‹ La simulation de la folieChapitre 16 sur 48 · TOUS LES CRIMINELS NE SONT PAS SUSCEPTIBLES DE · texte numérisé non relu

TOUS LES CRIMINELS NE SONT PAS SUSCEPTIBLES DE

(1) Parant. Note sur la transformation de la folie simulée en folie véritable. Ann. méd. psych., 1885, t. II, p. 25.

simuler la folie. — Un militaire condamné aux travaux publics avait, sur les instigations de ses camarades, simulé la folie pour se faire réformer. Lui ayant demandé pourquoi ceux-ci ne mettaient pas à profit pour eux-mêmes les conseils qu'ils lui donnaient, il me répondit textuellement: «Cela dépend des caractères, tous ne peuvent pas faire le fou. »

En effet, lorsque j'étudie le simulateur, je trouve que dans la très grande majorité, il est un taré dans son système nerveux, un prédisposé avec stigmates. C'est ce que Wille (i) formule en ces termes : «Dans ma vaste pratique médico-légale, je n'ai pas trouvé un seul cas de trouble mental simulé chez un homme dont l'état mental fût réellement normal. Les gens qui ont recours à ce genre de supercherie sont toujours entachés d'épilepsie, d'alcoolisme ou de prédisposition névropathique héréditaire, de sorte que leur état mental confine d'aussi près à la maladie qu'à la santé morale. Je partage donc l'opinion du plus grand nombre des médecins de la spécialité d'après laquelle la simulation de la folie par une personne absolument saine d'esprit doit être considérée pour une rareté tout à fait exceptionnelle. »

Mon observation personnelle me porte à penser comme Wille. Cependant lorsque j'étudie les faits consignés dans la science, j'en trouve dans lesquels il est nettement indiqué qu'il n'existait aucune tare;

(1) Wille. Medico légal Journal. New-York 1885, p. 38, analyse in Ann. médico psychol., 1886, t. III, p. 243.

ces cas sont rares par rapport aux autres, mais ils existent et, par conséquent, on doit en tenir compte. Ceci m'amène tout naturellement à étudier le simulateur envisagé dans sa prédisposition.

Donc, le simulateur est dans la grande majorité des cas un prédisposé. Lorsque je le considère sous ce jour, les faits me montrent sa prédisposition être héréditaire ou acquise et, dans ce dernier cas, être surtout d'origine alcoolique.

Comment se traduit-elle?

Si, pour m'en rendre compte, je groupe les observations dans lesquelles les caractères de la prédisposition sont indiqués, je vois celle-ci se traduire le plus ordinairement par des stigmates moraux tels que mauvais caractère, irritabilité, colère, brutalité, méchanceté, insubordination, indiscipline, appétences diverses, paresse, etc., tous stigmates s'associant de façon variable ou restant isolés suivant les cas. Quelques exemples pour illustrer ce qui précède.

L'indiscipline et le mauvais caractère obligent D... (i) à quitter de bonne heure la maison paternelle. La femme E. . (2) était hypocrite, menteuse, elle avait compromis un religieux par des histoires de

(1) E. Laurent. Ann. méd. psych., 1880, t. VIII, p. 228.

(2) Marandon de Montyel. Ann. méd. psych., 1879, t. VI (sept.).

visions, volé son mari, simulé sur elle-même une tentative de suicide, avait fini par se rendre insupportable à son entourage et était partie pour courir le monde avec un amant. W.. (i), dans tout le cours de son existence a fait preuve d'une méchanceté infernale, d'un besoin de nuire à autrui qui s'est manifesté par des actes tout à fait exceptionnels. Il dénonce les locataires de la maison qu'il habite, excite les gens les uns contre les autres, répand des ordures dans les escaliers de sa maison et accuse les voisins de cet acte ; a}'ant appris qu'une personne était malade dans la pièce située au-dessous de celle qu'il habite, il se met à sauter et à danser, etc., etc.. Maumy (2) se montre jaloux, colère, brutal, surtout quand il a bu et il boit volontiers. Sa femme, pour éviter d'être battue, est obligée de fuir sa maison et d'aller coucher hors de chez elle. A..., dont je parlerai tout à l'heure, d'après Baillarger, est une pervertie génésique. Baptistin a de très bonne heure une appétence marquée pour les boissons alcooliques; de même Gr .. auquel il a suffi de goûter de l'eau-de-vie à l'âge de 14 ans pour que son attraction pour cette boisson devienne bientôt irrésistible. Pierre s'est montré de tout temps un indiscipliné et un appétent pour la boisson ; il a des colères faciles, un rien met son irritabilité en activité ; un jour, un infirmier veut lui

(1) Longard. Archives de neurologie, 1895, t. XXX, p. 419.

(2) P. Garnier et Vallon. Arch. de neurologie, 1895, t. XXIX, p. 161.

faire changer de costume, il refuse, s'élance sur lui et menace de l'étrangler. Joseph s'est montré toute sa vie revêche, insubordonné, indiscipliné, paresseux ; dès l'âge de onze ans, son besoin de boire était tel que, dès qu'il avait quelques sous, il courait au café ; plus tard, se développent de l'appétence pour le tabac et de l'excitation génésique. Henri est paresseux, coléreux et ivrogne.

