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Chateaubriand ne voulait rien entendre : il craignait que la suppression des abus n'amenât celle de Tusage. A ceux qui lui objectaient les attaques personnelles, qu'il était pourtant nécessaire de prévenir, il répondait avec une candeur superbe : « On ne diffame que ce qui peut être diffamé. Un honnête homme se défend par son propre nom et accepte la responsabilité de sa vie. Si le vice impudent émousse Faction de la presse, il serait étrange que la vertu patiente n'eût pas le même pouvoir ^ » Ne fallait-il pas aussi défendre, lui disait-on, le clergé et la Religion contre des injures, aussi faciles pour ceux qui en sont les auteurs que redoutables pour ceux qui en sont les victimes? 11 répondait : Que signifient, après tout, ces méprisables violences ? On fait un bien plus grand tort aux ecclésiastiques en donnant prétexte au peuple de se persuader faussement qu'ils sont « la première cause de la perte de notre première liberté ». C'est « accumuler des haines sur leurs têtes- ».
Ces haines, il ne les entendait pas seulement gronder autour de lui, il en sentait quelque chose dans son cœur. Roi de l'opinion, c'est lui qui la menait alors à la bataille. Personne ne luttait avec plus d'ardeur, ni ne supportait la contradiction avec plus d'impatience; et, de tous ceux qui se battaient pour la même cause, nul, ne l'aimant avec plus de passion, ne se trouvait plus exposé à man-
i. Mélangea politiques, Œuvres, t. VII, p. 413. Il ne pensait plus tout à fait de même, vers la fin de sa vie : la réalité n'avait pas répondu à ses rêves.