‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 99 sur 185 · Chateaubriand et son temps, Paris, 1859, in-8% p · texte numérisé non relu

Chateaubriand et son temps, Paris, 1859, in-8% p

sut jamais de son âme que ce qui en fut connu du public.

On s'en aperçoit bien d'ailleurs aux erreurs qui lui échappent. C'est particulièrement la date de 1836, on Fa vu, que le caprice de son hypothèse désignait comme celle où Tauteur de VEssai^ s'il s'était relu, eût été incapable de se donner tort, ainsi qu'il le fit dix ans plus tôt.

Pourquoi 1836?... Car enfin s'il s'agit seulement des années où Ton ne pouvait plus craindre que le désir d'occuper une place dans le gouvernement de son pays le rendît injuste pour de vieilles opinions, demeurées, dit-on, toujours chères, il serait obligatoire d'étendre l'observation à toute la période de la monarchie de Juillet, de l'annéelSSO où Chateaubriand se retira devant la puissance nouvelle qui venait de naître et qu'il refusa de servir, jusqu'à l'année 1848, où il mourut, comme ellemême finissait. Il faudrait dire, et en avoir le droit : « Vous ne trouverez dans cet intervalle rien qui rappelle et confirme la condamnation prononcée en 1826 contre le scepticisme de Y Essai. Une fois que ses déclarations chrétiennes lui furent devenues inutiles, livré aux seules inspirations de sa conscience. Chateaubriand se garda bien d'y revenir, il ne les a pas renouvelées. »

Voilà ce qu'exigerait la logique ! Mais la logique inquiète peu Sainte-Beuve ; et, comme il ne lui demande aucun de ses succès, il entend qu'à son tour elle ne lui impose aucune de ses chaînes,

11 choisit donc arbitrairement Tannée 1836. Ce que Chateaubriand a pu dire avant ou après ne

compte pas sans doute, à ses yeux ; et ori cherche pourquoi, sans parvenir à trouver aucune sorte de réponse. Mais tout en protestant contre une telle méthode, on peut prendre le critique au mot et suivre sa fantaisie sur le point précis où il lui plaît de faire porter l'expérience.

Justement, en 1836, Armand Carrel mourait, et Chateaubriand, nous le verrons plus loin, essayait d'arriver jusqu'à lui au moment suprême, dans le dessein et avec Tespérance de réveiller, au fond de ce cœur loyal, la foi qui y dormait sous la garde de rhonneur; et, comme il ne put le voir, il écrivait qu'il le <' regretterait éternellement. »

Ces regrets si vifs, ces regrets éternels sont d'un croyant convaincu, que les destinées de l'autre vie préoccupent plus que tout le reste, pour lui et pour ceux qu'il aime.

C'est à la même époque qu'ayant l'occasion de parler du Génie du Christianisme l'écrivain déclarait sévèrement être sans illusion sur la valeur intrinsèque de l'ouvrage ; il paraissait attacher peu de prix à la gloire littéraire qui lui en était venue ; mais il aimait à se reposer dans la pensée du bien que son livre avait fait, et peut-être pourrait faire encore ; il y voyait un motif d'espérer, pour ses faiblesses, en l'indulgence de ce Dieu qui n'oublie pas un verre d'eau donné aux petits en son nom ; et avec une foi qui dominait tout respect humain, il demandait à ses lecteurs, comme la meilleure des récompenses, de prier pour lui,

Page 1