; depuis lo 10 septembre 1 80.">, le roi avait reçu de
pes anglaises stationnaient depuis plusieurs années dons le nord-est de l'ile. Aussi, jusqu'au commencement de 18)0, la cour de l'ulermc prodigua au gouvernement britannique et à ses agents tous les témoignages du sa l'ecoiiiiaissLiiite , ilatteries qui allaient jusqu'à la bassesse.
Mais la paix du Vienne, la résignation avec laquelle les puissances continentales se einirliaienl sous l'empereur, enfin le mariage de celui-ci avec une pclilefillc do Marie-Caroline, changèrent Lientûl les vues de cette femme sans principes : elle se persuada qu'il ne lui restait d'autre chance pour rentrer à Naples que de se jeter auv pieds du demi-dieu du siècle, et elle agit en conséquence. Au faite de sa fortune, l'empereur allait enfin combattre corps à corps le seul irréconciliable de ses ennemis; il le menaçait par le camp do Boulogne, il redoublait d'efforts pour
le chasser delà péninsule usp^Luiule, il le combattait au milieu mémo de son élément , dans les îles Ioniennes; pourquoi rc l'user roccjsion do lui ravir les [ioris de la Sicile? Dans ce but, les avances de Mu rie-Caroline furent aeceptées avec empressement. Des agents franeriis venu- un .Sicile tous le déguise-
lui rendre le. i-uvimm n de Misplci, et d'y ajouter la marche d'An ci ne, si elle réussissait à chasser de la Sicile ses auxiliaires les Anglais.
Il parait que Marie-Caroline accepta le marché. I.'cspédiliuii préparée 1:11 Calibre, dans l'été de 18)0, pour menacer la Sicile , avait , comme on sait, pour objet, d'opérer uni' diu-rsiiin aux forces anglaises en Espagne et dans les îles Ioniennes; mais elle se rattachait aussi à l'intrigue avec II cour do Païenne sans que s'en doutât, pendant quelque temps, son général eu chef, le vaillant Murât. Le camp de Calabre se composa de deux corps séparés, l'un de seize mille Napolitains , et l'autre de onze mille Français, mais celui-ci avait un commandant spécial, le général Régnier, auquel il était défendu de passer le détroit, sans un ordre direct de l'empereur. En effet, le débarquement opéré par un détachement napolitain sous le général Cavaignac, officier au service de Naple.";, fut ;o rértillal de l'impatience* du roi Joachim, ou, comme d'autres disent, de la découverte quo les Anglais lui firent faire des intrigues de son beau-frère avec la cour do Palermc. La tentative de Mural échoua. Arrivés à Mili, vis-à-vis de Reggio, la nuit du 1? au 18 septembre 1810, les Napolitains furent repoussés d'abord par les paysans, et
un pelilcorps, qui n'avait pus réussi à se retirer avant le jour, se vit obligé de rendre les armée à un régiment anglais accouru à la hâte de Mesaine.
[,c eampde Calahre fut dissous aprèsee! échec; mais les Anglais ouvrirent les jeux. Ils trouvèrent étrange la manière dont on échelonna, sur leurs derrières, l'armée du roi rerdinur.il, pend/ml imille temps que dura la menace d"iuva;iui>. Ll fruLiletïr avec laquelle la cour de Sicile recul les uonvidli's dt> l'avantage remporté o fllili , ne lit qu'augmenter le? soupçons, qui se changèrent enfin en certitude parla déeouïcrte des correspondances des agenisde Marie-Caroline à Messine avec le général Manhès en Calabrc. Ces correspondances coûtèrent la vie an capitaine llnastroll, chef de la police secrète de la reine à Messine, jugé et fusillé pur les Anglais, vers la fin de 1810; elles amenèrent un autre procès en 1811, terminé sans condamnations capitales , par la géncrnsilé du tjOiiêral Campbell, et quoiqu'on ne pût ou on ne voulût pas suivre tous lea fila qui remontaient jusqu'à la reine, il no resta de
convaincre que la cour de Païenne coinprometlait sérieusement les forces auxiliaires, suit par ses menées directes avec l'ennemi, soit par s on détestable gouvernement qui d'un jour à l'autre, pouvait pousser les Siciliens à se jeter dans les hras de la France. Ce n'était pas une erainle vagui'. Depuis longtemps il Cxislait dans file un parti d'admirateurs de la révolution française, et l'opinion publique déjà enveloppait les Anglais dans sa haine contre le gouvernement des Bourbons, qu'ils soutenaient.
voyait obligé à retirer ses forces Je la Sicile, ou à pourvoir à leur sûrelê en établissant dans l'île un gouvernement rai s on 11 ab le. Il choisit ce dernier parti , n'ayant nulle envie de perdre l'argent et le sang qu'il avait sacrifiés à. la dtletisc de I;i Sicile, ni de renoncer à son action sur l'Italie, do l'affaiblir en Espagne, d'exposer Malle et les îles Ioniennes, en un mot, d'abdiquer la souveraineté de la Méditerranée.
