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PHYSIONOMIE CLINIQUE

Lorsque je réunis et étudie les faits de simulation par des aliénés, je vois ces faits se diviser en deux groupes. Dans l'un, l'aliéné exagère simplement le délire réel dont il est atteint, c'est le groupe des aliénés exagérateurs ; dans l'autre, l'aliéné simule tout un délire à côté de son délire vrai, c'est le groupe des aliénés simulateurs proprement dits.

J'envisagerai successivement ces deux groupes dans l'étude qui va suivre, mais, tout d'abord, comment comprendrons-nous cette étude? Pour nous, elle se résume dans les observations cliniques ; seules, celles-ci pourront nous fournir une idée précise du mélange d réel et de faux qui donne aux aliénés simulateurs leur physionomie clinique. Cette partie de notre travail se réduira donc, pour ainsi dire, en une simple relation de faits.

Mairet ; Simulation de la folie. 17

Aliénés exagérateurs. — Ce groupe compte certainement des cas plus fréquents qu'on ne pense ; la plupart des aliénés criminels, qui se rendent plus ou moins compte de la gravité pénale de l'acte qu'ils ont commis, ont, en effet, de la tendance à exagérer leur délire; cependant les faits, dans lesquels la simulation s'affirme au point de retenir l'attention du médecin et de l'obliger à porter le double diagnostic de simulation et de folie, sont rares. Personnellement, je ne possède que quatre observations précises de cet ordre ; deux d'entre elles visent des jeunes militaires.

Toutefois, leur nombre s'étend si on range parmi eux, et on doit le faire, les arrêtés dans leur développement. On sait, en effet, combien les imbéciles, qui sont généralement rusés, ont de la tendance à exagérer leur faiblesse psychique originelle pour éviter la punition qu'ils savent mériter Les deux observations suivantes, dont l'une appartient à Billod (i) et dont l'autre m'est personnelle, en sont des exemples.

Arrêtés dansleur développementexagérant leur débilité. — Obs. XLIV. — Marie-Louise a mis le feu, par jalousie, à un bois appartenant au patron chez lequel elle servait. Agée de 25 ans, c'est une grosse fille de campagne, aux yeux bleus et petits exprimant l'astuce, à la face ronde, bouffie et inintelligente. Tous les témoignages recueillis s'accordent à la faire considérer coi" me faible d'esprit, entêtée et rusée ; elle ne sait ni lire, ni écrire et Billod

(1) Ann. méd. psych. 1851. t. III, p. 201.

ALIÉNÉS SIMULATEURS 2ol

la regarde comme offrant un degré de faiblesse mentale qui « est sur la limite de l'imbécillité ou premier degré de l'idiotie ».

Soumise à un examen médico-légal, elle ne présente aucun délire ; elle refuse d'abord de parler, mais sous la menace de la punition, elle se décide à le faire, avoue son crime, s'en excuse, et répète: « C'est par faiblesse, c'est par bêtise, je suis pauvre d'esprit » .

Pressée de répondre directement, ses réponses se contredisent coup sur coup .

Savez-vous lire et écrire ? — Non.

Savez-vous compter? — Non.

Comment faisiez-vous pour recevoir votre paie? — C'est ma mère qui la recevait.

Reconnaissez-vous cette pièce (BlLLOD lui montrait une pièce de 50 centimes) ? — Non — Et celle-ci (10 centimes)? — Non.

Suspectant la vérité de ses réponses, BlLLOD la presse et la menace de la douche; elle lui nomme alors les pièces qu'un instant auparavant elle lui avait dit ne pas reconnaître et elle prouve, en outre, qu'elle sait compter passablement.

Cette épreuve prouve, sans conteste, que Marie-Louise exagérait sa débilité intellectuelle.

Obs. XLV. — René est âgé de 20 ans, c'est un héréditaire sur la modalité de la prédisposition duquel nous ne sommes pas absolument fixé; toutefois, les renseignements et l'examen disent et affirment que cet homme est un arrêté dans son développement psychique.

Il a tué son père dans des conditions que nous ne pouvons préciser d'une manière absolue et que nous ne connaissons que par le récit qu'il nous fait : son père et son

frère avec lesquels il vivait le malmenaient, le frappaient même et menaçaient de le faire enfermera l'asile, comme ils l'avaient fait, quelques années auparavant, pour sa mère. Ces scènes se renouvelaient à peu près chaque jour et avaient fait naître en lui de la haine, si bien qu'un jour, son père voulant l'empêcher de sortir pour aller rejoindre un de ses amis, il prend un fusil suspendu dans une pièce voisine et le tue. Qu'y a-t-il de vrai dans ce récit? Je ne sais. Quoiqu'il en soit, l'état d'infériorité psychique dans lequel est René le fit soumettre à un examen médico-légal.

De l'examen direct de l'inculpé et des renseignements contenus au dossier, nos confrères, chargés de cet examen, conclurent à l'irresponsabilité en se basant sur l'arrêt du développement intellectuel. Je ne connais pas leur rapport, mais voici ce que l'un deux, que je remercie, veux bien m'écrire :

« Dès ma première visite, l'aspect extérieur du sujet et ses réponses me firent songer à l'imbécillité et l'examen du dossier vint confirmer cette opinion.

» Le maire, l'instituteur et toutes les personnes de X... affirment que René est un pauvre d'esprit incapable de gagner sa vie, passant son temps à errer sur les routes et sur les bords de la rivière.

» Le père, après sa blessure, a déclaré que son fils n'était pas comme tout le monde.

» La mère est morte à l'asile en 1904 en état de démence.

» René sait lire et écrire, mais sa débilité mentale paraît pourtant considérable.

» 11 n'a jamais pu apprendre un métier et a été renvoyé comme apprenti d'un atelier de menuiserie.

» Comme ouvrier agricole on n'a pu l'employer, d'une façon irrégulière, qu'aux travaux les plus grossiers.

» Le sens moral n'existe pas.

» Pas d'affectivité pour sa famille et ses semblables.

» Le caractère est doux, mais il est sujet à des impulsions de violence pour un motif des plus futiles. C'est sous l'influence de ces impulsions qu'il a tué son père qui lui faisait une observation.

» ...Voici mes conclusions : René est atteint d'un vice congénital de l'encéphale.

» C'est un imbécile qui n'a pas l'intelligence pour comprendre la gravité et la valeur morale de ses actes. »

L'habitude extérieure de René, ses réponses, cette particularité qu'il sait lire et écrire, me firent me demander si l'arrêt de développement intellectuel atteignait le degré indiqué par nos Confrères. Pour m'en convaincre, je soumis cet homme à un examen attentif, le fit suivre dans sa vie journalière, et l'envoyai aux ateliers de menuiserie.

Ces différentes mesures me permirent de me rendre compte qu'au point de vue du développement intellectuel et moral, René occupe un degré supérieur à celui de l'imbécile.

