COMPTE RENDU SUR M. LEB AIGUË
tenant qu'elle Vest)^ varierait bientôt (c*est rïistintGnsLnt qu^elle varie) non seulement de ville à ville et d'homme à homme, mais chez le même individu,,. ».
Mais c'est assez contredire Tauteur d'un travail étudié et sincère, surtout quand on ne s'écarte de lui que sur les détails ou sur l'abstraction. Que le lecteur lise avec soin M. Lebaigue, qu'il me fasse Thonneur de tenir compte de mes objections, et qu'il se fasse un avis lui-môme, sans hâte et sans parti pris, car ces petites questions en valent la peine; les minuties d'une mauvaise orthographe coûtent des millions au pays qui a la faiblesse de la garder.
(Revue critique d'histoire et de littérature, 21 octobre 1881îr)
L'utilité d'une simplification de l'orthographe est chose évidente. D'où peuvent venir les objections? de l'habitude d'abord. Il est certain qu'on ne doit pas tout bouleverser. Les gens qui ont appris à écrire quatre hommes peuvent demander qu'on ne se mette pas à écrire katrom, car ils ne reconnaîtraient plus leur propre langue. Il faut réformer avec hardiesse, mais avec mesure.
Ensuite, il y a des objections qui viennent des fausses théories. Je me propose d'étudier ici une de ces fausses théories, celle de la distinction des homonymes, celle qui fait écrire le nombre vingt avec un gf, pour le distinguer de U vint.
De quelle nature est notre orthographe? Il y a deux façons d'écrire les langues : on note ou bien les idées, ou bien les sons. 11 faut choisir : qui note les uns doit renoncer à tenir compte des autres. On ne court pas deux lièvres à la fois.
Un exemple de notation des idées existe chez nous : c'est la numération écrite. Si un Français voit un 1 à
gauche et un 2 à sa droite, il a l'idée d'une dizaine et de deux unités, et il dit : douze. Remplaçons-le maintenant par un Anglais. Celui-ci attache à ces mêmes signes exactement le même sens, mais il dit autrement : t\^clve. Ainsi la numération écrite note les idées, qui sont communes aux deux peuples; elle ne note pas les sons, qui diffèrent d'une langue à Vautre. Le principe de notre orthographe est tout juste le contraire. C'est une notation des sons, non des idées.
Cela est clair dans les mots dont l'orthographe est parfaitement pure, administratify il éliminai ^ le ctistor^ et même dans les autres. Dans louer, jouev, rouer, qu'est-ce qui varie? le son initial; aussi, dans récriture, ce qui varie est la lettre initiale; en somme, les variations de l'orthographe suivent les variations du son. L'idée, au contraire, peut changer sans que Forthographe change. On écrit exactement de même louer (vanter) et l'autre verbe louer (prendre à bail). Deux idées, mais un ^eul son ; donc, une seule façon d'écrire ; ici notre orthographe est fidèle à son principe.
Ce n'est pas une exception; elle lui est tidèle dans une foule d'autres exemples. Le français, en effet, abonde en homonymes que l'orthographe ne distingue pas. Nous écrivons la masse d'armes comme la masse des adhérents, la manne (panier) comme la manne du ciel, la grève des forgerons comme la grève sablonneuse, la casse (remède) comme la casse (brisure), l'arche du pont comme Y arche de Noé, le port d'armes comme le port de mer, la balle à jouer comme la balle du blé, la meule de foin comme la meule du moulin, la mine d'or comme la mine fatiguée, la lampe du mineur comme la tutelle du mineur, le soi de la France comme le sol dièze, la pêche à la ligne comme la pêche au vin, les cours de justice comme les cours des Facultés, le son du blé comme le son du clairon, lo coujye de vin comme la coupe du bois, la foyite de la selle comme la fonte du fer, la pompe h ineendie comme la pompe de la cérémonie, la bière à boire
40 LA SIMPLIFICATION DE L*ÔIlTHOGRAPHE.
comme la bière des morts, la rue Saint-Denis comme la rue (plante), la cannelle du bassin comme la cannelle (épice), le souci (tourment) comme le souci (fleur), le charme (agrément) comme le charme (arbre), le cousin (parent) comme le cousin (insecte), un élan (saut) comme un élan (animal), la botte de paille comme la botte de postillon et la botte qu'on pare.... Nous écrivons voler dans les poches comme voler dans les airs, cause?* avec quelqu'un comme causer un malheur, détacher (ôter une tache) comme détacher (ôter une attache), délié (détaché) comme délié (fin), cru (non cuit) comme cru (que l'on croit)....
