‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 118 sur 185 · Sef^mon sur VUnité de VÉglise, premier point · texte numérisé non relu

Sef^mon sur VUnité de VÉglise, premier point

Quoi que Von en pense, préférerait-on s'abandonner à des espérances meilleures et croire que la Religion chrétienne ne sera pas comme une éternelle voyageuse, incapable de fixer sa tente en aucun lieu du monde, mais qu'elle étendra ses bienfaits à des pays nouveaux sans en priver ceux qui ont le bonheur d'en jouir, il faudrait du moins rendre justice à l'orthodoxie de Chateaubriand : il avait le droit de répéter ce que Bossuet avait eu le droit de dire solennellement, dans son sermon sur V Unité de P Eglise^ devant la grave assemblée des évoques de France; pour en concevoir quelque scandale, il fallait ignorer, comme le protestant Sismondi, la véritable tradition catholique et la liberté même que le dogme laisse aux croyants.

Chateaubriand était donc persuadé que les nations sont comme les hommes, exposées à finir. Cette mortalité lamentable, sous laquelle plie nécessairement tout ce qui est créé, lui paraissait peser aussi sur elles, comme une loi fatale, et il ne voyait pas de plus sûr symptôme pour marquer l'approche de leur fin que l'affaiblissement progressif du sentiment religieux. A ses yeux, la foi est comme leur âme: elle emporte leur vie en s'en allant.

Ce moment terrible est-il venu pour l'Europe? Assistons-nous à cette agonie? 11 le pensait, nous venons de le dire, dans certaines heures de découragement. Esprit inquiet, déçu toujours par ses rêves, même lorsqu'ils furent réalisés, éternel mécontent

de la vie, il était porté à voir Tavenir aussi bien que le présent sous les plus sombres couleurs. Mais si un rayon de lumière éclairait tout à coup pour lui ce noir tableau, — ce qui arrivait le plus souvent, — c'était Tespérance que le Christianisme, en prenant une vie nouvelle dans le vieux monde, était capable encore de sauver ce grand malade, décrépit et en train de mourir. La société actuelle redeviendra chrétienne ou elle cessera d'ôtre, voilà sa pensée, et il y est bien des fois revenu.

Aussi place-t-il la renaissance du sentiment chrétien en tête de tous les rêves qu'il forme pour le bonheur de son pays. En 1829, ambassadeur auprès du souverain Pontife, dans cette Rome où « la liberté et la tyrannie ont également péri », oii « le capucin qui balaie en passant cette poussière semble rendre plus sensible encore la vanité de tant de vanités », au milieu de toutes les ruines qui « devraient lui apprendre à mépriser la politique », il se préoccupe encore de l'avenir « de sa pauvre patrie », il songe à ses destinées, et ce qu'il souhaite pour elle, comme le meilleur et le plus beau gage d'une brillante durée, c'est une « triple auréole... la religion, la gloire et la liberté ».

Ceci était écrit à M"*" Récamier, dans une de ces lettres intimes où il laissait librement courir sa plume et parler son cœur^

Plus tard, dans ces confidences qui s'appellent ses Mémoires-^ il se posait cette question lugubre:

1. A M"»- Récamier, 15 janvier 1829, dans Souvenirs et Correspondance tirés des papiers de M** Récamier, p. 310.

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