‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 139 sur 185 · Ibid,, p · texte numérisé non relu

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quer de justice envers ceux qui passaient pour en être les ennemis.

C'est miracle qu'il n'ait pas fait porter à la Religion, comme il arrive ordinairement, la responsabilité des actes répréhensibles qu'il attribuait à ses ministres. Dans le feu de la polémique, pour qu'il ail pu s'abstenir de décocher des traits à l'Eglise à travers ceux qui la représentaient, il faut que sa foi l'ait retenu et qu'elle ait été bien puissante.

§ III. — Luttes et victoires

A peine lui échappa-t-il, dans tout le cours de la lutte, un mot de mécontentement, qui aurait pu recevoir une interprétation malheureuse. C'était en 1828, dans la préface d'une édition nouvelle du Génie du Christianisme. 11 se plaignait de l'ingratitude des hommes, dont il avait servi la cause : « Même on a senti une sorte d'éloignement pour celui qui avait rouvert la porte des temples en prêchant la modération évangélique, pour celui qui avait voulu faire aimer le Christianisme par la beauté de son culte, par le génie de ses orateurs, par la science de ses docteurs, par les vertus de ses apôtres et de ses disciples. Il aurait fallu aller plus loin. Dans ma conscience, je ne le pouvais pas. »

Assurément il voulait dire que, au gré de ses adversaires d'alors, il aurait fallu prêcher un Christianisme comme celui qu'ils prêchaient euxmêmes : étroit et intolérant. Voilà ce que ne lui permettait pas sa conscience! Mais on pouvait entendre aussi qu'elle lui défendait de soutenir le

côté divin des dogmes de l'Église, comme il faisait voir les splendeurs de ses cérémonies et les bienfaits de son influence. S'il s'est aperçu de l'amphibologie, — ce que personne ne peut savoir, — peutêtre l'aura-t-il laissée à dessein, soit pour servir son ressentiment, soit dans une heure de tentation, oîi un nuage aura voilé à ses yeux, en passant, la lumière de la vérité, comme il arrive pour celle du soleil.

Toujours est- il que, dans l'hypothèse, bien peu fondée, où elle aurait existé alors, la tentation eût été courte. Cette même année, en effet, il faisait, en tête des Mélanges politiques^ une profession de foi éclatant^ qui ne pouvait laisser aucun doute «y sur ses sentiments. 11 se plaignait, en outre, et avec raison, des procédés indélicats d'adversaires qui, détachant une phrase de celles qui venaient avant et après elle, arrivaient à lui faire dire ce que « pour tout esprit droit et tout cœur sincère », elle ne disait aucunement, si on la replaçait dans l'ensemble. Il demandait à n'être pas jugé sur un mot; en quoi il sera approuvé de toutes les âmes loyales. Une époque où sa religion paraît avoir subi certainement une épreuve, — sans y succomber, — c'est le temps de son premier séjour à Rome, en 1803. On se rappelle qu'il avait été envoyé comme secrétaire d'ambassade sous le cardinal Fesch. Ses souvenirs d'incrédulité étaient tout récents encore; ce n'était guère qu'un néophyte. Sa foi n'avait pas eu le temps de pousser de profondes racines ; il ne fallait pas un souffle bien fort pour l'agiter.

Le Génie du Christianisme ^ paru depuis peu, avait eu un immense retentissement; Tauteur était tout enivré de ces premières caresses de la gloire. Très pénétré lui-même du service qu'il venait de rendre à la Religion, il entendait que personne ne l'oubliât, surtout à Rome. Il comptait donc exercer une influence considérable dans le monde romain, et jusqu'au Vatican; il s'attendait à y voir ses conseils appréciés, recherchés et suivis.

Or, la déception fut prompte et complète. Son chef hiérarchique prit ombrage de ses prétentions et entendit qu'il n'eût pas d'entretiens personnels avec le Pape; secrétaire de Tambassade, il n'avait pas de direction à donner, il n'avait qu'à suivre celle qu'indiquerait l'ambassadeur.

La politique romaine marcha donc sans lui , on négligea ses avis ; et c'est de quoi il n'a su prendre son parti en aucun temps. 11 a toujours eu du penchant à se persuader et à dire, dès qu'on allait contre ses vues, que tout était perdu dans les afifaires publiques. Le voilà donc déçu, découragé et convaincu que le gouvernement pontifical fait fausse route et va aux abîmes! 11 écrit à Chènedollé : « Le cœur me saigne; pauvre Religion*! » Quinze jours après, il envoie les mêmes doléances à Guéneau de Mussy; il voudrait partir, il est fatigué des « honneurs ». — Déjà! — Quant à la Religion, il craint pour elle cette décadence sur certains points du globe, dont il a parlé plus tard bien des fois, nous l'avons vu : « 11 faut maintenant un

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