‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 124 sur 185 · Ibicl,, t. II, p · texte numérisé non relu

Ibicl,, t. II, p

3. 5 mars 1829. Dans Souvenirs et Correspondance tirés des papiers de 3f— Récamier, t. ÏT, p. 342.

de ne pas en goûter lui-même les austères douceurs et allait jusqu'à caresser parfois le rêve de les connaître un jour.

Il récrivit expressément, en 1833, au sculpteur Lemoyne Saint-Paul, qui avait fait, par son ordre, le buste de Poussin :

« Je suis comme vous, Monsieur, un artiste, et je ne vis que de mon travail. J'ai traversé la fortune sans lui avoir rien dérobé, et je ne m'en repens pas... Mon rêve perpétuel est d'aller. Dieu aidant, mourir à Rome, moine à Saint-Onufre ^ »

Son neveu, Christian de Chateaubriand, avait quitté les dragons de la garde pour entrer chez les Jésuites. L'oncle, alors ambassadeur à Rome, a raconté comment il le rencontra un jour, par hasard, « entre les bains de Titus et le Colisée ». Une pension de jeunes garçons passait. « Un maître à chapeau rabattu, à robe traînante et déchirée, ressemblant à un pauvre frère de la Doctrine chrétienne, les conduisait. Passant près de lui, je le regarde, je lui trouve comme un faux air de mon neveu Christian de Chateaubriand, mais je n'osais en croire mes yeux. Il me regarde à son tour, et, sans montrer aucune surprise, il me dit : « Mon oncle! »... Je contemplais, les yeux pleins de larmes, ce fils de mon frère devenu étranger, vêtu d'une souquenille noire, poudreuse, maître d'école à Rome, et couvrant d'un feutre de cénobite son noble front, qui portait si bien le casque. »

Voilà la première impression, celle du gen-

1. Paris, 9 avril 1833, dans R. Kerviler : Essai (Tune biobibliographie de Chateauh'iand, Ydinnes, 1896, p. 61.

lilhomme, un peu honteux de cet abaissement volontaire d'un des siens, et chez qui le sang humilié se révolte à demi I Mais le chrétien a son tour, et il prend le dessus. Il rappelle, non sans fierté, la religion courageuse de cet officier qui, « en descendant de cheval, allait à la sainte table », la charité de cette âme généreuse, qui était pourtant une âme « de fer » et qui, ne pouvant se désaccoutumer des libéralités secrètes dont elle s'était fait une douce habitude, avait « encore des pensionnaires dans les greniers de Paris », les austérités enfin de ce jeune ascète qui passait « les nuits à prier » et effrayait ses supérieurs même par les saintes rigueurs dont il châtiait une chair jeune et pure. Puis il ajoute :

« Christian n'est point un homme de ce siècle : il me rappelle ces ducs et ces comtes de la cour de Charlemagne qui, après avoir combattu les Sarrazins, fondaient des couvents sur les sites déserts de Gellone ou de Malavalle et s'y faisaient moines. Je le regarde comme un saint ; je l'invoquerais volontiers. Je suis persuadé que ses bonnes œuvres, unies à celles de ma mère et de ma sœur Julie, m'obtiendraient grâce auprès du Souverain Juge. »

Alors, interrogeant lui-môme son cœur, « j'ai aussi, dit-il, du penchant au cloître, mais, mon heure étant venue, c'est à la Portioncule, sous la protection de mon patron, appelé François^ parce qu'il parlait français, que j'irais demander une solitude *. »

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