Dans tout cela, l'orthographe française est conséquente avec elle-même. Une seule prononciation, donc une seule notation. Si on était parfaitement logique, il est clair qu'on écrirait d'une même façon exhausser et exaucer^ compter et conter, le paon et le pan, le poids et le pois, le coing et le coin.
Certains homonymes de même orthographe diffèrent par le genre : ainsi le page et la page. Il y en a un bon nombre : mort, tour, souris, voile, crêpe, foudre, ponte, livre, manche, poste, vase, moule, poêle.... On voit que, logiquement, la poix devrait s'écrire comme le pois, la chaîne comme le chêne.
Certains verbes sont homonymes à certaines formes ; je peignais (peindre, peigner), je fondais (fondre, fonder), il a plu (plaire, pleuvoir), je vis (voir, vivre), ils virent (vivre, virer), ils mirent, ils murent, ils durent.... Certains substantifs sont pareils à des adjectifs : frais, prêt, aimant, grêle, fin, pieux, feu, pie, nue; ou à des participes : curé, tapis, marché, chaussée^ partie ; ou à d'autres mots encore : pis, sous, autour, outre, vers, or^ si. Certains adjectifs sont pareils à des formes verbales : court, sombre, grave, dure, lâche, tendre; beaucoup de substantifs sont dans le même cas : bois, mets, cours, pus, vins, bouge, lie, frise, t07ine, brise, plie, tente, prise, porte, tombe, tasse, mouche, fronde, joue, livre^ trompe, lave, redoute,
empire, sorte, voie, fond, nuit, sort^ part, bout, but, rit, lity bouche et boucher, pêche et pêcher, cloche et clocher, poissons, savons, gazons, rognons, salons, visions.,.. Leur, pronom, s'écrit comme leur, possessif; son et ton^ possessifs, comme son et ton, substantifs; lui, pronom, comme lui, participe; pas, négation, comme pas, substantif; et puis comme je puis, courir sus comme je ne sus que dire, en voici neuf comme un habit neuf. La logique voudrait qu'on écrivît aussi le puits comme je puis, vingt comme il vint, le doigt comme il doit, la faulx comme c'est faux, ils sont beaux comme signer les baux, le faix comme je fais, je sens comme sans reproche, oii vas-tu comme deux ou trois, c'est à moi comme il a peur.
Chacune de ces réformes contribuerait à ramener notre orthographe vers son principe fondamental; chacune débarrasserait la raison d'une anomalie qui la choque. Non seulement, d'une façon générale, il y aurait moins d'écart entre la façon dont on parle et la façon dont on écrit, mais l'esprit d'ordre aurait satisfaction sur un point particulier : la similitude d'orthographe, au lieu d'être la règle individuelle de telle ou telle paire de mots, louer, louer ou trompe, trompe, par exemple, serait la règle ordinaire des homonymes français.
Il subsisterait des distinctions, celles qui découleraient naturellement de quelque règle générale. Par exemple, tant que la règle générale sera de mettre un s à la seconde personne des verbes, tu vins sera écrit autrement que le vin. Mais on ne distinguerait plus jamais pour le plaisir de distinguer, et on ne recourrait plus jamais à des expédients aussi factices, aussi bizarres, aussi incohérents que l'addition d'un d dans poids ou d'un accent grave dans où.