Lord William Benlinek, cliargé de la nouvelle politique on Sicile, cumula dan.- sa personne les fondions d'ambassadeur et de commandant des furces britanniques. Arrivé à ralentie lui mois tir juillet, au moment même où l'on embarquait pour leurs destinations
lestalion, lord Bentinck fit des remontrances contre les mesures arbitraires de la cour; il insista, afin qu'on retirât le monopole du gouvernement à la colonie des émigrés napolitains; il ne cacha pas ses sympathies en faveur do l'opposition; il s'efforça de faire entendre raison au roi par l'entremise de son gendre le duc d'Orléans; mais il échoua compléte-
Alors on le vit partir tout à coup pour l'Angleterre ; et, au bout (le quarante jours, au mois de décembre 1811, il revint avec des pouvoirs illimités. Eu vain, comme dernière tentative, suspendit-il le
milices; elle cajolait les chefs des corporations ouvrières ; elle s'apprêtait ouvertement à une levée de boucliers. Lord Bentinck lui en épargne la peine. Il fait
marcher sur Palerme les troupes anglaises lie Messine, Milnzzo et Trapani; en même temps, il annonee au prince François, héritier présomptif do la couronne, que les hostilités vont commencer, que le résultat sera d'embarquer pour Londres le roi et la reine , et que, quant à lui, s'il no veut pas do la couronne , il trouvera aussi un naviro pour aller en Angleterre. Tout le courage île la cour manqua dans cette extrémité. Lu roi, tombant malade officiellement, quitta les affaires et alla s'établir dans son pare de la Ficuzza ; la reine s'éloigna dol'alcrmo ; le prince royal fut nommé vicaire général du royaume; les ministres napolitains cédèrent leur pince à des Siciliens; les cinq nobles proscrits retournèrent en triomphe ; trois d'entre eux reçurent des portefeuilles ; lord Benlinck, avec le litre do capitaine générai, prit aussi le commandement en chef de l'armée sicilienne ; un rétracta les ordonnances illégales do 1811, et on convoqua le parlement aveo l'intention do fuira réformer par lui la constitution, que l'expérience avait montrée insuffisanlo ti garantir la liberté individuelle et publique. Tout cela so passait en 18I2, dans ce mois de janvier si néfii.atc pnur lus Bourbons de Naplcs.
Les détails que nous venons de donner dessinent nettement la nouvelle position que prit l'Angleterre vis-à-vis do la Sicile. D'abord, In (irande-l'rotagnc confirma par son propre fait le principe qu'elle était l'alliéo de la Sicile, et non pas d'un homme ni d'une dynastie; sans cela, de quel droit aurait-elle forcé la main au roi Ferdinand 111? En second lieu, le cabinet Bnglaia fil un pas au delà do son ancienne alliance offensive et défensive ; il contracta une vraie solidarité
avec lu Sicile pour le maintien des réformes dans le gouvernement de celte !!e. On peut s' on Étonner; mais c'est cela. Les changements do 1812 furent accomplis par l'action commune du parti constitutionnel de la Sicile et du gouvernement istielais ; or, l'action commune porte à la ivsptjTisialdlili'' ^ilUairo , dans le droit des gens comme dans le droit civil, lia outre, l'analyse de cette action commune prouve que l'Angleterre 7 eut, clic, ses motifs et ses profits bien distincts do ceux de la Sicile. Quant à l'origine de la question, c'est-à-dire à la présence de l'armée britannique en Sicile, nous nous contenterons de l'explication un peu trop cynique qu'en fit lord Castclreaghàla chambre des communes, le 21 juin 1821 : « Le gouvernement britannique, dit-il, a porté toujours beaucoup d'estime et d'affection à la Sicile ; mais cependant ce n'est pas tout à fait à cause do ee sentiment ou pour assurer le bonheur de la Sicile que des troupes anglaises y ont été stationnées : au fait, ce ne fut qu'une occupalion militaire." Oui, une occupation militaire en 1800, et de même eu 1812, le renversement d'un pouvoir tyranniquo et déloyal ne fut en réalité qu'une opération stratégique nécessaire pour rendre lenablo la position qu'on av^il ucenpée. I.' \ngleterre n'en re-
séquences aussi, tomme le secours des troupes siciliennes en Espagne, des iiuutus plus Cari les d'attaquer lo royaume do Naplcs, le droit d'inscrire les mots de liberté et d'indépendant italinme sur les drapeaux que bientôt déploya lord lîentincksur les cotes d'Italie; elle en relira, enfin, ces exemplaires de la constitution sicilienne que le noble lord répandit eu Italie comme