Je pourrais multiplier les exemples. Ainsi, si je prends les observations publiées par Ingegnieros, je trouve, à peu près dans toutes, des tares psychiques plus ou moins prononcées, mais généralement très prononcées et plus ou moins semblables à celles que je viens de relater.

Bref, dans la généralité des cas, le simulateur est un prédisposé ou, si l'on préfère, un dégénéré, chez lequel la prédisposition se traduit par des perversions morales. A ces perversions s'ajoutent parfois del'épilepsie ou de l'hystérie et souvent un arrêt de développement intellectuel plus ou moins marqué, pouvant aller, dans certains cas, jusqu'à l'imbécillité. Cependant, il n'en est pas toujours ainsi, le simulateur peut se montrer intelligent, parfois même très intelligent, ainsi, D..., Maumy, etc..

Faut-il voir quelque rapport entre la modalité de la prédisposition rencontrée chez le simulateur et la simulation elle-même ? On pourrait le croire au premier abord; il n'en est rien.

Si on trouve plus souvent cette modalité chez lui, Mairrt; Simulation de la folie. . 6.

cela tient simplement à ce que les anomalies psychiques qui la caractérisent sont les mobiles qui l'ont entraîné au crime. Si nous étudions, en effet, à ce point de vue les simulateurs, voici ce que nous voyons :

C'est pour satisfaire ses appétences pourla boisson, les femmes, etc., appétences liées à sa constitution psychique, que Joseph est devenu un voleur d'habitude. De même Baptistin. Pierre, cet indiscipliné et coléreux dont je viens de parler, après avoir purgé plusieurs condamnations pour vols ou vagabondage, est condamné pour insoumission, comme soldat, aux bataillons d'Afrique. 11 déserte plusieurs fois, se livre à des voies de fait sur un sergent et un capitaine et met le feu à ses effets.

Le coléreux et brutal Maumy jette sa femme par la fenêtre d'un troisième étage dans l'intention de la tuer. M..., dont la méchanceté est infernale, tue sa femme. E .., hypocrite et menteuse, accuse un négociant de lui avoir fait des propositions malhonnêtes et d'avoir voulu la violer. C'est pour satisfaire ses appétits génésiques qu'une mère, dont je vais dire l'histoire, obligea son enfant à des actes révoltants.

Ce n'est donc pas à la modalité de la prédisposition qu'il faut demander le pourquoi des aptitudes nécessaires à la simulation, mais à la prédisposition ellemême. Cela se comprend; le prédisposé, peu importe la forme revêtue par sa prédisposition, est un individu qui incline plus ou moins, et souvent plutôt plus que moins, vers la folie, c'est-à-dire est un individu qui,

par divers côtés de sa constitution psychique, se rapproche plus ou moins de l'aliéné et est, par conséquent, plus apte que l'homme normal à imiter celui-ci. Cependant il n'en est pas moins vrai que le simulateur est ordinairement un perverti moral.

La prédisposition étant généralement à la base de la simulation, on comprend que d'anciens aliénés, devenus criminels, simulent parfois la folie pour échapper à la punition qui les attend.

Il en est ainsi dans le cas suivant que je résume d'après Baillarger :

Obs. I. — A (i) ... est une femme de 38 ans, accusée par la voix publique d'avoir prostitué sa fille aînée à l'âge de 15 à 16 ans et traduite devant les assises pour un acte monstrueusement immoral ; elle avait usé de violence envers sa dernière fille, âgée de 10 ans, pour la forcer aux manœuvres les plus odieuses en lui appliquant de force la tête sur ses organes génitaux.

A... est une hystérique qui, avant son mariage, avait des crises de nerfs très-violentes; il fallait quatre ou cinq personnes pour la maintenir. Après son mariage, elle a un accès de folie qui dure six semaines, sans nécessiter toutefois la séquestration dans une maison de santé. Toujours très-exaltée, elle faisait des scènes pour les motifs les plus futiles.

Après son arrestation, A... n'avait rien manifesté qui pût

(1) Folie simulée par une ancienne aliénée. An», méd. psych., 1853, 2e série, t. 5, p. 466.

faire penser à l'existence chez elle d'un trouble psychique, ce ne fut que quelques heures avant d'être jugée qu'elle donna subitement des signes de folie.

Baillarger fut appelé et constata chez A... tous les signes d'une démence très avancée. A... avait les manières d'un enfant ; elle prétendait ne pas reconnaître une montre, des pièces de monnaie, un chapeau, etc., en même temps elle se livrait aux actes les plus bizarres.

i Quand on lui adressait les plus simples questions, elle feignait de chercher, puis répondait d'un air niais qu'elle ne savait pas; elle ne pouvait plus compter jusqu'à trois, ne connaissait plus l'argent, riait ou sanglotait sans motif».

L 'exagération même de ces troubles imposait l'idée de simulation.

Donc, le simulateur est dans la très grande majorité des cas un taré dans son système nerveux. Cette conclusion est importante, nous le verrons plus tard, au point de vue de la responsabilité. Toutefois, il faudrait se garder de croire, qu'il en soit invariablement ainsi ; on trouve je l'ai dit, dans la science, quelques observations où il est expressément noté que le simulateur est indemne de toute tare.

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