‹ La simulation de la folieChapitre 30 sur 48 · LYPÉMANIE · texte numérisé non relu

LYPÉMANIE

Les observations de lypémanie simulée sont, je l'ai dit, peu nombreuses et, parmi celles publiées dans la science, il en est dont la relation incomplète ne permet pas de dégager les éléments propres à faire naître le doute dans l'esprit du médecin et à établir le diagnostic de simulation. Toutefois, malgré cette pénurie, celles que nous possédons veulent être étudiées et, suivant nos errements, nous ferons précéder leur étude d'un sommaire symptomatique de la lypémanie.

Résumé symptomatique. — Voyez cette malade, malgré le bruit qui se fait autour d'elle, elle reste immobile sur sa chaise, étrangère à ce qui se passe ; ses traits contractés expriment la tristesse; ses yeux fixés à terre et toute sa physionomie indiquant la concentration de son moi vers une idée. Approchez-vous d'elle et il faudra que vous l'interpelliez, même assez vivement, pour qu'elle lève vers vous un regard douloureusement triste. Interrogez-la, et ce n'est qu'après des demandes souvent répétées que vous obtiendrez d'elle une réponse lente et dite d'une voix plaintive et que vous arriverez à savoir la nature de sa préoccupation. Celle-ci, variable suivant les cas, se rapporte, tantôt aune idée hypochondriaque, tantôt à une idée d'auto-accusation, de ruine, de damnation, etc., etc. A ces idées délirantes s'ajoutent volontiers des hallucinations qui

les entretiennent, les activent et donnent à certains moments à la malade une attitude particulière. Sans courage, cette femme est aussi sans volonté suffisante pour lutter contre le délire qui l'étreint.

Voyez cet autre malade, sa physionomie porte, elle aussi, l'empreinte de la tristesse, ses traits sont plus contractés encore que ceux de la précédente et expriment un état d'angoisse que soulignent ses plaintes et ses gémissements. Mais, à l'inverse de sa voisine, elle ne peut rester immobile, elle va et vient, marche continuellement à petits pas et en gémissant. C'est la lypémaniaque anxieuse qui, malgré sa douleur, ne verse pas plus de larmes que la précédente.

Examinez les différentes fonctions de ces malades et vous trouvez de l'insomnie; une peau sèche, plus rarement huileuse ayec odeur particulière ; une respiration superficielle et dont le rythme est en rapport avec le degré de l'inquiétude; des douleurs névralgiques; de l'inappétence; une langue saburrale ; de la constipation; un ralentissement de la fonction hépathique et de la nutrition générale, et, au contraire, une suractivité de la nutrition cérébrale, une exagération des réflexes, etc., etc.

Ombres portées au tableau clinique par la simulation. — On comprend qu'un semblable état pouvant durer des semaines, des mois, soit difficile à imiter et attire peu le simulateur, d'où la pénurie des cas de simulation de cet ordre. Ceux que nous possédons nous montrent des ombres suivantes :

Préoccupations n'existant pas chez le lypémaniaque. Symptômes atteignant trop rapidement leur summum

d'intensité. Incohérence des signes cliniques. Absence des symptômes physiques propres à la maladie ; pas d'inappétence; pas d'insomnie; pas de dimi.iution du nombre des respirations, etc.

N. . . cette jeune fille de 19 ans, dont nous avons rapporté précédemment l'histoire à propos de la forme lypémaniaque de la simulation (obs. XV), avait des préoccupations incompatibles avec lalypémanie religieuse dont elle paraissait atteinte : Se trouvant mal nourrie, elle demande à être traitée comme pensionnaire et indique la personne qui pourrait répondre de ses dépenses.

Dans l'observation suivante, on retrouve les autres ombres que j'indiquais tout à l'heure.

Obs. XXXIII. — L... (1), 23 ans, sans antécédents héréditaires, caissier, ayant deshabitudes alcooliques modérées, très joueur, prend une forte somme dans la caisse de son patron pour payer une dette de jeu. .

Il est arrêté ; interrogé dès le lendemain de son arrestation, il est déprimé, ahuri, répond avec difficulté aux questions qu'on lui pose et a une attitude méfiante. Peu de jours après, il accuse des idées de persécution, des hallucinations de l'ouïe, de la vue, de l'odorat qu'il ne peut spéfier et des idées de suicide.

La rapidité avec laquelle le délire avait acquis l'intensité qu'il présentait, l'absence de période prodromique, l'incohérence symptomatique, l'absence d'inappétence, d'insomnie, d' hyper esthésie, de refroidissement des extré-

(1) Ingegnieros. Loc. cit., obs. XXV, p. 139.

mités, du nombre des respirations, de l'exagération des réflexes, toutes ces particularités firent soupçonner la simulation.

Un examen médico-légal affirma l'existence de celle-ci et montra que, déprimé moralement, L... avait exagéré sa dépression et simulé des idées délirantes et des hallucinations.

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