Non seulement il a pu apprendre à lire et à écrire, mais il est assez habile ouvrier menuisier. Pour me rendre compte de son degré de développement à ce dernier point de vue, je lui ai donné à faire un meuble compliqué ; il n'a pas pu en tracer le plan lui-même parce que, dit-il, on nele lui a pas appris, mais, unefois ce plan tracé, il a fait seul complètement le meuble, comme l'aurait fait un bon ouvrier. Suivi dans sa vie journalière, si, devant moi, il se montre timide et craintif, avec les infirmiers et les autres malades il cause raisonnablement et semble avoir du bon sens. Il regrette l'acte qu'il a commis, en a du remords, et si son affection pour son frère est plutôt tiède, elle existe cependant, de

sorte que chez lui il y a de la débilité, mais pas d'imbécillité. Envisagé intellectuellement et moralement, René m'apparaît donc non comme un imbécile, mais comme un débile. Pourquoi cette différence entre mon appréciation et celle de mes Confrères ? C'est que cet homme ne s'estpas présenté à eux avec l'aspect sous lequel il s'est présenté à nous ■, il a exagéré sa débilité, faisant la bête suivant son expression, et cela sur les conseils d'un de ses co-détenus, qui lui avait dit qu'en agissant ainsi, il diminuerait sa peine. Comme le degré d'infériorité psychique était confirmé par les dépositions des principaux concitoyens de René, il ne vint pas même à l'idée de nos confrères que cet homme pût simuler.

De même que l'imbécile et le débile peuvent exagérer leur infériorité psychique, de même le délirant, l'aliéné, peut exagérer son délire. Je grouperai cidessous trois observations d'aliénés exagérateurs. La première a trait à un débile intellectuel, devenu délirant, qui exagère en même temps sa débilité et son délire; la seconde se rapporte à un imbécile atteint de mélancolie, qui exagère cette dernière, et la troisième à un déséquilibré qui, devenu maniaque, exagère son délire.

OBS. XLVI. — DÉBILE INTELLECTUEL ALIÉNÉ EXAGÉ- RANT SA DÉBILITÉ ET SON délire. — Joseph est un débile dont la débilité, peu marquée en ce qui concerne les acquisitions, l'est beaucoup plus lorsqu'on envisage son raisonnement et son jugement. Il est, en outre, difficile à fixer, timide, craintif, un rien le met sens-dessus dessous.

Il craint beaucoup le service militaire et, dès avant son entrée au régiment, il avait envisagé la possibilité de

simuler la folie pour échapper au service militaire, encouragé à cela par son père, si 'bien que lorsque la folie éclata, simulation et délire s'unirent étroitement. Joseph arrive au régiment.

Là, il trouve un milieu bien différent de celui qu'il vient de quitter. D'abord, dans les derniers jours qui ont précédé son départ pour la caserne, il a bu plus que de coutume, et son cerveau supporte mal l'alcool ; ces libations, il les continue au régiment. Ensuite, salourdeurd'esprit lui vaut les quolibets, les plaisanteries et même les tracasseries de ses camarades; enfin, il fait mal son service, ses supérieurs le grondent, menacent de le punir et, un beau jour, il injurie un de ceux-ci et se trouve, par suite, sous la menace d'un conseil de guerre.

Son cerveau invalide ne peut supporter tant de commotions et, une nuit, il est pris brusquement de troubles cérébraux ; il se lève de son lit, embrasse ses camarades, demande pardon et essaie, malgré le poste, de se sauver parla porte de la caserne. Conduit de force le matin à la visite du médecin, il est envoyé à l'hôpital et là, il doit être isolé.

Depuis lors, son attitude, nous dit notre confrère du régiment, est celle d'un aliéné : « ses yeux sont égarés ; à certains moments, inerte, il a à d'autres des crises d'agitation, il souille sa literie et sa chambre, ne répond pas quand on lui parle ou prononce des mots incohérents : « C'est l'esprit », ou « ce sont les Italiens », etc.; parfois il gémit et se frappe la poitrine, d'autres fois, il siffle, chante ; ce n'est qu'avec une grande difficulté qu'on arrive à lui faire prendre quelques aliments ou quelque boisson ; il paraît effrayé par tout ce qui l'approche et lève quelquefois les bras en signe de menace ; relativement calme, il ne se livre

d'abord à aucun acte de violence, mais dans la nuit du 26 au 27 octobre, il se lève tout à coup, et cherche à frapper ou à mordre ceux qui veulent l'arrêter, il faut plusieurs hommes pour le maintenir et on doit lui mettre la « camisole de force ».

Le 6 novembre, Joseph était amené à l'Asile. Nous constatons alors des manifestationspsychiques qui nous donnent beaucoup à réfléchir. Il existe un défaut de parallélisme entre ses réponses et son habitude extérieure.

Lorsque nous l'interrogeons, il ne peut répondre aux questions les plus simples, sur son âge, le millésime, etc., et les calculs les plus faciles lui sont impossibles ; Joseph donne ainsi l'impression d'être atteint d'un arrêt de développement très marqué. A cet arrêt s'ajouterait un notable degré d'obnubilation intellectuelle ; il ne se souvient de rien, ne peut nous dire d'où il vient, ce qu'il a eu, ne se rappelle pas avoir déliré. Et cependant sa physionomie ne reflète nullement un défaut d'expression proportionnel ; immobile, les paupières baissées, il coule volontiers un regard en dessous de notre côté, et quand nous parlons à d'autres personnes, on le voit prêter attention à ce que nous disons ; bien plus, il cherche à voir ce que nous écrivons. Pressé de questions, nous ne tardons pas à nous apercevoir qu'il se souvient ; il en arrive même à nous retracer l'accès de délire qu'il a eu à la caserne. Il aurait bu ce jour-là un peu plus que de raison, et était un peu « fier » ; il rentre à la caserne, se couche ; dans la nuit, il se lève, se met à chanter et va aux lits de ses camarades, mais ne se rappelle pas les avoir embrassés. D'ailleurs, lorsque Joseph n'est plus en notre présence, il comprend et se souvient ; c'est ainsi qu'il riait aux récits que lui faisait l'interne du service de certaines histoires gaies, relatives à la cantinière de son régiment.

Cette désharmonie entre l'expression de la physionomie et les réponses, ces contradictions, cette différence d'attitudes suivant les milieux, tout cela était bien fait pour faire naître des doutes sur la réalité de l'existence de l'aliénation mentale chez notre homme et pour nous faire croire à la simulation. D'ailleurs, envisagé dans son délire, Joseph présentait certaines manifestations qui, elles aussi, nous faisaient réfléchir.

Il mouillait et salissait son lit, alors que son état psychique n'était pas en rapport avec une semblable déchéance ; ses idées délirantes se développaient, semblait-il, suivant nos questions, et il devenait tour à tour, hypochondriaque, persécuté, mégalomane.

Et ainsi nombre de raisons nous portaient vers l'idée de simulation.

Cependant, lorsque nous étudions Joseph dans l'ensemble de son délire, d'autres raisons militaient, au contraire, en faveur de l'idée qu'il était réellement aliéné. C'était moins la surexcitation constante dont il était atteint, l'air de méfiance et de peur qu'il avait à certains moments, les excentricités qu'il commettait, telle celle de se mettre tout nu dans la cour malgré la rigueur du temps, son refus d'alimentation, etc., c'était moins tout cela que des accès d'agitation nocturne avec insomnie complète et apeurement qui le faisait se lever, se cacher, avec angoisse et récitation de prières, méchanceté et égarement considérable, qui persistait même au réveil. Cet apeurement était lié à des hallucinations, il voyait des rats, les sentait lui courir sur le corps, les entendait même crier.

