V. À...,trente-deux ans, tourneur à Lyon et ÿ habitant
Jamais malade, mais toujours constipé. Entre à l'Hôtel- Dieu, salle Saint-Louis, lit 10, service de M. le D'Jaboulay, 15 novembre 1897.
Il y a huit mois, a commencé à souffrir dans la fosse iliaque gauche : la douleur était continue, sourde et permettait encore au malade de se livrer à son travail.
En septembre, le malade se rend compte qu’il s’est formé au côté gauche de l’abdomen une tumeur du volume d’une noix et lui paraissant profonde. Il rattache à cette tumeur les douleurs spontanées qu’il éprouve et qui exaspèrent la pression.
Il consulte un médecin qui lui ordonne un régime alimentaire (lait, végétaux, etc.) et des laxatifs fréquemment répétés. Les selles se régularisent sous l'influence de cette hygiène nouvelle, mais la timeur ne disparait pas, et le malade, inquiet, entre à l’'Hôtel-Dieu.
L'état général est excellent ; on trouve dans la région indiquée par le malade une tumeur bosselée, douloureuse à la pression et qu’il est facile de faire rouler sous le doigt. On l’évalue au volume d’une orange et malgré l'état satisfaisant du malade, on conclut à un néoplasme difficile à localiser. D'ailleurs, le malade dit avoir eu quelquefois des hémorragies intestinales peu abondantes, le sang apparaissant surtout à la tin de la défécation,
L'intervention est décidée et l'opération pratiquée le 23 novembre.
ER Capri
Opération. = Incision parallele à l’arcade crurale et à 1 centimètre au-dessus. On trouve une poche formant kyste autour du côlon sigmoïde. On ramène avec des tampons et les doigts un mélange de pus et de matières fécales dont l'odeur rappelle celle du pus d’appendicite. On se trouve en présence d’une poche communiquant avec l'intestin par une ulcération siégeant sur la paroi de celui-ci et ayant formé une péritonite enkystée développée sans grande réaction douloureuse ni fébrile.
Où draine avec de la gaze; pas de suture, mais un simple point de contention pour maintenir deux tampons obstruant la plaie.
L'opération avait duré vingt minutes. Le malade na pas vomi et les suites opératoires ont été parfaites. Soir, LR 978,
24 novembre. — T,
— 38 degrés et 38°4. Pas de selles.
Le malade urine bien, ne vomit pas.
25 novembre. — T. — 383 et 38°1, L'état général est excellent, Limonade citrique et lait.
27 novembre, — 1% pansement : On enlève le fil métallique. La plaie est en hon état; ses bords s’en écartent
légerement, On y laisse les tampons. Le malade n’est pas encore allé à la selle.
29 novembre, — 2€ pansement : On enlève les deux tampons. La plaie ne bourgeonne pas. Pas de pus ; un peu de matières fécales. Pas de météorisme. Ventre non douloureux. Pas de température.
Le malade n’a pas encore eu de selle ni de gaz, ais il accuse de lui-même quelques gargouillements au niveau de
sa plaie.
Il mange pourla première fois un morceau de vollaille et quelques pruneaux,
30 novembre. — 3" pansement: Sortie d’abondantes matières fécales non mêlées de pus par la plaie largement ouverte. Un véritable anus contre nature s’est formé. Le malade n’a pas eu de selles, mais quelques gaz.
1% décembre. — 4"° pansement : L'état général est excellent ; pas de température. Les matières sortent assez abondantes par la plaie.
L'ensemble des signes constatés reste le même pendant quelques jours, jusqu’au 9 décembre où le malade va abondamment à la selle. Les matières émises sont comme moulées.
Depuis cette date, l’état général reste bon, le malade dort bien et mange de bon appétit. Il va à la selle tous les deux ou trois jours et, chaque matin, on change son pansement sovillé au début par d’abondantes matières fécales qui paraissent maintenant diminuer un peu.
Chez ce malade, on s’est donc trouvé en face d’une inflammation subaiguë de LS iliaque accompagnée d’une péritonite enkystée due à la stagnation stercorale. Cet ensemble peut être qualifié : sigmoïdite et périsigmoïdite. L'intervention à été favorable au malade puisqu'elle l’a débarrassé de la cause de son infection ; l’anus contre nature qui s’est formé est un mode heureux de guérison, mais il est à supposer que, dans ce cas comme dans celui qui va suivre, la fermeture complète de cet anus sera longue à venir et nécessitera sans doute une nouvelle intervention.
RD
OBSERVATION VIII (inédite).
M. J..., employé des télégraphes, trente-deux ans. Rien dans les antécédents, mais habituellement constipé.
Le malade raconte que dans la nuit du 16 au 17 janvier 1897. il fut pris de légères coliques suivies de selles mêlées de sang.
Le lendemain et les jours suivants le malade allait à la selle dix à douze fois par jour ; les évacuations étaient diarrhéiques et sanguinolentes.
Le médecin appelé institua le régime lacté et ordonna des poudres absorbantes.
Mais les fonctions intestinales restèrent compromises et, en juin dernier, le malade accusa de violentes douleurs dans Ja fosse iliaque gauche et fut obligé de s’aliter. Sur le conseil de son médecin il entra à l’Hôtel-Dieu le 16 juillet, dans le service de M. le D' Jaboulay.
On constata alors dans la fosse iliaque gauche un boudin volumineux, long d'environ 12 centimètres, dur à la pression, peu mobile, douloureux. L'aspect général du malade est cachectique; il a maigri beaucoup, n’a pas d’appétit ; souffre continuellement; les évacuations dysentériques le fatiguent beaucoup. On songe, comme dans le cas précédent, à un néoplasme du côlon descendant et on décide d’intervenir.
L'opération est pratiquée le 17 juillet. On arrive comme chez le malade de l'observation VIII, sur un boudin ster-
LS ee coral perdu dans une anse sigmoïde rouge, tuméfiée, ecchymotique, séro-purulente.
Le lendemain de l'opération, le malade eut encore quelques selles, mais le {8 juillet il ne rendit rien par l’anus tandis qu’on trouvait un pansement souillé par un magma fécaloïde d’odeur infecte.
Les jours suivants, le malade continua à vider son intestin par cet anus contre nature et n’eut plus de selles proprement dites.
La fièvre n’a jamais été manifeste. Le malade est resté pendant dix jours à la limonade citrique et au lait puis a commencé à manger quelques aliments légers.
Il fut pansé régulièrement tous les jours et l’état général s’améliorant rapidement, il put quitter l’Hôtel-Dieu le 10 août.
Nous avons eu depuis des nouvelles de ce malade. actuellement, la diarrhée a disparu ; mais il va toujours à la selle par son anus artificiel, tandis qu’il ne rend par le rectum que quelques filaments muco-sanguinolents tous lesquatre ou cinq jours.
Les douleurs ont complètement disparu, l’appétit est bon et, à part l’infirmité dont souffre encore le malade, l’état général est parfait.
Dans ce cas particulier, on s’est donc trouvé en présence d’une dysentérique ayant dans son Siliaque ane véritable banquise stercorale permettant encore l’évacuation des fèces. L’anse sigmoïde se trouvait déjà par le fait de la dysenterie en état de moindre résistance et on s'explique ainsi plus facilement encore le processus inflammatoire dont elle a été le siège.