‹ La simplification de l'orthographeChapitre 2 sur 17 · PRÉFACE. VU · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VU

nouvelle édition de son Dictionnaire a marqué un pas vers le phonétisme, bien qu'elle ne se soit jamais piquée d'être phonétisante.

Ce qu'il y a de nouveau dans potre entreprise, c'est que des théoriciens parfaitement consciens, et qui tiennent à connaître leur propre pensée jusqu'au bout, ont tenu aussi à être modérés dans la pratique. Marie au xix® siècle, Meygret au xvi% avaient été des réformateurs un peu pressés. Ils avaient voulu faire appliquer d'emblée le phonétisme pur, arracher à nos grands-pères des résolutions qui pourront convenir à nos lointains descendans.

Nous n'avons pas répudié leurs doctrines, parce qu'elles sont vraies, et que la science la plus scrupuleuse ne peut que les ratifier. Nous n'avons ni renié, ni tu, ni escamoté, ni entortillé, ni raillé aucune idée qui fût juste en elle-même. Mais nous avons pensé qu'à chaque jour suffit sa peine, et qu'en orthographe, comme en politique, il ne faut demander aujourd'hui que ce qui peut s'obtenir demain.

A cette modération est dû notre succès auprès du public que nous sollicitions. Notre pétition a été signée par les linguistes les plus compétents, soit à l'Académie des Inscriptions, soit dans le haut enseignement. Le Collège de France, les grandes Écoles, les Facultés nous ont donné plus de 250 signatures ; les lycées et collèges plus d'un millier; les écoles primaires plus encore, et pourtant, auprès des instituteurs et institutrices, nous n'avons pu faire de propagande méthodique presque nulle part. Les

vin PRÉFACE.

grands et les petits journaux ont été amenés, parfois malgré eux, à discuter la pétition, soit pour la prôner, soit au moins pour la combattre.

Voilà des résultats d'autant plus remarquables, que la Société de réforme orthographique avait entrepris son œuvre sans s'inquiéter d'avoir d'abord de l'argent. Il a fallu que chacun de nous comptât sur sa propre ardeur et sur la bonté de la cause. Il est vrai que les adhérens, les apôtres même, sont venus s'offrir à nous, chacun faisant de son mieux, dans l'intérêt de ses compatriotes et de son pays et parce qu'il sentait qu'à nous aider il allait avoir bonne conscience.

Nous avons dû à cet empressement une des jouissances aujourd'hui les plus rares : c'est de voir des Français travailler ensemble de bon cœur à un même progrès pacifique, avec la conviction commune que c'est au profit de la France, et sans se demander si d'autres convictions les séparent. Tel de nos plus ardens zélateurs est connu comme protestant, tel prêtre catholique a écrit pour nous les articles les plus étudiés et les plus fermes. Nous avons des adhérens dans le Conseil municipal de Paris, les uns de gauche, les autres de droite ; dans nos listes, Tordre alphabétique nous a donné le plaisir de mêler leurs noms fraternellement.

Un succès particulier dont nous nous félicitons, c'a été de faire comprendre aux gens éclairés l'utilité nationale de la réforme. Presque tout le monde, au début, ne pensait qu'à l'intérêt scolaire. On s'est enfin

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