Dans la Revue de Bretagne, 1833, II
sont pour l'Eglise, Télito du monde chrétien, la portion choisie et préférée du troupeau.
Mais il vénérait aussi les pasteurs, particulièrement le pasteur suprême, le pape. Il n admettait pas un christianisme sans autorité enseignante^ une église sans hiérarchie, pas plus qu'une société sans magistrats ou une armée sans chefs : pour tout dire, il jugeait le protestantisme une erreur, et il n'hésitait pas à le combattre. On sait que, dans les Études historiques^ il soutient qu'au point de vue de l'histoire le bien que la Réformation a pu faire est mêlé de beaucoup de mal. Il réfute ce que ses apologistes ont écrit en faveur de son influence. Il oppose sa stérilité artistique à l'admirable fécondité du Catholicisme. Celui-ci « a couvert le monde de ses monuments ; on lui doit cette architecture gothique qui rivalise par les détails et qui efface par la grandeur les monuments de la Grèce. Il y a trois siècles que le protestantisme est né ; il est puissant en Angleterre, en Allemagne, en Amérique; il est pratiqué par des millions d'hommes. Qu'a-t-il élevé? Il voils montrera les ruines qu'il a faites, parmi lesquelles il a planté quelques jardins ou établi quelques manufactures ».
Mais, reproche plus grave, le seul sur lequel insiste l'Eglise, car il est fondamental : il l'accuse de s'être séparé du tronc qui porte la sève et de n'avoir plus rien de commun avec les grands
ancêtres et le divin fondateur du Christianisme. C'est un rameau brisé, tombé de l'arbre.
« Rebelle à Tautorité des traditions, à l'expérience des âges, à l'antique sagesse des vieillards, le protestantisme se détacha du passé pour planter une société sans racines. Avouant pour père un moine allemand du xvf siècle, la Réforme renonça à la magnifique généalogie qui fait remonter le Catholique, par une suite de saints et de grands hommes, jusqu'à Jésus-Christ, de là jusqu'aux patriarches et au berceau de l'univers ^ »
Chateaubriand a défendu toujours les mêmes idées, dans le secret de ses confidences, aussi bien que dans ses discours publics. Pendant son voyage en Allemagne, en 1833, comme il visitait la cathédrale d'Ulm que les protestants occupaient, il fut frappé du contraste de leur culte avec les richesses de l'édifice ; il lui semblait qu'ils devaient se sentir là des étrangers, n'ayant ni les habitudes, ni les manières, ni l'air de la famille. Ce vaisseau gothique, ces chapiteaux, ces voûtes, ces vitraux étincelants, qui allumaient, à travers les vastes nefs, comme un incendie de lumière, oîi brillaient les plus vives couleurs, tout lui paraissait accuser d'usurpation les hôtes nouveaux, qui n'étaient pas faits pour cea splendeurs; et il en tirait cette conclusion, plus large et de plus haute portée, qu'ils avaient rompu la chaîne sacrée de la tradition, la seule qui rattache l'Eglise à Jésus-Christ et à Dieu :
« La Réformation (je l'ai déjà dit) a tort de se