CHAPITRE VII
Diagnostic
Dans les chapitres précédents, j'ai fouillé les observations pour leur demander les éléments sur lesquels le médecin basera son diagnostic et pour cela, j'ai fait appel à l'examen indirect et à l'examen direct.
Suffira-t-il au médecin d'avoir constaté chez un prévenu quelques incorrections cliniques pour l'amener à admettre ipso facto la simulation. En agissant ainsi, il pourrait grossièrement se tromper ; la folie vraie peut n'être pas incompatible avec certaines des incorrections que nous avons mises en relief. Ainsi dans une observation rapportée par Dagonet(i).
Il s'agit d'un individu, inculpé d'un détournement à la poste et présentant un état maniaque. Envoyé au service d'admission, Magnan constate dans les gestes, les paroles, l'attitude, la contradiction et l'opposition de certains symptômes, un ensemble d'incorrections qui jettent des doutes dans son esprit et lui font se demander s'il n'est pas en présence d'un simulateur \ il libelle ainsi son certificat : «X...se présente sous les dehors d'un malade atteint d'exci-
(1) Ann. méd.psych. 1889, t. IX, p. 411.
tation avec hallucinations] et idées de persécution, mais son attitude, ses gestes, ses paroles n'offrent pas les caractères habituels de la folie ; d'autre part, la contradiction et l'opposition entre certains symptômes permettent de songer à la simulation qui, toutefois, ne saurait être déterminée que par un examen plus prolongé ».
Voici les incorrections symptomatiques présentées parX... : Il évite les regards de la personne qui l'interroge ; il prononce des paroles incohérentes et passe rapidement d'un sujet à l'autre.... Il regarde du côté opposé à celui qu'on lui indique.... On note des contradictions dans ses dires, ainsi il dit avoir été seulement quelques jours à Mazas et, un instant après, il affirme y avoir été pendant six mois.... Son attitude est celle d'un homme contraint, inquiet, il évite de regarder et se place de côté.
Malgré ces ombres, X... était cependant bien un aliéné, DAGONET le démontre, je reviendrai tout à l'heure sur cette démonstration.
Constater des incorrections ne suffit donc pas pour établir le diagnostic ; il faut pour cela :
i° Apprécier leur valeur, les transformer en signes diagnostics ;
2° Montrer qu'elles sont incompatibles, soit avec la folie en général, quand il s'agit des formes atypiques, soit avec la forme revêtue par la simulation, quand il s'agit de formes cliniques.