De sorte que nous restions hésitant. Nos certificats d'entrée et de quinzaine traduisaient cette hésitation ; l'évolution de la maladie devait bientôt nous fixer. A l'agitation

succéda, en effet, de la dépression qui alla progressivement en s'accentuant et aboutit à un état de stupeur complète avec tous les éléments physiques propres à cet état, relâchement des traits, bouffissures des paupières, véritable asphyxie des extrémités, accélération du pouls. Devant semblables manifestations, le doute n'était plus permis, Joseph était réellement atteint d'aliénation mentale.

Mais alors que voulaient dire cette désharmonie, ces discordances que nous constations au début ? Notre homme devait nous l'indiquer lui-même quelques temps après, « il voulait paraître plus malade qu'il n'était réellement-, s'il hésitait un peu avant de répondre, s'il se reprenait parfois, c'était volontairement, il était guidé en cela par la crainte de ne pas être reconnu malade. »

Joseph, en même temps qu'un aliéné, était donc un simulateur et un simulateur qui exagérait sa débilité intellectuelle et son délire.

Je pourrais rapporter une autre observation de même ordre visant aussi un jeune militaire ; celle qui précède suffit pour fixer les idées au point de vue de ce genre de simulation.

Obs. XLVIL — Imbécile aliéné exagérantson délire. — Soudié est un imbécile capricieux, maussade, d'ailleurs fantasque, triste ou gai sans motifs, entêté ; il s'adonne assez fréquemment à la boisson. Il allume un incendie par vengeance ; arrêté presque aussitôt, il entrevoit le châtiment qui l'attend, a peur et se jette dans la rivière. Il n'échappe à la mort que par des circonstances indépendantes de sa volonté. Soumis à une expertise médico-légale, Lunier, qui l'examine, note chez lui, à côté de l'imbécillité, une dépression mélancolique évidente qu'il exagère;

voici, d'ailleurs, comment notre confrère traduit l'état psychique de Soudié :

« Il paraît y avoir chez Soudié absence presque complète d'activité intellectuelle et de manifestations extérieures de la pensée. Celle-ci ne se traduit guère chez lui que par un gémissement sourd et anxieux, une espèce de grognement plaintif. On obtient à grand'peine quelques paroles exprimant la crainte : Je sais bien qu'on veut me faire du mal.., ou le désir de passer pour malade : Je suis malade, ma mère, mon frère, ma sœur l'étaient bien... (tous les trois ont, en effet, été ou sont aliénés)... Je suis comme eux, ou bien : Je n'ai pas mis le feu; Je souffre de la tête, des jambes et de V estomac; Faites de moi ce que vous voudrez, tout cela dit à voix basse et entrecoupé de gémissements.

» Depuis son admission, Soudié est presque constamment resté le même. Il est sombre, taciture et il n'adresse guère la parole aux gardiens que pour leur demander à boire ou à manger. Il reste toute la journée couché dans la cour. Il ne répondait point d'abord aux taquineries de ses compagnons d'infortune, mais il n'a pas tardé à se réveiller, et il s'est même battu un jour avec un autre malade. Ce jourlà, il remuait à merveille bras et jambes. Du reste, le lendemain, Soudié nous a raconté tous les incidents de la dispute avec lucidité, quoique toujours à voix basse, et il s'est parfaitement défendu d'avoir été l'agresseur.

» Dès que Soudié nous aperçoit, il se met à trembler de tout son corps, à fléchir davantage les jarrets et à faire entendre ce gémissement plaintif dont j'ai parlé plus haut; en un mot, tous les symptômes de mélancolie s^aggravent presque instantanément. Tant que nous restons dans la division, Soudié nous suit des yeux en nous regardant en dessous. Quand j'entre seul et que je vais droit dans la cour,

il regarde la porte avec anxiété, comme s'il craignait qu'on ne vînt le chercher. Il est évident pour nous que Soudié a peur de la punition et que la volonté n'est pas étrangère à cette aggravation des symptômes d'une prostration mélancolique dont on ne peut d'ailleurs nier l'existence et qui paraît avoir été déterminée chez Soudié par la crainte d'être condamné » (i).

OBS. XLVIII — . DÉSÉQUILIBRÉ PSYCHIQUE ATTEINT DE MANIE exagérant SON délire. — Marcel est un héréditaire qui, dès l'âge de 17 ans, faisait un premier séjour à l'Asile pour un accès de manie franche nettement caractérisée. L'influence de l'hérédité se traduit chez lui par des tares psychiques très nettes portantsur la sensibilité. Très intelligent, il apprenait tout ce qu'il voulait, malheureusement, il ne pouvait se fixer à rien, avait un besoin constant de mouvement et faisait l'école buissonnière, allant vagabonder à travers les rues de la ville de Cette, qu'il habitait. Devenu orphelin à 9 ans, il est placé à l'hospice ; là, il se montre indiscipliné, il ne cherche qu'à faire des farces à ses camarades et son plus grand plaisir est de se quereller avec eux. Les sœurs de l'hospice ne l'appellent que « Marcel le Diable », et, dès ce moment, il est considéré comme une tête brûlée. La moindre contrariété l'exaspère et il lui arrive souvent de franchir les grilles de l'hôpital pour aller vagabonder en ville. A l'âge de 10 ans, il commence à se masturber.

A 13 ans, une de ses cousines le prend chez elle et essaie de le faire travailler ; il se fait manœuvre, puis mousse, mais il ne peut s'assujettir à aucun travail fixe et ne souffre

1) Lunier in A. Laurent. Loco citato, p. 335.

pas qu'on lui commande quelque chose. Au bout de 7 mois, il quitte sa cousine, part pour Paris, et se fait camelot. Actif et dégourdi, il arrive à gagner des journées de 15 à 25 francs ; il commence alors à faire la noce, boit, court les femmes, etc. Bientôt il quitte Paris, va à Glascow, continue là le même métier et gagne bien sa vie, mais il fait connaissance avec des voleurs ; il passe en Belgique, parcourt différentes villes et, à 16 ans et demi, rentre à Cette, s'engage comme mousse, se dispute avec le patron, le quitte et entre bientôt après à l'Asile.

Au sortir de celui-ci, il retourne à Cette, va de là à Marseille, y passe quelques jours, s'engage dans la légion étrangère, va à Madagascar, est réformé au bout de 20 mois pour cause d'aliénation mentale, revient en France, fait un séjour de 16 jours pour vol à la maison d'arrêt de Nîmes, retourne à Cette, est pris d'un nouvel accès de folie qui le ramène à l'Asile de Montpellier, en sort en état d'intermission au bout de trois mois, reprend sa vie vagabonde, est condamné à Dijon, puis à Saint-Malo pour vagabondage et vol, revient dans le Midi, se fait souteneur à Marseille, va en Espagne, en Italie, est un peu partout condamné pour vol, il aurait même fait, en Italie, onze mois de cellule pour meurtre ; il revient à Paris où nous le trouvons devant le tribunal de la Seine ; quelques mois plus tard il se fait arrêter à Toulouse pour une tentative de vol chez un prêtre et est condamné à 10 mois de prison. Au sortir de celle-ci il retourne à Cette, est soupçonné d'avoir commis un vol et emprisonné à Montpellier. Marcel avait alors 27 ans. Dans les premiers jours de son incarcération, il est bien, mais brusquement apparaissent des troubles délirants, sous forme d'un accès de colère

violent et prolongé. Le docteur JACQUEMET est alors chargé de l'examiner.

