‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 103 sur 185 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

CE QUE CHATEAUBRIAND A PENSÉ DU ROLE DU CIIRISTlANlSxME DANS LE MONDE

1. Services du Christianisme dans le passé : influence salutaire des exemples donnés par les ordres contemplatifs et 1 héroïsme des missionnaires. — Œuvres diverses pour soulager les maux de rhumanité. — Ce que l'Eglise a fait pour l'instruction. Tout ce que lui doit la civilisation en général. — Son influence heureuse dans les lois et la politique. — Surtout en France. — Reproches et abus. — Que Chateaubriand a toujours pensé de môme sur le rôle de l'Eglise dans le passé. — § II. Mission sociale du Christianisme dans le présent et l'avenir : que Chateaubriand n'a pas eu d'idées hétérodoxes sur les destinées du Christianisme. — Que le Christianisme peut seul, à ses yeux, sauver la société en péril.

§ L — Services Dr Christianisme dans le passé

On connaît les belles pages que le Génie du Christianisme consacre au clergé et à ses œuvres à travers les siècles. Prêtres séculiers et moines, missionnaires et chevaliers, écoles et hôpitaux, toutes les institutions enfin et tous les bienfaits que la religion chrétienne a produits revivent dans un tableau célèbre, auquel les adversaires mêmes de l'auteur ont dû rendre justice. Rappelons-en quelques traits.

C'est un service, quoi que certains en pensent, que l'exemple de ces vertus extraordinaires dont ont fleuri les solitudes. Platon a formé le rêve d'une cité idéale, mais il n a pas pu seulement essayer de

le mettre en pratique, il n'a rien exécuté. Des évèques et d'humbles religieux se sont montrés plus puissants : « Saint Augustin, saint Basile, saint Bernard, ont été de véritables législateurs et les patriarches de plusieurs grands peuples ^. » Ils ont écrit, d'une main ferme, les constitutions de républiques nouvelles, que le monde ancien n'avait pas connues, et ces républiques y sont restées fidèles: elles ont vécu, pendant de longs siècles, de leur pensée et comme de leur âme; et, en des temps Jbarbares, au milieu d'une société encore confuse et en formation, elles ont offert le spectacle d'une paix tranquille, d'une discipline et d'une perfection morale qu'on n'avait encore jamais vues.

« Le stoïcisme », disait Voltaire, « ne nous a donné qu'un Épictète, et la philosophie chrétienne forme des milliers d'Épictètes, qui ne savent pas qu'ils le sont et dont la vertu est poussée jusqu'à ignorer leur vertu même 2. »

On voit tout de suite quelle influence heureuse de telles vies peuvent exercer sur les mœurs d'un peuple. Aussi Chateaubriand défend-il ceux mêmes des ordres religieux que les gens du monde comprennent le moins, les ordres contemplatifs. 11 juge utiles aux sociétés humaines ces retraites silencieuses, d'où rien ne leur arrive sinon le parfum fortifiant des vertus qui y germent dans l'ombre. Non seulement elles lui paraissent comme des lieux

1. Génie du Christianisme, IV, liv. III, chap. v; Œuvres^ t. II, p. 426.

2. Corresp. génér., t. III, p. 222; cf. Génie du Christianisme, IV, liv. VI, chap. IV.

augustes préparés par la Religion pour la santé de l'âme, pareils à ceux qui existent pour la santé du corps, moins sujet que Tâme aux atteintes du mal, et dont les infirmités moins douloureuses sont aussi moins longues à guérir; non seulement elles satisfont, à ses yeux, ce besoin de solitude, qui tourmente un certain nombre de cœurs portés à la contemplation, ou si excellents qu'ils en chercheraient vainement d'autres dans le monde, auxquels ils soient faits pour s'unir*; mais il y voit encore de vraies « écoles de morale en action ^ », où les hommes sont à même d'apprendre ce qu'ils ont le plus besoin de savoir : que rien de ce qui éblouit ou qui charme ici-bas ne mérite qu'on y sacrifie la vertu, qu'on peut renoncer au luxe, à la fortune et aux plaisirs, sans renoncer pour cela au bonheur, et que, si puissantes enfin que les passions doivent paraître, elles ne sont pas invincibles ; l'âme les tient sous son empire : pour leur commander et en • rester maître, il suffit de vouloir.

C'est là une leçon réconfortante; on ne la présente pas sans utilité à la multitude des hommes, trop enclins h subir la séduction des richesses et à croire, par horreur de la lutte, à la victoire fatale des instincts.

C'en est une autre que cette vaillance de héros, si souvent montrée par ceux qui vont porter au loin la doctrine chrétienne. Chateaubriand reproduit avec complaisance quelques-uns de ces actes de sublime courage qui couvrirent de la même gloire la

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