‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 111 sur 185 · Ibid., liv. XXIV, chap. III · texte numérisé non relu

Ibid., liv. XXIV, chap. III

2. Génie du Christianisme, IV, liv. VI, chap. xi. A propos des bienfaits que la société civile doit au Christianisme, un protestant illustre, M. Guizot, a écrit à son tour, comme si sa voix n'était que le libre écho de celle de Chateaubriand :

« Parmi les causes de la civilisation, il en est une qui est présente k tous les esprits, je veux dire TEglise chrétienne. Aux âges même les plus obscurs de la barbarie, il y avait dans le clergé chrétien des hommes qui avaient pensé à tout, à toutes les questions morales et politiques, qui avaient sur toutes choses des opinions arrêtées, des sentiments énergiques, et un vif désir de les propager. Jamais société n'a fait, pour agir autour d'elle et s'assimiler le monde, de tels efforts que TEglise chrétienne du v* au x* siècle. Elle a, pour ainsi dire, attaqué la barbarie par tous les bouts pour la civiliser en la dominant » {Histoire de la civilisation en Europe., V édit., Paris, 1860, p 83-84;.

Mais Chateaubriand fait observer que le mal qu'ont pu faire quelques-uns de ses membres a disparu avec eux, tandis que le bien, qui est venu des autres, n'a pas péri; nous en jouissons encore ^ Et d'ailleurs, si Ton veut juger avec exactitude l'influence de la Religion chrétienne dans les siècles passés, il faut la voir dans son ensemble, non dans u quelques détails particuliers, locaux et accidentels. Toutes ces déclamations contre la richesse de l'Eglise, contre son ambition, sont de petites vues d'un sujet immense; c'est considérer à peine la surface des objets et ne pas jeter un coup d'œil ferme dans leurs profondeurs 2 ».

En s'exprimant ainsi. Chateaubriand reprenait, sous une forme plus élevée encore et plus large, une page célèbre, celle où l'auteur de V Esprit des Lois réfute l'auteur des Pensées stcr la Comète. « Dire que la religion n'est pas un motif réprimant », écrit-il, « parce qu'elle ne réprime pas toujours, c'est dire que les lois civiles ne sont pas un motif réprimant non plus. » Et il ajoute :

« C'est mal raisonner contre la Religion de rassembler dans un grand ouvrage une longue énumération des maux qu'elle a produits, si l'on ne fait de même celle des biens qu'elle a faits. Si je voulais raconter tous les maux qu'ont produits dans le monde les lois civiles, la monarchie, le gouvernement républicain, je dirais des choses effroyables 3. »

C'est donc une injuslice, à ses yeux, comme aux

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