‹ La simulation de la folieChapitre 43 sur 48 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Aliénés simulateurs

En 1865, Griesinger (i) écrivait ce qui suit, à propos de la simulation de la folie : «Une chose très importante à noter, c'est que la constatation des faits de simulation n'est nullement une preuve certaine que l'individu jouisse de toute sa raison, que quelquefois les aliénés eux-mêmes simulent la folie, et qu'il yamêmepour eux un certain plaisir morbide évident à simuler ainsi, circonstance qui peut être comparée à une disposition analogue quel'on observe chez les hystériques, mais qui cependant ne lui est pas identique. On peut "donc être en position de démontrer que l'individu simule la folie et que malgré cela il est bien fou, mais seulement d'une autre manière que celle qu'il simule, et que sa folie se reconnaît naturellement à d'autres signes que ceux qu'il met en avant.»

Baillarger, dans une note ajoutée à la traduction de l'ouvrage de Griesinger, disait de son côté : « Je crois qu'un homme peut avoir une véritable monomanie dont il n'a pas conscience, et simuler, dans un intérêt particulier, une folie qu'il n'a pas. »

(I)Griesinger. Traité des maladies mentale s, Paris 1865, p. 144.

Malheureusement, ni Griesinger, ni Baillarger n'appuyaient leurs dires sur des observations précises ; l'un et l'autre sentaient, mais ne démontraient pas qu'il pouvait en être ainsi, l'avenir devait apporter cette démonstration.

Au premier abord, on peut être étonné qu'un aliéné simule la folie. Pourquoi, dans quel but? Seraitce, comme le pense Griesinger, pour satisfaire quelque plaisir morbide ? Il y a peut-être là une raison, mais je crois qu'en simulant, l'aliéné poursuit' lui but plus pratique. Il simule parce que, ayant commis Lin acte criminel et n'ayant pas conscience de son état de folie, il veut, comme le simulateur non aliéné, échapper à la punition, ou, jeune soldat, se soutraire au service militaire. On n'a pour se convaincre de la vérité de ce que j'avance, qu'à lire les observations qui font la base de ce chapitre.

Ces mêmes observations montrent, en outre, d'aLitres analogies entre l'aliéné simulateur et le simulateLir non aliéné. Comme à celui-ci l'idée de simuler est personnelle ou suggérée à celui-là ; comme chez le simulateur ordinaire, cette idée peut être antérieure ou postérieure à l'acte répréhensible commis; comme le simulateur ordinaire encore, l'aliéné simulateur est un prédisposé avec stigmates. Il me suffit d'indiquer ici ces points de ressemblance entre le simulateur aliéné et le simulateur non aliéné, la lecture des observations qui vont suivre les dégageront avec netteté.

Donc, malgré ce que cette idée peut avoir d'éton-

nant au premier abord, il est des aliénés qui simulent et qui simulent pour les mêmes raisons que les simulateurs non aliénés. Leur nombre est-il considérable ? Non, on compte les observations de cet ordre, mais ils n'en veulent pas moins être connus et étudiés avec soin ; quand on se trouve, en effet, en présence de l'un d'eux, le diagnostic devient souvent angoissant.

Nous les étudierons donc et nous les envisagerons dans leur physionomie clinique et dans leur diagnostic.

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