Notre regretté et distingué Confrère soumet notre homme à un examen des plus serrés. Il le trouve en état d'exaltation maniaque. Cette exaltation était, d'après ce qu'on lui raconte, la suite d'une agitation maniaque; elle s'accompagne d'un besoin incessant de mouvements et est colorée d'idées de grandeur Marcel sedit très intelligent, inventeur, devin, le Christ au Vatican; il est riche et accuse, en même temps que des rêves, des hallucinations de la vue, de l'ouïe, de l'odorat et de la sensibilité générale.

L'intérêt qu'avait Marcel à simuler, la brusquerie de l'accès, sa forme, les répliques vives et quelquefois spirituelles de l'inculpé mettent en éveil JACQUEMET et lui font se demander si notre homme ne crérait pas de toutes pièces son agitation psychique. Une étude attentive le convainquit qu'il n'en était rien, mais qu'il avait exagéré son délire. Je cite la partie médico-légale du rapport afférente à cette question de diagnostic :

« Ce n'est qu'en fatiguant le malade par de longs entretiens que nous avons pu mettre en évidence les modifications de la sensibilité, de l'émotivité, de l'affectivité et de l'intelligence du sujet.

De plus, au cours de quelques-unes des phases d'exacerbation que nous avons notées, nous avons pu voir apparaître les symptômes classiques de la manie vraie, notamment le langage si caractéristique du maniaque.

« Marcel a présenté en outre depuis, par suite de l'exagération progressive de son agitation, des symptômes qu'il est difficile de simuler, notamment les cris inarticulés qu'il profère dans sa cellule, l'insomnie complète constatée durant ces dernières nuits par les gardiens de la maison

d'arrêt,- l'absence de fatigue et d'amaigrissement malgré l'acuité d'une agitation qui dure depuis près d'un mois.

« Mais si Marcel n'a pas simulé entièrement, il a du moins exagérer par moments les symptômes observés... ; certains jours, il paraissait s'agiter un peu plus qu'il ne convient, exagérer ses idées de grandeur ou ses hallucinations nocturnes et peut-être les injures et les compliments qu'il adressait aux gardiens ».

Cette exagération s'affirme encore à la suite de la remarque que lui fit notre confrère, qu'il valait mieux pour lui achever sa peine que de se faire enfermer à vie dans un asile d'aliénés. Le lendemain de cette conversation, Marcel avouait qu'il simulait, toutefois, tout en faisant cet aveu, on remarquait que si son agitation était moins marquée, elle existait quand même.

Le diagnostic était fait, Marcel était réellement un aliéné, mais un aliéné qui exagérait son délire. Nous avons pu confirmer ce diagnostic à l'Asile où cet homme a été amené.

Aliénés simulateurs proprement dits. — Tandis que les aliénés simulateurs que nous venons d'étudier ne font qu'exagérer des troubles psychiques existant réellement, ceux que nous avons à étudier actuellement créent de toutes pièces, à côté de leur délire réel qu'ils méconnaissent en tant qu'état pathologique, tout un délire simulé; de sorte qu'on se trouve ici en présence d'une aliénation mentale simulée et d'une aliénation mentale vraie.

Les cas de cet ordre, je me hâte de le dire, sont très peu nombreux, du moins ceux que je possède ou

quej'aipu recueillir, mais ils sont suffisamment précis pour s'imposer à l'attention et mériter une étude.

Lorsque je groupe ces cas et que je les analyse, je vois se dégager quelques points parmi lesquels je retiendrai seulement pour le moment le suivant :

Les formes revêtues par la simulation sont les mêmes que celles que nous avons rencontrées chez le simulateur non aliéné. Ici comme là, je trouve des formes atypiques, maniaques, démentielles ou encore des formes simulant l'imbécillité. J'étudierai successivement chacune d'elles, ou mieux, comme chacune d'elles n'est guère représentée que par une observation, je rapporterai cette observation en m'attachant à mettre en relief ce qui est simulé et ce qui est réel ; cela fait , je me contenterai de quelques rapides réflexions à son sujet.

Forme atypique. — H y a quelque seize ans, je publiais une observation (i) d'aliéné simulateur chez lequel la simulation revêtait cette forme, je la rappelle ici :

Obs. XLIX. — Au.., jusque-là normal psychiquement, voit, vers l'âge de il à 12 ans, son caractère se modifier à la suite d'une violente commotion physique et morale. Il quittait sans raison, à certains moments son travail, allait vagabonder pendant un jour ou deux et rentrait à la maison au bout de ce temps. Il ne se plaît qu'à taquiner et, au

(1) Ma.iret. Aliénés simulateurs. Bulletin médical, 1892, p. 229.

moindre motif, il prend des colères qui volontiers le rendent dangereux. Un jour, sa mère ne lui ayant pas accordé ce qu'il lui demandait, il s'arme d'une hache, se meta sa poursuite et l'aurait certainement frappée s'il n'avait pas été arrêté par des soldats qui passaient dans la rue. Une autre fois, ayant été condamné par le Tribunal à trois mois de prison pour vagabondage, il trouve la peine trop élevée et, emporté par la colère, il injurie les Juges, les traite de vendus et se fait condamner à deux ans.

Notre homme venait d'être condamné à nouveau à six mois de prison pour grivèlerie et était très ennuyé de faire cette longue réclusion. Il fait appel et, pendant ce temps, il écoute les conseils d'un parent du directeur de la prison de X...,où il est et qui lui dit : «Si tu veux sortir d'ici, il te faut faire le fou », et pousse même la complaisance jusqu'à lui indiquer comment il fallait s'y prendre pour z faire le fou ». Au.... trouve la recette bonne et fait le fou. Sur ces entrefaites, il est transféré de la prison de X... à celle de Y..., où il continue à simuler. Il est alors confié à l'examen d'un de nos confrères, qui rédige un rapport que je résume comme suit :

Dès son arrivée à la prison de Y.., Au., selivreàdes actes de violences envers ses co-détenus. Pendant la nuit, il se lève, et sans que rien puisse expliquer sa conduite, il saute à la gorge des détenus couchés auprès de lui, menaçant de les étrangler. Il en agit ainsi envers le premier venu.

Ces voies de fait sans provocation, sans aucune justification contre des personnes qu'il n'a jamais vues frappent beaucoup notre confrère et lui font admettre que Au... agit ainsi sous l'empire d'une idée fixe de persécution et que, s'il se livre à ces actes, c'est parce qu'il s'imagine que les

Mairet; Simulation de la folie. 18

autres détenus lui en veulent et, en outre, qu'ils ont l'intention de lui voler une invention imaginaire.