Ces expédients, on peut le dire, sont le comble de l'absurdité. Ce sont des idées qu'on veut distinguer, ce sont des signes phonétiques qu'on emploie. On ajoute un t dans le puits pour marquer l'idée parti-
oulière que ce mot exprime (à la différence de je puis), mais on ne met plus ce t dans puiser^ qui pourtant contient la même idée; on ajoutait un l dans la faulx il n'y a pas encore bien longtemps, mais on ne le mettait pas dans faucher. Ces lettres distinctives sont-elles au moins fondées sur une différence étymologique? Pas toujours; un t ne peut distinguer étymologiquement le puits de je puis, car l'un vient du latin puteum et l'autre d'un verbe bas-latin poteo; un l ne pouvait distinguer étymologiquement la faulx de c'est faux, car l'un vient de falcem et l'autre de falsum. Est-ce par étymologie qu'on met uil g après n dans vingt? Non, car en latin le g est avant {viginti). Les accents, au moins, sont-ils employés avec quelque logique? Non, car le même accent indique deux sortes de mots, un adverbe dans là, où, une préposition dans à, dès; d'ailleurs il n'y a d'accent ni dans l'adverbe ici (et pourtant c'est le pendant de Ik) ni dans la préposition sous (et pourtant cette dernière a un homonyme, dont un accent la distinguerait).
Non seulement tout cela est absurde, mais cela devait l'être. Avec une écriture phonétique, comme l'est la nôtre, on ne peut faire bien que du phonétisme. Introduire la considération des idées dans la notation des sons, c'était chercher le gâchis.
Les expédients en question sont relativement modernes; ils sont dus aux savants, plus ou moins pédants, des XV®, XVI® et xvii« siècles. Le moyen âge ne les a pas connus; car il suffit de remonter au passé pour trouver toute faite l'orthographe simple, claire, logique et franchement phonétique qu'on réclame aujourd'hui. En vieux français , pour les homonymes comme pour tout le reste, on écrivait tout uniment comme on prononçait; on suivait d'instinct un principe unique, le principe indiqué par le bon sens, et on n'embrouillait pas les choses à plaisir.
JusquUci nous avons envisagé la question à peu près comme un problème de philosophie, non au point de vue de Tapplication, mais au point de vue de la raison abstraite. Il est temps d'en venir aux considérations pratiques.
D'abord, les expédients qu'on emploie à distinguer les homonymes sont inutiles; on peut parfaitement s'en passer. Observons en effet ce qui arrive pour les homonymes qui s'écrivent de même, et qui sont si nombreux. Si on lit que certains poissons se pèchent avec des vers, il ne vient pas à l'esprit de songer aux ve?'S qui riment ; et réciproquement, quand il est question des vers de Victor Hugo, on ne pense nullement aux vers de terre. On prononce en effet les mots mentalement; la nature de la phrase guide en môme temps que le son, et l'esprit va droit au sens juste; s'il y a des homonymes, il n'en soupçonne pas môme l'existence. Chacun peut faire la constatation sur sa personne. Et cela est si vrai que le public instruit, en général, ne s'aperçoit pas que l'orthographe soit si riche en homonymes non distingués les uns des autres. A part les maîtres de l'enfance et les linguistes, personne ne remarque combien les homonymes tels que vers sont fréquents. L'homonymie, pour le commun des lecteurs, est chose latente.
Tout le monde déchiffre sans peine une lettre qui contient des fautes d'orthographe. Si un jardinier m'écrit qu'il a une faux neuve, je comprends sans hésiter une seconde; bien mieux, je ne pense pas à l'adjectif faux. En fait, à moins de circonstances extraordinaires, l'homonyme d'un mot qu'on a sous les yeux est comme s'il n'existait pas.
C'est d'ailleurs ce qui arrive pour un mot qu'on entend prononcer. Si je parle au jardinier de sa faulXf
il ne songe p«is aux phrases comme C^est faux, Il faut ; si je parle au poète de ses vers, il ne songe ni aux vers de terre, ni non plus aux verres de Venise, aux arbres verts, ou à la pantoufle de vair de Cendrillon. Malgré ses homonymes innombrables, la langue française est claire quand on la parle. C'est qu'il y a bien des siècles qu'elle existe ; les formes qui auraient pu prêter à confusion ont été peu à peu soit distinguées, soit éliminées, le parler s'étant accommodé lentement aux besoins auxquels on l'a fait servir, comme un rameau qui traverse un mur se moule sur la fente.