appui moral de ses armes. Si la réforme sicilienne ils 18I2ful opérée jiai- l'ATi^le-tn-rc, et en partie aussi l>our l'Angleterre, celle-ci contracta l'obligation de la soutenir, comme elle se seriiil engagée à payer les inlêrêts de l'argent emprunté pour construire un camp retranché à l'usage de sou armée de Sicile. Aussi l'Angleterre jusqu'en 1814 remplit parfaitement son obligation moral i 1 , à laquelle rendirent témoignage tous les actes des représentants de celle nation en
Le premier de ces actes, celui qui vaut bien un traité signé dans toutes les formes , ce fut la participation officielle île lord Bcntinck dans le nouveau gouvernement de la Sicile. Ministre plénipotentiaire de la Grande-Bretagne , commandant général de sea furces dans la Méditerranée, lord Benl'mck accepta aussi le commandement en clief de l'armée sicilienne, et à ce litre, il siégeait ordinairement dans les conseils des ministres; il prenait part à la discussion des articles de lu constitution qu'on soumettait à la sanction royale, el les <\e» \ fuis que lu cour tenta de remuer avec sa enteric napolitaine cl le peu de partisans qu'elle avait dans l'île, lord Ilentinck y coupa court en confondant toujours se.; trm* qualités de diplomate, de général anglais et de commandant sicilien. Aussi, au mois de mars 1813, fit-il un usage immédiat de
tionnels, entre lesquels l'amio! Selliino, aujourd'hui président du gouvernement de la Sicile, avaient donné leur démission; le mr voulait in augurer le retour de son
gouvernement personnel en allant tulennellemenl à l'église, lili bien , ItfJ KcntiiLcL lui uiïrii une escorte anglaise, et commele rui s'abslirU et passa à as campagne
la Fnvo
rite, tout près de l'aient
o, le ministre anglais
l'y env
stoppa de troupes an^li
Malte, le laissa en
irtir aur-le-champ poni or mépris, rendit le pou
voir au prince royal et
lislrcs, et éloigna de Pal
erme, et bientôt de la
Sicile,
tant .le projets san-
es pour telle prétendue
restauration. Au mois
(Se juill
et, même dqilok'meiil
de forces dans une
«nidoj». ,»r la .mr.
Enfin, lord Benlinck
n'eiplic
■ris la P dissolution du
re titre que celui de
il publia la proela-
malion suivante :
ic Le lieutenant généra! lord W. IScntinck, ayant pris l'engagement, avec Sa Majesté le roi et Son Altesse le
îranquillifé publique ne soient compromises par l'assentiment qu'a donné le roi Ù l'établissement d'une constitution libre eu Sicile, et aussi pour d'autres considérations qui se présentent aux yeux de lout le monde (pur troppa Mnie ronxiilrrazioiii), fait savoir : « Que jusqu'à ce que le parlement qu'on doit convoquer ait pourvu à l'ordre publie et au bien-être de cette île ; jusqu'à ce que cessent la confusion et le désordre qui menacent d'une destruction fatale le salut de l'Élat et la liberté des sujets, et tant que l'œuvre glorieuse lie la constitution , heureusement commencée dons le parlement Je )812, ne tera pas parfai-
tement consolidée, il prend sur lui la responsabilité de maintenir h tranqttiltit* publique <in rï-yntime pir la force sous son commandement.
« 11 fait savoir aussi qu'il punira sommairement par précis militaires les perturbateurs île la tranquillité publique, les assassins et un tin ennemis île la constitution, qui pourraient d'une manière quelconque entraver la marche du gouvernement ou lui faire des oppositions.
- Païenne, 31 octobre 1813.
■i W. C. Bestcxce. «
Ceci n'Était ni plus ni moins qu'une dictature mili-
ser les attaques des ultra-royalistes et démocrates contre la constitution. Dans les paroles Iris-précises de lord Benlinckse résume tout ce que nous venons de dire sur l'intervention anglaise en Sicile. La cour essaya en vain de faire appel au ministère etda chatouiller l'opposition en Angleterre. Tout ce qu'elle obtint fut un article du Times, si inexact dans l'exposition des faits et rempli d'une telle violence contre la cause de la liberté en Sicile, qu'on le prendrait facilement pour un Éclat de ces bombes napolitaines que s'amuse à lancer le Times aujourd'hui.