Sur les conclusions de ce rapport, Au... est amené dans notre service. Là, nous ne constatons plus d'actes agressifs, et cet homme nous dit nettement qu'il « a fait le fou » à la prison de Y... pour éviter les six mois de prison auquel il avait été condamné et pour «blanchir» son casier judiciaire. « Une fois dans un asile d'aliénés, ajoute-t-il, on reconnaîtra que je ne suis pas fou, on me lâchera et le tour sera joué».

De fait, après avoir interrogé attentivement Au..., j'acquis la conviction qu'il avait réellement simulé le délire pour lequel il avait été interné, le dialogue suivant le prouve :

D. — Pourquoi vous a-t-on amené à l'Asile ?

R. — Parce que j'ai mis dedans le médecin de la prison qui m'a cru fou; alors le tribunal a abandonné les poursuites et on m'a envoyé ici.

D. — Vous avez mis dedans le médecin de la prison, et comment cela?

R. — Eh bien ! j'ai fait le fou.

D. — Comment avez-vous fait pour faire le fou ?

R. — Quand un détenu entrait dans ma prison, je lui sautais au cou et menaçais de l'étrangler. Un jour que le docteur me demandait de lui montrer la langue et que je refusais, il voulut me la faire voir par force et me serra le nez ; alors je le mordis à un doigt. Et si vous aviez vu quels yeux terribles je roulais !

D. — Est-ce tout ce que vous faisiez ?

R. — Oh ! non.

D. — Eh bien ! que faisiez-vous encore ?

R. — Quand le médecin m'interrogeait, je lui répondais

tout de travers; ainsi, lorsqu'il me demandait où j'étais, je lui répondais « à Toulouse », et pour tout comme cela. Un jour j'ai pris un balais auquel j'ai arraché les pailles que j'ai plantées dans les rainures de la porte de ma cellule. Une autre fois, j'ai lancé une pierre contre un gardien en ayant soin, il est vrai, de ne pas l'atteindre. Mais ce que je faisais le plus souvent, c'était de m'élancer contre les autres détenus qu'on mettait avec moi ; d'ailleurs, je. m'étais entendu avec l'un deux qui me faisait signe lorsque le médecin était derrière la porte. Je ne puis pas vous raconter tout ce que je faisais : Je faisais le Jacques, quoi !

D. — Et vous faisiez tout cela, me dites-vous, sans être fou ; mais ne prétendiez-vous pas que les autres détenus voulaient vous voler un soleil que vous avez inventé ?

i?. — Je savais bien que c'était impossible.

D. — Allons! tout ce que vous me racontez-là c'est pour me mettre dedans et me faire croire que vous n'êtes pas fou; c'est si vrai que vous n'avez pas attendu d'être à la prison de Y.., pour vous livrer aux actes extravagants dont vous avez parlé ; vous l'aviez déjà fait à la prison deZ... où vous vous êtes élancé sur un autre détenu qui lisait devant vous, et à celle d'Em...

R. — Si j'ai fait cela à Z... c'est pour que cela prenne mieux à Y.... Il y avait à la prison de Z... un détenu nommé Pi... qui récitait des vers ; je lui sautais dessus en disant qu'il m'insultait, mais je savais bien qu'il ne disait rien contre moi. A Em..., je me battis avec mon voisin de travail, mais là, c'était parce qu'on ne voulait pas me faire justice. Si j'ai été méchant avec celui-là et avec d'autres, c'est seulement quand j'ai eu des discussions.

D. — Mais comment vous est venue l'idée de faire le fou?

i?. — J'étais ennuyé de faire six mois de prison ; alors un parent d'un gardien de la prison de Z... me dit un jour, « Si tu tiens à sortir d'ici, il te faut faire le fou ». Il me raconta qu'à Y... un individu s'é'ait tiré d'affaire de cette façon, et il m'indiqua comment je devais m'y prendre pour cela. Lorsque je fus à Y... je dis à mon avocat que j'avais depuis longtemps une maladie d'esprit et alors il en fît part au tribunal. Et comme il se passait assez longtemps avant qu'un médecin vint m'interroger, je me gardais bien de réclamer, me disant, on aurait des doutes, il vaut mieux que tu aies l'air d'avoir oublié, et je me contentais de chanter, de crier et de sauter sur les autres détenus

D. — Mais ici, à l'Asile, vous vous imaginezbien que les autres malades vous veulent du mal ?

R. — Non, monsieur, d'ailleurs est-ce que j'ai fait quelque chose depuis que je suis ici.

D. — Et qu'avez-vous dit quand vous avez su qu'on vous conduisait dans un asile ?

R. — En sortant du tribunal, j'ai dit à ceux qui m'accompagnaient: «J'ai mis le médecin et le tribunal dans le sac».

J'ajouterai à l'interrogatoire qui précède que depuis qu'il est ici, c'est-à-dire depuis plusieurs semaines, on n'a pas observé chez Au... d'actes semblables à ceux constatés à la prison.

Au... est donc un simulateur, mais il estaussiun aliéné, il m'a développé tout un délire de grandeur.

Il veut arriver à chauffer et à éclairer les villes à rien ne coûte. Pour cela, il fera réfléchir le soleil dans des miroirs communiquant avec une boîte fermée; la nuit venue, il n'aura qu'à ouvrir cette boîte, et les rayons du soleil qu'il

y aura emmagasinés sortiront, de telle sorte qu'il pourra éclairer toute une ville.

Il fera aussi pleuvoir à volonté ; grâce à ces mêmes miroirs, il projettera .les rayons du soleil dans un ruisseau, par exemple, l'eau s'évaporera, montera en Pair et retombera en pluie.

Il pourra, par ces mêmes miroirs, faire marcher les vaisseaux dans les airs; l'air chauffé montera et pourra entraîner dans l'espace les plus gros vaisseaux, qu'on fera marcher facilement avec un gouvernail.

Il avait cru, à un moment donné, avoir inventé le mouvement perpétuel, mais il s'est aperçu que le pivot de son appareil s'échaufferait et que le mouvement s'arrêterait. Lui ayant objecté que tout cela était de la folie, il me répond : « Donnez-moi seulement ce qu'il me faut, deux miroirs et une caisse et je vous montrerai bien que ce n'est pas de la folie. Mais que voulez-vous ! je ne suis pas le premier inventeur qu'on traite de fou, et cependant je ne suis pas fou, j'ai tout mon bon sens.

Mais ces idées de grandeur sont-elles bien l'expression d'un délire, ne sont-elles pas simulées elles aussi ? Je réponds non, pour les raisons suivantes :

Pourquoi dès son entrée à l'Asile Au... nous a-t-il avoué sa simulation? pour sortir ; par suite, il avait plutôt intérêt à dissimuler ses idées de grandeur qu'à les étaler.

En second lieu, sa physionomie prend une expression toute différente quand il raconte sa simulation ou nous dit son délire. Dans le premier cas, elle est gouailleuse, dans le second, elle devient sérieuse et convaincue.

En troisième lieu enfin, Au... est à certains moments pris d'accès de surexcitation, pendant lesquels il se montre sombre, capricieux, ne peut supporter la moindre obser-

vation sans récriminer et se plaint volontiers de l'un ou de l'autre, ou de choses diverses, de la nourriture, des vêtements, etc.