Cette observation indique assez quel est le vrai moyen de rendre clair le langage écrit : c'est de le rendre aussi pareil que possible au langage parlé. Il faut laisser de côté les accents muets et les lettres muettes, qui ne servent qu'à résoudre péniblement des difficultés négligeables. Le temps que les enfants passent à apprendre qu'on met un d dans poids, un p dans corps et un accent dans où, qu'ils l'emploient plutôt à apprendre la ponctuation, c'est-à-dire la notation des inflexions de la voix. Là, ils seront sur le terrain de la prononciation, là leur peine sera fructueuse; là ils s'habitueront à écrire pour être compris, à lire sans ânonner.
Mais les expédients distinctifs ne sont pas simplement inutiles; ils sont nuisibles. •
Ils nuisent à la clarté de la langue, à laquelle on s'imagine bien à tort qu'ils contribuent; voici comment. Tout auteur qui n'est pas de premier ordre compte sur eux pour rendre ses phrases intelligibles, tant bien que mal; aussi prend-il moins de soin de surveiller son style, et celui-ci devient embarrassé et obscur.
Du moment qu'on ne peut comprendre qu'à l'aide de l'orthographe, la phrase est mal faite. Y ajouter des accents superflus et des lettres parasites, c'est faire comme l'enfant qui dessine, et qui écrit sous son œuvre chien ou maison. Soyons sûrs que le dessin de l'enfant
est informe. Soyons-en sûrs aussi, quelqu^un qui aurait vraiment besoin d'orthographier où et poids serait un grand enfant, qui écrirait très mal. Qu'on lui défende ces expédients, il faudra bien qu'il se mette à écrire comme un homme. Qui aura perdu au changement? le pédantisme orthographique. Et qui y gagnera? la langue française.
Les mêmes expédients distinctifs nuisent, d'une façon plus matérielle, par le temps qu'on perd à les étudier. Ce n'est pas une médiocre affaire de loger dans un cerveau tant de petites conventions décousues, qui ne sont fondées sur aucune raison appréciable et ne peuvent être ramenées à aucun principe un peu large.
Les lettres muettes ont encore l'inconvénient (relativement mince) de faire perdre un peu de temps et un peu de place dans l'écriture et dans l'impression. Mais une invention sérieusement regrettable est celle des accents muets.
Pour le puéril avantage de signaler aux yeux trois mots, pas un de plus (les trois mots à, /à, où), on est obligé d'augmenter l'alphabet typographique de deux caractères, à et ù. Qu'on juge de la complication pour les imprimeurs : deux lettres de plus à fondre dans chaque corps, en dix comme en neuf^en romain comme en italique; deux places de plus dans chaque boîte, des chances plus nombreuses de fautes dans la composition et d'erreurs dans le triage. Tout cela coûte ; or, quand l'imprimeur fait des frais inutiles, c'est le lecteur qui paie.
Est-il d'ailleurs si indispensable d'écrire l'auxiliaire il a autrement que c'est à moi'i La précaution est quelque peu exagérée; notre orthographe n'est pas toujours si méticuleuse, môme pour les verbes auxiliaires. Elle écrit sans scrupule je suis tombé comme je suis ma consigne, nous sommes comme des sommes d'argcntf fêtais comme des étais (et mes ourxriers étaient les meilleurs comme mes ouvriers étaient les
murs), qu'il fût comme un fût ^f ai été comme en été, et môme il est comme vers Vest, qui ne se prononce pas de même. C'est pour il est, bien plutôt que pour il a, qu'il y aurait besoin d'une notation distinctive; car, dans il est et vers Vest, la similitude d'orthographe peut égarer la voix, soit la voix réelle si on lit tout haut, soit, quand on lit les lèvres closes, cette voix mentale qu'on entend au dedans de soi-même. Or, c'est quand la voix s'égare que l'esprit se méprend.
