DÉMENCE SIMPLE
Résumé symptomatique. — Je serai bref sur la description clinique de cette démence, je rappelerai seulement les points suivants nécessaires à l'étude de la simulation.
La démence simple ou démence secondaire est la conséquence d'une aliénation mentale qui use progressivement la cellule cérébrale et l'affaiblit dans son fonctionnement. Ce sont d'abord les choses récentes, les choses du moment que le dément oublie, se souvenant parfaitement encore du passé; puis, progressivement celles-ci s'effacent par tranches successives, en allant du récent à l'ancien et il peut en arriver à ne se souvenir que des choses de son enfance. Tout cela met un long temps pour se produire, de même que l'affaiblissement de la sensibilité morale, du raisonnement, du jugement et de la volonté. Une fois constitué l'état démentiel est continu, sans intermittence, sans variations, suivant les moments.
Naturellement le regard et la physionomie du dément expriment la déchéance psychique, ils sont l'un et l'autre sans grande expression, du moins lorsque la démence est un peu marquée.
Ombres portées au tableau clinique par la simulation. -- Chezlesimulateur,ladémenceapparaîtgénéralement rapidement, brusquement même, et atteint non moins rapidement, non moins brusquement, un très haut degré d'intensité.
G. H. (obs. XXI) ne donne aucun signe de trouble mental devant le Juge d'instruction, il se conduit et parle raisonnablement; c'est seulement lorsqu'il voit qu'il va être atteint par les rigueurs de la loi, qu'il feint d'avoir perdu la mémoire et répond à toutes les questions qu'on lui pose : « Je ne sais pas », et, en même temps, il émet un délire incohérent. Dès ce moment, l'affaiblissement intellectuel est si marqué qu'il ne reconnaît même plus ses sœurs.
Etienne (obs. XXII) se défend d'abord avec habileté, et, tout à coup, il affecte un délire niais et incohérent, son regard est hébété, sa physionomie stupide et la salive s'écoule de sa bouche; puis, après une espèce d'attaque, il perd toute sa mémoire, il ne sait plus exactement son nom, son âge, ne connaît plus les pièces de monnaie, son écriture elle-même, par ses caractères, trahit une démence profonde.
A... (obs. I), quelques heures seulement avant d'être jugée, alors que jusque-là elle n'avait présenté aucun trouble psychique, A..., manifeste tout à coup les signes d'une démence très avancée. Elle avait les manières d'une enfant, prétendait ne pas reconnaître une montre, un chapeau, despièces de monnaie,
et, aux questions les plus simples, elle répondait qu'elle ne savait pas.
Ce début, cette intensification brusques et rapides de la démence sont bien faits pour jeter des doutes et des doutes profonds dans l'esprit du médecin. Ces doutes s'augmentent encore souvent par la constatation d'un autre élément, la variabilité d'intensité de cette démence, suivant les moments et même, au même moment, suivant l'intérêt du malade.
A..., qui semble être dans la démence la plus profonde, lit cependant très bien à haute voix et avec suite les pièces relatives à ses affaires; elle donne des explications et se rappelle certains faits, etc.
A..., qui, pendant la matinée, n'avait rien présenté d'extraordinaire, répondait et agissait comme d'habitude, appelée dans le cabinet du médecin, perdait tout à coup toute notion, toute idée, arrivant ainsi au dernier terme de la démence. Quand on lui adressait les questions les plus simples, elle feignait de chercher, puis répondait d'un air niais qu'elle ne savait pas ; elle ne pouvait plus compter jusqu'à trois, ne connaissait plus l'argent, riait ou pleurait sans motif, etc.
G. H. s'intéressait à des choses auxquelles ne s'intéresse pas un dément arrivé au degré d'affaiblissement intellectuel auquel il paraissait être arrivé et ressentait des émotions qu'un semblable dément est incapable de ressentir. Il restait des heures entières à la fenêtre, s'intéressant à ce qui se passait dans la
cour et, mis en présence de ses sœurs, il se troublait et rougissait.
Il arrive parfois que non seulement le simulateur feint une démence très profonde, mais que, voulant trop bien faire le fou, il émet des réponses non en rapport avec la demande, introduisant ainsi un symptôme atypique dans sa simulation. C'est le cas d'Etienne (obs. XXII) qui est « dans un état complet de démence, ne faisant que des réponses n'ayant aucun rapport avec la demande. »
En résumé, la rapidité, la brusquerie de l'apparition et de l'intensification de la démence chez un prévenu, V exagération de cette démence à certains moments et, à plus forte raison, sa disparition à d'autres , la constatation de symptômes atypiques seront les éléments qui feront naître le doute dans l'esprit du médecin relativement à une simulation possible, et lui imposeront le diagnostic de simulation.
Dans les cas, où, comme chez B .. (obs. XX), la démence se produit lentement, progressivement, précédée pendant assez longtemps de troubles délirants, simulés ou non, le doute ne s'impose plus et ce n'est guère que le hasard qui peut faire naître l'idée de simulation.