La folie réelle et la folie simulée se dégagent avec une telle netteté de la relation qui précède, qu'insister davantage à ce sujet est inutile. Je retiendrai seulement les points suivants relatifs aux rapports entre ces deux espèces de folie et aux formes revêtues par elles.

Chose intéressante, Au... ne s'est pas servi de son délire réel pour alimenter son délire simulé; une seule fois, il a dit au docteur X..., s'être livré à des actes agressifs contre ses co-détenus, parce qu'ils voulaient lui voler une invention; c'est que ce délire s'ignorait; ses idées d'invention paraissaient si naturelles à Au.. , qu'il ne pouvait lui venir à l'esprit de les faire servir plus que d'autres au but qu'il poursuivait, la simulation. Il ne dissimulait pas, en effet, sa folie vraie, certainement si on l'avait interrogé à ce sujet, il l'aurait étalée, comme il l'a fait à l'asile; la preuve est dans ses réponses à notre confrère, que nous venons de rappeler. Dans ce cas, folie simulée et folie vraie ont donc évolué côte à côte sans s'imbriquer l'une dans l'autre, de sorte qu'Au... est bien le prototype de l'aliéné simulateur, tel que le comprenait Baillarger.

Voilà pour les rapports entre la folie vraie et la folie simulée, voici ce qui concerne les formes de* chacune d'elles.

La première consiste en un délire mégalomaniaque évoluant sur un fond de légère surexcitation maniaque, les idées de grandeur dominant nettement la scène, paraissant même l'absorber.

La seconde n'affecte aucun type clinique sous lequel on puisse la classer. Le docteur X... avaitfait de Au... un persécuté à cause de ses actes agressifs, mais la simulation de cet homme frappe surtout par ses réponses dont la plupart n'ont rien de clinique, sont atypiques.

Forme maniaque. — J'emprunte à Lombroso (i) une observation de cet ordre. Il s'agit d'un aliéné persécuté qui, sous l'influence de son délire, tue une femme. Pas plus que Au..., il ne cache son délire, mais comme tout vrai persécuté, il ne croit pas être aliéné; pour lui, tout ce qu'il ressent est vrai, n'a rien de pathologique, et comme il se rend parfaitement compte de la gravité de l'acte qu'il a commis, il simule la folie pour échapper à la peine qu'il a encourue.

Obs. L. — Le 14 février 1866, l'épicière Guagnini était assassinée à Paris par un inconnu, le soir, dans sa boutique. Pendant plusieurs jours, la justice avait fait d'infructueuses recherches, quand un cordonnier se présenta à la questure, déclarant qu'il était l'auteur de l'homicide. Il

(1) Lombroso. Archives italiano, 1867, cité par Charuel. De la simulation de la folie chez les aliénés, th. Paris, 1893. N°229, p. 61.

prétendit avoir tué cette femme à cause des persécutions dont elle l'accablait et de son refus de lui accorder sa fille en mariage.

Au premier abord, on crut à la folie, parce que les .persécutions dont il arguait n'avaient rien de réel ; mais comme ceux qui connaissaient Farina, c'est le nom du meurtrier, ne lui avaient jamais entendu parler de ces persécutions, on soupçonna qu'il simulait la folie. Cette opinion se fortifia à raison des précautions qu'il avait prises pour commettre le meurtre, échapper aux recherches, et de ses aveux mêmes qu'on attribua à l'influence de la confession. Les soupçons s'aggravèrent quand il se mit à nier ce qu'il avait avoué et affirma qu'il avait perdu la mémoire. La croyance à la simulation prit encore plus de force quand on lui vit faire des actes complètement opposés à son caractère, qui était très taciturne. Il prétendait qu'il était fou, jetait ses souliers contre le mur pendant la nuit, s'en servait pour boire, criait qu'il voyait des anges, des abeilles qui lui entraient dans la tête; il troublait le repos de ses compagnons, introduisait des pailles dans les fentes, disant que par ce moyen, il faisait venir sa bien aimée, saisissait les gardiens par le cou quand ils le menaçaient et paraissait satisfait quand ils admettaient sa folie.

Lombroso, examinant Farina, acquit la conviction qu'il était aliéné et qu'il simulait. 11 simulait tous les actes excentriques que nous venons de rappeler, ainsi que la perte de la mémoire; il Pavoua d'ailleurs au médecin, en lui disant que, s'il s'était livré à ces actes, c'était dans le but de ne pas être envoyé aux assises et, en effet, quand il fut placé dans un asile d'aliénés, il cessa de simuler la manie.

Il ajoutait qu'il n'était pas fou, non pas qu'il niât les persécutions qu'il disait subir et ses hallucinations; mais,

comme tout persécuté, il les regardait comme vraies, ajoutant que s'il avait tué et s'était dénoncé à la police, c'était dans l'espoir que celle-ci le débarrasserait de ses ennemis. D'ailleurs Farina, après avoir cessé de simuler la folie, écrivit une biographie qui ne laissa aucun doute sur la réalité du désordre de ses facultés.

Farina était un héréditaire dont le père avait été pendant quelque temps atteint du délire des persécutions.

Son agitation diurne et nocturne, les extravagances auxquelles il se livre donnent bien à Farina l'apparence du maniaque ; à signaler toutefois la perte de la mémoire qui ne va pas de pair avec ce genre de folie, mais c'est làjustement le cachet de la simulation.

Forme d'imbécillité. — Des observations précédentes, je rapprocherai la suivante. Elle a trait à un délirant mystique qui, accusé de meurtre, simule l'imbécillité. Le médecin chargé de l'examiner n'a pas de peine à dépister la simulation, mais ne s'aperçoit pas que ce simulateur est en même temps un aliéné; c'est quelque temps après seulement que deux autres médecins l'examinant à leur tour, découvrent à leur grande surprise son aliénation mentale. Je rapporte cette observation telle que je la trouve relatée dans la thèse de Charuel, n'ayant pu me procurer l'original.

Obs. LI. — Le docteur Nichols rapporte un fait {Congrès annuel des médecins aliénistes des Etats-Unis,

1888) qu'il a eu lui-même l'occasion d'observer, concernant un individu qui, accusé de meurtre, se met à simuler l'imbécillité. La simulation était évidente et, sur ce sujet, le docteur NiCHOLS n'avait aucun doute. Pour surcroît de précaution, l'individvi fut mis en observation à Blockwelle et confié à l'examen prolongé des docteurs Rauvrez et Williams. Ceux-ci arrivèrent à la même conclusion que le docteur NiCHOLS sur le fait de la simulation. Mais, ayant gagné la confiance de l'inculpé, ils reconnurent, non sans surprise, qu'il était cependant bien vraiment aliéné, il avait des hallucinations et des idées délirantes mystiques et, de ce chef, il était par conséquent irresponsable. S'il avait simulé l'imbécillité, c'était sur le conseil de ses défenseurs qui ignoraient son état de folie véritable.