Au lieu de maintenir les piètres distinctions qui encombrent notre orthographe, il y aurait tout profit à y faire d'autres distinctions, non en inventant des procédés de même nature, mais au contraire en se laissant aller à la logique et à la simplicité, en écrivant comme on parle. Qu'on ôte à fils son Z, et on ne sera plus exposé à prononcer fis pour fil, ou fil pour fis. Qu'on remplace ent non muet par ant, et la langue ne fourchera plus si souvent : on ne se surprendra plus à prononcer le président comme ils président, battu et content comme ils content, le couvent comme les poules qui couvent, le ferrrient comme les portes qui se ferment, les dangers qu'on pressent comme ceux qui pressent. On lira mieux et on comprendra mieux, parce que la voix sera mieux guidée.
L'orthographe claire, c'est celle qui guide la voix. La nôtre le sera d'autant plus qu'elle prétendra moins à ce qui n'est pas son rôle, guider l'esprit.
{Revue de renseignement secondaire et de
renseignement supérieur, 1" août 1889»)
Une Pétition à MM. les membres de rAcadémic française, en vue dune simplification de Vorlhographe, a été lancée, en mai 1889, par la Société de réforme orthographique; elle continue de se couvrir de signatures.
Beaucoup d'entre les signataires sont des savants spéciaux. C'est qu'aujourd'hui la science du langage, devenue méthodique, est réformatrice à bon escient, et par conséquent avec décision. Elle a démêlé comment on gagne à simplifier V orthographe, c'est-à-dire à rapprocher l'écriture de la prononciation ; elle sait que peu à peu, fût-ce très lentement, tout ce qui n'est pas la peinture des sons devra être éliminé. Elle favorise la tendance vers le phonétisme, parce qu'elle la sait légitime.
Non seulement légitime, mais utile; on peut le faire comprendre en quelques lignes. Supposons que, par application du principe phonétique, on se défasse des syllabes orthographiquement compliquées, comme chro — que, par exemple, chronomètre devienne cro* nomètrej — par là on abrégera les abécédaires où les enfants apprennent à lire. On abrégera de même leurs grammaires, si on y réduit les anomalies orthographi* ques —par exemple, si le pluriel des /"eu^x s'écrit comme
le pluriel des bleus. On diminuera pour eux les vains exercices de mémoire si, dans le vocabulaire aussi, on efface les contradictions (le fabricant par c, le trafiquant par qu), si on y corrige les absurdités (la /em me écrit comme le sel gemme), et si, au bout de trois siècles, on se décide enfin à mettre en valeur la lettre j, enrichissement déjà vieux de notre alphabet, et à écrire chanjer et chanjant^ gsiJQV et gajure, jôle. En somme, il est pogsible de réaliser l'économie de plusieurs mois d'école, ou leur meilleur emploi, pour chaque petit Français, Belge, Genevois, Canadien.... — En France, l'Etat aussi aurait son bénéjfice. Nous soutiendrions mieux la concurrence contre d'autres peuples, dont l'orthographe n'est pas rebutante. Les Italiens, sur une terre qui est nôtre, sollicitent les indigènes par leurs maîtres d'école et par leur orthographe très simple. Gagnerons-nous la partie? En tout cas, nous sommes trop bons de rendre des points, et il est temps que cette complaisance ait un terme. Il n'y a d'ailleurs à faire qu'un petit efTort. Mettons que, pendant huit jours, on doive avoir l'œil un peu dépaysé en ouvrant le journal ; qu'importe, si le progrès est de ceux dont le bienfait demeure, et s'il profite à la communauté de la nation comme il profitera aux individus?
Ces indications suffiront. Les considérations d'utilité ne sont pas l'objet de cet article, non plus que les considérations de science pure. Il s'agit, ici, d'examiner la simplification de l'orthographe à un tout autre point de vue, celui de l'esthétique.
Un tel point de vue est celui des délicats. II faut tâcher de les rassurer, si le changement les effarouche; et avec eux, par-dessus le marché, ceux qui se croient délicats parce qu'ils sont timides.