‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 100 sur 185 · Mémoires (JP outre-tombe^ t. VI, p · texte numérisé non relu

Mémoires (JP outre-tombe^ t. VI, p

lorsqu'il ne serait plus. Le passage est à citer; le voici :

« Si rinfluence de mon travail ne se bornait pas au changement que, depuis quarante années, il a produit parmi les générations vivantes ; s'il servait encore à ramener chez les tard-venus une étincelle des vérités civilisatrices de la terre; si le léger symptôme de vie que Ton croit apercevoir s'y soutenait dans la génération à venir, je m'en irais plein d'espérance dans la miséricorde divine. Chrétien réconcilié, ne m'oublie pas dans tes prières, quand je serai parti ; mes fautes m'arrêteront peutêtre à ces portes où ma charité avait crié pour toi : « Ouvrez- vous, portes éternelles! Elevamini^ portœ œtemales * » .

Ainsi pensait et parlait Chateaubriand de 1836 à 1837, juste à l'époque que Sainte-Beuve appelle en témoignage contre sa foi. La vérité, c'est qu'il était alors aussi opposé que jamais au scepticisme des heures de l'exil. Dans cette démarche d'apôtre au chevet d'un libre penseur hésitant, pour le conquérir à l'Évangile et l'aider à bien mourir, dans les regrets profonds, que l'écrivain exprime devant la postérité, de n'avoir pu rendre au mourant ce service suprême, dans cette prière touchante, où il recommande humblement son âme pécheresse aux pieux sufiFrages de ceux chez qui son livre aura fait naître quelques bonnes pensées, l'inspiration religieuse est évidente, il faudrait fermer les yeux pour ne pas la voir : le chrétien se révèle.

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