Forme démentielle. — L'observation suivante due au docteur Hospital, montre un déprimé mélancolique simulant la démence :

Obs. LU. — Barthélémy S..., âgé de dix-neuf ans, tue son grand-père dans les circonstances suivantes. Il se rend chez celui-ci avec la ferme intention de le tuer ; il ne paraît pas vouloir se dissimuler, il marche d'un pas ferme, entre par le derrière de la maison dans la cuisine, y trouve son grand-père assis près de la cheminée; après quelques mots échangés, il voit sur un meuble une hache placée assez ostensiblement, il va la prendre, frappe alors le malheureux aïeul avec la tête de l'instrument ; ni les cris ni les supplications de sa victime ne peuvent l'attendrir, il frappe toujours, remet la hache en place et la reprend jusqu'à trois fois, s'apercevant que le vieillard respire encore; la dernière fois, il emploie le tranchant et fait au

cou une entaille énorme, d'où s'échappe un flot de sang. L'idée lui vient alors, dit-il, de prendre de l'argent dans l'armoire où il savait qu'il y avait plus de 3000 francs ; sur cette somme, il soustrait 400 francs et disparaît.

Qu'est au point de vue psychique ce parricide? C'est d'abord un prédisposé par hérédité, chez lequel la prédisposition se traduit par une moindre aptitude à apprendre, par un caractère peu communicatif et par une grande apathie. Cette prédisposition va s'exagérant et, à un moment donné, devient nettement pathologique. S... manifeste un dégoût prononcé pour les plaisirs de son âge, il est taciturne, paresseux, s'isole de tout le monde. Interrogé par ses proches sur cette mélancolie si peu en rapport avec l'exubérance de son âge, il répond: «Je m'ennuie, mon caractère ne peut vivre avec personne » et tient divers autres propos décelant un grand découragement; il se plaint de maux de tête fréquents Sur ces entrefaites, il essaie une première fois de s'empoisonner en avalant de la benzine; il veut se faire mourir, dit-il, parce qu'il «est un être inutile ». Déjà quelques jours auparavant, S... avait fait une semblable tentative, parce qu'il se croyait à charge à tout le monde. Il est comme hébété. Un médecin consulté regarde S... comme atteint de monomanie suicide. Au bout de quelques jours, il fait une nouvelle tentative de suicide et un second médecin consulté dit que S... est positivement aliéné. C'est dans cet état d'esprit que notre homme tue son grand-père.

Interrogé sur le pourquoi de son acte, S . .. dit qu'il a agi sous Pinfluence d'une idée fixe, s'enracinant immédiatement dans son esprit et contre laquelle il n'a pas cherché à réagir. «Ni les difficultés de l'accomplissement, ni l'horreur du forfait, ni le désespoir de sa famille, ni la terrible peine

de la loi, rien ne Ta fait réfléchir ; il a adopté de suite cette idée obsédante ; il y a pensé trois ou quatre jours avant le 7, a hésité entre quelques autres personnes et son grand-père, a choisi celui-ci, la vue de la servante occupée chez lui le décide définitivement ». Plus tard, S... affirme, à l'instar de certains de ses congénères en folie, n'avoir commis son crime que pour se faire guillotiner, voyant échouer toutes ses tentatives de suicide. '

S... est arrêté. Il répond d'abord sincèrement, puis, dans les interrogatoires suivants, il se montre distrait et finit par ne plus rien dire, malgré les instances, oubien répond qu'il ne se souvientpas. «Je ne me souviens de rien, dit-il, quoique j'aie la tête solide ». Il est soumis à un examen médico-légal {ui a lieu d'abord à la prison. Là, on constate de la misanthropie sans tristesse ; S... ne parle à personne, se promène toute la journée et s'arrête brusquement pour regarder obliquement et fixement ; en même temps, il marmotte et gesticule ; toujours à remuer, il change son chapeau de position, crachote à chaque instant et paraît ne reconnaître personne. Bien qu'incitée, sa sensibilité morale ne vibre pas. La nuit il se lève, va frapper à la porte du dortoir, cherche à ouvrir et demande à haute voix sa sortie. Ses écrits dénotent la plus grande incohérence ; plusieurs sujets y sont successivement entrepris et se suivent sans la moindre liaison entre eux. Les jours suivants toute son attitude devient insolite ; il paraît avoir des illusions de la vue ; l'insomnie continue, il se lève, donne des coups de pieds à la porte, ou reste longtemps assis sur son lit.

Pressé de questions, S... répond de travers ou s'enferme dans le silence. Il feint l'oubli complet des circonstances qui sont de nature à sortir les dernières de la mémoire d'un

aliéné ; ainsi, il oublie son nom, le nom de son pays ; il nie le meurtre, dit que son grand-père vit et qu'il laboure.

Devant un semblable ensemble de symptômes disparates parmi lesquels,lesuns,rapprochésdece que l'on sait de l'état mental de S... à l'époque du crime, plaident en faveur de la folie, tandis que les autres, telle la perte du souvenir, jettentdes doutesdansl'esprit;le docteur HosPlTALdemande l'admission de S... à l'Asile, où il pourra être observé plus attentivement.

Là, notre Confrère lui donne, sans le prévenir, une douche de pluie froide et l'avertit qu'il la continuera chaque jour s'il ne parle pas convenablement. S... se le tient pour dit et avoue qu'il n'a pas oublié son crime et qu'il a pris le parti de faire le fou, sur les conseils de deux prisonniers qui lui ont recommandé de ne parler que le moins possible, et de faire semblant de ne pas se souvenir ; grâce àce moyen, lui ont-ils dit, on le relâcherait au bout de deux mois.

Pas de doute, S... simulait la démence, mais il n'en était pas moins un aliéné, atteint de dépression mélancolique ou, suivant la nomenclature donnée par le docteur Hospital, un malade atteint d'une forme de folie que les auteurs désignent sous le nom de folie morale, de manie sans délire, de monomanie impulsive ou instinctive, de mélancolie avec penchant à la destruction, de pseudo-monomanie, de folie instinctive, de folie transitoire homicide.

Voici sur quels symptômes notre Confrère établit, d'une part, l'existence d'une folie vraie et, d'autre part, la simulation. A la folie appartiennent plus spécialement l'allure et V attitude de 5..., la mobilité et

l'expression particulière de sa physionomie et de son regard, son marmottage, son crachotement, son insomnie , ses gestes et mouvements saccadés, sa tranquillité, son indifférence ; à la simulation revient V absence complète de mémoire, c'est-à-dire les apparences de la démence.

De cette observation je pourrais en rapprocher une autre, rapportée par le docteur Charuel, d'une déprimée mélancolique simulant une perte partielle de la mémoire et des troubles paralytiques; il me suffit de l'indiquer.

Donc, l'aliéné peut simuler tout un délire indépendant de son délire réel, les observations que je viens de rapporter le prouvent.

Ces mêmes observations démontrent, en outre, le bien fondé de ce que je disais précédemment, à savoir que les aliénés simulateurs revêtent leur simulation du même masque que les simulateurs non aliénés ; ici comme là, on retrouve les mêmes formes symptomatiques. La physionomie clinique de la simulation chez l'aliéné simulateur est donc la même que chez le simulateur non aliéné ; par suite, nous la connaissons déjà pour l'avoir étudiée à propos de ce dernier.

