Esprit des Lois, liv. XXIV, chap. ii
yeux de Chateaubriand, de relever avec soin, à travers une si longue durée, tous les abus passagers qui ont pu être commis, au nom de la Foi, par ceux qui la représentaient ou qui abritaient derrière elle Tégoïsme de leurs entreprises. En réalité, elle mérite la reconnaissance universelle.
« Cette religion que, dans la vivacité de sa jeunesse, et dans la politique légère de son premier ouvrage, Montesquieu avait trop peu respectée, partout dans VEspint des Lois, il la célèbre et la révère. C'est que maintenant il veut construire Tédiflce et qu'il a besoin d'une colonne pour le soutenir. Sa pensée s'est agrandie, comme sa tâche: s'il combat le sophisme d'un incrédule fameux, la calomnie qu'il repousse avant toutes les autres, c'est ridée que la Religion chrétienne n'est pas propre à former des citoyens. Il croyait, au contraire, qu'elle était particulièrement la protectrice des monarchies tempérées ; il la concevait, il la voulait amie de la liberté comme des lois, n'imaginant pas sans doute que ce qu'il y a de plus noble, de plus grand sur la terre, puisse mal s'accommoder avec un présent du ciel. La Religion, malgré sa sublime origine, par l'extrémité qui touche aux choses humaines, doit éprouver comme elles des vicissitudes et des retours ; mais elle est le premier gage de la civilisation moderne qui, en s'unissant à sa divine existence, partage la garantie de sa durée et semble échapper à la loi commune de la mortalité des empires*. »
Aussi Montesquieu résumait-il sa pensée dans