Ces observations permettent enfin de dégager les points suivants :

i° L'aliéné simulateur est un aliéné qui n'a pas conscience de son état de folie réelle et pas davantage de la valeur morale du crime commis par lui,

mais qui se rend compte de la gravité pénale de ce dernier.

a) L'aliéné simulateur n'a pas conscience de son état de folie réelle. — Toutes les observations le prouvent. Pourquoi, en effet, simule-t-il ? Pour échappera la punition, la folie créant, il le sait, l'irresponsabilité. Or, s'il avait conscience de sa folie, il ne simulerait pas.

b) Il n'a pas conscience de la valeur morale de l'acte criminel commis par lui, mais il se rend compte de sa gravité pénale. — Par la simulation même, l'aliéné criminel affirme qu'il a la connaissance de la gravité pénale de son acte, mais par son attitude visà-vis de celui-ci et de ses conséquences, il affirme non moins son insconscience morale. Voici ce que le docteur Hospital dit de Barthélémy S... à ce sujet : « Tous les discours tendant à lui faire comprendre l'énormité de son crime, à faire vibrer sa sensibilité, le laissent dans une indifférence absolue. »

2° L'aliéné simulateur se rencontre parmi les aliénés chez lesquels le délire permet, en dehors de lui, le fonctionnement de la raison. Ceci se dégage de toutes nos observations, et est trop naturel pour que nous insistions.

3° L'aliéné simulateur, ignorant son délire vrai, ne fait pas servir celui-ci à la constitution de son délire simulé. Dans l'observation rapportée par le docteur Nichols, le délire vrai ne fut même découvert que par hasard, alors que la simulation était déjà dépistée. De sorte qu'on a ainsi à faire à deux

folies, l'une vraie, l'autre simulée, évoluant chacune pour leur compte chez un même individu.

Il est donc des aliénés qui simulent et, parmi ces simulateurs, l'observation clinique montre le uns exagérant seulement leur délire, les autres créant de toutes pièces un délire complet indépendant de leur délire réel. Griesinger avait par conséquent raison de dire que le médecin peut être en position de de démontrer que l'individu simule la folie et que, malgré cela, il est bien fou.

Cette position ne laisse pas que d'être embarrassante ; on ne saurait croire les perplexités qui envahissent l'esprit, lorsqu'on se trouve aux prises avec un semblable problème. Pour mon compte, j'ai ressenti ces perplexités à propos de chacun des cas de cet ordre qu'il m'a été donné d'observer et pour l'un d'entre eux même, malgré toute l'attention apportée à mon examen, je me demande si ma religion n'a pas été surprise et si, au lieu d'exagérer un délire, comme je l'ai pensé, le sujet n'était pas un vulgaire simulateur. Il s'agit d'un jeune soldat pour lequel la guérison a suivi de très près la réforme.

Quoi qu'il en soit de ces difficultés, elles peuvent généralement être surmontées. Comment? Je l'ai indiqué à propos de chacune des observations que j'ai rapportées. A propos de chacune d'elles, en effet,

j'ai mis en relief les éléments permettant d'arriver à ce but; par suite, il me suffit de les rappeler brièvement. Je ferai ce rappel pour les deux groupes que j'ai établis : aliénés exagérateurs et aliénés simulateurs proprement dits.

Aliénés exagérateurs.— Nous avons trouvéici des arrêtés dans leur développement exagérant simplement leur débilité psychique, et des délirants, débiles psychiques ou non exagérant leur délire.

Arrêtés dans leur développement exagérant leur débilité psychique. — Le diagnostic d'arrêt de développement s'affirme par les antécédents de l'individu qui révèlent l'existence de cet arrêt ,leplus souvent depuis l'enfance, parfois depuis la naissance.

Quant au diagnostic d'exagération, il s'affirme de son côté :

i° Par une expression de la physionomie non en rapport avec le degré d'imbécillité auquel l'individu veut faire croire, c'est-à-dire dénotant un développement in' ellectuel plus élevé (obs. XLVI et XLV).

2° Par des réponses indiquant d'abord une imbécillité très marquée et devenant normale lorsqu'on presse l'individu de questions ou lorsqu'on le menace d'une punition (obs. XLIV et XLVI).

3° Par une différence d'attitude suivant les milieux (obs. XLVI).

Délirants exagérant leur délire. — Les élé- Mairet; Simulation de la folie. iy

ments sur lesquels se base le diagnostic de folie sont variables suivant les cas, mais ce sont toujours des symptômes ou un ensemble de symptômes à allures essentiellement cliniques.

Chez Joseph (ob. XL VI), ce sont, entre autres, des accès d'agitation nocturne avec apeurement, récitation de prières, méchanceté, hallucinations, insomnie, égarement persistant au lever, tous symptômes dont la réunion constitue un bloc clinique ; c'est à un moment donné l'agitation faisant place à une stupeur complète avec tous les caractères cliniques de cette dernière forme de folie.

Chez Marcel (obs. XLVIII), ce sont des phases d'exacerbation à symptômes classiques, etc. En d'autres termes , c'est sur une étude attentive des symptômes et de l'évolution de la maladie que se base ce diagnostic.

Le diagnostic de simulation se dégage d'anomalies dans l'expression symptomatique de la folie dont est atteint l'individu. Ces anomalies sont celles que nous constatons chez le simulateur non aliéné : Exagération ou, au contraire, atténuation des symptômes suivant les moments; désharmonie dans l'expression symptomatique, symptômes atypiques, etc.

Soudié (obs. XL VII) exagère sa mélancolie dès qu'il se trouve en présence du médecin.

Marcel (obs. XLVIII) exagère son agitation, ses idées de grandeur, ses hallucinations à certains jours et une simple remarque suffit à atténuer cette agitation.

Il existe chez Joseph (obs.XLVI) une désharmonie entre l'expression de la physionomie et les réponses, des contradictions, des attitudes variables suivant le milieu, des modifications dans les idées délirantes suivant les questions qu'on lui pose, des symptômes non adéquates à la forme de l'aliénation mentale dont il est atteint; c'est ainsi qu'il mouille et salit son lit, etc.

Aliénés simulateurs proprement dits. — La

simulation revêtant chez l'aliéné les mêmes formes que chez les simulateurs non aliénés, les signes sur lesquels reposent le diagnostic de simulation chez le premier, sont, par conséquent, les mêmes que ceux que nous avons rencontrés chez ces derniers. Ce sont chez Au... (obs. XLIX) des symptômes qui n'ont rien de clinique, chez Farina (obs. L) des symptômes qui sonnent faux et une apparence de déchéance intellectuelle qui n'existe pas dans la manie simulée par cet homme ; c'est, chez Barthélémy S... (obs. LU), une démence qui se produit brusquement et qui, du jour au lendemain, acquiert une intensité qu'on ne rencontre en clinique que chez les vieux déments, etc. Quant au diagnostic de folie, il se base sur les éléments qui servent à établir toute folie, développement de la maladie, ensemble des symptômes qui constituent celle-ci, évolution, etc. Je n'insiste pas davantage, ayant mis tous ces points en relief à propos de chacun des cas que j'ai rapportés.

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